‹ Les cabinets et les peuplesChapitre 4 sur 9 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

t)E L^ETAT POLITIQUE DE l' ALLEMAGNE,

iarmi les traits curieux que renferment les pu- / blications des congrès, l'un des plus remarquables ^st celui qui désigne Napoléon Bonaparte comme représentant de la révolution. Le reproche a <lû paraître extraordinaire. On s'est demandé comment il représentait la révolution , l'homme qui en a suspendu la marche , réparé les désordres, détruit, en beaucoup de points, les effets nuisibles, et, sous trop de rapports, les effets salutaires; l'homme qui a recomposé Pédifice monarchique, relevé les trônes, et donné à ces trônes un degré de puissance exagéré, que ne demandait ni l'intérêt des peuples, ni même l'intérêt des rois. L'explication de cette énigme «st dans l'état actuel de la distribution des forces et du pouvoir en Allemagne. Là subsiste

une grande révolution commencée par la France républicaine , achevée par la France impériale , ouvrage admirable dont le général Bonaparte jeta les fondemens dans le traité de Campo- Formio , que développa le premier consul par le recès de la diète de l'Empire en 1802 , qu'affermit et compléta l'empereur Napoléon par la Confédération du Rhin. Une des bizarreries de l'accusation, c'est qu'elle n'est pas seulement partie du cabinet de Vienne, ce qui serait très naturel; de l'aristocratie germanique, ce qui serait plus juste encore , mais aussi d'une classe exaltée de patriotes allemands. On a vu une foule d'écrivains de cette nation, ayant plus d'imagination que d'instruction positive, emportés par la haine de l'ascendant qu'avait donné à la France la Confédération du Rhin , déplorer la chute de leur ridicule et gothique constitution , pleurer , nouveaux Jérémies , sur les ruines de la Sion germanique , et regretter jusqu'au scientifique fatras de leurs docteurs , jusqu'aux pédantesques protocoles de la diète de Ratisbonne. La raison devait plus tard triompher de l'injustice. A mesure que les ressentimens se sont amorti , que les préventions se sont dissipées, on a reconnles immenses services que

( '63 :) Napoléon a rendus à l'Allemagne , services dont les résultats lui survivent, résultats qui ont déjà eu et qui auront encore la plus grande influence sur les destinées de la pop'ulation^allernande.

Le premier de ces services, et le plus grand de tous, est d'avoir réuni en un petit nombre d'Etats, devenus plus forts et plus compactes, le nombre considérable de principautés ecclésiastiques et laïques entre lesquelles cette population était partagée. Tout sur le sol germanique était autorité souveraine, palais, cour et chambellanie. A chaque pas on changeait de frontière. Cette belle contrée était en proie à la lèpre des souverainetés, comme l'Espagne à la lèpre des couvens. De plus de mille Etats investis de la souveraineté sous des titres divers , il ne reste aujourd'hui que trente-six princes ou Etats ayant ce caractère. Ces changemens ont blessé beaucoup d'intérêts. Ils ont dû surtout être sensibles à l'Autriche, qui exerçait sur ce peuple princier une autorité sans bornes. Les regrets de la cour de Tienne se conçoivent, le mécontentement des princes dépouillés s'explique; mais assurément ce n'est pas aux peuples qu'il appartient de se plaindre. Aussi, depuis quelques années ?

des esprits plus éclairés ont apprécié cette situation nouvelle de leur pays , et Font jugée comme la jugeaient depuis long- temps les véritables hommes d'Etat.

Ce n'est pas seulement sous le rapport de la diminution du nombre des souverains que cette révolution a été utile aux peuples : elle leur a été utile encore, comme aux gouvernemens , par les améliorations radicales qu'elle a produites dans l'ordre social et politique de l'Allemagne. Si la Confédération du Rhin avait fait servir à la grandeur- de la France les forces des Etats confédérés; si ceux-ci, dans les dernières années surtout, n'avaient plus que la communauté des efforts et des charges, sans avoir l'espérance d'être admis , comme auparavant , à la communauté des avantages, il n'en est pas moins vrai que l'association de ces Etats aux mouvemens d'un empire vigoureux et actif, leur a communiqué à eux-mêmes une partie de son activité et de son énergie. Ces vérités sont maintenant senties par tous les hommes qui ne veulent pas fermer les yeux à la lumière : elles ont été franchement proclamées par un écrivain d'un mérite distingué , par l'auteur du Manuscrit venu de l'Allemagne m èridiona le.

Au milieu de toutes les invectives prodiguées à la Confédération du Rhin et à son fondateur., chaque jour en développe les salutaires conséquences. Son passage a été celui d'une charrue qui déchire le sein de la terre pour la féconder. Le sillon a été douloureux , mais les fruits naissent et se moissonnent plus tard. Les hommes à courte vue se récrient sur un mal passager. Le jour de la justice ne luit qu'au moment où de cette souffrance temporaire sortent de durables avantages. La Prusse et l'Autriche (i) exceptées, et encore l'exception pourrait n'être pas sans

(1) En 1808, pour expliquer des mesures extraordinaires prises dans les provinces de l'Autriche , M. de Metternich écrivait à M. de Champagny , alors ministre des affaires étrangères : « La monarchie autrichienne se » trouve dans une position entièrement différente de )> celle où se fondèrent les principes administratifs d'à- )> près lesquels elle est en partie régie. Les institutions î) sociales ont , depuis vingt ans ; changé dans la plus » grande partie de l'Europe.... La Bavière se donne une )> constitution. » Si, dès 1808, l'Autriche prenait de l'ombrage de l'organisation que se donnait alors la Bavière , est-il étonnant qu'elle n'ait pas vu avec plaisir se former dans l'Allemagne méridionale des gouvernemens représentatifs qui , par l'étroite union des intérêts de la population et de ceux du prince, doublent la force des Etats et leurs movens de résistance ?

( i66) réserve , tout ce qui s'est formé récemment en Allemagne d'établissemens utiles dans les diverses parties du gouvernement, est la suite de l'existence de la Confédération , du contact plus intime de ces divers Etats avec l'empire français. L'heureuse influence de ce contact s'est fait sentir tout-à-la-fois dans l'organisation civile , dans l'organisation militaire , dans le système commercial et industriel , dans la science du gouvernement et dans la diplomatie. L'examen de cette révolution n'est point ici un horsd'œuvre, parce que c'est elle qui a constitué une Allemagne toute nouvelle , qui a créé de nouveaux contre-poids, élevé de nouvelles barrières, et qui, sur un terrain où. régnait jadis une entière uniformité d'asservissement à une même domination , a mis en présence des intérêts anciens et des intérêts nouveaux.

Effets miirs Le perfectionnement de l'administration ci-

de la conte- r

«icration du ^{\e en Allemagne aurait été la suite nécessaire

Rhin pour °

l'Allemagne. ^n fait seul de l'agglomération d'une foule de souverainetés en un plus petit nombre d'Etats ; mais ce résultat a été accéléré par les exigeances de la Confédération. On sait quels étaient autrefois la bigarrure, la complication, l'enchevêtrement des administrations germaniques.

( «6? ) autorités qui, souvent héréditaires, semblaient établies bien plutôt dans l'intérêt de ceux qui en étaient revêtus, que dans l'intérêt de la population. Lorsque la Confédération du Rhin, est venue prescrire aux chefs des Etats conservés et agrandis , des devoirs qui ne comportaient pas de négligence, force a été de simplifier les rouages, d'en presser le mouvement, et enfin de substituer à une machine usée et vermoulue des ressorts neufs , bien agencés entre eux et tendant tous au même but avec régularité et promptitude. De nouvelles divisions de leur carte administrative ont donné aux Etats allemands les avantages qu'a tirés le gouvernement français de sa division départementale. Ce premier changement a dû en amener d'autres dans tout l'ordre civil , et c'est de là que date l'impulsion de perfectionnement que le régime constitutionnel est venu depuis fortifier et étendre.

La régénération la plus profonde et la plus complète que la Confédération du Rhin ait opérée , est celle qui a eu lieu dans, le militaire. Avant la révolution française, l'Allemagne ne comptait que deux armées, l'armée autrichienne et l'armée prussienne : le reste de la population allemande se perdait dans ces deux années : il

("68) n'y avait de gloire que pour elles. Qui ne se rappelle le dédain avec lequel étaient traités les contingens de l'Empire ? Si quelques-uns de ces corps se distinguaient par des actions d'éclat , l'honneur n'en était pas pour eux : ils combattaient, ils périssaient sans même illustrer les drapeaux de leurs princes. Tout a changé depuis que les onze millions de la population allemande , quine font partie ni de l'Autriche , ni de la Prusse , ni du Hanovre , ni du Danemarck , ni des Pays- Bas 5 ont été répartis en masses plus fortes entre des Etats dont quelques-uns , pour l'avantage de tous, ont acquis un degré honorable de consistance. Si les pays le plus déshabitués de la guerre, si la Lombardie, la Toscane, le royaume de jNaples,ont vu leurs bataillons, presque avilis par une longue indolence , se retremper dans le torrent de la vaillance française, combien la métamorphose n'a- t-elle pas dû être plus rapide et plus absolue dans cette population allemande , toujours guerrière, mais tombée dans une sorte d'engourdissement par les vices d'une organisation qui la condamnait à garder, pour ainsi dire, les bagages de la Prusse et de l'Autriche? A côté des armées de ces deux grandes monarchies, on compte maintenant d'autres armées, moins im-

posantes par le nombre , mais qui , dans leur force proportionnelle, ne leur cèdent en rien pour la discipline , l'instruction , ]e courage des soldats et l'habileté des chefs. Quand Napoléon, prévenu par l'ennemi , n'a pas sous sa main des troupes françaises pour les mener en avant, c'est avec des troupes de la Confédération seule qu'il gagne des batailles. Il a le bon esprit de n'être pas ingrat : il récompense la bravoure allemande comme la bravoure française ; et, dans cent combats, les deux nations unies rivalisent d'héroïsme et d'intrépidité. Sous le brillant faisceau de leurs drapeaux joints aux drapeaux français, les princes de plusieurs maisons régnantes, le prince Charles de Bavière, le prince royal de Virtemberg, aujourd'hui roi, le dernier grand-duc de Bade, le prince Emile de Hesse, associés à nos travaux , rajeunissent la vieille gloire de leurs familles. Qui pourrait blâmer les généraux et soldats allemands , qui ont reçu dans nos rangs le prix de leurs hauts faits, d'en conserver encore aujourd'hui avec orgueil le noble témoignage?

Ce n'est pas sans raison que quelques écrivains ont considéré l'armée française de 1 792 à 18 io, comme un grand événement historique.

Si Napoléon a dévié des saines doctrines dan», l'administration intérieure, il leur est resté fidèle dans tout ce qui se rattachait à l'armée. Il a pu dans sa cour attacher une importance chimérique à certains noms (i). A l'armée , ce ne sont pas des noms qu'il demande, mais des actions. Là, il estime les hommes, non pour ce qu'étaient leurs aïeux, mais pour ce qu'ils valent eux-mêmes. L'égalité, qui fuyait de sa cour, s'était réfugiée sous sa tente. De l'armée française, elle était passée dans les armées de la Confédération duRhin.Lesavancemens s'y sont multipliés. On a cessé de demander aux braves la recommandation de la naissance. C'est sur les champs de bataille que pour les Allemands eux-mêmes sont maintenant placées les lettres de noblesse : elles appartiennent à ceux qui savent les conquérir. La plupart des généraux

(1) Si quelques-unes des anciennes familles qui s'étaient rangées autour du trône de Napoléon, se sont Mtées d'outrager , après sa chute, l'idole qu'elles encensaient la Teille , ce tort n'a été que partiel. Le géné^ raliser, comme on le fait souvent, est une véritable injustice. Teaucoup de familles estimables ont prouvé qu'elles ne croyaient pas que l'ingratitude put jamais être une vertu.

qui aujourd'hui encore commandent les armées, allemandes , sont des hommes que leur mérite , aperçu par la France, a tirés des rangs inférieurs. C'est la France qui les a désignés pour la plupart à la considération de leurs princes, qui les a faits ce qu'ils sont aujourd'hui. Peut-être cette implantation de l'esprit d'égalité dans les troupes des Etats de la Confédération du Rhin , et de là dans la population même de ces Etats , est- elle un des griefs que l'aristocratie pardonne le moins à Napoléon ; peut-être même ce grief est-il le plus grave de tous ceux qui lui ont valu le titre dont l'a gratifié le congrès de Troppau.

Il est une grande mesure du gouvernement Système

° ° continental.

français , qui a excité dans toute l'Europe les plus bruyantes réclamations. Certaines villes , qui n'étaient que des factoreries anglaises , certaines cours où l'influence anglaise dominait exclusivement, ont jeté les hauts cris contre le système continental. Ce système est mieux jugé aujourd'hui. Ce n'était point une mesure locale , c'était une mesure large, européenne, dont l'Allemagne a particulièrement recueilli les plus grands avantages. Son industrie , comme la nôtre , en a reçu un prodigieux accroissement,

et c'est à ce système qu'elle doit , ainsi que nous* d'être parvenue sous beaucoup de rapports à se passer de l'Angleterre.

Enfin, dans le grand contact de la France et de l'Allemagne, la science du gouvernement et de la diplomatie ont aussi , dans les Etats du second ordre, pris un sensible et précieux développement. Personne n'ignore à quel rang étaient jadis placés dans le monde politique les ministres des électeurs et autres princes du Saint-Empire. Ce n'est que par suite des causes déjà indiquées , que ces princes ont eu des agens auxquels on a pu donner avec décence le titre de ministres des affaires étrangères. Le besoin qui s'est fait sentir aux souverains d'avoir dans leurs ministres des hommes dont le mérite pût lutter contre celui de la diplomatie des grandes puissances, a éclairé leur choix; et la gravité des questions qui ont été débattues , l'urgence des déterminations , l'opportunité du moment qu'il importait de saisir, toutes ces délicates circonstances , resserrées dans un court espace de temps , ont formé une nouvelle école d'hommes d'Etat, qui, sous peine de compromettre la cause de leurs princes , ont dû se dégager de la rouille des vieilles habitudes et quitter les voies tor-

( '73) tueuses de la politique des anciens temps , pour prendre une marche plus franche et plus décidée. Aussi la Bavière, le Yirtemberg, et des Etats moins puissans encore , ont-ils eu des ministres dont le nom n'est pas sans illustration , qui depuis ont lutté, et plus d'une fois avec succès, contre les prétentions exagérées des grandes puissances. La différence , comme on le voit , est immense entre l'ancien empire germanique et l'Allemagne telle que l'ont faite la révolution française et Napoléon, qui, sous ce rapport , a bien été son continuateur et son représentant. Eh bien! c'est cette nouvelle Allemagne , qui, au lieu d'être comme autrefois, un instrument passif de l'Autriche , est maintenant pour elle inconvénient, difficulté, obstacle , qui même pourrait devenir menace et danger dans le cas où les forces de cette puissance seraient appelées au loin par une guerre étrangère. Cette considération est incontestablement une de celles qui ont le plus influé sur les efforts faits par l'Autriche pour concilier les différends de la Turquie et du cabinet de Pétersbourg. Si l'on avait pu en douter, le cabinet autrichien lui-même aurait pris soin de nous l'apprendre. Je ne puis mieux en établir la démonstration

( =74 ) qu'en faisant apparaître sur la scène le principal organe de ce cabinet, et qu'en reproduisant son propre langage. Ce n'est pas moi qui vais appeler ici datte l'arène le ministère autrichien , c'est ce ministère qui de lui-même y est gratuitement descendu. Sans doute tout acte de gouvernement, une fois rendu public , appartient à la discussion de quiconque veut s'en saisir ; et , sous ce rapport, en examinant un acte de cette nature, je ne ferais qu'user d'un droit bien légitime ; mais ma position est plus avantageuse encore. La pièce sur laquelle j'appelle l'attention , n'est point une note , un office de cabinet à cabinet, c'est une sorte de proclamation d'un gouvernement à l'occasion de l'ouvrage d'un publiciste. Mon rôle en cette circonstance n'a donc aucun caractère d'agression. Je suis entièrement sur la défensive , puisque je ne fais qu'appuyer de quelques réflexions l'écrit d'un particulier attaqué par un gouvernement ; mais ce qui vaudra mieux que mes argumens , ce sont les aveux mêmes échappés au ministère autrichien, et qui viendront à l'appui des opinions que j'exprime sur sa situation à l'égard de l'Allemagne.

Écrit rcmac- Un écrit a paru à Francfort et à Leipsig sous

le titre : Rapport au prince de sur Pétai quable sur

actuel de V Europe» Cet écrit de peu d'étendue de l'Europe, fixe aussitôt l'attention du principal ministre de l'Autriche, à tel point qu'il croit indispensable d'en faire une réfutation détaillée. Par une circulaire du 16 février 1822, il adresse cette réfutation à tous les agens diplomatiques autrichiens accrédités auprès des Etats d'Allemagne \ et les charge d'en donner communication aux ministres des affaires étrangères de ces divers Etats. Le 21 mars, cette pièce est imprimée, sous l'approbation de la censure bavaroise, dans la gazette d'Augsbourg, Peu de temps après elle est répétée par la gazette officielle de Stuttgard. Un tel mode de publication ne laisse aucun doute sur son authenticité.

Je m'abstiendrai de m'étendre sur le fond de l'ouvrage. On le connaîtra par les citations mêmes que renferme la réfutation autrichienne ; mais je dois cependant en indiquer l'esprit. Son but, comme l'avoue la réfutation elle-même, est purement politique, en ce sens que ce n'est pas aux peuples , mais aux princes que s'adressent ces conseils. Les questions dont il s'occupe sont des questions d'Etat à Etat, et ne portent point sur les rapports des gouvernemens avec

(«70 ) les peuples. Laissant de côté pour le moment, l'organisation inférieure qu'il subordonne à certaines conditions préalables, il traite avec un égal dédain le système représentatif dans lequel les peuples avaient follement, selon lui, cru trouver un remède universel contre tous les désordres sociaux, et le système de stabilité qui entrave la marche de l'esprit humain et étouffe les progrès de la civilisation. 11 paraît croire que le véritable point de repos où doit s'arrêter le mouvement de notre siècle n'est pas encore trouvé , et qu'il reste à découvrir un système nouveau dont il n'expose la nature que d'une manière vague et confuse. Le reproche d'obscurité que l'on fait à cette partie de l'ouvrage n'est pas sans fondement, mais peut-être n'est-il pas toujours facile, surtout en Allemagne, de s'exprimer sur certaines matières aussi clairement qu'on le voudrait, et, ce qui est essentiel , la réfutation autrichienne reconnaît elle-même que les points d'amélioration auxquels doit conduire le nouveau système de l'auteur peuvent se concilier avec toutes les formes de gouvernement : elle reconnaît que , malgré le peu de respect qu'il montre pour les institutions existantes y il n'en demande pas le

( *77 ) renversement , et lui-même il a soin de déclarer <c que pour lai, les formes du gouvernement » n'en sont pas l'essence ; qu'on ne doit s'occu- » per des formes intérieures qu'après que l'indé- » pendance a été assurée au dehors. » Ce point élevé d'où part l'auteur le mettant à son aise à l'égard des deux théories aujourd'hui dominantes, le système représentatif et le stabilisme autrichien, il se donne carrière contre toutes <leux à la fois , et peut-être cette virulence qui , tout en combattant le maintien des anciens abus j n'épargne pas davantage le mode de gouvernement réclamé en ce moment par les peuples, est une nouveauté qui aura eu quelque attrait pour le cabinet autrichien ; mais nous craignons que ce ministère ne se soit mépris ; car si l'on examine les griefs de l'auteur contre le système représentatif, on trouve, par exemple, qu'il lui reproche de n'avoir pu empêcher en France de mauvaises lois et de pernicieuses mesures qu'ont en effet combattues en vain les amis de la liberté. Sans s'expliquer sur les formes de gouvernement qu'il juge le plus convenables , il voudrait, avant d'y songer, une puissance énergique , une sorte de dictature qui comprimât tout ce qui s'oppose aux nécessaires ré-

( 173) formes que demandent l'esprit du siècle et les besoins de la société. Son argumentation contre le système représentatif est ainsi moins dirigée contre ce régime en lui-même , que contre l'insuffisance de sa force dans l'état actuel de son application. Il n'y a pas là pour les stabilisiez une concession dont ils puissent être flattés. La question principale à laquelle s'attache l'auteur est la question d'indépendance. 11 semble douter que les Etats allemands jouissent d'une indépendance réelle ; il les encourage à faire tous leurs efforts pour s'assurer cette indépendance dans sa plénitude , et il leur indique des moyens qu'il présente comme compatibles avec le maintien de la confédération germanique. Là , se prononce le dissentiment de l'auteur et du cabinet de Vienne. Ce cabinet ? qui voit dans de telles assertions une attaque dirigée contre lui , prétend , d'une part , qu'il n'a porté aucune atteinte à l'indépendance des Etats germaniques , de l'autre que les moyens indiqués tendraient au renversement des lois fondamentales de la confédération. C'est spécialement cette partie des observations officielles du ministère autrichien qui nous intéresse, puisqu'elle se rapporte d'une manière directe au sujet de ce

( '79 ) chapitre, à l'état politique de l'Allemagne. Nous allons citer textuellement ces observations. Après avoir relevé les passages dont nous venons déposer l'objet, le cabinet autrichien ajoute ce qui suit.

« Peut- être une chose plus curieuse encore Tcxte :':1os

observations

est que 1 auteur se prononce en termes for- autrichiennes, mels pour le maintien de la confédération germanique. Bien différent, comme on le sait, était sur ce point le langage du manuscrit venu de V Allemagne méridionale , ouvrage dont la proche parenté avec celui-ci, n'en échappera pas pour cela davantage à l'œil du connaisseur (i). L'anonyme d'aujourd'hui se fait l'ardent apologiste de l'organisation fédérale allemande. Il la proclame nécessaire , si l'Allemagne ne doit pas être, comme autrefois, le champ de bataille des étrangers; forte , si on la comprend d'après son génie : <( Les gouvernemens allemands, dit -il, » n'ont besoin que de vouloir, et nous serons » bientôt, sous cette confédération, 3e peuple

(î) Le rédacteur de ces observations trouvera peutêtre qu'elles ne sont pas traduites d'une manière brillante- J'ai dû préférer l'exactitude de la pensée à l'élégance du style.

( i8q ) » le meilleur, le plus civilisé et le pins puissant » de la terre. » On devrait croire que la confédération germanicpie ne pourrait pas trouver un plus ardent défenseur, mais bientôt on découvre assez quel serpent ( i ) sommeille sous ces roses.

Enfin , Fauteur voit dans l'insurrection des Grecs un événement historique par lequel l'Europe est réveillée de ses rêves de stabilisrne comme de ses rêves de libéralisme, et est rendue propre à toute espèce de régénération. Là, il descend visiblement des hauteurs orgueilleuses où il s'était montré, planant tout-à -la-fois sur tous les partis et sur toutes les opinions : il mêle sa voix aux chants des amis passionnés de la révolution grecque et surpasse leurs déclamations insensées. La liaison de cette tirade avec le reste annonce , comme nous le développerons bientôt , que son enthousiasme pour la cause des Grecs n'est qu'un jeu qui sert de manteau à d'autres projets. Cependant il résulte des remarques pré-

(1) Certains puristes ont critiqué le mot arc-en-ciel clans une proclamation espagnole. Nous craignons qu'ils ne fassent pas grâce au serpent sous les roses du cabinet autrichien.

cédentes, que le caractère de cet écrit, quoique révolutionnaire dans sa substance , n'est pas démagogique dans le sens ordinaire du mot, et sa dissection ultérieure prouvera que , poursuivant un but purement politique, il a moins pour objet les peuples que les princes, et même une certaine classe de princes , assez clairement désignée ( si ce n'est même le seul prince particulièrement favorisé par le nouveau réformateur ). L'Allemagne est le théâtre ou doivent agir le héros ou les héros de Fauteur. C'est à l'Allemagne seule qu'il a affaire. Là, selon son opinion, l'Autriche a, comme en Italie > par les évènemens de l'année dernière, obtenu une influence incalculable, et, heureusement, nous pouvons nous féliciter, ajoute-t-il avec une ironie perfide, ^c qu'elle n'ait pas complété l'édifice de sa toute- » puissance , en l'appuyant sur un système » d'administration populaire et conforme aux » nouvelles idées ; mais le moment est venu , ou y> bien il n'est pas loin , et la catastrophe de la » Grèce en répond, où l'Autriche perdra une )) grande partie de sa prépondérance actuelle. » Ce moment ne peut point passer sans être )) mis à profit. C'est dans ce moment que ceux y> qui sont opprimés par cette puissance , doi-

( Ï8? ) y> vent s'élever au sentiment de leurs forces \ » au maintien de leur dignité. » Tel est, à proprement parler , 3e thème de Fauteur 5 telle est la clef de ses assertions, souvent énigmatiques , qu'il a enveloppées d'une obscurité artificielle , sous une représentation sciemment fausse des faits, et sous une hypocrite admiration de la politique du cabinet autrichien. De ce point de vue, la lumière se répand sur l'ensemble, et l'intention de chacune de ses assertions, bien que paradoxales, s'éclaircit parfaitement. D'après le tableau des relations des puissances, tableau fait par l'auteur , et qui n'est pas mal calculé pour son but , il n'y a aujourd'hui que trois Etats qui décident des destinées de l'Europe, la Russie, l'Autriche et l'Angleterre, ce La )) France (1) a, pour le moment, perdu toute » action politique, parce que ses ennemis ont )> été assez habiles pour lui imposer sa lutte avec » ses libéraux, comme son unique affaire. La

(1) Est-il bien délicat, de la part du cabinet autrichien , de répéter •-, même pour la démentir , une allégation offensante pour iine puissance amie ? N'y a-t-il pas plutôt de la vanité dans ce démenti , auquel il sait bien qu'on ne croira pas ?

» Prusse n'ayant pas eu le courage de se pro- » noncer pour la perfectibilité de l'esprit huy> main , et de se placer à la tête des peuples , » s'est livrée sans réserve à la discrétion de l'Any> triche. Les autres Etats allemands n'ont aucune » volonté, ou aucune force; et ainsi, sans parler » de l'Italie , l'Allemagne tout entière est dey> venue autrichienne, par les liens divers de » l'esprit, de l'amitié et de la peur. Le système y> politique actuel n'a procuré d'avantage nota- » ble à aucune autre puissance. La moisson par » cette cause n'en a été que plus abondante pour )) l'Autriche. Sous la protection de la Sainte- » Alliance, et par un adroit développement de » ses principes, cette cour s'est assuré la direc- » tion ou plutôt l'oppression de- l'esprit du » siècle. Pourvue de ce puissant instrument , » auquel elle a mis la dernière main au congrès » de Carlsbad , elle exerce une domination sans )) bornes en Allemagne et en Italie , en se pré- )) sentant aux autres gouvernemens comme un » rempart contre les dangers qui menacent leur y> état de possession ; )) en sorte que , d'après les perfides insinuations de l'auteur, on devrait croire que le cabinet autrichien, dont , à chaque occasion , il loue la profonde politique aux dépens de

sa loyauté, a créé à dessein ces dangers, pour pouvoir, sous prétexte de les combattre, tenir dans ses mains la suprême direction de toutes les puissances européennes. <c Ainsi , dit-il , s'est >:> développé le principe du maintien des droits y> antérieurs, ou le système du stabilisme avec le y> secours de la politique et de la fortune, <îe )) telle manière qu'une seule puissance a obtenu )> une prépondérance absolue, sans que la Russie )) ni l'Angleterre aient pu retirer les mêmes )) avantages. » Il serait inutile de rechercber ce qui peut engager un patriote allemand (1) à se porter pour défenseur de l'intérêt de monarchies étrangères (desquelles il ne parait pas d'ailleurs être un grand partisan ) , car on voit qu'il n'a devant les yeux que deux maux dont l'un lui est aussi odieux que l'autre , le système de stabilité , quoique , d'après sa définition , ce ne soit que le maintien des droits antérieurs, et la prépondé-

(1) Ne dirait-on pas que le patriotisme allemand consiste à favoriser la généralisation du despotisme autrichien ? N'en déplaise à l'organe de ce cabinet , ce n'est point manquer d'esprit national , que de désirer ; entre les grands Etats, un partage de puissance qui ôte à l'Autriche les moyens d'opprimer impunément l'Allemagne.

rance que s'est acquise l'Autriche par une artificieuse exploitation de ce principe. 11 espère voir sans faute le monde délivré sous peu de l'un et de l'autre de ces maux 5 et cela de la manière suivante : « L'insurrection inattendue des Grecs, y) par laquelle a été remise en mouvement la )) roue du temps qui s'était arrêtée, a, comme » un orage , purifié l'atmosphère qui pesait sur 3) l'Europe, et elle a ramené la sagesse sur le )) théâtre du monde. Ce grand, ce glorieux évèy> nement , qui ne peut être méconnu et calomnié y> que par l'observateur autrichien , a ébranlé )) jusqu'en ses fondemens le système politique » existant jusqu'à ce jour. Il s'est découvert y) enfin que ce système, que l'on avait à tort » jusqu'à présent regardé comme l'œuvre comy) mune des puissances européennes, n'était » qu'une œuvre d'adresse profitable à l'Autriche )) seule, et que la Russie nommément ne pouvait » pas considérer plus long-temps comme étant )) encore le sien. Une séparation prochaine des )> cours est dès ce moment inévitable : elle est )) même déjà consommée ( i ) , dût l'accord diplo-

(i) Ce jugement n'est que l'expression d'un fait, mais il n'appartenait qu'à un esprit pénétrant de saisir

y> maiique le plus parfait continuer à se mani- J) fester au dehors. x> Yoilà le point pour lequel tous les autres sophismes de Fauteur n'étaient qu'une introduction , et c'est là le but de son enthousiasme simulé pour les Grecs. L'importance de cette sanglante rébellion ne pouvait pas être représentée sous des couleurs trop fortes et trop terribles , pour en faire sortir le présage de l'immédiate dissolution de l'alliance européenne , l'isolement et l'affaiblissement nécessaire de l'Autriche, et pour inspirer du courage à ceux quij dans ce changement essentiel des circonstances, doivent être appelés aux entreprises les plus hardies contre elle. Après cette préparation, l'auteur explique ses vues plus clairement encore : ce Heureux, dit-il, les Etats » qui, par le changement du système politique , J) peuvent non -seulement se maintenir, mais y> même devenir plus puissans! » Quels sont ces Etats? il ne le laisse pas en doute. Déjà, dès la première page , il a été dit: ce La confiance -pa- :» tien te des petits Etats est le fondement du sys- )) tème suivi par les grandes puissances. » Main-

ce fait à son origine sous les fausses apparences qui le couvrent.

( >87) tenant il se trouve que tout est disposé pour mettre fin à cette patiente confiance, ce Dans un » tel moment, l'Allemagne peut espérer de se » réveiller de son apathie : le but est digne de )) ses efforts : il est de plus facile à atteindre , » parce que le temps en a frayé les chemins. )) Appuyée sur l'acte fédéral , l'Allemagne peut )) se remettre en possession de sa dignité et de » son indépendance perdues. Chaque prince )) souverain peut donner l'exemple du courage, » Silaforcemiiitaire est peu considérable, l'opiy> nion publique l'aura bientôt centuplée. Une » seule déclaratioi*énergique à la diète , faite à )> la face du monde , est en état de dissiper le y> nuage qui, jusqu'à présent, a converties né- » gociations de Francfort. )) Ainsi s'expose en termes clairs le sens de cette épître, qui est comme le second tome de l'écrit sur V Allemagne méridionale. Suivant cet écrivain , les Etats germaniques et leurs gouvernemens sont, par la toute-puissante influence de l'Autriche sur la confédération, placés dans un état de dépendance qui ne peut pas se supporter plus long-temps. Par son union avec d'autres grandes puissances, et particulièrement avec la Russie, l'Autriche a été jusqu'à présent assurée de sa

( .88 ) domination sur F Allemagne. Les temps sont changés : les chaînes de ce système politique sont rompues. Le soulèvement des Grecs a ouvert la voie au soulèvement de l'Allemagne. Pour qu'il s'opère complètement, il faut qu'il s'exécute avec des formes constitutionnelles. Il faut que la voix d'un prince déterminé donne à la diète un signal, qui rassemble et réunisse tous ceux qui sont de la même opinion. Si l'Autriche est une fois battue à la diète avec son formalisme, ses scrupules surannés, sa politique endurcie et son immobilité qui tremble devant les innovations ; si la législation de la diète se libéralise , et que tout soit disposé de manière que , par de brusques motions, on puisse faire en un jour ce que ne peuvent produire maintenant des années de délibération , alors toutes les autres barrières tombent d'elles-mêmes. Pvien ne pourra empêcher le restaurateur de l'Allemagne de marcher de victoire en victoire , d'écraser la tête du fanatisme nouveau comme de l'ancien obscurantisme , et de renverser en même temps et le système représentatif, et le système de stabilité. Alors un autre Bonaparte , un Bonaparte germanique fera , par sa propre force , triompher la loi de la nature, qui appelle le plus grand génie

au commandement ; il détruira ce qui reste de préjugés et de vieilles institutions, non p as pour s'en laisser prescrire d'autres par de prétendus représentans du peuple , mais pour élever par sa volonté propre, illimitée, héroïque, un trône convenable aux lumières et à la civilisation du siècle. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cet emphatique manifeste , c'est l'entière différence de physionomie et de ton qui le distingue de tous ceux qui avaient paru jusqu'à ce jour. Le parti qui a en horreur l'ordre actuel de l'Allemagne, a déjà deux fois changé la position des batteries qu'il dirige contre la confédération. Dans le premier période , où s'agitaient vivement les rêves d'un parlement germanique , d'une seconde chambre à la diète , et d'une représentation de peuples, au lieu d'une représentation de souverains, la diète qui devait exécuter cette grande révolution était un objet de respect. Dans le second période, après que cette vaine espérance s'est évanouie, et que les résolutions de Francfort et de Vienne ont assuré à la confédération son caractère natif et un développement régulier , il s'est élevé, d'abord dans le manuscrit de V Allemagne méridionale, une opposition non dissimulée, hostile, non -seulement

( '90) contre telle ou telle destination de la diète, mais contre son existence. Elle a été représentée comme une création misérable, impuissante, complètement nulle pour tout but raisonnable, et même comme une invention insidieuse des grandes puissances, et comme la ruine inévitable des petitsEtats.il a été proposé dans les termes les plus clairs de l'anéantir par des alliances séparées, de former de nouveaux corps d'Etats, sous le protectorat de tel ou tel prince, et, pour simplifier l'ouvrage, de réunir en un seul Etat un grand nombre de petites souverainetés. Pour prêter l'oreiîle à de telles propositions l'opinion publique en Allemagne n'était pas encore assez aveuglée , assez pervertie : leurs auteurs secrets se sont repliés en arrière, et le manuscrit de l'Allemagne méridionale , après avoir causé un moment de surprise, a dû disparaître dans le tombeau de l'oubli (i). Maintenant est arrivé le temps d'une troisième métamorphose. La confédération est de nouveau un objet d'éloges : elle n'est ni faible , ni pré-

(1) Si cet écrit est tombé en effet dans l'oubli, pourquoi y revenir sans cesse ? 3S 'est-ce pas nous apprendre qu'il a blessé au vif le cabinet autrichien?

( '9i ) judiciable ; elle est nécessaire, salutaire pour F Allemagne. Seulement il faut « la comprendre » d'après son génie. )> ïl faut que les Etats allemands réclament leur indépendance et leur dignité. Il faut profiter du moment qui, grâce en soit rendue aux Grecs, est si favorable pour se soustraire à la tutelle de l'Autriche. Il faut de Francfort lancer dans le monde ulie proclamation énergique, proclamer un nouveau système politique , et confier son immédiate exécution aux plus habiles et aux plus audacieux. Les princes allemands sont, grâce au ciel, trop éclairés j)our ne pas traiter ces folles propositions, comme ils ont traité celle de la désorganisation du système fédéral, par le mélange d'élémens démocratiques, et, dans le période suivant, celle de sa dissolution par îa formation d'alliances infidèlement séparées. Les princes allemands savent ce qu'il faut penser de cette suprématie si dangereuse de l'Autriche sur l'Allemagne : ils savent si l'Autriche, dans aucune de ses relations politiques , dans ses relations fédérales surtout, a jamais aspiré à une supériorité inconvenante, si elle abuse de sa position politique pour l'oppression des droits étrangers, si jamais elle a violé l'indépendance du plus petit Etat;

si jamais, a la diète, elle a troublé la liberté des négociations par l'apparence d'une seule prétention déplacée. Ils reconnaissent, ces princes, ils sentent dans l'intérieur de leur conscience la réalité et la grandeur des dangers contre lesquels l'Autriche, par le sentiment d'un devoir sacré , a élevé sa voix monitoriale : ils ont sous les yeux l'état du monde, les orages menaçant de toutes parts, leurs propres soucis et leurs embarras particuliers (i) , et l'attaque journalière de tant de forces ennemies, que peut seule repousser la fermeté la plus inébranlable unie à la' plus profonde sagesse. Tout cela est trop sensible aux yeux des princes allemands pour qu'un traître puisse réussir à leur persuader que l'Autriche ait inventé ces dangers pour en faire la source d'un misérable avantage particulier. Ils sont intimement convaincus qu'une étroite union de principes et de mesures est aujourd'hui la seule vraie politique , la seule voie de salut pour les petits comme pour les grands Etats, et que le renversement de la confédération, ou seulement la malheureuse tentative d'ébranler ses principes

(i) Le cabinet autrichien croit-il qu'on puisse prendre cet entassement de mots pour un argument ?

( -93 ) et ses formes fondamentales, serait pour eux le signal de leur ruine commune. Si un seul de ces princes, ou bien, car il n'est pas permis d'admettre ce cas-là comme possible , si un Conseiller aventureux et turbulent, poussé par l'influence d'une faction , ou par son ambition particulière , avait la témérité, en abusant du nom de son maître , de proposer à la diète la dissolution de la confédération , sous le prétexte d'une réforme à introduire dans l'acte fédéral, quel résultat pourrait- il se promettre d'une tentative aussi insensée? Bien loin d'être, comme l'annonce le nouveau prophète , salué de toutes parts comme le libérateur de l'Allemagne , il ne rencontrerait qu'un mécontentement général et une opposition unanime : la gloire qu'il aurait eu l'espoir de moissonner, se dissiperait en ridicule et en mépris. Par bonheur, la supposition que la conjoncture actuelle soit favorable à une entreprise de cette nature , est aussi peu fondée et aussi vaine que l'espoir de gagner à ces projets les voix des princes de la confédération. Il subsiste , il subsiste encore ferme et inébranlé , ce système politique, la dernière ancre de l'ordre social en Europe, le dernier rempart du monde civilisé contre l'irruption de nouveaux barbares.

Il n'y a que des esprits fantasques ou mal intentionnés qui puissent vouloir nous persuader que la rébellion des Grecs, venue si à propos pour eux , en doit être la mort prochaine , la mort inévitable. Au lieu de p#ir dans cette tempête , il saura la conjurer, la dissiper d'une manière victorieuse- et si, au mépris des vues les plus saines , de la sagesse la plus éclairée des cours , la rébellion devait être le prélude de la guerre , il n'échouera pas encore à cet écueil , il saura y échapper et y survivre. Aussi long -temps que de l'alliance européenne il existera encore pierre sur pierre, aucune imagination révolutionnaire ne pourra aller jusqu'à détruire le point central de la confédération germanique. Cette nouvelle tentative ne doit pas plus que les tentatives précédentes, exciter de craintes sérieuses, et l'on peut, sans risque , mépriser le nouvel écrit qui veut lui ouvrir la barrière , comme une impuissante , bien que perverse, rêverie. Cet écrit, toutefois, n'en demeure pas moins significatif, moins instructif. Comme il est difficile de croire qu'une rapsodie si éloignée du jargon du temps, et qui a un but pratique , quoique impossible à atteindre , ait pu naître dans la tête d'un écrivain isolé, sa publication prouve de quelles espérances

et de quels projets ilfaut que l'on s'occupe en de certains cercles; et, quoique cette découverte ne soit pas nouvelle, il est toujours avantageux que des confidens indiscrets mettent au jour, pour l'instruction et l'avertissement des gens de bien , les projets non encore mûrs de leur parti. »

Là se terminent les observations officielles de l'Autriche. Il nous semble que l'auteur de l'écrit réfuté aurait bien à son tour quelques remarques à faire, quelques aveux à saisir, quelques conséquences à tirer de ces aveux. Nous allons nous mettre à sa place , et répondre pour lui à quelques-unes des allégations du cabinet autrichien.

Avant tout, nous ne pouvons nous défendre de trouver étrange que ce cabinet déclare méprisable un écrit auquel lui-même , par une si longue réfutation , prouve assez qu'il attache quelque importance. L'exemple que donne ce cabinet est unique en son genre. Quoi ! cet écrit n'est qu'une œuvre méprisable, et la première puissance de l'Allemagne se croit obligée d'en faire l'analyse , d'exprimer son opinion sur son contenu, et de communiquer ce commentaire officiel aux cours germaniques , par la voie de ses ambassadeurs ! D'une part , un écrit que l'on

( ig6) voue au mépris ; de l'autre , une réfutation sérieuse , solennelle ; réfutation qui ne dédaigne pas de descendre dans les profondeurs de la politique des cabinets : c'est là, sa,ns contredit, le plus bizarre des contrastes.

La définition que donne le cabinet autrichien de ce malencontreux ouvrage, ne laisse pas que d'être curieuse en même temps qu'elle est assez significative. On le déclare révolutionnaire dans sa substance , quoiqu'il ne soit pas démagogique dans le sens ordinaire du mot. D'abord , dans quel sens cet écrit est- il révolutionnaire ? L'explication est naïve : il est révolutionnaire , dit-on , parce qu'il conseille aux souverains allemands de s'affranchir de la tutelle de l'Autriche! Depuis quand est-ce un acte révolutionnaire de la part des souverains , que de vouloir se soustraire à un ascendant étranger ? C'était donc une entreprise révolutionnaire , que l'insurrection de l'Allemagne, pour briser le joug de la domination française ! A qui, dans cette acception, le titre de révolutionnaire peut-il être plus justement décerné, qu'au principal ministre de l'Autriche , qui tant de fois a engagé les princes de la confédération du Rhin à se soulever contre le protecteur de la confédération? Cependant ce

protectorat était consacré par des traités, tandis que l'Autriche n'a aucun droit pour s'ériger en tutrice de F Allemagne , puisque l'acte fédéral n'admet entre les confédérés aucune distinction, et qu'au contraire il leur assure à tous des droits égaux. Mais, dit le ministère autrichien, jamais l'Autriche n'a prétendu à cette tutelle qu'on l'accuse d'avoir envahie. Eh bien ! pourquoi tant de colère? pourquoi de si longues explications auprès des cours allemandes? Quel singulier révolutionnaire qu'un homme qui excite les princes à une levée de boucliers contre une chose qui n'existe pas? C'est un visionnaire qui ne méritait pas l'honneur d'une si laborieuse réfutation, un vrai Don Quichotte qui a pris des moulins à vent pour des géans.

Ce n'est pas tout : en déclarant que l'écrit contre lequel on s'élève, n'est pas démagogique dans le sens ordinaire du mot, on insinue évidemment qu'il est démagogique dans un sens extraordinaire. La distinction ne se fait pas attendre. On se hâte aussitôt de la rendre sensible, en ajoutant que l'auteur a moins en vue les peuples que les princes > et même une certaine classe de princes. Cette phrase renferme un sens profond, qui, nous n'en douions pas, aura été

( 198) saisi par les ministres des affaires étrangères des divers gouvernemens , auxquels les observations officielles de l'Autriche auront été communiquées. Provoquer les princes, et surtout une certaine classe de princes , à secouer une onéreuse curatelle , est 3 selon le ministre de cette puissance, un acte de démagogie! Ainsi donc, la certaine classe de princes désignée, forme, relativement au cabinet autrichien, une sorte de démocratie princière , qui serait en état de révolte , si elle aspirait à une pleine indépendance ! Il n'y a qu'un révolutionnaire, un démagogue, un traître ( car cette dernière épithète n'est pas non plus épargnée), qui puisse donner un semblable conseil ! L'aveu est remarquable : il mérite une sérieuse réflexion. Jusqu'à présent on n'avait connu en Allemagne que des princes souverains et des princes titulaires. Conseiller à des princes souverains de reconnaître un prince titulaire pour tuteur, ce serait certainement les trahir. Conseiller à des princes médiatisés d'entraver, par leurs intrigues, la marche d'Etats souverains dont ils sont sujets , pourrait encore s'appeler trahison ; et l'on sait s'il se passe rien de semblable en Allemagne ; mais, n'en déplaise aux distinctions sophistiques des grandes puis-

sances , il n'y a ni trahison t ni démagogie , ni esprit révolutionnaire, à donner à des princes souverains le sage et patriotique conseil de faire tous leurs efforts pour conserver intacts, à l'égard des puissances étrangères, les droits de leur souveraineté.

Mécontent des plaintes formées contre son excessive prépondérance, le cabinet autrichien accuse ses adversaires de vouloir ébranler l'ordre de choses actuellement existant en Allemagne. Il les présente comme formant un parti bien organisé, qui, selon les circonstances, a changé ses batteries de position , et il distingue trois périodes dans les attaques de ce prétendu parti. Il serait bien permis de croire que la divergence d'opinion sur le mode des réformes à entreprendre, au lieu de prouver l'existence d'un parti unique, annonce au contraire l'existence d'un grand nombre de partis ou de fractions qui se réunissent en un point, l'uniformité de mécontentement; mais, sans examiner si l'accusation mise en avant par le cabinet autrichien est plus ou moins fondée, ce qui me frappe le plus, c'est l'extrême chaleur que met luimême ce cabinet à se justifier des imputations dirigées contre lui. « Les princes allemands,

» dit-il , savent si l'Autriche a jamais abusé de » sa position politique pour attenter aux droits » des autres Etats. » Selon toute apparence, les princes allemands se seront gardés de répondre à cette interpellation ; mais les réponses, ce me semble, ne manqueraient pas à l'auteur de l'écrit qui l'a provoquée. Ne pourrait-il pas en effet rappeler le traité de Ried qui avait promis à la Bavière une portion des Etats du grand-duc de Bade en échange des cessions que l'Autriche avait exigées d'elle ? Sans l'intervention de la Russie qui a empêché l'effet de ce traité, n'aurait- on pas vu les Etats d'un prince de la confédération morcelés au sein de la paix ; et , pour sauver les droits de la maison de Bade , n'a-t-il pas fallu léser ceux de la Bavière , dont l'Autriche a gardé les cessions sans lui faire obtenir l'indemnité qu'elle lui avait garantie ? Plus récemment encore , que serait devenue l'indépendance des princes d'Anhalt , si la Bavière et le Virtemberg , à la tête d'une certaine classe de princes , n: 'eussent opposé une vive résistance à la volonté trop concordante de l'Autriche et de la Prusse ? Parmi diverses dispositions inquiétantes pour l'indépendance des princes allemands, serait-il hors de propos de

ranger le système suivi pour l'organisation (i) de l'armée fédérale et plus encore l'insistance soutenue de la cour de Vienne pour faire établir à Ulm ou dans le voisinage de cette ville la forteresse qui, d'après les conférences (2) de Paris, devait être (3) construite sur le haut Rhin? Les résolutions de Carlsbad, les mesures adoptées par la diète de Francfort, mesures destructives de la loi fondamentale de plusieurs Etats, sont-elles autant de preuves qui attestent les égards scrupuleux des grandes puissances pour l'indépendance des Etats d'un ordre

(1) L' Autriche a repoussé les projets qui tendaient, par la réunion des troupes des petits Etats en deux corps seulement, à former des masses un peu considérables. C'eût été , a-t-elle dit , introduire des armées dans l'armée; comme si ce reproche n'était pas beaucoup plus fondé à l'égard des corps séparés de troupes autrichiennes et prussiennes. Le morcellement des troupes allemandes , en une foule de petits corps , lui convenait mieux. C'est ce qui a été adopté.

(2) 3 novembre.

(3) Une forteresse établie à Ulm ne serait une barrière que pour l'Autriche , puisque ce serait laisser à découvert les autres Etats de l'Allemagne méridionale. Ce serait en même temps une citadelle du haut de laquelle l'Autriche tiendrait ces Etats en respect.

inférieur ? Cette indépendance peut-elle surtout aujourd'hui être bien complète, s'il est vrai que, dans le dernier congrès de "Vienne , l'Autriche ait fait admettre par les souverains des articles tellement conçus, que, sans la demande de ces princes, et même sans leur consentement, leurs Etats peuvent être déclarés en insurrection par les grandes puissances qui dirigent la confédération ? Lorsque la diète est devenue un instrument dont ces puissances s'arment contre les Etats confédérés , est-ce un crime d'exhorter les chefs de ces Etats à chercher dans leur propre sagesse des moyens de salut que la confédération ne saurait leur offrir? Est-ce vouloir, suivant le style des observations officielles, renverser le dernier rempart du monde civilisé contre V irruption de nouveaux barbares ? C'est avec plaisir qu'on entend le mot de civilisation sortir de la bouche d'un ministre autrichien ; mais il est fâcheux d'avoir à se débattre avec lui sur la valeur des termes. La civilisation dans son langage est le maintien de ce qu'il appelle les droits existans y et , sous ce nom , ce sont les abus existans qu'il faut comprendre. On se demande aussi où sont les barbares contre lesquels le système existant peut servir de rem-

part. Le mot irruption indique qu'ils viennent du dehors. Serait-ce de la France? On a beau faire. Prétendre qu'entre les nations civilisées la France ne soit pas au premier rang , c'est une absurdité que n'oserait se permettre le plus hardi des écrivains officiels. Peut-être viennentils de la Turquie ? Mais ces barbares-là sont sous la protection spéciale de X observateur autrichien ; et c'est par intérêt pour eux que le ministère lui-même voit dans l'écrit qui lui a porté tant d'ombrage , la plus extravagante des déclamations en faveur des Grecs.

Après avoir présenté le système de stabilité adopté par les grandes puissances comme le rempart de la civilisation , on n'est pas médiocrement surpris de voir le cabinet autrichien présenter à son tour la confédération germanique comme -point central de ce système. Ainsi, la civilisation européenne , telle que l'entendent les cabinets des monarchies absolues, s'appuie sur le stabilisme , et le stabilisme , sur la confédération germanique ! C'est ainsi sur cette confédération que l'Europe entière est assise ! Cette théologie politique ne rappelle-t-elle pas la curieuse cosmogonie qui fait reposer le monde sur un éléphant,

l'éléphant sur une tortue, sans dire sur quoi la tortue repose?

En arrivant à la fin de sa réfutation , le cabinet autrichien exprime une idée assez inattendue sur l'origine de l'ouvrage qu'il combat. « Il es* difficile de croire, dit-il, qu'un écrit si )) éloigné du jargon du temps, qui a une ten- » dance pratique, quoique le but soit impossible » à atteindre, ait pu naître dans la tête d'un y> individu isolé. » Nous n'avons aucune raison pour attribuer cet ouvrage à un seul homme plutôt qu'à un parti; mais le regarder comme l'expression de la pensée d'une collection d'individus , n'est-ce pas lui donner un degré d'importance que d'abord on voulait lui refuser ? Quel est, d'un autre côté, ce but pratique qu'en même temps il est impossible d'atteindre ? ]N'y a-t-il pas là confusion dans les termes? Comment ce qui est pratique serait-il inexécutable? S'il en était ainsi , le parti dont on s'effraie ne serait pas un parti bien dangereux, et il y aurait plus que de la prudence à prendre contre lui de si grandes précautions. « La publication de » cet écrit , continue le cabinet autrichien ? y> prouve de quelles espérances et de quels pro~

» jets on s'occupe dans certains cercles. » Quels sont donc les cercles dont il est question ? Sontce des cercles de simples citoyens étrangers à Faction des gouvernemens? Dans ce cas, il serait peu conforme à la dignité du cabinet d'une grande puissance de descendre dans la lice contre de si faibles ennemis , et de rendre l'Allemagne témoin du combat qu'il soutient contre eux. L'accusation est -elle dirigée contre des hommes d'un rang plus élevé, par exemple contre le ministre d'un prince souverain? Le procédé serait peu généreux. Ce serait une attaque contre laquelle la défense serait impossible, puisque le vague des termes ne permettrait pas au ministre inculpé de se reconnaître» En une pareille occurrence , le chef du cabinet autrichien eût évité ce qui a l'air d'une embuscade. Loyal chevalier, il se serait adressé de front à l'ennemi qu'il eût voulu combattre, et lui eût jeté le gant avec franchise. Faudrait-il supposer que les allusions dussent remonter plus haut encore? On ne saurait admettre une telle hypothèse. Si le cabinet autrichien pouvait avoir une pareille intention, il se montrerait en pleine contradiction avec lui-même, lui qui a exprimé une si profonde conviction sur la

parfaite conformité de principes des princes allemands avec les grandes puissances, et sur l'impossibilité de voir aucun d'eux se porter à des entreprises que l'on appelle absurdes et insensées. Nous nous rappelons cependant , malgré nous, que, dans le passage des observations officielles où il est dit que l'écrit réfuté a moins en vue les peuples que les princes et même une certaine classe de princes assez clairement désignée, se trouve cette singulière parenthèse : ( si ce n'est même le seul prince particulièrement favorisé par le nouveau réformateur). Il ne nous appartient pas de rechercher quelle a été, dans la pensée du ministère autrichien, l'application de cet étrange sousentendu. 11 existe : nous le constatons. De plus habiles ou de plus téméraires que nous lèveront ce voile, s'ils le peuvent ou s'ils l'osent. Nous nous croirions coupables de pousser si loin la curiosité ou l'indiscrétion.

Je bornerai ici les remarques qui m'ont le plus frappé dans le commentaire officiel de l'Autriche. Je les ai présentées pour rendre plus sensibles certaines allégations qui sont dignes d'une méditation sérieuse ; mais à l'égard des hommes dont l'esprit est familiarisé avec le

( 207 ) langage des cabinets , je ne puis que les engager à relire avec attention le texte même que j'ai cité de ce commentaire. Pour eux , ce texte en dira plus que toutes mes observations. Ils trouveront démontré par les aveux formels ou implicites de l'Autriche même que , comme je l'ai précédemment exposé , l'ordre de choses établi en Allemagne par suite de la révolution française et de la confédération du Rhin , déplaît vivement aux grandes puissances et leur cause de graves embarras. Comme il existe une ancienne France et une France nouvelle , il existe aussi une Allemagne ancienne et une nouvelle Allemagne. 11 y a dans les deux pays d'anciens intérêts qui voudraient regagner le terrain perdu, et des intérêts nouveaux qui veulent conserver le terrain conquis par eux. On dirait que les souverains germaniques de second ordre forment comme un peuple princier auquel aurait été octroyée une charte qu'on voudrait reprendre. Comme déjà , par les décisions de la diète de Francfort, on leur a enlevé une partie des libertés que chaque Etat devait tenir pour son inaliénable propriété ; comme par ces décisions, en faisant fléchir les lois fondamentales des Etats devant la suprême législation de la diète,

on a porté à leur indépendance le coup le plus mortel, il est évident qu'il doit y avoir anxiété et malaise , tant dans l'esprit des cabinets dominateurs, que dans celui des cabinets subordonnés. C'est là le mal secret , le ver rongeur qui tourmente certaines grandes puissances, et qui les pousse à d'inopportunes explications . dont l'effet le plus sûr est de confirmer ce qu'elles s'empressent de démentir. Cependant tous leurs moyens ne se bornent pas à ces maladroites publications. Il est au moins probable que, dans la confédération germanique ,1a diplomatie autrichienne agit à l'égard des Etats confédérés comme dans les gouvernemens constitutionnels l'autorité agit envers l'opposition \ on cherche à en diviser les membres. Les caresses, les cajoleries ne coûtent rien : on tâche surtout de séduire les plus puissans par la vanité. On ne demande pas mieux qu'à faire exception en leur faveur, et on les flatle d'une indépendance particulière en traitant avec eux d'égal à égal. Se tromperait-on , par exemple , si l'on supposait qu'il a été fait plus d'une tentative auprès de la cour de Munich pour la détacher de la fa- / mille des Etats de second ordre ? A de gra-

cieuses démonstrations, la Bavière aura répondu

C 2°9 ) par des démonstrations semblables; mais les positions ne paraissent pas être changées. 11 y aurait effectivement trop de simplicité à un roi de Bavière qui , placé à la tête d'une réunion imposante de princes, peut, au besoin, repousser loin de lui et de ses associés, d'injustes envahissemens , à descendre de cette honorable citadelle pour marcher en dernière ligne à la suite de puissances qui auraient bientôt oublié son sacrifice , et peut-être ne tarderaient pas à l'en punir. Ce serait Jacques Cœur devenu gentilhomme. Un tel danger n'est point à craindre , et l'Autriche, malgré l'affectation de son imperturbable confiance , n'est rien moins que rassurée sur les dispositions des souverains allemands. C'est ce qui se manifeste de toutes parts dans ses observations officielles. On en a encore une preuve de plus dans la peur qu'elle a eue d'inspirer elle-même de nouvelles inquiétudes , et dans le soin qu'elle a pris de déclarer aux Etats de la confédération que les affaires d'Allemagne n'entreront pour rien dans les délibérations du congrès actuel. Après avoir mûrement médité le langage du cabinet autrichien , et réfléchi sur la marche circonspecte que suit en ce moment ce cabinet, on jugera si nous

ne sommes pas fondes à soutenir que c:est 1 etat politique de F Allemagne, autant que Fétat politique et moral de l'Italie, qui Fa porté et qui le porte à faire tant d'efforts pour prévenir à tout prix une rupture entre le cabinet de Pétersbourg et celui de Constantinople.

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