Rymer, Foedera, t. IV, 2e partie, p
Mais il est arrêté par le bailli de Caen; on lui prend ses papiers ou parchemins, et parmi eux on trouve un « pelit advisement » qu’il avait fait sur le gouvernement du royaume. Du reste il avait déjà exposé ses théories dans d’intéressants ouvrages dédiés à des princes du temps, au duc d'Orléans, au duc de Berry, etc., dans le Sophologium, devenu en français l'Archiloge Sophie, et dans le Zivre des bonnes mœurs, écrit d'abord en langage ordinaire, et reproduit à un grand nombre d'exemplaires. Le Livre des bonnes mœurs a toute une partie consacrée aux princes el aux rois. Il serait trop long d'entrer dans le détail de celte morale à l'usage des puissants, foule surchargée de citations et d'exemples tirés de l’antiquité. Les titres de chapitres ou rubriques indiquent bien quel est le point de vue, quel est l'idéal de l’auteur. Il démontre comment les princes doivent être de bonnes vie et mœurs, piteux, ni eonvoiteux, ni avaricieux, toujours humbles et débonnaires, sobres et chasles, comment ils doivent justice maintenir en tous biens et garder, ce qu'ils doivent éviter et corriger, c’est-à-dire avarice, prodigalité, convoitise, ivrognerie, amour des femmes, jeux de dez, orgueil, etc. C’est encore et toujours le rêve religieux et ecclésiastique de la sainteté sur le trône.
Jacques Legrand ne fut jamais, que nous le sachions, le représentant officiel de l’Université; 1l était seulement un de ses plus brillants disciples. Jean Courte-Cuisse fut l’un et l’autre. Élève, puis mailre fameux du collège de Navarre, docteur en théologie, il s’était surtout signalé dans les difficultés du grand schisme par des ambassades près du pape d’Avignon, par des discours éloquents dans diverses assemblées du clergé de France et de l'Université; sa réputation lui avait valu la charge de grand aumônier du roi. Ses œuvres, qui ont été peu étudiées et qui sont encore pour la plupart manuscrites, nous le montrent comme un des bons orateurs politiques du temps. Dans le recueil de ses sermons, presque tous en français, on rencontre d'assez nombreux passages sur les malheurs du temps présent, des conseils pour le gouvernement du royaume. À la mort du duc d'Orléans, il fit, au collège de Navarre, avec Gerson, l’oraison funèbre du prince ! ; ses discours sur le schisme sont des haranoues autant politiques que religieuses ; enfin il prononça sur les réformes nécessaires et les ordonnances rendues par le roi à ce sujet un long discours que Du Boulay a publié à l’année 1403, mais qui doit être reporté à l’année 1413 et sur lequel nous aurons lieu de revenir ?.
4. Il était, du reste, conseiller du duc. (Bibl. Nat., Nouv. acq. franç., 3639, n° 312, 22 janv. 1398.) — 2. Bibl. Nat., fonds latin, n° 3546. Du Boulay, Hist. Univers., L. V, p. 887; Jourdain, Index chartarum, n° 1077; Hauréau, Hist. lite. du Maine, Lt. 1, p. 162; Biogr. générale, art. Courre-Cursse.
Ge que nous trouvons surtout chez Courte-Cuisse, c’est comme partout l'idée très relevée et très pure de la royauté, de son gouvernement et de ses devoirs, le tableau d’une perfection plus que jamais oubliée. La royauté est la « souveraineté la plus bénigne et la plus durable » ; le roi doit être « à son peuple, comme du père au fils », et le pauvre peuple est comme l'enfant « en tutelle et gouvernement de son seigneur ». Le prince qui ne songe qu’à lui-même est un tyran, l'être le plus odieux et le plus méprisable qu'il y ait au monde. De cette idée paternelle de la royauté découlent ses devoirs, devoirs d'administration et de moralité, car « selon la mutacion des mœurs des princes, les mœurs des subges se muent ». Le roi ne doit songer jamais qu'à l'intérêt général : « celui à qui appartient le gouvernement du bien publique ne doit pas quérir son profit singulier, mais le profit commun ». Il lui est défendu d’exploiter ses sujets, de vivre grassement à leurs dépens : « Je sçay bien que quant la chose publique en a besoin, le peuple est tenu de ayder au prince et de corps et de chevance,... mais grever son peuple pour le despendre en superfluitez de famille et le donner aux uns et aux autres, ce ne se peut faire senz grand péché ». Et Courte-Cuisse ajoute qu’ « on congnoist que c'est péchié de ainsi faire "que c’est une grande infélicité et punicion que Dieu donne à un homme que de soy tourmenter et crucifier pour nourrir un las de gens qui ne le soignent que pour le sucer et avoir le sien ! ». Ce n’est point là le seul souci d’un véritable roi; moins que personne, 1l a le droit de mettre « sa cure ès plaisances du monde »; il ne peut s'oublier au milieu des plaisirs comme « parmi un verger bel et verdissant de fleurettes de toutes couleurs... résonnant de diverses mélodies d’oisiaux »; il a toujours des intérêts à défendre, toujours charge d’âmes. Et suit alors une énumération vraiment éloquente : « Les ennemis sont descendus ou royaulme, il esconvient les combattre; les tresves doivent tost faillir, il esconvient les prolonger ; tel chastel est asegé, 1l l’esconvient lever le siège; telle ville est sur frontières, il esconvient envoyer garnison; telz nostre alié est envais de ses ennemis, il l’esconvient lui secourir ; telz barons de noste royaulme sont de guerre, il esconvient faire l'acort ; telz est en age à seoir, li faut terre; il est trop de demandeurs, il esconvient faire nouvelles ordonnances. Qui savroit et voudroit tout raconter, il n’auroit pas fait en trois jours. Car il n'est... vilénie, forfait, guerres, violences, acors, graces, respis, riens n’est troublé, rien n’est obscur au royaulme, que tout ne soit à trailer, corriger, apasier, réparer, payer, acorder et déclairier devant lui, par lui et par son con-