‹ Les Cabochiens et L'Ordonnance de 1413Chapitre 23 sur 93 · Bibl. Nat., fonds latin, 3546, f · texte numérisé non relu

Bibl. Nat., fonds latin, 3546, f

COVILLE. 9

seil. Qui diroit qu’il n'i a qu’un peu à faire, je ne le crois mie, où vont gémir et plourer les poures orphelins, où portent leurs requestes el leurs supplicacions les vesves fameletez ‘. » Mais un roi seul ne peut suffire en sagesse et en activité : il a besoin d’un conseil pour l’éclairer et l'aider, et le conseil doit être pourvu des mêmes vertus. Au conseiller, 1l faut grande expérience, prudence naturelle, amour à celui qu'il conseille et de son état suffisance; il ne sera ni avide ni flatteur. Pour être plus sûr de rencontrer ces vertus, on ne devra admettre au conseil ni enfants ou jeunes gens, ni femmes, ni intrigants, ni gens pourvus déjà d’autres offices, comme les prélats, « car il est à présumer qu’ilz le font pour ambition ou pour grant convoitise ». Mais, avant tout, il faut que le conseil soit sérieux, qu'il délibère et que le roi tienne compte de ses avis : « autre chose est d’avoir conseil pour enquérir que l’on doit faire, et autre chose pour colorer et pàlir ce qu’on veult faire et ce à quoy on est déterminé. » Enfin au-dessus de tout cela, dominant même les princes, unique et nécessaire garantie de l’ordre politique, sont les lois; le gouvernement royal ne peut durer que par « certaines lois, slatuts ou ordonnances qui teignent les subjets en unilé, en sûreté et en tranquillité ». Ces lois doivent être observées et vénérées, 1l ne faut point qu'elles soient exposées aux caprices et aux fantaisies de chaque jour : « Puis que la loy est une fois mise et elle est raisonnable, le prince ne la peult, ne doit par raison rompre ni avenir à l'encontre, car, comme dit Aristote,.…. les princes sont seigneurs des choses qui ne sont point déterminées par les loix, mais des loix non. » Dernière et décisive formule qui montre admirablement par quelles chimères d’ordre, de moralité, de perfection politique et chrétienne on cherchait à se consoler des vices et des misères dont la réalité donnait le perpétuel spectacle. A lire toutes ces spéculations, à entendre Courte-Cuisse revenir sur ces sujets dans ses sermons ordinaires de la Trinité, de la Toussaint, sur la Résurrection, pour la fête de saint Louis, il semble qu’il v ait eu alors un besoin ardent d'espérance et d'idéal.

Avec Jean Gerson, les textes ne vont point nous manquer. Le chancelier de l'Université a, dans plusieurs circonstances solennelles avant 1413, exposé ses idées sur le gouvernement, le pouvoir royal, la justice, la paix, ete. Ses harangues politiques ont toutes produit grand effet et laissé de précieux souvenirs. Dès 1391, dans un sermon prêché à la cour, le jour de l’Epiphanie, il exposait largement les devoirs des rois; en 1405, il plaidait la cause de l'Université outragée et violentée par les

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