‹ Les Cabochiens et L'Ordonnance de 1413Chapitre 29 sur 93 · Bibl. de l'École des chartes, Lt. NI · texte numérisé non relu

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sont avancés par importunité et puissance d'argent ou autrement »; le roi y perd, car la justice mieux rendue donnerait de plus grands profits. Il y a trop d’officiers royaux, prévôts, sergents, fermiers el autres. Le pays est en même temps parcouru et désolé par des gens d'armes qui tiennent les champs, ne tenant compte d’aucune menace, n’obéissant à personne, Il est de toute nécessité d’avoir de très bons officiers de justice, capables et respectés « tellement que nul ne ose inter contre eux »; il faut que l’on mette à exécution les belles ordonnances qui ont été faites à ce sujet, qu'on les complète et amende s'il y a lieu. Les finances ne sont pas en meilleur état que la justice : les officiers reçoivent trop grands gages et dons; les revenus du royaume sont gaspillés, donnés à des gens de néant au lieu d’être consacrés à la guerre; on devra ramener les gages aux chiffres anciens. Comme les impôts, tailles, dixièmes, aides, levés depuis onze ans, ont été mal administrés, il importe de faire faire des enquêtes, déclarations, examens de comptes et d'états par des commissaires spéciaux. En ce qui touche spécialement la province, l'orateur demande que les aides, qui produisent peu, vu son élat misérable, « sa petile provision », soient toutes employées à sa défense. Du reste, comme les ressources sont toujours inférieures aux besoins, il serait bon que les princes du sang cédassent au roi pendant un mois la moitié des aides qu'il leur a abandonnées. L’évêque termine en disant « que s’il plait au roi de ainsi le faire el y entendre, il fera bien et qu'ils sont touz prestz de lui servir et obéir ». — Il y a dans cetle réponse deux points principaux : la réforme de la justice, la réforme des finances; ce seront encore les deux réformes principales demandées avec plus d’autorilé par l’Université el réalisées par l’ordonnance cabochienne.

Très différente est la réponse de la province de Rouen; il est aisé de rendre compte de cette différence. Les abus de l'administration royale étaient encore les moindres maux dont souffrait la Normandie. La guerre y était permanente; aucune région n’en avait plus souffert depuis le début de la guerre de Cent Ans. Aussi le grand souci, presque l’unique souci des députés normands est-il la défense de la province : ils ne songent qu'aux hostilités qui vont s'ouvrir et aux moyens de les soutenir dans les conditions les plus favorables. Il est avant tout nécessaire, pour lutter avec avantage contre les Anglais, que la paix entre les princes soit bien observée. L'évêque d’Évreux témoigne de la joie qu'a causée la nouvelle du traité d'Auxerre ; les Normands garderont cette paix de tout leur pouvoir ; mais ils désirent prendre plus amplement connaissance du traité qu'ils ont juré, « afin qu'ilz ne faillent » ; le roi lui-même est supplié « que luy mesmes y tiengne tellement la main, qu’elle ne soit point

enfrainte et demeure ferme à toujours ». Puis il s’agit des préparatifs de la guerre : l'oraleur demande qu'ils soient faits sans bruit, plus « secrettement », par les gens de guerre compétents, connétable et maréchaux, sans trop de monde. Au sujet de l’aide de la guerre, les députés ne savent pas les intentions du roi, ils se déclarent « toujours prelz de lui servir el obéir », mais n’ont pouvoir que de oïr el rapporter; ce sont les gens de Ja province qui décideront. Ce procédé fut plusieurs fois employé par la Normandie; c'était comme une réserve en faveur des états particuliers de la province qui, depuis le xive siècle, laissaient de vifs souvenirs dans le pays, bien que le gouvernement royal semblät les oublier. L’évêque d'Évreux termina en rappelant que la Normandie est riveraine de la Manche, qu’elle a des ports de mer, qu’elle est de grand profit au roi, mais que l'Anglais la menace sans cesse, qu'il est bon que le roi « vueille avoir ledit pays pour recommandé », que par exemple il serait utile de ne plus l'oublier dans les trêves qui seront conclues avec les Anglais, Quant à la réforme de la justice et des finances, l’évêque de Tournay « a bien suffisamment parlé ».

Beaucoup plus important fut le discours prononcé le lendemain par l'abbé de Moulier-Saint-Jean pour la province de Lyon. Le Religieux de Saint-Denis, qui a eu au moins l'écho de ces mémorables séances, lui reconnait une éloquence cicéronienne (T'ulliana) et nous raconte qu'il parla « luculenter et diffusius cum grato omnium assensu ! ». Nous n'avons pas dans le chroniqueur le discours ainsi vanté; nous avons quelque chose de mieux, de plus exact, de plus voisin de la parole même de l’orateur, c’est un procès-verbal. On y sent que le rédacteur a écouté, relenu, peut-être pris des notes ; les expressions les plus remarquables nous ont été conservées comme nous les retrouvons aujourd’hui dans les comptes rendus analytiques des assemblées parlementaires ; on reconnait dans ces trois pages les débris d’une véritable éloquence, énergique, pressante, indignée. L'abbé de Saint-Jean commence par des précautions oraloires ; il annonce par ses excuses la vivacité de son langage. Il ne parle pas en son propre nom : « car il ne dit pas de soy ne pour poindre auleun, mais pour soy acquitter de ce qui a été conclud et qu'il doit dire ». Sa première idée est bien celle qu'appelaient les circonstances : c’est que « pour norrir paix en ce royaulme, il y faut union », union surtout entre les princes ; là est le salut : « la division sera la destruction ». Pour que la paix soit gardée, il faut prendre des précautions, il faut exiger de tous ceux qui l'ont jurée des engagements écrils par lettres scellées. Puis-

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