‹ Les Cabochiens et L'Ordonnance de 1413Chapitre 38 sur 93 · Rel. de Saint-Denis, V · texte numérisé non relu

Rel. de Saint-Denis, V

COVILLE. 14

habitudes du temps, le roi vint au Parlement; une suite nombreuse l’accompagnail. C'élaient les princes du sang, le Dauphin, duc de Guyenne, le duc de Berry, le duc de Bourgogne, le comte de Charolais, le comte de Saint-Pol, connélable de France, les évêques de Tournay et d'Agde, toute une escorte de chevaliers, le recteur et les représentants de l'Universilé de Paris, le prévôt des marchands, les échevins et des bourgeois de la cité. Le lit de justice allait être tenu‘. C’élait la forme la plus solennelle des séances du Parlement; six fois seulement pendant son long règne de quarante-deux ans Charles VI tint lit de justice. Cette cérémonie avait lieu en la grande chambre du Parlement, dans une vasle salle ornée de tapisseries fleurdelysées. Une minialure presque contemporaine nous représente la scène? : le roi esl assis sous un dais bleu fleurdelysé, la couronne sur la lête, vêtu d’une longue robe et d’un manteau d'hermine, tenant la main de justice. De nombreuses figures l'entourent, ce sont # prélats, mitrés et crossés, à droite ; à gauche se pressent 14 laïcs dont deux couronnés, sans doute les princes du sang de France. D’autres personnages, au nombre de 7, présentent à genoux le rouleau qui contient l'ordonnance. Le chancelier de France, Arnaud de Corbie, ou plutôt le chancelier de Guyenne, Jean de Nielles, qui prenait maintenant la parole en de telles circonstances, dut prononcer un discours d'introduction, comme e’élait l'usage. Puis la lecture des ordonnances commenca, faite par mailre Pierre de Fresne, greffier au Châtelet. Bien qu'il eût « moult bel langage et haut », ce devait être chose longue et fastidieuse d'entendre ces 259 articles, dre quelques- uns sont fort étendus. Pour ne point fatiguer {rop l'attention, si bienveillante qu’elle fût, on coupa l’ordonnance en deux parties. Une heure après midi, la lecture fut suspendue à la fin du chapitre des monnaies; 96 articles seulement et en général les plus courts avaient été entendus.

Le lendemain, le roi revint au Parlement. Restaient 163 articles, qui furent lus dans les mêmes conditions. Pour en finir avec celte interminable cérémonie, il y eut séance le matin et séance le soir après diner, c'est-à-dire dans l’après-mid:. Puis l’Université requit par l'un de ses maitres que le roi « approuvast et confermast et que les seigneurs présens les jurassent à garder. Ce que octroyast le roy et jurèrent les seigneurs el autres assistans les ordonnances et crièrent in signum leticie : Noe! ? »

1. Assistaient à la séance 4 présidents : H. de Marle, R. Mauger, Simon de Nanterre et P. Lefèvre, et 32 conseillers. (Arch. nat., X1a, 1479, f° 244.) — 2. Bibl. Nat., fonds franç., 5213. — 8. Arch. du Nord, B, tes Arch. nat., X!a, 1419, ° 244; Du Tillet, Rec. des rangs des grands de France, éd. 1606, 60, 62 ; Jouvenel des Ursins, p. 419; Monstrelet, Il, 362; Rel. de Saint-Denis, Ÿ, 52.

Ce ne fut pas tout. Les auteurs de l’ordonnance et les Parisiens pensèrent que la solennité du lit de justice ne suffisait pas pour assurer l’exécution et le respect des réformes proclamées. Le lundi 29 mai, il y eut une nouvelle cérémonie. L'Université, le prévôt des marchands, les échevins, un grand nombre de bourgeois de la ville de Paris vinrent trouver le roi, sans doute à Saint-Paul, et là dans une des grandes salles du palais, ou même dans la cour, comme aux jours des plus imposantes réunions, la parole fut donnée à un savant docteur de l'Université, Jean Courte-Cuisse, grand aumônier du roi, membre de la commission des réformes. Le but de son discours était d'engager le roi à maintenir inviolablement les ordonnances qu'il venait de rendre. Le texte français de celte proposition nous à été heureusement conservé par Du Boulay dans son Histoire de l'Université, qui l’attribue à tort à l’année 1408. Il importe de l’étudier d’assez près pour y trouver quelques indications sur l’état des esprits au moment de la promulgation de l'ordonnance, et les diverses opinions qu'elle faisait naître.

Courte-Cuisse, annonçant, à ses premiers mols, qu’il présente une requête au nom de l’Université et de la ville de Paris, ne manifeste pas une grande joie ni un grand orgueil de la mission qui lui est confiée; il semble presque regrelter de l'avoir acceptée. Sous prétexte d’humilité, il commence par déclarer que, « s’il leur eust pleu moy décharger de ce, ils m'eussent fait une grant grèce, mesmement que je fais grant doute que par mon sens je préjudicie à la cause pour laquelle je dois parler ». Voilà un singulier début. Ces premières explications brièvement finies, il prend pour texte ce passage du psaume CVI: « Bonum mihi lex oris Lui super millio auri et argenti ». La première partie montre longuement « la nécessité de pourveoir au gouvernement du royaulme et que à ceste fin devroient tendre tous les bons et loyaux subjets, mesmement l'Université et la bonne ville de Paris ». Il faut que chacun travaille au bien commun : avant tout, on doit éviter la violence. « Qui ne aimast mieulx un moyen estat en sûreté qu'un bien grant en péril et en doubte de choite et de ruine. Si un chaeun pille, prend, et trait à soy et à travers sans modéralion..., que demourra-{-il à la chose publique? » Sages paroles dont les Cabochiens comme beaucoup d’autres pouvaient faire leur profit. Il y a partout, continue Courte-Cuisse, un esprit de convoitise, cause de mille maux, une « très déraisonnable et désordonnée voulenté », qu'il importe de combattre. Ce soin revient au pouvoir royal, à ce souverain sagement établi

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