CAD LES CABOCHIENS
pour ordonner toutes choses, dont l'autorité doit être « comme du père à son fils.., la plus bénigne et la plus durable ». Mais, pour que ce pouvoir puisse s'exercer, que le souverain puisse gouverner, il faut « certaines loix, staluts ou ordonnances qui teignent les subjets en unité, en sûrelé et en tranquillité ». Les lois divines ou de nature sont toujours « vues », immuables ; mais il est de toute nécessité que les lois humaines, pour faire leur office, se modifient avec les circonstances : « pourquoy il est nécessaire souventes fois de les réformer en mieulx ». Jamais la chose ne fut plus urgente qu'au temps présent, et, à ce propos, lorateur recommence le tableau déjà fait tant de fois des misères du royaume; il y introduit directement le bon roi Charles V, dans une prosopopée rapidement interrompue. Puis il rappelle que toutes ces misères, tous les abus ont déjà été longuement exposés devant le roi, parce qu'il était et qu'il est encore du devoir de l’Université et de la ville de Paris de le faire pour acquitter « leur foy et leur loyauté » ; toutes deux, en effet, doivent contribuer de leurs acles et de leurs paroles au relèvement du royaume, mais cela uniquement par les moyens permis et raisonnables : « Et en vérilé il m'est advis que lous ceux qui à ceste entencion, c'est assavoir pour le bon gouvernement du royaulme et conservalion de voslre seignorie, ont ce entrepris et veulent conduire par voyes douces et raisonnables, sont grandement à louer et que c’est chose de grant vertu et digne de grant mémoire ». Ainsi il y a nécessité surtout pour l'Université et la ville de Paris de « pourveoir au bon gouvernement du royaulme », par la raison et non par la violence.
Dans la seconde partie, Courle-Cuisse expose comment on a cherché à pourvoir à cette nécessité. Une commission a été élablie, composée « en bon et notable nombre et gens de grant estat »; elle a étudié les réformes demandées et après « longue et meure délibération » rédigé des statuts et ordonnances qui ont été publiés « moult solennellement ». Ces ordonnances, l’orateur en fait le plus pompeux éloge; il les déclare « si justes, si raisonnables, si profitables et si honorables à vous, à vostre dit royaulme, qu'il n’est'or ni argent qu'ils voulsissent avoir pour elles » ; il remercie le roi, qui, grâce à elles, a rendu l’espérance à son peuple. Au nom de l'Université et de la ville de Paris, il lui demande « qu’il lui plaise tenir à garder inviolablement lesdites ordonnances, ainsi qu’elles ont été publiées, jurées par messeigneurs de son sang et plusieurs autres en sa main ». Car il convient avant Lout que les lois soient respcetées, qu’elles soient « dames », placées au-dessus même du pouvoir royal, Si l’on voit que les dernières ordonnances ne sont pas plus écoulées que les précédentes, la hardiesse des méchants n'aura plus de bornes. De plus il y aura
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grand profit à en lirer pour le gouvernement royal : les fiefs et aumônes seront payés; payés aussi les fournisseurs de l'hôtel du roi; les châteaux seront réparés, les joyaux dégagés, le trésor et l'épargne bien pourvus pour le plus grand bien du souverain et de ses sujets. Mais à tout cela semble se mêler je ne sais quel doute tristement sceptique, une sorte d'inquiétude mélancolique sur le sort des réformes auxquelles Courte- Guisse lui-même a activement travaillé, qu'il juge toujours bonnes et utiles : les derniers événements, les violences des jours précédents, ont ébranlé sa confiance dans leur avenir.
C'est pour cette raison sans doute qu'il emploie la troisième partie tout entière à prouver que l'ordonnance nouvelle ne fait de tort à personne, que tous doivent l’accepter et s'en féliciter. Ceux même qui semblent y perdre doivent se « légèrement appaiser » pour les trois considérations suivantes : aucun intérêt de renommée ou surtout d’argent n’est lésé, car les réductions, les pertes apparentes, ne sont que de légitimes restitutions qui pour une personne frappée permettent de soulager « cent ou deux cents pores laboureurs ». En second lieu, la nature se contente de peu : le luxe est un plaisir d'opinion, d'orgueil, nullement nécessaire à l'existence. « Si Lu regardes que requiert nature, jamais ne sera povre. » Il faut enfin savoir sacrifier l'intérêt particulier à l'intérêt général. Cet argument est à noter : il est imprévu en pareil temps, car jamais les intérêls individuels n’ont paru si puissants, si exclusifs, et pourtant Courte- Cuisse expose cette grande vérité avee une vigueur et une simplicité d’un autre âge : « Qu'il compare son intérêt particulier au profit commun, si large, si ample, qui s’estent par tout le royaulme, son ennuy au réjouissement du peuple. Se en si grant joye ou si commune liesse de tous, il ne se peut conforler et resjouir, Je ne tiens pas qu'il soit homme qui ait point d'inclination à bien. Se il se dit gentilhomme, comment exposeratil volontairement comme il doit faire son corps et sa vie pour la chose publique, quant si griefvement porte, comme il dit, un peu de domage pour elle? S’elle requiert son sang et sa vie, il ne luy peut dénier, et luy dénie restituer un peu du sien quand elle le demande? » Puis, après l'histoire des frères Philènes, vient en manière de conclusion une dernière exhortalion à tous les « natifs » du royaume de se joindre à l'Université pour supplier « d’un cœur et d'une voix, au roy, comme souverain seigneur…. que inviolablement.…. il teigne et fasse Lenir et garder lesdictes
ordonnances ! ».
4. Du Boulay, Historia Universilatis Paris., V, 83; Jourdain, Index chartarum Univ. Par., n° 1067; Rel. de Saint-Denis, V, 53.