‹ Les Cabochiens et L'Ordonnance de 1413Chapitre 74 sur 93 · Jouvenel des Ursins, p · texte numérisé non relu

Jouvenel des Ursins, p

tiles, demandèrent qu’elles fussent reportées au samedi suivant. Alors seulement on ferait réponse au roi. Ce délai devait permettre d'organiser un complot. La résistance de la réunion était à bout : les bourgeois ne voulurent pas repousser celte dernière requêle d'apparence peu redoutable. Saisissant aussitôt l’occasion, les Gabochiens la portèrent au roi, qui, pas plus que les bourgeois, n’osa refuser. Ainsi réponse ne devait êlre donnée que le samedi 5 août : les ennemis de la paix avaient devant eux deux jours pleins".

Dès le lendemain matin jeudi, 3 août, ils commencèrent en effet leurs intrigues. Jean de Troyes, qui demeurait au palais comme concierge du roi, réunit au cloître Saint-Eloiles quarteniers de la Cité. Il s'agissait non pas de leur parler de la paix, mais de leur faire approuver la déclaration qu'il avait déjà proposée la veille contre les princes d'Orléans et dont l'effet inévitable devait être la rupture de tout accord. Il était de très bonne heure ; les avocats ne s'étaient pas encore rendus au Parlement. Guillaume d'Ancenne et Gervaisot Mérilles, que nous avons déjà trouvé chez le due de Berry, étaient présents. Pour tenir têle aux adversaires du traité, ils eurent l'idée d'aller chercher l’avocat Jouvenel. Jouvenel arriva quand Jean de Troyes avait déjà commencé à parler. L’apercevant, l’orateur lui dit doucement « qu'il fust le très bien venu, et qu'il estoit bien joyeux de sa venue ». Puis il continua sa harangue : il tenait à la main la cédule qu'il avait préparée « contenant merveilleuses choses contre lesdits seigneurs, non véritables », et il en donna lecture à l’assemblée. Se tournant en particulier vers Jouvenel, il lui demanda son avis, le priant de dire « s’iln'estoit pas bon qu'on la monstrast au roi et à ceux de son conseil avant qu’on accordast aucunement les articles de la paix ». Jouvenel déclara que, puisqu'il plaisait au roi que tout fût oublié, qu'aucune récrimination, aucun retour ne fût fait sur le passé, et que tel était l'esprit de la paix de Pontoise, il était inulile et fàcheux de revenir sur des faits et des griefs dont il n’y avait plus lieu de se souvenir. Quant aux termes de la cédule, il montra qu'ils étaient séditieux, et « laillés d'empêcher traité de paix, laquelle le peuple devoit désirer ». L'avis d’un homme éloquent et grave comme l'avocat du roi devait être d’un grand poids : unanimement les bourgeois réunis l’approuvèrent et crièrent, comme on avait erié la veille : a La paix! » Ils voulaient qu'on déchirât aussitôt la cédule de Jean de Troyes; des centaines de mains se jetèrent sur Le funeste papier et le mirent en pièces. C’était là un brillant succès pour les modérés. La nouvelle

1. Rel. de Saint-Denis, V, 122; Monstrelet, II, 394; Bibl. de l'École des Char- Les, 1845-46; VIT, 67; Félibien, Hist. de Paris, IV, 556; Nic. de Baye, Il, 124.

de ce qui s’était passé dans la Cité se répandit dans le reste de la ville. Les autres quartiers, encouragés par l'exemple, se prononcèrent dans le même sens, écartèrent les propositions des Cabochiens et décidèrent d’approuver définitivement la paix. Deux quartiers seulement firent exception :-celui des Halles, où régnaient les bouchers, et celui de l'hôtel d'Artois, où demeurait le duc de Bourgogne .

Jouvenel ne voulut pas négliger l’avantage qu’il venait de remporter à l'assemblée de la Cité; dans de pareils moments il faut agir et se montrer. Avec les principaux bourgeois de son quartier et du reste de la ville, il organisa une sorle de manifestalion qui devait faire un singulier plaisir au roi. Au départ, l'avocat du roi avait trente personnes autour de lui, gens d'église et laïcs; lorsqu'il arriva à Saial-Pol, son cortège s’était grossi et devenait imposant. Le roi se trouvait avec le duc de Bourgogne, qu'accompagnaient plusieurs de ses partisans. Il permit aux bourgeois d’exposer leur requête. Jouvenel prit encore une fois la parole et montra les misères du royaume et la grande nécessité de la paix. Au nom des bourgeois, il supplia Charles VI « qu'il voulust tellement faire que bonne paix et ferme fust faicte, et pour parvenir à ce, qu’il en voulust charger Mgr de Guyenne son fils ». Le roi se montra lout heureux de cette supplication. Mais le duc de Bourgogne, qui prévoyait déjà que celte paix finirait par tourner contre lui, ne sut relenir sa colère et son amertume. Il dit sévérement : « Jouvenel, Jouvenel, entendez-vous bien, ce n’est pas la manière de ainsi venir. » L'avocat se contenta de répondre qu'il était impossible d'arriver autrement à faire conclure la paix, « veues les manières que tenoient lesditz bouchers, et que autrefois il en avoit esté adverty, mais il n’avoit voulu entendre ». Il faisait alors allusion aux prières qu'il avait vainement adressées au duc lui-même quelques mois auparavant pour le décider à abandonner les bouchers et lui offrir l'appui de la haute bourgeoisie ?.

Jouvenel et les bourgeois allèrent ensuite trouver le duc de Guyenne. Les chefs cabochiens les avaient sans doute prévenus, car lorsque le Dauphin se mit à la fenêtre, un des Saint-Yon était accoudé près de lui. Sa présence n’intimida pas l'avocat du roi, qui tint le même discours que devant le roi. La réponse du duc fut telle qu’on l’espérait, plus nette encore que celle de Charles VE. Il dit « qu’il vouloit la paix et y entendoit de son pouvoir et le monstreroit par effet ». Alors les bourgeois lui demandèrent pour plus de sécurité de reprendre en sa main la bastille Saint- Antoine, qui, depuis la capture de Pierre des Essarts, était au duc de Bour-

1. Jouvenel des Ursins, p. 483-84. — 2. Ibid., p. 484. CovILLE.

gogne ; celui-ci en avait remis les clefs à Henri de Troyes. Le Dauphin n'hésita pas à les faire redemander ; et Jean sans Peur, n’osant entrer en rébellion ouverte, fut bien forcé de les reprendre et de les donner. Aussilôt garnison fut mise dans la forteresse, et Regnault d’Angennes, un des prisonniers d'avril, redevenu libre, en eut la garde. De plus, les bourgeois priérent le duc de Guyenne de « se mettre sus et chevaucher par la ville de Paris » le lendemain vendredi au matin; ils espéraient beaucoup de cette hardie démonstration; promesse leur fut faite, comme ils le demandaient. Leurs requêles terminées, Jouvenel et ses compagnons s’en retournèrent ; au même moment ils virent arriver le recteur avec de nombreux représentants de l'Université qui venaient parler au Dauphin t.

L'Université, le Parlement, la chambre des comptes, les chapitres qui avaient été consultés sur la conclusion de la paix et l'avaient approuvée, n'étaient pas restés inactifs. Ces grandes corporations, très pacifiques, s'étaient mises en mesure, comme elles en avaient été requises, de donner leur réponse dès le jeudi. Puis étaient survenues les intrigues cabochiennes, qui avaient finalement obtenu la remise au samedi. Un avis fut envoyé à l'Université, au Parlement, ete., pour leur faire part de ce délai. Le Parlement était déjà réuni avec trois de ses présidents; grand fut l'étonnement de chacun, en apprenant la concession que le roi avait faite. On montra les dangers de pareils retards; les ambassadeurs orléanais s’impatientaient à Beaumonlt-sur-Oise; puis les Anglais faisaient ce qu’ils voulaient sur les frontières; il y avait des compagnies sur les bords de la Loire. Tous les membres de la cour étaient unanimes pour reconnaitre l’imprudence commise. Ils décidèrent de ne point accepter une telle remise et de faire tout leur possible pour obtenir que les réponses fussent entendues au plus tard dès le vendredi; c'était beaucoup que de gagner un jour. Le soir même du jeudi après diner, environ heure de vêpres, le recteur de l'Université vint à Saint-Pol avec nombreuse compagnie. Puis plusieurs membres du Parlement, ayant à leur tête le premier président Henri de Marle, sur la requête de M. Jean le Bugle, procureur de la ville, et de plusieurs bourgeois, se mirent également en marche pour aller demander au roi d'écouter leur réponse le lendemain. Dès cette première audience, Université, Parlement et autres firent pressentir leur approbation, et se montrèrent désireux de la paix telle qu’elle était proposée. Le roi acquiesça à leur requête, et le lendemain vendredi fut fixé à la place du samedi ?.

1. Jouvenel des Ursins, p. 484. — 2. Rel. de Saint-Denis, V, 122; Monstrelet, I, 395; Journal d’un Bourgeois de Paris, 35; Bibl. de l'École des Chartes, 1845-46, VIL, 67; Félibien, Hist. de Paris, IV, 556; Nic. de Baye, II, 124.

Cette journée du vendredi 4 août devait consommer la ruine des Cabochiens. Leur temps était fini, ils ne formaient plus qu’une impuissante minorité. Dès le soir du jeudi, les bourgeois, heureux de leur succès de la journée, dressaient des feux de joie sur les places et se promenaient tout armés dans les rues; c'était le lendemain matin qu'ils devaient escorter le Dauphin pendant qu'il chevaucherait par la ville pour en reprendre possession et délivrer les prisonniers. De leur côté, les Cabochiens faisaient pendant la nuit quelques préparatifs : Simon Caboche, Denis de Chaumont, avec 400 hommes, s’établissaient à l'Hôtel de Ville et sur la place de Grève, prêts à défendre leurs positions et leurs vies !, Mais dès les premières heures de la journée, à peine faisait-il clair, les cinquanteniers et les dizainiers, dans leurs quartiers, passaient de porte en porte réveiller les bourgeois, leur rappeler les projets de la veille, leur ordonner de prendre les armes; car il fallait êlre prêt à tout. Ils les faisaient aussitôt partir pour Saint-Germain-l'Auxerrois, où l’on avait fixé le rendez-vous ?. Ces mesures avaient été décidées et préparées la veille dans des réunions particulières à Saint-Germain avec Pierre Auger, à Sainte-Opportune avec Étienne de Bompuis, au cimetière Saint-Jean avec Guillaume Cirasse ; l'avocat Jouvenel s’était également concerté avec la municipalité parisienne. Les bourgeois répondirent avec empressement à la convocation ; ils se sentaient sûrs de la victoire. Tandis qu'ils se rendaient en foule à Saint-Germain-l’Auxerrois, Jouvenel fit appeler le duc de Berry, qui manquait encore de confiance et de décision, mais qui voulait en tout cas contribuer au succès par son utile intervention : « Qu'est cecy, Jouvenel? dit-il, que voulez-vous faire? Diles-moi ce que je ferai. » Et Jouvenel, qui savait penser à tout, lui conseilla de partir avec ses chevaux pour lhôtel du duc de Guyenne; là il devait rappeler au Dauphin qu'il était temps de monter à cheval, de venir par la rue Saint- Antoine jusqu'au Louvre pour délivrer les prisonniers. Il ajoutait : « Et ne vous souciez : car aujourd’huy j’ay espérance en Dieu que tout se portera bien, et que serez paisible capitaine de Paris; j'iray avec les autres, et nous rendrons tous à Mgr le Dauphin et à vous ». Le duc de Berry docilement partit aussitôt.

Quand Jouvenel arriva à Saint-Germain-l’Auxerrois, les bourgeois y étaient déjà en grand nombre; Pierre Auger était à leur tête. Ils se tenaient prêts à marcher en troupe au-devant du Dauphin. Presque tous étaient armés, les uns à pied, les autres à cheval, « en moult bel arroy ». Quelques instants auparavant, le duc de Bourgogne, informé de leurs

41. Rel. de Saint-Denis, V, 124. — 2. Jouvenel des Ursins, p. 484.

projets, était venu les trouver. Il était plein d'inquiétude, il voyait son parti sur le point d’être ruiné, anéanli; les amis de la paix formaient une foule compacte, fortement armée; si une rencontre avait lieu, les bouchers avaient grande chance d’être défaits; le sang une fois versé, la réaction pouvait devenir terrible; qui sait si le duc lui-même serait respecté? Aussi adressa-t-il longuement la parole à ces bourgeois qui, peu d'années avant, étaient ses tout dévoués partisans et devaient se souvenir encore de leur longue alliance et de leurs luttes communes. Il se fit doux, gracieux, persuasif; il les supplia de renoncer à leurs projets. Il leur proposa de prendre lui-même leur cause en main, de faire leur paix, d'être leur médiateur, d'obtenir pour eux tout ce qu’ils demanderaient. Mais les temps étaient changés. L'assemblée se reltrancha derrière les promesses faites au roi et au Dauphin et déclara ne pouvoir accepter les offres qui lui étaient apportées au dernier instant. « Nous avons reçu, à ce sujet, du roi et de Mgr le duc des ordres formels, auxquels, vous le savez, il faut obéir sans délai. » Jean sans Peur se retira ayant complètement échoué. La plus grande partie des bourgeois, fidèles à leurs projets, se mit en marche pour gagner Saint-Pol et joindre le Dauphin. Jouvenel et Pierre Auger conduisaient cette foule {.

Cependant que faisaient les Cabochiens à l'Hôtel de Ville, et le roi à l'hôtel Saint-Pol? Les Cabochiens avec des archers et des arbalétriers n'avaient pas quitté leur place depuis la nuit; ils s’y étaient renforcés. Mille à douze cents hommes étaient postés sur la place de Grève; on était prêt à la lutte, et la défense promettait d’être vigoureuse. Après son échec à Saint-Germain-l’'Auxerrois, le duc de Bourgogne y était venu. Nous ne savons ce qu'il demanda ou conseilla ; il dut probablement engager les partisans des bouchers à ne pas faire acte de résistance, à céder devant la force et le nombre pour éviter un épilogue sanglant à leur domination. Mais pendant la plus grande partie de la matinée, les principaux chefs, Jean de Troyes, ses fils, Jean Legois, Caboche, Denis de Chaumont, Garnier de Saint-Yon, avaient quitté l'Hôtel de Ville et s'étaient rendus à l'hôtel royal, où se tenait aussi une importante réunion ?.

C'était ce même vendredi que l’Université, le Parlement, la chambre des comptes, les chapitres, la ville de Paris, devaient solennellement rendre leur réponse sur la cédule et les articles de la paix de Pontoise. Dès le matin, tous les présidents, les trois chambres du Parlement, s'élaient réunis en conseil et avaient décidé de se rendre à l'hôtel Saint-

1. Rel. de Saint-Denis, V, ; Jouvenel des Ursins, 484; Monstrelet, II, 395, VI, 218; Cousinot, Geste ne CXXXI. — 2. Jouvenel des Ursins, 484; Rel. de Saint- Denis, V, 126; Bibl. de l’École des Chartes, VIT, 1845-46, 68.

Pol en même temps que l'Université et la chambre des comptes. Ils devaient ainsi former un corlège imposant qui pourrait témoigner de leur accord et de leur zèle. Vers dix heures, ils étaient devant le roi, dans la grande cour de l'hôtel, du côté de l’église Saint-Pol. Charles VI était à une fenêtre, le Dauphin, le duc de Berry aux suivantes, au même étage et sur le même côté. La parole fut donnée à l’orateur de l’Université : c'était Ursin de Tallevende, maître en théologie. Il prit pour texte de son discours : Rogate quae ad pacem sunt. Il commença par un éloge assez court, mais éloquent de la paix, affirmant que l'Université et ses membres l'avaient toujours aimée, demandée et soutenue ; puis il exposa d’une façon plus précise l’avis pris en assemblée au sujet des articles de Pontoise : c'était une approbation complète et enthousiaste. La cédule était déclarée « bonne, juste et sainte ». Il fallait maintenant en assurer l'exécution. Enfin il supplia le roi de délivrer sans tarder les prisonniers incarcérés iniquement et retenus sans raison au Louvre et au Châtelet. Ces requêtes ne furent pas sans provoquer une secrète irrilalion parmi ceux dont les sympathies demeuraient aux Cabochiens, comme le Bourgeois de Paris, qui reproche à ces transfuges du parti bourguignon de proposer « tout au contraire de ce qu’ils avoient devant conseillé par plusieurs fois ». Maître Ursin, en manière de péroraison, faisait l'éloge de l’Université, quand il fut soudain interrompu par l'arrivée de ce flot de bourgeois qui étaient partis de Saint- Germain-l’'Auxerrois !.

Tandis qu'ils venaient à Saint-Pol, le duc de Bourgogne avait fait près d'eux une nouvelle démarche, aussi inutile que la première. Il avait envoyé quelques chevaliers les supplier au dernier instant de renoncer à leur projet; il leur faisait dire qu’ils s’exposaient à trouver des ennemis redoutables sur leur passage. Les bourgeois répondirent encore : « Si nous rencontrons des ennemis, à la bonne heure; mais il faut que nous allions rejoindre nos gens de pied qui sont déjà arrivés à l'hôtel Saint- Pol et que nous obéissions au prince, ainsi que nous avons promis. » Maintenant ils arrivaient plus nombreux et plus décidés encore qu'à Saint-Germain. Le duc de Guyenne les attendait; il élait tout équipé, revêlu de ses armes sur une robe de soie brochée d’or. L’audience du roi se trouva forcément suspendue : parlementaires et universitaires durent laisser passer les bourgeois. Charles VI accepta leur salut, entendit avec

41. Rel. de Saint-Denis, V, 121; Monstrelet, I, 396; Journal d'un Bourgeois de Paris, 35; Bibl. de l'École des Chartes, 1845-46, VII, 67-68; Félibien, Host. d2 Paris, IV, 557; Nic. de Baye, II, 126.

plaisir leurs paroles « pour requérir paix et récuser et refuser guerre », et permit au Dauphin de monter à cheval, de faire armer ses gens et de se placer au milieu de la foule. Le jeune prince fut acclamé, et tout le monde se rangea autour de lui. On assurait que le nombre des hommes armés à cheval qui l’accompagnaient était de 33 000 f.

Il s'agissait maintenant de parcourir la ville avec cet imposant cortège, pour bien signifier que le règne des Cabochiens était passé, et surtout d'aller délivrer les prisonniers qu'il n’y avait plus lieu de retenir. Le Dauphin partit de Saint-Pol, escorté des ducs de Berry et de Bourgogne; en avant marchaient les archers et les arbalétriers; la foule s’avançait lentement pour donner aux hommes de pied le temps de suivre les cavaliers. On prit la rue Saint-Antoine. Mais arrivés devant l’hôtel d'Anjou, rue de la Tixeranderie, les ducs firent un détour pour ne pas passer par la place de Grève ; on leur avait donné ce sage conseil, parce que l’on savait la place occupée par les bouchers et leurs partisans nombreux et armés, et on ignorait leurs dispositions. Le Dauphin et son armée de bourgeois arrivèrent enfin au Louvre, étendards déployés. D'après le Bourgeois de Paris, c’est alors seulement que serait apparu le due de Bourgogne, ignorant et ébahi de tout ce qui se passait : il s'en allait sans songer à mal à l'hôtel royal, quand il fut surpris par cette rencontre. Malgré son mécontentement, « il dissimula ceste fois, et alla avecques eux au Louvre, regardant faire l'exploit devant dit ». Le renseignement est peu sûr, venant d’un esprit aussi partial et prévenu. Toujours est-il que, aidé du due de Berry, le duc de Guyenne procéda à l'élargissement du duc de Bar, qui était au Louvre, et du duc de Bavière, qui élait dans « la tour delez le Louvre, par devers Paris ». Il leur recommanda de se tenir à ses côlés, pour montrer leur bonne amitié et les mettre à l'abri de toute surprise. De là on se rendit au Palais. Tous les prisonniers qui s’y trouvaient, entre autres le sire de Boissay et ses deux fils, Antoine des Essarts, ele., furent délivrés. Partout dans la foule des bourgeois la joie était vive et bruyante; c'était la fin des troubles et des angoisses. Tous criaient avec l’ivresse du succès : « Noël! Noël! » ?,

Que devenaient les Cabochiens pendant ce facile triomphe du due de Guyenne? Ils abandonnaient piteusement cette rude partie qu'ils avaient

1. Rel, de Saint-Denis, N, 198; Journal d’un Bourgeois de Paris, 38; Félibien, Hist. de Paris, IV, 557; Nic. de Baye, Il, 126. — 2. Rel. de Saint-Denis, V, 198; Jouvenel des Ursins, p. 485; Monstrelet, 11, 396; Journal d’un Bourgeois de Paris, 39; Cousinot, Geste des nobles, exxx1; Rymer, Fœdera, IX, 51; Bibl. de l'Ecole cles Chartes, 1845-46, VII, 68; Félibien, Hist. de Paris, IN, 557; Nic. de Baye, II, 426.

si mal jouée. Toutes les forces cabochiennes étaient concentrées à l'Hôtel de Ville et sur la place de Grève. Là on semblait décidé à une résistance téméraire. On se rappelle que les principaux chefs étaient allés à l'hôtel Saint-Pol assister à la proposition de l'Université. Aussitôt qu’ils virent arriver l'armée des bourgeois, puis le duc de Guyenne se mettre au milieu d'eux pour parcourir la ville, les Saint-Yon, les Legois, Jean de Troyes, Caboche, Denis de Chaumont, revinrent en hâte à l'Hôtel de Ville. Là ils réunirent autour d'eux tout ce qui leur restait de fidèles, puis, reprenant les anciens griefs, ils parlèrent pour montrer « comment la paix qui estoit traiclée n’estoit point à l’onneur du roy ni du due de Bourgogne, ne au proffit de la bonne ville ne des habitans, mais à l'onneur desdiz bandez, qui tant de foys avoient menty leur foi ». Mais l'heure des récriminations était passée. Les bouchers comptaient trop sur cette foule qui était là et qu'ils croyaient toute dévouée à leur cause. Les derniers incidents donnaient à réfléchir aux plus décidés, et maintenant ils ne se sentaient plus l'audace de suivre leurs chefs, de renier une paix cerlaine, pour risquer leur vie de gaieté de cœur et s’exposer à la défaite et aux châtiments. Un mot heureusement lancé mit à profit ces dispositions chancelantes ; quelques voix s’écrièrent : « La paix! la paix! et qui ne la vieult, si se traie au lieu sénestre, et qui la vieult, se traie au costé dextre !! » Le mouvement fut unanime, tous se porlèrent à droile, et les bouchers purent constater avec désespoir leur abandon. A ce moment arrivait, avec cinq compagnons, maitre Jouvenel; il avait laissé le cortège du Dauphin et venait au milieu du menu peuple de la place de Grève, pour l’entraîner à suivre les bourgeois et les ducs. Le moment était propice, toute résistance désespérée venait d’être rendue impossible. Mais cette foule, convertie à la paix, ne savait que devenir; elle était sans ordre, sans conseil. Un neveu de Jean de Troyes, moins acharné et moins compromis que son oncle, vint au-devant de l'avocat du roi, et, prenant son cheval par la bride, lui demanda « qu'ils feroient ». Jouvenel répondit : « Suivez-nous avec Mgr le Dauphin et vous ne pourrez faillir »?. Et tout le peuple suivit, tous se dirigèrent vers le pont Notre-Dame, puis passèrent par le Châtelet, le long de la rivière, pour rejoindre le duc de Guyenne, qui revenait sans doute alors du Louvre au Palais. Quant aux chefs cabochiens, ils ne songeaient plus maintenant qu’à une chose, se sauver et sortir de Paris pour gagner quelque lieu de refuge. Quelques-uns s'étaient joints d'abord à la foule que conduisait Jouvenel pour se dissimuler. Tous abandonnèrent l'Hôtel

1. Journal d’un Bourgeois de Paris, 38.— 2. Jouvenel des Ursins, p. 485.

de Ville et la place de Grève. « Ils se mussoient comme renars el se absentèrent, et depuis ne adone ne les peut prendre ni trouver. » Beaucoup passèrent par des rues détournées, puis le long de la rivière. Près de Saint-Germain-l'Auxerrois, Jehan de Troyes fut rencontré par un certain Gervaisot Dyonis, tapissier, qui avait un grand ressentiment contre lui : « Ribaud, traistre, à ce coup je l'aurai! » s’écria Gervaisot, l'épée à la main; mais le vieux chirurgien parvint à s'enfuir. Quelques bourgeois firent demander à Jouvenel « si on iroit fermer les portes, afin qu'ils ne s’en allassent ». Jugeant plus prudent de les laisser s'éloigner de Paris, où ils ne pourraient rentrer, voulant surtout éviter des représailles sanglantes, Jouvenel répondit « qu’on les laissast tout ouvert et s’en allast qui voudroit, et qui voudroit demeurer, demeurast, el que on ne vouloit que paix et bon amour ensemble ». La haine qu’ils inspiraient était maintenant aussi vive que leur faveur quelques mois auparavant; il fallait supprimer toute tentation pour la foule, déjà très excitée contre eux : « Fortune leur fut si perverse à celle heure, que, se ilz eussent esté trouvez, fut des gentilz ou du commun, ilz eussent esté tous despeciez ». Et le Bourgeois de Paris, qui malgré tout leur resle secrètement altaché, dit tristement : « Or voy on com peu de fiance partout, car le jour de devant ilz eussent peu, s’ilz eussent voulu, faire assembler la ville de Paris en une place. Ainsi leur advint par fureur de prince, par murmure de peuple !. »

Au moment de celle fuite précipitée, le duc de Guyenne, accompagné par la population de Paris tout entière, ayant près de lui les ducs de Bar et de Bavière et les autres prisonniers délivrés, revenait du Palais par la place de Grève jusqu’à l'Hôtel de Ville. C’étaient Pierre Auger, Guillaume Cirasse et surtout Jean Jouvenel qui dirigeaient cette promenade triomphale ?. Parmi le menu peuple, beaucoup montraient déjà de mauvaises dispositions à l'égard du duc de Bourgogne. On parlait tout bas de s'emparer de lui ou de le frapper. Inquiet, ce fut à Jouvenel qu'il s’adressa pour demander qu'on veillàt sur sa personne et que l'on fit garde autour de lui, si la chose était possible. L'avocat du roi répondit « qu'il ne s’en doutast, el qu’ils mourroient lous avant qu'on lui fist desplaisir de sa personne ».

On était arrivé à l'Hôtel de Ville. Là les ducs descendirent de cheval el montèrent dans une salle : le corps de ville était réuni sauf les échevins cabochiens qui avaient fui; les bourgeois les plus notables y étaient

1. Journal d'un Bourgeois de Paris, 40; Rel, de Saint-Denis, NV, 198; Jouvenel des Ursins, p. 485; Monstrelet, IT, 396; VI, 218. — 2, Félibien, Hist. de Paris, NS 55.

également entrés. Ce fut encore Jouvenel qui intervint; c’est à lui que le Dauphin s’adressa pour prendre la parole en son nom : « Jouvenel, dites ce que nous avons à faire comme je vous ay dit. » L’oraleur rappela les derniers événements, les troubles, le mauvais gouvernement de la Cité. S'adressant au prévôt des marchands, il rendit témoignage de sa constante modération, de sa réserve aux jours les plus difficiles. Il annonça « que ledit seigneur vouloit qu'il demeurast et aussi deux échevins », dont l'un était certainement Jean de l'Olive, l’autre, par suite, Robert du Belloy. Les deux autres furent déposés et remplacés par Pierre Auger et Guillaume Cirasse. Il annonça encore que le duc de Berry serait rétabli capitaine de Paris, que la Bastille serait remise en la main du duc de Guyenne et le duc de Bavière chargé comme lieutenant de la garder, que le due de Bar aurait la capitainerie du Louvre, enfin que Tanguy du Chastel et Bertrand de Montmaur seraient chargés d’administrer la prévôté de Paris. Les proclamations une fois faites, l'assemblée se dispersa. Le Dauphin et les princes relournèrent à Saint-Pol, où ils dinèrent avec le roi. Le peuple se sépara également et chacun rentra chez soit.

Au dire de Jouvenel des Ursins, tout se serait passé dans l’ordre le plus parfait; jamais réaction ne fut plus modérée, plus sage : « En icelle faisant, 1l n’y eut aucune personne frappée, prise, ny pillée, ny oncques personne n'entra en maison ?. » Dans l’après-diner, on cireulait librement par la ville avec la plus grande sécurité. Ce n’élait partout que joie et fêtes. Il est à remarquer en effet que, malgré toules les craintes, il n°y eut pas de sang versé. Ce qui explique cette sagesse, c'est que le rôle principal fut aux modérés, aux hommes sérieux et prudents, à ces bourgeois qui voulaient Ja paix et non de nouveaux désordres. Au contraire, le menu peuple resta longtemps indécis; puis lorsqu'il eut abandonné les Cabochiens, il ne fit que suivre les bourgeois. Cependant le duc de Guyenne ayant livré à la merci de tous le corps et les biens de Jean de Troyes, qui était concierge du Palais, la foule se précipila dans son hôtel, qui « fut tout pillié et desnué de tous biens, ses serviteurs prins, menez en diverses prisons Ÿ ». Ce fut le seul incident fächeux. Les Parisiens se laissèrent aller sans trouble et sans remords à la joie universelle de celle paix reconquise. Les cloches de la ville furent sonnées à toute volée pendant une heure *.

4. Rel. de Saint-Denis, V, 130 ; Jouvenel des Ursins, p.485; Journal d'un Bourgeois de Paris, #0.— 2. Jouvenel des Ursins, p. 485. — 8. Journal d'un Bourgeois de Paris, 39. — 4. Monstrelet, II, 398, 399. La joie et l’espérance que donnait à tous la nouvelle paix sont exprimées avec enthousiasme par Chris-

tine de Pisan au début de la seconde partie du Livre de. pair, commencé le 3 septembre 1413. (Bibl. Nat., fonds franç., 1182, fe 41.)

Les Cabochiens étaient en fuite. La paix était approuvée, acclamée de tous; le roi pouvait donc la faire publier sans crainte; c’était répondre au vœu universel.

Le lendemain de la journée du 4 août, la pacification fut achevée par une promenade des princes à travers la ville. C'était une preuve d’affection et de confiance à l'égard des Parisiens. Le Dauphin était en appareil de guerre, les dues de Berry et de Bar l’accompagnaient. Comme Berry avait élé rétabli capitaine de Paris, on disait, d’après Jouvenel des Ursins, que « c’estoit bien autre chevaucherie que celle de Jacqueville et des Cabochiens ». Puis venait un nombreux cortège de chevaliers, d'écuyers, de bourgeois; c’étaient partout des cris de joie. On entendait souvent : « Vive Guyenne! » et souvent aussi : « Vive Orléans! » nouvelle preuve de l'inconstance de cette foule. Revenu à Saint-Pol, le Dauphin fit aux bourgeois qui depuis deux jours le suivaient et le secondaient si fidèle ment une sorte de harangue de remerciement ; il les engagea à persévérer dans l’amour de la paix, de veiller à son maintien en recherchant et même en arrêlant tous ceux qui voudraient la rompre. Il leur conseilla de faire toujours un guet rigoureux, nuit et jour, et de garder étroitement les portes de la ville; car on élait encore entouré d’ennemis, qui pouvaient tenter une surprise !. Le même jour, le roi expédia à ses baillis un mandement interdisant avec plus de sévérité que jamais les rassemblements d'hommes d'armes ?.

Ce n’élaient pas seulement les bourgeois qui avaient activement travaillé à la paix. L'Université y avait bien contribué pour sa part : elle s'était prononcée avec vivacité contre les Cabochiens. Le gouvernement royal voulut lui donner une marque éclatante de sa reconnaissance et flatter son orgueil. Quelques jours plus tard, sous prétexte de s’excuser d’un adieu oublié le matin du 4 août, lors de son départ pour le Louvre, afin de remercier également des processions et actions de grâces qu'avaient solennellement faites les maîtres, docteurs et étudiants, le duc de Guyenne vint à une réunion de l'Université, ce qui était un honneur exceptionnel. Il arriva accompagné des ducs de Berry, de Bourgogne, de Bavière et de Bar, d'un grand nombre de seigneurs et de chevaliers. C'était

1. Riel. de Saint-Denis, V, 130; Jouvenel des Ursins, p. 485. — 2. Ordonn., X,

à Saint-Bernard; tous les gradés avaient été convoqués comme pour une grave délibération. Les clercs les plus fameux allérent à la rencontre du Dauphin; lorsqu'il entra, tout le monde se leva. Un trône lui avait été préparé ; il y monta, les ducs s’assirent à côté de lui. Jamais la force et le crédit de l'Université n'avaient reçu un aussi éclatant témoignage, et dans ces esprits habitués à l’allégorie et au symbole, les circonstances donnaient lieu à d’ingénieux rapprochements. Les trois fleurs de lys symbolisaient la vertu, la sagesse et la foi. La réunion présente était la preuve évidente de leur union, avec cette nuance que la vertu et la sagesse étaient les servantes de la foi. Le chancelier de Guyenne, Jean de Nielles, prononça une longue harangue au nom de son maître : il dit que je Dauphin éprouvait le plus vif plaisir de venir dans cette auguste assemblée, qu'il honorait plus que personne les savants docteurs de l'Université ; puis il fit un éloge pompeux de la fille aînée des rois ; il la compara aux étoiles éclairées par le soleil, auquel ressemble le père des lumières ; 1l rappela les sages enseignements des maitres, les exhortations faites au nom de la corporation, et qui avaient tant valu pour sauver l’État. La présence du prince était un acte de reconnaissance pour tant de services et tant de fidélité à la couronne de France. La réponse fut faite par le chancelier de Notre-Dame, Jean Gerson. Il était d'autant plus heureux de pouvoir enfin élever la voix, de prêcher la paix, qu'il avait plus souffert du règne des bouchers; on se rappelle qu'il avait dû se réfugier dans les hautes voûtes de la cathédrale et que son hôtel avait été pillé par la foule. Il répondit assez brièvement aux principaux points de la harangue précédente; il assura que les désirs exprimés par le duc de Guyenne seraient tous satisfaits; il fit de grands remerciements pour l'honneur insigne de cette visite ; il adjura le prince de travailler à l’achèvement complet de la paix. Puis la séance fut levée.

Le clergé de Paris montra de son côté un grand zéle pour célébrer la paix. Le dimanche 6 août, les offices à Notre-Dame eurent une splendeur inusitée. On chanta le 7e Deum; les cloches sonnèrent à pleine volée ; il y eut grande et radieuse procession des fidèles à Saint-Martin des Champs !.

C'est ce même jour, selon le Bourgeois de Paris, mais bien plutôt, comme le dit le Religieux de Saint-Denis, le 8 août, que la paix fut enfin solennellement proclamée et publiée dans les rues de Paris par la voix du héraut. Pour que tout fût oublié, pour qu'il n’y eût plus d’inimitiés nouvelles, il fut défendu par ordonnance d'employer à l’avenir les expres-

1. Rel. de Saint-Denis, V, 142. — Jouvenel des Ursins, p. 486.

sions devenues injurieuses de Bourguignon et d’Armagnac. À celte occasion, il y eut de nouvelles fêtes religieuses, de nouvelles processions à Saint-Martin-des-Champs : tous les curés des paroisses, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants y prirent part. L'office fut célébré en grande pompe; puis encore Gerson fit un sermon aussi long qu'éloquent. Il engagea tous les assistants à se montrer heureux de la pacification, et à faire tous leurs efforts pour la maintenir entre les princes; il retraça les rapides et émouvantes péripéties des jours précédents, depuis le 2 août, et engagea les Parisiens à rendre à Dieu de nouvelles actions de grâces. Le texte était : Zn pace, in idipsum requiescam et dormiam. HN n'avait pas complètement achevé quand arrivèrent les envoyés des diverses corporalions qui avaient été invilées à la cérémonie. Après le sermon, les ambassadeurs des ducs et comtes, le prévôt des marchands, les échevins, les principaux bourgeois, allèrent trouver le roï, qui les garda à diner avec lui. Le festin fut plein de gaieté et de joie. Après le repas, lecture solennelle fut faite des articles du traité; les dues se montrèrent en particulier très satisfaits des assurances et garanties de réconciliation et des promesses de licenciement des gens d'armes. Puis le roi annonça que, malgré ce qui avait élé dit à Pontoise, il choisissait, comme lieu de conférence avec les princes du parti d'Orléans, la ville même de Paris. Il n’y avait plus à tenir comple des craintes manifestées le mois précédent, puisque les Cabochiens étaient vaincus, chassés, et que la ville était désormais toute dévouée aux rois et aux princes du sang, jalouse de cette sécurité dont elle avait été longtemps privée. Les princes acceptèrent ce changement !.

La chute des Cabochiens avait élé rapide. Tout le monde avait conspiré leur ruine. Méprisés, repoussés de tous, tandis que le due de Bourgogne lui-même était obligé de faire cause commune avec leurs ennemis, ils ne se trouvèrent plus que quelques centaines et s’enfuirent de tous côtés, Mais il y eut aussitôt contre leurs complices, contre leurs amis, contre eux-mêmes, contre les actes rendus au moment de leur triomphe, une cruelle réaction.

1. Rel. de Saint-Denis, V, 136; Journal d'un Bourgeois de Paris, 42.

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