CHAPITRE II
La réconciliation générale était une chimère et un leurre. Pour mettre un terme aux excès des Cabochiens, on avait appelé les Armagnacs. Ces redoutables alliés ne devaient pas se reposer après une première victoire que les bourgeois modérés de Paris trouvaient suffisante. Ils avaient un pied en la place ; bientôt ils y entreront tout enliers et feront disparaître comme une poussière les restes et le souvenir même des États de 1413, de l’Ordonnance et du règne des bouchers.
Ce qui permit ce retour et ce triomphe, ce fut l’esprit de réaction qui s'empara de la cour et surtout des Parisiens contre les vaineus de la veille. Les Armagnacs n’eurent qu’à paraître et à demander. Jamais l'inconstance populaire ne fut mieux prouvée. Cet esprit de réaction était à prévoir dès les premiers jours d'août. À ces heures difficiles où la paix avait finalement triomphé, des menaces s’élaient déjà fait entendre contre les Cabochiens. Le # août la foule s'était décidée en faveur du traité avec un certain emportement. Quand les bouchers, sur la place de Grève, avaient voulu compter leurs partisans, ils n’avaient plus trouvé que des adversaires. L'hôtel de Jean de Troyes avait été entièrement pillé *. Les personnes mêmes avaient été en danger ?. Dès le lendemain chacun se mettait en quête aux environs de la ville pour trouver et arrêter les principaux chefs des émeutes.
Après la publication de la paix, le changement qui s'était produit dans
1. Journal d'un Bourgeois de Paris, 39. — 2. Jouvenel des Ursins, p. 486.,
l'esprit des Parisiens devint manifeste. Le peuple qui avait tant poursuivi certains officiers royaux de sa haine, qui les avait conduits avec une joie féroce jusqu'au dernier supplice, vit sans murmurer délacher du gibet les cadavres de ceux qui y avaient été pendus, Colinet de Puisieux, Jacques de la Rivière, le Petit-Mesnil, même Pierre des Essarts ?. On laissait déjà aux Armagnacs « tout faire à leur voulenté ». Un des premiers soins fut de changer de couleurs et de costume : on porta des casaques violettes, en étoffe de deux tons, coupées de la grande croix blanche des Armagnacs; partout était brodée leur devise : « Le droit chemin. » Avant la fin du mois d'août, « tant en avoit à Paris que sans nombre... à cens et à milliers la portoient ? ». On vit bien ces nouvelles dispositions, quand le roi décida que l’entrevue avec les princes du parti d'Orléans aurait lieu à Paris. Beaucoup, autour de Charles VI, élaient inquiets de l'acceptation des princes ; on craignait de lointaines rancunes. Au contraire, la joie des Parisiens fut très grande. Le duc d'Orléans et ses alliés devenaient les favoris du jour. On se demandait : « Comment ferons-nous pour recevoir de si bons princes avec les honneurs qu'ils méritent ? » Quant aux Cabochiens, on n'avait pas assez de ressentiment et de haine contre eux : « Ils se tenoient moult eureux quant ilz povoient eschapper comme truans, paiges, ou comme porteurs d’afeutreure, ou en autre manière quelle que ce fust “ ».
Cette animosité était si vive, que le roi, pour éviter des excès, sur Ja demande de ses plus sages conseillers, dut menacer les plus zélés Armagnacs des peines les plus fortes. Une ordonnance fut publiée dans les carrefours de la ville : elle portait peine de mort contre tous ceux qui, sans en avoir reçu l'ordre, pénétreraient dans les maisons des Cabochiens arrêtés et y commettraient quelque dégât ou pillage. Défense fut faite également d’assaillir les maisons de ceux qui avaient pris Ja fuite 5. Mais ces efforts pour modérer la réaction étaient impuissants. Il venait d’autre part de redoutables excitations. Le Religieux de Saint-Denis nous raconte une anecdote dont nous ne pouvons vérifier l'authenticité; elle a été reproduite par Jouvenel des Ursins. Les gens du roi déclaraient avoir trouvé deux rôles très compromettants pour les bouchers; ils les transmirent au Parlement, puis à l'Université pour délibérer à leur sujet. Le premier de ces rôles était une liste de seigneurs dont 200 avaient été
emprisonnés ; les autres étaient parvenus à s’enfuir; ces derniers étaient
1. Rel. de Saint-Denis, V, 146; Journal d'un Bourgeois de Paris, 44. — 2. Journal d'un Bourgeois de Paris, #4; Jouvenel des Ursins, p. 486. — 3. Rel, de Saint- Denis, V, 142. — 4. Journal d'un Bourgeois de Paris, 44. — 5. Rel. de Saint- Denis, V, 144.
au nombre de 1200 et plus. Le second rôle contenait des révélations plus graves. C'était également une lise de personnages notables, entre autres de bourgeois. À certains noms on avait ajouté « et leurs familles ». Chacun portait une sorte de signe cabalistique, tantôt un T, et ceux-là devaient être arrêtés, comme pour être conduits en prison, puis jetés à la Seine, c’est-à-dire tués ; tantôt un B, et ceux qui étaient ainsi désignés, on comptait les bannir et confisquer leurs biens; enfin venait une troisième catégorie avec la lettre R, indiquant les bourgeois qui devaient être seulement rançonnés !. Les Parisiens trouvaient dans ces récits effrayants l'explication et l’exeuse de leur rapide revirement, et ils n’en étaient que plus acharnés contre ceux qu'ils avaient d'abord soutenus et suivis. A la fin du mois d'août, le Bourgeois de Paris dit avec exagération sans doute, mais non sans quelque vraisemblance : « Et firent tant par placebo, qu'ils orent tous les greigneurs bourgoiz de la ville de Paris de leur bande, qui par semblant avant avoient moult amé le duc de Bourgongne pour le temps qu'il estoit à Paris, mais ilz se tournèrent tellement contre lui qu’ilz eussent mis corps et chevance pour le destruire lui et les siens ? ».
La mesure de cetle réaction nous est donnée par les lettres qu’écrivirent le prévôt des marchands et les échevins de la ville de Paris au corps municipal de Noyon, le 16 août *. Nous avons déjà vu une lettre semblable adressée au lendemain de la première émeute, le 98 avril. Cette lettre expliquait et glorifiait la conduite des bouchers, qui étaient appelés « loyaulx subgiez, amiz et bienvueillans de nostre dit très redoubté seigneur. » ; les Armagnacs étaient de « faulx et desloyaulx traistres ». D'autres lettres avec des protestations du même genre avaient encore été envoyées depuis la fin d'avril. Mais, comme tant d’autres, prévôt et échevins avaient dû faire une promple évolulion. Quand les échevins compromis parmi les Cabochiens eurent été remplacés, le corps municipal fut forcé de renier et de poursuivre ceux qu'il avait d'abord soutenus. L'épitre du 19 août est aussi vive contre les bouchers que les précédentes contre les Orléanais : ils sont qualifiés de « gens de peliz estats el faculttez », accusés de « tousjours continuer guerre et division », d'avoir fait « pilleries, murtres, roberiez et aultres déliz en maintes manières »; leur propos était « dampnable », leurs voies « délestables, obliques etorribles ». A la fin, on trouve cette requête : « Sy vous prions très effettueusement et le plus que povons que, se aucuns desdits particuliers et perturbateurs de paix. qui, à leur très grand confusion et à vraye démonstration de
1. Rel. de Saint-Denis, V, 144; Jouvenel des Ursins, p. 486. — 2. Journal d'un Bourgeois de Paris, 46. — 8. Bibl. de l'École des Chartes, 1845-1846, VIT, 65.
leurs pechiez et inyquitez, se sont rendus fuitiz, chéoient en vos mains, vous iceulx prenez et faites prendre par justice avecqs tous leurs biens. »
Paris allait done être en pleine réaction. On en voulait aux Cabochiens d’avoir trompé les espérances populaires, surtout d’avoir troublé la paix sans profit. Comme toujours l'opinion était passée d’un excès à l'autre. Grâce à cette disposition générale des esprits, les premiers rêves d’apaisement et de réconcilialion allaient bientôt s’évanouir.
Les chefs cabochiens avaient, du reste, prévu l’avenir sans illusion, et n'avaient point compté sur la paix et bon amour qu’on leur avait promis. Bien peu élaient demeurés. La plupart avait usé de la permission que Jouvenel leur avait laissée de gagner le plat pays. La réaction ne les surprit point à Paris ni même aux environs. En vain, dès le 5 août, on fouilla les alentours de la ville : « nul n’en trouva ! ». Leur idée commune avait été de gagner les domaines du duc de Bourgogne. Les Legois s’élaient sans doute dirigés vers le nord et les terres d'Empire; ils passèrent près de Sedan au commencement d'octobre ?. Mais les plus connus furent attirés du côté de la Bourgogne, dont les frontières étaient assez proches. De plus, Elyon de Jacqueville était parti récemment de ce côté pour combaltre Clignet de Breban et se trouvait à Montereau avec de nombreux hommes d’armes . De grands préparatifs militaires avaient été faits dans le duché; la résistance y était organisée ; enfin la duchesse, qui gouvernait en l'absence de Jean sans Peur, avait ordre de donner asile aux fugilifs. Au mois d'août, Jean de Troyes avec ses fils est établi chez Perrenot Damotte, châtelain de la Perrière, domaine de la duchesse, qui s'y trouvait précisément lors de leur passage ; l'ancien échevin et les siens restèrent là huit jours “. Denis de Chaumont et Caboche allèrent plus loin : ils s’arrêtèrent quelque temps au mois de septembre à Auxonne avec deux varlets et quatre chevaux. Ils ne purent payer les frais qu’ils y firent et reçurent 10 francs, puis 40 francs, et encore 50 francs, pour gagner Besançon ÿ. D’autres Gabochiens se dispersèrent, nous ne savons où : « Les ungs s’enfuyoient en Flandres, autres en l’Empire, ou oultre
1. Journal d'un Bourgeois de Paris, 42, 44. — 2. Arch. nat., JJ, 167, fo 304 vo. — 8. Monstrelet, II, 399; V, 219. — %. Arch. de la Côte-d'Or, B, 5057. — 5. Arch. de la Côte-d'Or, B, 1576, fos 134-135 v°; voir Pièces justificatives, n° V.
mer, ne leur challoit où, mais se tenoient moult eureux quand ilz poyorent eschapper ‘. »
À Paris, en effet, on parlait déjà d’arrestations, de procès, de châtiments. Le 12 août, le roi envoyait des ordres rigoureux au bailli d'Amiens : sous le nom « d’empescheurs de paix », il lui enjoint de faire prendre et emprisonner les Cabochiens qui viendraient à Amiens, et « les nous envoyez, pour d'eulx faire justice et raison, et les punir et les faire punir tellement que au cas appartiendra » ?. Le 16 août, c’est la même requête que la ville de Paris envoie à la ville de Noyon après lui avoir mandé quatre mois auparavant d'arrêter les Armagnacs ?. Il est vrai que, le 29 août, Charles VI accordait des letires d’abolition à la ville de Paris. Mais ces lettres étaient d'un ton sévère et faisaient de nombreuses exceptions. Elles rejetaient tous les crimes sur certains chefs, auxquels les Parisiens avait obéi par nécessité et contrainte; c’élait une grâce accordée à de grands coupables; silence perpétuel élait imposé au procureur général. Les chefs exceptés du pardon étaient au nombre de 65 hommes et une femme, qui ne pouvaient profiter de la présente abolition. Leurs procès devaient être faits, et ils devaient recevoir les peines méritées « pour avoir conspiré en la mort d’aucuns seigneurs et autres de nostre bonne ville de Paris », pour avoir été « perturbateurs de la paix... depuis le retour derrainement fait de Ponthoise », et coupables « des occisions, pilleries, rançonnemens ou eéxtorsions... faictes depuis le traité d'Auxerre » ?.
Pareille mesure prouvait encore un reste de modération. Mais, avant que ces leltres eussent été publiées, les premières représailles violentes avaient été faites contre les personnes. On avait déjà pris et enfermé quelques Cabochiens, sans faire grande attention aux personnes arrêtées : c’étaient le sire de la Viefville, Philippe de Poitiers, Charles de Lens, André Roussel et d’autres bourgeois de Paris. On avait même commencé des exécutions plus rigoureuses. Deux bouchers, les deux frères, sans doute neveux de Simon Caboche, appelés les Cailles, furent saisis, jugés d’une façon fort sommaire et pendus au gibet de la ville : ils étaient accusés d’avoir pris part, à la fin d'avril, aux assassinats de Courtebotte, ménestrel du comte de Vertus, et de Raoul Brisoul, secrétaire du roi. Un cousin de Jean de Troyes, portant le même nom, et maître de l'hôtellerie l'Huis de fer, eut le même sort. Enfermé au Chà-
1. Journal d'un Bourgeois de Paris, 44; Rel. de Saint-Denis, V, 144. — 2. Monstrelet, Il, 397. — 8. Bibl. de VÉcole des Chartes, 1845; 1846, ee 68. — 4. Ordonn., X, 163; Félibien, Hist. de Paris, V, 257.
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telet, on trouva qu’il « avoit esté bien extrême ès maux qui s’estoient faits au temps passé » ; il avoua « plusieurs très mauvais cas que faisoient les bouchers, … dont aucuns il avoit esté consentant.…. » ; il eut la tête coupée aux Halles *.
Mais le premier souci des Armagnacs fut de s'emparer de tous les offices qui avaient été occupés par les Cabochiens; à peine les modérés en obtinrent-ils quelques-uns. Les premières mutations mirent surtoul les charges militaires les plus considérables de Paris aux mains des se1gneurs qu'un récent séjour en prison avait rendus irréconciliables. La garde de la bastille Saint-Antoine fut confiée au duc Louis de Bavière, pris et enfermé le 22 mai; le duc de Bar devint capitaine du Louvre; Antoine des Essarts, garde de la conciergerie du palais; tous trois avaient été élargis le même jour. On a vu que l'office de capitaine de Paris avait été rendu au duc de Berry, que son grand âge et ses sympathies livraient entièrement à l'influence des Armagnacs. Enfin les deux points les plus importants pour garder les communications de Paris avec le plat pays, les ponts de Saint-Cloud et de Charenton, furent confiés à de nouveaux capitaines « tous hayneux du commun ? ».
Le mardi 8 août on procéda à la plus importante des mutations. Les Cabochiens avaient réussi à faire donner l'office de chancelier à un des leurs, maître Eustache de Laistre, président de la chambre des comptes. Mais, trop compromis dans toutes les émeutes, le chancelier avait pris la fuite avec les bouchers. Le jour même de son départ, il avait été « désapointé » ; il fallait le remplacer. Le mardi matin toute la cour de Parlement vint à Saint-Pol, où devait se faire l’élection. Le roi, ayant entendu sa messe, entra dans la chambre du conseil ; il était entre 9 et 10 heures. Les dues de Berry et de Bourgogne se présentérent également. Lorsqu'ils eurent salué le roi, les membres de la cour se retirèrent ; il ne resta dans la pièce que Charles VI, les ducs, le greffier du Parlement, Nicolas de Baye et un secrétaire du roi. Le greffier reçut un missel et un morceau de la vraie croix richement enchässé dans un reliquaire, pour faire jurer tous ceux qui devaient voter. Ces préliminaires terminés, Antoine de Craon, qui gardait « l'huys », appela successivement tous les officiers el magistrats qui étaient sortis. C'élait d’abord Arnaud de Corbie, le précédent chancelier, puis le grand maître de Rhodes, l'archevêque de Bourges, l’évêque de Beauvais, des barons, des chevaliers, des conseillers, des membres du Parlement et des Comptes, au nombre de 90.
1. Rel, de Saint-Denis, V, 144-146; Monstrelet, II, 402; Jouvenel des Ursins, p. 486. — 2. Monstrelet, Il, 398; Journal d’un Bourgeois de Paris, 42.
LA RÉACTION ail
À chacun, dans l'ordre où il avait été appelé, le greffier, placé aux pieds du roi, fit jurer, la main sur le missel et la vraie croix, le serment suivant : « Vous jurez aux sains Euvangiles et sur la vraie croix, qui iey sont, que bien et loyaument conseilleres le roy nostre sire, ou cas présent de cesle élection, et nommeres à vostre loyal povoir, sans faveur désordonnée et sans hayne, bonne personne ydoine et convenable pour exercer l'office de chancelier. » Le scrutin était commencé et même fort avancé, quand arrivèrent le Dauphin, le duc de Bar et le duc de Bavière, qui vinrent voter selon les mêmes formalités : ils attendirent à l’entrée, furent appelés et prêtèrent serment. Le roi vota le dernier. Lorsque les voix eurent été comptées par le greffier et le secrélaire du roi, il se trouva que maître Henri de Marle, premier président du Parlement, était élu chancelier avec un grand nombre de voix. Aussitôt les portes de la salle furent ouvertes; chacun put entrer, et Nicolas de Baye publia le résultat : « Il plait au roy nostre sire que ce scruline par lui fait soit publié, ouquel messire Henry de Marle... a eu quarante-quatre voix, maistre Simon de Nanterre, président en Parlement, vingt, mestre J. de Saulx, chancelier de Bourgoigne, six, et ledit messire Arnaud de Corbie, dix-huit. » Le greffier termina en disant qu'Arnaud de Corbie aurait élé élu si son grand âge ne lui avait rendu impossible l'exercice de ces lourdes fonctions. Le roi déclara ensuite instituer M. de Marle dans sa nouvelle charge. Le chancelier répondit par une docte harangue où il protestait de son insuffisance, mais, après avoir cilé Jérémie et Isaïe, acceplait ce grand honneur. Puis il prêta serment d’après une formule que récita le greffier. On remarquait le passage : « Sire, vous jurez au roy... que... ne robbes, pensions ou proufit de quelconques seigneur ou dame que ce soit, ne prendrez dores en avant, sans congé ou licence du roy, et que de luy vous n’empétrerez pas vous ou ferez empélrer par autre licence sur ce... et aussi que vous ne prendrez quelzconques dons corrompables. » H. de Marle répondit : « Ainsi le jure-je, mon très redoubté seigneur. » Le roi se leva et tous se retirèrent ‘.
D’autres élections et mutations suivirent nécessairement. Le 12 août, Robert Mauger devint premier président du Parlement, bien que ce fût un magistrat négligent; mais il était bon Armagnac. Le roi et le Dauphin imposérent à sa place comme quatrième président Jean de Vailly, ancien avocat du roi, une des victimes des Cabochiens; de Vailly fut établi malgré une opposition de cinq jours et un scrutin régulier où deux candidats
4. Godefroy, Hist. de Charles VI, 489; Labbe, Éloges historiques des rois de France, 689; Isambert, Anc. lois françuises, VII, 577; Monstrelet, II, 399; Jouvenel des Ursins, p. 486; Rel. de Saint-Denis, V, 142; Nic. de Baye, Il, 127.
avaient cu plus de voix que lui ‘. Comme le chancelier de France, le chancelier du duc de Guyenne, Jean de Nielles, ancien officier du duc de Bourgogne, qui avait montré de vives préférences pour les Cabochiens, perdit sa charge. Ce fut l'avocat du roi Jean Jouvenel qui le remplaça.
L'audace et les exigences des Armagnacs, leur entente étroite avec le Dauphin, eurent une autre conséquence plus grave encore : ce fut la fuite du duc de Bourgogne, fuite qui rendit la réaction complète et prolongea la lutte de plusieurs années.
La conduite du duc de Bourgogne pendant l'émeute cabochienne avait été singulière. Il était de longue date l'ami et l’allié des bouchers et des principaux Cabochiens. Depuis longtemps, Jean de Troyes, Pierre Cauchon, les Saint-Yon, les Legois, étaient comme ses clients. Mais il n’avait sans doute pas prévu qu'ils deviendraient assez audacieux pour établir une sorte de pouvoir insurrectionnel et mettre le roi, le Dauphin, la cour sous leur tutelle. Il fut indéeis, embarrassé, mais il ne sut pas les abandonner : leur rêgne semblait encore le sien. Sans lui, du reste, le duc de Guyenne n’aurait-il pas élé à la merci des séditieux? Quoi qu’il fit, sa position élait fausse : prince du sang, il n'osait avouer les attentats d'avril et de mai, ni désavouer les Cabochiens de peur de s’en faire des ennemis. C'est ce qui explique comment il apparait si peu dans tout ce récit : il évile toules les occasions où il y aurait lieu de se compromettre. Il ne se montre que dans les moments les plus critiques : il amène des Essarts à se rendre pour calmer la foule; il prend ehez lui les prisonniers faits le 28 avril, pour leur épargner de mauvais traitements; le 22 mai, il s'efforce encore d'éviter de nouveaux scandales. Mais ces rares interventions ne suffisaient pas pour effacer la mauvaise impression de ses rapports fréquents avec les perturbateurs. A la cour, on lui attribuait, non sans quelque apparence de vérité, un rôle secret et perfide dans toute celte agilation.
Lorsque, après l'Ordonnance, la cour et les modérés s’apprêtèrent à renverser les tyrans parisiens, Jean sans Peur persista dans sa conduite incerlaine. Il ne pouvait apporter à ses anciens alliés un secours réel dont