‹ Les Cabochiens et L'Ordonnance de 1413Chapitre 77 sur 93 · Laborde, Preuves, IIT, n · texte numérisé non relu

Laborde, Preuves, IIT, n

palais, les princes furent reçus par le roi, la reine et le duc de Guyenne. Charles VI demanda avec affabilité des nouvelles de chacun d’eux et leur témoigna le plus vif plaisir de cet heureux retour. Le Dauphin ne cachait pas son bonheur et prodiguait au duc d'Orléans les marques d'une affection fraternelle. Un repas magnifique fut servi à tous les seigneurs, qui allèrent ensuite loger chacun en son hôtel,

Celte réceplion annonçait les événements qui allaient suivre. Dès le lendemain samedi 2 septembre, il y eut de grand matin une réunion solennelle en la chambre verte du palais. L'assemblée étail nombreuse : s'y trouvaient le roi, le roi de Sicile, le duc de Guyenne, cinq ducs, Berry, Orléans, Bourbon, Bar, Bavière, cinq comtes du sang ou alliés à la famille royale : Alençon, Vertus, Eu, Vendôme, Tancarville, le grand maître de Rhodes, un grand nombre de barons, seigneurs, chevaliers et écuyers, le Parlement, le recteur de l'Université accompagné de plusieurs maitres, le prévôt des marchands et les échevins de Paris. Le roi Louis prit la parole : dans de telles occasions, c’élait généralement lui qui faisait office d’orateur. Il exposa très bien comment les princes n’avaient pu, au mois d'avril, se rendre à Paris sur le mandement du roi par suite des désordres « des gens de pelit estat et de petite condition demourans pour lors à Paris » ; il déclara qu’ils s’offraient « au bien du roy et son honneur et au proffit de son royaume ». Puis le roi leur fit prêter serment à genoux, sur l'Évangile et la vraie croix, de maintenir la paix. Nous avons la formule de ce serment. Le duc de Bourgogne était cité parmi les seigneurs entre lesquels l'accord et bonne parenté devaient être gardés. A en croire le Religieux de Saint-Denis, celte cérémonie était si touchante que les assistants en versaient des larmes. Il fut pris en même temps une grave décision : de nombreux actes avaient élé rendus contre les princes pendant la sédilion cabochienne, et par contrainte. Les vainqueurs obtinrent du roi, pour le mardi suivant 5 septembre, la tenue au Parlement d’un lit de justice pour la révocation de tous ces actes. Parmi ces révocations allait se trouver celle de l'Ordonnance cabochienne ?. |

Au jour convenu, le lit de justice fut tenu en la chambre du Parlement. Jamais réunion n’avait élé aussi solennelle. L'œuvre de destruction devait être faite avec un appareil inouï. C'était la ruine irrévocable de mille espérances de réformes et de progrès qu'avait entretenues le peuple de France. Pour consommer cette ruine, ce n'était pas trop que tant de

1. Rel, de Saint-Denis, V, 148-150 ; Jouvenel des Ursins, p. 486; Monstrelet, II, 402; Cousinot, Geste des nobles, CXXXII; P. Cochon, éd. de Beaurepaire, 268. — 2. Rel. de Saint-Denis, V, 150-152; Félibien, Hist. de Paris, IV, 551; Nic. de Baye, II, 139.

princes, de prélats, d'officiers royaux. Il y avait là deux rois : Charles VI et Louis de Sicile, l'héritier du trône, le due de Guyenne, cinq ducs : Berry, Orléans, Bourbon, Bar, et sans doute aussi Bavière, six comtes : Alençon, Vertus, Eu, Vendôme, princes du sang, de Marle et de Tancarville, une foule de barons, de chevaliers, deux archevêques, plusieurs évêques, tous les conseillers du roi, tous les membres du Parlement, le recteur de l'Université à-la tête de nombreux maitres, le prévôt des marchands, les échevins, les plus notables et plus riches bourgeois de Paris, enfin une « grani foison de peuple ». Lorsque cette foule variée avec ses hueques violeltes toutes brodées de feuillages d'or et d'argent « à l’ortie », avec ses chaperons rouges et noirs, eut pris place dans la salle, le chancelier, maitre Henri de Marle, se leva et prit la parole au nom du roi. Comme c'était l'usage, il commença par invoquer la sainte et indivisible Trinité. Puis il exposa l’objet du lit de justice. Le roi, après réflexion et information, avait acquis la certitude qu’il y avait eu dans les derniers troubles crime de lèse-majesté ; car l’hôtel royal avait été violé et des princes du sang avaient élé jelés en prison avec d’illustres seigneurs. Le duc de Bourgogne ni aucun prince de la famille royale n'avaient élé capables d’inspirer de pareils excès. De plus les séditieux avaient obtenu la nomination de commissaires pour juger les prisonniers par une procédure extraordinaire. L’orateur annonça que ces commissaires, qui n'avaient presque rien fait et dont les pouvoirs étaient depuis longtemps arrivés à leur terme, étaient destitués. Ordre fut donné de lacérer leurs commissions devant l'assemblée.

Le chancelier passa ensuite à l’Ordonnance cabochienne. Il rappela les circonstances de sa rédaction et de sa publication, les requêtes et obsessions des bouchers à son sujet. Il parla de la commission et des commissaires qui l'avaient préparée, montrant la part que des chevaliers, un confesseur du roi, deux conseillers, aucuns de l'Université y avaient prise. Il fit remarquer que les formes régulières n'avaient point été observées, que l’Ordonnance n’avait pas tout d’abord été lue au roi et à son conseil, ni examinée en la cour de Parlement, qu’elle avait été « soudainement et hâtivement » publiée, que, jusqu’au jour de cette publication, elle avait été tenue close et scellée, qu'il avait fallu « grant impression de gens d'armes » le jour du lit de justice où elle avait été rendue, que les princes des fleurs de lys n’y avaient point donné leur consentement. Il insista surtout sur le dernier article par lequel « les commissaires se réservoient d'y pouvoir adjouter à leur avis ». Il représenta ce droit comme une atteinte évidente au pouvoir législatif du souverain, une réduction dangereuse de la prérogative royale : « Et sy estoit blessée et

diminuée l’auctorité du roy et limitée ». En conséquence, l'ordonnance du 26 mai était cassée, annulée, abolie, révoquée et du tout mise au néant, Un gros cahier fut remis au greffier de la cour. C'était l'œuvre d'hommes généralement sages et modérés, le travail consciencieux de plusieurs mois, attendu par tous les esprits prudents qui, en dehors des luttes des deux partis, rêvaient le relèvement du royaume de France. Et tout cela allait être anéanti : à peine en resteraitsil le souvenir. En effet, comme si ce n’était pas assez d’avoir prononcé la révocation avec tout l'arsenal de synonymes d’un formulaire menaçant, il y eut encore destruction matérielle. En présence des rois, des ducs et des comtes, des parlementaires, du recteur, du prévôt des marchands, des docteurs en théologie, et des bourgeois, le texte même fut déchiré par les mains du grefier *,

Le chancelier procéda encore à d’autres révocations : un édit confirmant leurs offices à tous ceux qui les avaient obtenus depuis trois ans par révocation d'officiers orléanais, un second édit maintenant aux possesseurs actuels tous les biens confisqués pour cause de rébellion, furent annulés à leur tour. Une requête de l’Université pour le licenciement des gens de guerre qui tenaient la campagne termina la séance. Cependant, avant que l'on se reliràt, les princes s'approchèrent du roi, el non contents encore des salisfaclions de toute sorle qui venaient de leur être données, n’oubliant pas la prudence au milieu de leurs succès, ils se jetèrent à genoux et demandérent avec supplication que des lettres fussent dressées au sujet de lout ce que venait de dire le chancelier, qu'on y apposàt le sceau royal, enfin qu’on en fit l'objet d’une publicalion générale dans le royaume. Cetle demande fut gracieusement accordée.

Les jours suivants, plusieurs actes royaux furent rendus pour consacrer et faire connaitre ces événements à {ous les sujets : le 5 septembre, lettres de Charles VI portant révocation de celles du 3 octobre 1411, par lesquelles il avait déclaré les ducs d'Orléans et de Bourbon, le comte d'Alençon et ceux qui avaient tenu leur parti, coupables de rébellion pour avoir contre ses défenses levé des troupes et pris les armes; — à la même «late, autres lettres en lalin par lesquelles le roi casse et annule plusieurs édits qu'il déclare avoir rendus contre ses sujets sur de faux exposés ?; — le 12 septembre, nouvelles lettres patentes où le roi révoque les leltres, arrêts, etc., rendus contre les princes de la faction des Arma-

1. Rel. de Saint-Denis, V, 152-154; Jouvenel des Ursins, p. 486; Monstrelet,

IL, 403; Félibien, Hist. de Paris, IV, 558; Ordonn., X, 140; Mém. de la Société de l'Hist. de Paris, IV, 158; Nic. de Baye, I, 140. — 2. Ordonn., X, 167, 170.

gnacs !; — enfin le 18 septembre, autre série de lettres contenant le récit de l’émeute cabochienne. Dans ces dernières, en particulier, le roi protestait contre les violences commises, contre les lettres qui lui avaient été à plusieurs reprises arrachées par la menace et la contrainte, contre les imputations qui y avaient été accumulées à l'égard des princes, contre les confiseations, excommunicalions, renouvellements de bulles et autres condamnations prononcées par les Cabochiens ?; ces mesures ayant élé prises « à l’instigation, impression, violence et importunité d’aulcuns sédicieux », ne devaient avoir désormais aucune valeur, En outre, des mandements royaux donnèrent avis des précédentes révocations à tout le royaume, car nul ne devait les ignorer. Tous les officiers de justice reçurent l'ordre de les publier. Les lettres des 5, 8 et 12 septembre furent lues dans tous les lieux où il était d'usage de faire de telles proclamations. Sans doute elles furent aussi affichées aux porches des églises. Les « prélatz et clercs qui ont accoustumé de prêchier au peuple » devaient les communiquer au prêche, et en faire l'objet de leurs sermons.

Cette disparition de Ordonnance, qui a laissé si peu de traces dans les actes officiels, a-t-elle du moins sur le moment fait quelque impression ? Les contemporains s’en sont-ils préoccupés pour y applaudir ou la déplorer? A cet égard, les témoignages sont insuffisants. Nous avons seulement l'opinion de quelques hommes intelligents et instruits qui jugeaient avec gravité celle vaste compilation devenue déjà presque un document historique ; il nous manque des appréciations plus générales qui puissent nous donner une idée du sentiment commun. Peutêtre, il est vrai, l'ignorance est-elle la cause de ce silence; ces 259 articles, dont l’exécution avait été à peine tentée, n'étaient guère connus que des gens de cour et de loi, des officiers royaux et des eleres. Le Relivieux de Saint-Denis les a lus : il les trouve utiles et dignes d’être conservés malgré leur abolilion *. Jouvenel des Ursins déclare que l'Ordonnance est longue et prolixe, mais qu’il y avait de bonnes et notables choses prises sur les anciennes. Lorsqu'elle fut déchirée, il a un mot de regret pour ces « bonnes choses * », Il voit surtout dans le second lit de justice un acte de pure réaction fait en haine des Cabochiens. Du reste il s’en console en disant que « les anciennes ordonnances suffisoient bien et n’en falloit aucunes autres ». L'Université avait moins d'indépendance el

4. Ordonn., X, 173; Monstrelet, VI, 109; Lefèvre de Saint-Remy, I, 110. — 2. Voir, pour ces lettres du 48 septembre 1413 : Arch. nat., K, 58, 5; Arch. mun. de Dijon, A, 42; Monstrelct, 115; Mém. de la Soc. de lhist. de Paris, IV, 160. — 3. Rel. de Saint-Denis, V, 52. — 4. Jouvenel des UÜrsins, p. 486.

de largeur dans le jugement. Sous les complications d’un slyle pédantesque, elle condamne implicitement l’'Ordonnance parmi tous les autres actes cabochiens dans ses lettres du 4°" décembre 14138. Il y à encore, au sujet de cette révocation, une curieuse anecdote dans le Religieux de Saint-Denis. Au moment du lit de justice du 5 septembre, l’auteur s’entretenait précisément de la réforme du gouvernement royal avec certains membres du conseil plus souples que fidèles à leurs opinions, et ses interlocuteurs n’avaient pas assez de critiques pour déprécier cette imposante Ordonnance qu’ils avaient autrefois vantée avec excès. Ces critiques n'étaient guère sincères, et l’indignation était de commande; car ils étaient trop intelligents pour ne pas comprendre toul ce qu'il y avait eu de louable dans les efforts qui avaient élé faits. Le moine, surpris de ce revirement, leur dit : « Pourquoi donc avez-vous été d'avis qu’on les annulàt? — C'est, répondirent-ils, qu'en nous pliant ainsi à la volonté des princes, nous conservons notre position à la cour ». Cet aveu était dépouillé d'artifice. Et le chroniqueur répondit finement : « Je pourrais bien vous comparer aux coqs des clochers, qui tournent à tous les vents !, »

Les Cabochiens vaincus, l'Ordonnance annulée, il fallut encore liquider la situation et profiter de ce facile triomphe. Après le départ de Jean sans Peur, ses ennemis les plus acharnés, les Armagnaes les plus redoutés, étaient accourus à Paris et entouraient maintenant le roi : c’étaient Charles d’Albret, le duc de Bretagne, le comle de Vendôme, Clignet de Breban, qui avait ravagé tout le pays entre Orléans et Montereau, le comte d’Armagnac enfin, le pire de la bande. Ils ne ménagèrent aucun affront à leur adversaire de Bourgogne. A l’instigation de Jean Gerson el avec la permission du roi, l’Université reprit, d'abord avec une cerlaine discrélion, puis ouvertement, la condamnation des doctrines de Jean Petit : il y eut sermons de Gerson, délibérations de l’Université tout entière, de la faculté de théologie, de la nation française, de la faculté de décret, sentence de l'évêque de Paris, ete. ; le procès fut poursuivi avec la même énergie depuis les premiers jours de septembre 1413 jusqu'à la fin de 1414 ?. Ce qui dut être plus pénible encore au due de

1. Relig. de Saint-Denis, V, 154. — 2. J. Gersonii Opera, éd. E. Dupin, IV, 657; V, 55, 54, 58, 64, T0, 82, 258, 272, 300, 322, 333, etc.

Bourgogne, ce fut le renvoi de sa fille Catherine, qui avait été solennellement fiancée à Louis, fils du roi de Sicile, depuis trois ans. Deux officiers du duc, Pierre de la Trémoille et Thierry Gherbode, durent l'aller chercher à Beauvais, où l’avait conduite le maréchal de Longny; ils étaient également chargés de l’humiliante mission « de recevoir... par bon inventoire tous les joieaulx, vaisselle, tapisseries, abis, monnoies, or, argent, et autres meubles et biens quelxconques que l’on leur baïllera et voldra baillier et rendre avec nostre dicte fille ! ». Ces incidents annonçaient une guerre prochaine; c’élaient les préludes de la prochaine phase de la lutte des Armagnacs el des Bourguignons.

En même temps, de nouvelles et nombreuses mutations étaient faites. On n'avait d’abord frappé que les Cabochiens, on allait maintenant atteindre les modérés. Certains officiers, dont la réputation était excellente et qui avaient été fort peu compromis, avaient été maintenus. Le prévôt des marchands, André d’Epernon, n'avait suivi les bouchers que par contrainte et, dans les derniers jours, avait activement travaillé au rétablissement de la paix. On se souvient que, dans les premiers jours d'août, parlant au nom du Dauphin, Jean Jouvenel avait dit, à l'Hôtel de Ville, « qu'il estoit bien preud’homme et que ledit seigneur vouloit qu’il demeurast ». Mais, peu après, son prédécesseur, Pierre Gentien, « qui moult avoit esté contraire au menu commun » et dont les relations avec les vainqueurs étaient étroites, rentrait dans Paris. Bien que les Parisiens l’eussent accusé de concussion dans l'administration des monnaies, dont il était « général maistre », la prévôté des marchands lui fut rendue le 9 septembre ?. Le prévôt royal de Paris, le Borgne de la Heuse, fut frappé de la même manière : c'était un vaillant chevalier, qui était allé aux frontières de Picardie combattre les Anglais ; il avait done pris aucune part aux dernières journées. Dès le 4 août, on lui avait enlevé sa prévôté pour la donner en garde à Tanguy Duchastel et à Bertrand de Montauban. Il revint en toute hâte à Paris, et, comme son innocence était évidente, on lui restitua son office malgré les protestations de Tanguy Duchastel; c'était vers le 10 ou 11 août, au lendemain de la paix. Au mois suivant, les dispositions étaient changées : le Borgne de la Heuse était devenu suspect ; on voulait donner sa place à un ami très sûr, il fut déposé. Le 22 septembre, le conseil procéda à une nouvelle élection el la prévôté fut confiée à un conseiller au Parlement, André Marchand *.

Ces mutations comptaient parmi les plus importantes. Il y en eut cer-

4. Arch. du Nord, B, 1415, voir P. justificatives, VI. Gachard, Rapport sur les archives de Dijon, 181.— 2. Journal d'un Bourgeois de Paris, 45.— 8. Ibid., 45.

{ainement beaucoup d'autres. Ce furent d’abord des restitutions d’offices à ceux qui en avaient été déboutés : ainsi l’épée de connétable fut redemandée au comte de Saint-Pol, et Charles d'Albret fut rétabli dans sa charge; Jean de Montaigne, archevêque de Sens, redevint président à la chambre des comptes !. Le due de Bourbon fut fait grand chambrier et le comte de Marle grand bouteiller, à la place du comte de Nevers et du sire de Croy ?. Les offices supprimés par lOrdonnance cabochienne furent en général restaurés : le 17 août, on voit reparaître la souveraine maitrise des eaux et forêts, qui est rendue au sire d’Ivry, et le 18 août la gruerie de Champagne, donnée à Jacob de Montmaur*. L’hôtel du roi fut licencié par le duc de Guyenne. Maître Guichard Dauphin, grand maître de l’hôtel, et avec lui le grand maître des arbalétriers, le sire de Rambures et le grand panetier Antoine de Craon, perdirent leurs charges; on les pria de se relirer de la cour, et « leur fut dit qu'ilz ne retournassent point, se le roy ne les mandoit * ». Le fait le plus curieux fut un changement complet dans le personnel des baillis; e’est une sorte de mouvement préfectoral; pour soutenir une politique nouvelle, il fallait de nouveaux officiers. Furent nommés : le 25 août, le bailli de Vitry; le 19 septembre, le bailli de Mâcon; le 25 septembre, le bailli de Tours; le 26 septembre, les baillis de Caen et de Senlis; le 27 septembre, les baillis de Montargis, de Gisors, de Tournay, d'Amiens, de Chaumont, de Melun, des montagnes d'Auvergne et de Chartres; le 2 octobre, le sénéchal de Quercy, ete. ; les officiers dépossédés firent vainement opposition au Parlement 5. En général, tous les officiers qui avaient été institués depuis le mois de février, tous ceux qui avaient montré quelques sympathies pour les bouchers, voire même pour les réformes, et bientôt seulement pour le duc de Bourgogne, furent peu à peu atteints, privés de leurs offices, chassés de la cour et de Paris. On s’en prit souvent ainsi à des hommes honnêtes et sages, et l’on rendit la conciliation impossible, C’est ce que pensaient les esprits modérés. À propos de ces mutations, Jouvenel des Ursins dit : « Dont aucuns des plus notables gens de Paris n’estoient pas bien contens. Car il n’en pouvoit venir que

4. Reë, de Saint-Denis, V, 158; Nic. de Baye, Il, 146. — 2. Bibl. Nat., Clairamb., 182, f° 89 vo, — 8. Bibl. Nat., Clairamb., 182, f° 84. De même Guillaume Foucault est rétabli garde de l'épargne (28 sept.), Jean de la Cloche trésorier de France (14 août), Jean de la Barre receveur général des finances de Languedoc (27 sept.), 1bid., 1° 84, 87, 88. — 4. Monstrelet, II, 409. — . Bibl. Nat., Clairamb., 182, fes 86-90; Nic. de Baye, Il, 135, 140, etc. On peut. approcher de ces diverses mesures l'acte du 29 octobre 1413 restituant au due de Berry le gouvernement du Languedoc. (Hist. du Languedoc, éd. Privat, X n° 805, c. 1972.)

haines particuières el tout mal, ce leur sembloit. » Mais à leur crainte on répondait par celle raison « que ceux qu'on désappointoit, en avoient désappointé d’autres ! ».

Les derniers Cabochiens étaient également poursuivis avec une grande rigueur, accusés et condamnés. Jamais on ne vit tant de lettres royales, publiées à son de trompe, affichées aux porches des églises. Le 14 septembre, une longue épitre, en latin, fort déclamatoire, fut envoyée au roi d'Angleterre : elle racontait avec indignation l’'émeute cabochienne et demandait que les perturbateurs réfugiés en Angleterre fussent pris, incarcérés et envoyés à Paris; 66 noms y étaient cités; Henry V était prié de faire publier celle lettre dans toutes les parties de ses États?. Dans d’autres lettres, déjà citées, du 18 septembre, ordre était donné aux officiers royaux de prendre tous les rebelles retirés dans leurs ressorts et de les faire conduire à Paris pour que bonne justice en soit faite *. Le 6 octobre, ua nouveau mandement est expédié aux baillis et autres justiciers : le roi fait défense « sous peine de confiscation de corps et de biens, que nuls de quelque estat, autorité ou condition qu’il soit, ne facent, dient ou profèrent parolles au contraire de La dite paix, ne gens induire à venir contre icelle, ne vouloir empeschier ». Les officiers royaux devront en faire « inquisicion... pugnicion et justice. par sy et telle manière que ce soit exemple à tous autres ». Il faut croire qu'il restait à Paris et dans quelques villes une certaine agitation, dernier écho de la sédilion vaincue, car, dans un mandement du 31 octobre, il est dit « que plusieurs de mauvaise volonté tant en nostre ville de Paris, comme ailleurs, de divers eslas et condicions murmurent à part, sèment et dient parolles mauvaises et font secrètement conspirations et monopoles en faisant assemblées secrettes ». Pour y remédier, une prime était donnée à la dénonciation : tous ceux qui révéleront ces mauvaises paroles, conspirations et monopoles recevront la tierce partie des amendes et confiscations qui seront prononcées contre les coupables *. Tous les moyens étaient bons à l’égard des vaincus.

On ne s’en tint pas à ces mesures générales. Dans sa longue doléance du 21 novembre adressée de Gand, le duc de Bourgogne se plaint au roi que son hôtel et ceux de ses serviteurs ont été envahis et « relournez », que sur le soupçon de lettres envoyées par lui pour soulever le peuple de Paris, surtout celui des Halles, « plusieurs femmes de ses diz servi-

4. Jouvenel des Ursins, p. 487. Voir aussi P. Cochon, 269-70. — 2. Ryÿmer, Fœdera, IX, 51; Isambert, Anc. lois frang,, VIT, 401. — 8. Rel. de Saint-Denis, V, 1170-82; Monstrelet, VI, 115; Mém. de la Société de PHist. de Paris, IV, 160, — 4, Bibl. Nat., fonds franç., 25 109, n° 706; Monstrelet, II, 407.

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teurs ont esté durement traictées el en vostre Chastellet examinées sur ce ! ». Parmi ces serviteurs était Étienne Morel, contrôleur de la dépense de l'hôtel du due, qui s'était enfui en toute hâte au mois d'octobre : « Je laissay, ditil, tout mon hostel et toutes mes besoignes abandonnées... et y fu logié Bertrand du Mesnil, Armignac el autres qui me rompirent tout mon hostel et prindrent lout ce qui y estoit de bon ?. » A côté de ces vexalions, des peines beaucoup plus rigoureuses frappaient certains Cabochiens, présents ou absents. Déjà, dans les lettres royales du 29 août, plus de 60 personnes avaient été exceptées de l'abolition accordée à la ville de Paris; il y était dit expressément que ces personnes seraient condamnées selon toute justice, si elles étaient trouvées coupables #. La plupart étaient en fuite. Le conseil royal dans une grande réunion décida que les absents seraient punis de bannissement et que leurs biens seraient confisqués *. Les procès furent confiés au Parlement, d’après Monstrelet, à des commissaires réformateurs, d'après Jouvenel des Ursins 5. Les sentences de bannissement furent publiées au Châtelet. Comme la réaction grandissait toujours, le premier chiffre de 66 se trouva bienlôt dépassé. Les lisles de proscription nous sont parvenues. La première est du 12 décembre 1411, elle renferme 23 noms, dont Elyon de Jacqueville, Caboche, Denis de Chaumont, Guillaume Barraut, les de Troyes, un Saint-Yon et un Legois, trois valets de Denis de Chaumont. La seconde est plus nombreuse : datée du 13 décembre, elle porte 31 noms, dont 2? femmes, Marguerite, femme de Guillaume Barraut, et Marguerile, femme de Guillaume des Bordes; — la troisième est du 27 janvier 1414, avec 8 noms, entre autres Robert de Mailly, Jean Rapiout, Thomas Legois; — le 14 février, 4 personnes furent encore bannies, dont Martin de Néauville et Jean Legois ; — le 14 mai, 9 personnes, dont Pierre Cauchon, Baude des Bordes, Eustache de Laistre ; — le 23 mai, 7 personnes, dont Elienne Morel, Jean de Saint-Yon; — le 24 mai, 6 personnes ; — le 28 juillet, 19 personnes; Colin de Neufville est encore cité à part. Ces listes nous donnent un total de 105 bannis 5. Ce ne peut être qu'un minimum : Monstrelet dit, sans doute avec exagération : « Et pareillement furent boulez hors de la ville de Paris, bien 300 que hommes que femmes ? ». Les biens des bannis furent confisqués et donnés aux plus fidèles Armagnacs. L'exemple le plus curieux est celui de la femme de Guillaume Barraut, Marguerite la Boitelle. Barraut était

4. Monstrelet, VI, 131. — 2. Arch. de la Côte-d'Or, B, 332, à la fin du compte. — 8. Ordonn., X, 163. — 4. Rel. de Saint-Denis, V, 168. — 5. Jouvenel des Ursins, p. 487; Monstrelet, II, 408. — 6. Douët d’Arcq, Pièces du règne de Charles VI, 1, 367. — 7. Monstrelet, II, 409.

secrétaire du roi; dès l’année 1411, il est {out dévoué au duc de Bourgogne el reçoit de lui de nombreux cadeaux; en 1412, il faisait partie d'une commission établie pour juger les Armagnaes, et, en 1413, ce fut lui qui rédigea les principaux acles cabochiens. Sa femme Marguerite ne sembla pas moins zélée que lui pour la cause des bouchers; elle avait du reste de mystérieux rapports avec Jean sans Peur, qui, le 2 juin 1411, lui fait don de deux queues de vin de Beaune « pour certaines causes et considérations à ce le mouvans, el lesquelles ils ne veult aucunement estre déclairés ». En ce qui touchait les dernières émeules, elle avait « de fait, de paroles et autrement dampnablement murmuré et conspiré et fait murmures et monopoles et conspiralions et assemblées dampnées et illicites, et induit et admonesté son dit mary et autres à faire lesdits murmures, monopoles, conspiracions et assemblées avecques plusieurs autres sédicieux et violateurs de la paix en nostre ville de Paris et ailleurs... » Elle s'était enfuie avec les principaux Cabochiens, puis avait été bannie le 13 décembre. C'est à la suite de celte sentence que ses biens furent confisqués, et, par lettres du 15 décembre 1413, le roi en fit don au comte de Vertus ‘. La même mesure fut appliquée à tous les autres coupables.

Ces exécutions inspirèrent une crainte salutaire à ceux qui gardaient quelques sympathies pour les bouchers et le duc de Bourgogne. Paris vivait ainsi sous un régime de terreur. La surveillance y était grande et la police toujours en éveil. Sur la proposition du duc de Guyenne, en présence du roi de Sicile, de plusieurs du conseil, le Parlement avait requis le 31 octobre « que bons quarteniers, cinquanteniers et dizeniers… bien et diligemment advisent que nulles assemblées ne commocions ne soient faictes en ladicte ville ne environ, et que lantost que ilz en sauront ou pourront savoir ou sentir aucune chose, qu'ilz le dénoncent au prévost de Paris, à ses lieuxtenents et ailleurs. — Item, que le prévost de Paris commelte et ordene XXX ou XL bons sergens et seurs qui se transportent souvent par la ville et ès lavernes et autres lieux pour oïr, enquérir, sercher et oriller s’ilz trouveront et sauront aucuns murmurans, détraihens, disans ou faisans aucunes choses qui puissent estre cause de turbacion ? ». C’est ainsi que toule résistance, tout mécontentement, toute parole vive et légère se trouvait étouffée ou punie : « Tousjours y en avoit-il, dit Jouvenel des Ursins, qui secrettement grommeloient et murmuroient, mais quand on les sçavoit, punis estoient. »

4. Arch. nat., JJ, 168, fo 64. — 2. Ibid., X12 1479, f° 268; Nic. de Baye, Il, 151-54.

On put bientôt apprécier les résultats de ce régime de terreur, lorsque le duc de Bourgogne fit au commencement de 1414 une tentative malheureuse pour rentrer dans Paris. Qu’était devenu Jean sans Peur après sa fuite? Retiré en Flandres, il avait d’abord cherché à négocier. Le 10 septembre, il avait envoyé au roi toute une ambassade, composée de Martin Porée, évêque d'Arras, des sires de Saint-Georges, de Bours et de Robois, de P. de la Trémoille, seigneur de Dours, du doyen de Liège, maître Henry Gredhals, et de Jean de Haythulle, secrétaire, qui restèrent un mois absents ‘. Ils tentèrent d'expliquer la disparition précipitée de leur maître le 23 août précédent, et protestèrent de ses intentions uniquement pacifiques. Mais les belles paroles de l’évêque d'Arras ne purent calmer les ressentiments des princes armagnacs ?. Du reste, dès le mois d'octobre le duc de Bourgogne, peu confiant dans l'issue des négociations, tenait de grands conciliabules à Lille, à Saint-Omer, à Anvers, avec le comte de Saint-Pol, les ducs de Hollande et de Clèves, l'évêque de Liège, les Gantois, des envoyés du roi d'Angleterre. Les bannis qui l'entouraient l’excitaient sans cesse : « Lesquelz chascun jour l’exhorloient de retourner à puissance à Paris, disans qu’ilz estoient tous acertenez que se il y vouloit aler, les Parisiens seroient pour lui, et chasseroïient hors ses adversaires ? ». Ces affirmations étaient au fond peu vraisemblables : on avait même la preuve du contraire. La munieipalité parisienne était foneièrement dévouée aux vainqueurs : dès le milieu de novembre elle écrivait aux bonnes villes pour leur raconter les maux « qui avoient esté faits à Paris durant que le duc de Bourgogne y estoit * ». L'Université faisait de même le 1% décembreÿ. Jean sans Peur préféra pour l'instant se préparer et attendre : il se contenta d’envoyer au roi le 21 novembre de vives doléances où il se plaignait de toutes les mesures prises contre lui et les siens et se déclarait le plus zélé partisan de la paix.

Mais un incident imprévu vint relever ses espérances. Le duc de Guyenne commençait, paraît-il, à se lasser de la tutelle des Armagnacs,

4. Arch. de la Côte-d'Or, B, 1576, f° 210. — 2. Rel. de Saint-Denis, V, 164. — 8. Monstrelet, II, 408, 411. — 4. Jouvenel des Ursins, p. 481. — 5. Rel. de Saint-Denis, V, 196. — 6. Monstrelet, VI, 124. Ces lettres furent envoyées à VUniversité, au Parlement, à « ceulx de Paris », à l’évêque et au clergé. Voir Ann. — Bull. de lu Société de lHist. de France, 1838, 1re partie, 169.

comme il s'était lassé de celle du due de Bourgogne. On racontait « qu'il estoit tenu au Louvre, comme prisonnier à pont levé », et encore « qu’on luy menoit la plus mauvaise vie, et n’avoit aucun passe-temps que de jouer des orgues, avec autres plusieurs choses ! ». Le 3 décembre, Jean sans Peur recevait en effet des lettres écrites de la main même du Dauphin, et ainsi conçues : « Très cher et très amé père, nous vous mandons que incontinent ces lettres veues, toute excusations cessans, vous venez par devers nous bien accompaignié pour la sûreté de nostre personne, et n’y faittes faulte, sy cher que nous doublez courroucher. Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à Paris, le III jour de décembre. Signées : Loys. » Cet appel fut renouvelé le 18, puis le 22 décembre ?, chaque fois d’un ton plus pressant. Il était impossible de trouver un meilleur prétexte pour reparaitre. Les Bourguignons firent grand bruit de cette correspondance secrète. On la répandit à Paris, à Noyon, dans toutes les villes de la Picardie ; 50 vidimus en furent expédiés #. Enfin, le 23 janvier 1414, des lettres du duc de Bourgogne aux bonnes villes annoncèrent que : « Nous en gardant nostre loyauté envers mondit seigneur... le duc d'Aquitaine. auquel... ne pourrions nullement faillir en telle nécessité, nous sommes délibérés d’aller incontinent vers Paris à tout tant de gens d'armes que nous pourrons finer ». | A Paris, les Armagnacs eurent le temps de prendre les mesures nécessaires. La reine et les princes furent unanimes dans un conseil secret tenu au Louvre le 9 janvier 1414, d’après le Religieux de Saint-Denis, et auquel assistaient sept bourgeois de Paris et huit suppôts de l'Université *. A la suite de délibérations tenues secrètes, quatre seigneurs bourguignons, bien vus du duc de Guyenne et suspects d’intrigues avec l’adversaire commun, furent arrêtés, puis relächés à condition de ne plus reparaître à la cour; d’autres jugèrent prudent de s'enfuir; Jean de Croy fut enfermé à Montihéry. La reine alla à Saint-Pol près du roi; le Dauphin resta au Louvre sous la surveillance des princes du parti d'Orléans. Puis, après un nouveau conseil, où Robert le Maçon, conseiller de la reine, prononça un long discours, il fut sévèrement défendu au duc de Bourgogne de venir à Paris et aux hommes d’armes de se joindre à lui 5. Comme les Bourguignons prétendaient surtout venir à la déli-

4. Jouvenel des Ursins, p. 487. — 2. Arch. mun. de Noyon, 1° reg., fo 73 (Vidimus des trois lettres); Monstrelet, Il, 421; D. Plancher III, pièce 292; Lefèvre de Saint-Remy, I, 140. D. Plancher attribue sans raison la troisième lettre du Dauphin au 23 janvier (IL, 395). — 3. Ann. — Bull. de la Société de l'Hisl. de France, 1838, l'e part., 169. — 4. Rel. de Saint-Denis, V, 232. — 5. 1bid., V, 236.

vrance du Dauphin, aux premiers jours de février, on fit désavouer dans toutes les villes les lettres suppliantes que Jean sans Peur y avait fait publier. Ainsi les habitants de Noyon certifient au duc de Guyenne, le 6 février, qu'il leur a été signifié « que le roy nosire dit seigneur, Madame la royne et vous et aussy les seigneurs de vostre sang, esles à Paris, la mercy Dieu, en bonne union, paix et transquilité ensemble, et que estes en vostre fiance et plaine liberté ! ». On jugea que ce n'était point encore assez. Jusqu'ici Paris restait insensible et tranquille. On l'associa bon gré mal gré à toutes ces précautions. Des lettres furent expédiées le 24 janvier 1414 par les prévôt des marchands, échevins, bourgeois et manants aux bonnes villes pour détruire les erreurs répandues par les ennemis de la paix, et déclarer que le duc de Guyenne n'avait nullement appelé le duc Jean, mais lui avait au contraire expressément interdit de venir à Paris. « Vous certifions pour vray que passé à longtemps, que l’on ne veid en ceste bonne ville de Paris justice aussi libéralement régner. Les gens y vivent paisiblement et en grand concorde et union, sans noise, division ou rumeur ?. » Les Parisiens parlaient des mesures prises dans le conseil avec leur concours; ils prétendaient que la ville « en est moult resjouye », et racontaient les fêtes données par le Dauphin à la Saint-Vincent, auxquelles assistaient un grand nombre de bourgeois. Déjà l’Université, toujours pressée de donner de nouveaux témoignages de sa récente affection pour les Armagnacs, avait répandu le 21 janvier une épitre analogue *. Ces lettres produisirent une grande impression.

Il n’en fut pas de même de celles que le duc de Bourgogne, au moment de partir, envoya aux bonnes villes pour implorer leur aide. Get appel, si pressant qu'il fût, ne pouvait relever un parti désorganisé, ni donner de l’audace à ceux qui n’en avaient plus “. Si les gens des Halles ne s’étaient pas convertis à la cause orléanaise, s'ils consérvaient des sympathies pour les bouchers, c'était « couvertement », et « ils n'en osèrent faire semblant ». Malgré tous ces symptômes défavorables, toujours entraîné par les Cabochiens qui l’entouraient, plein encore d'espérances trompeuses, le due fit hâtivement ses derniers préparatifs. Puis il se mit en marche vers le 2 ou le 3 février Ÿ; d'Arras, avec tous ses hommes, il gagna Roye, Compiègne, Dammartin, où il s’arrêta deux jours. Il altendail sans doute des nouvelles de Paris; il voulait savoir ce qu'y préparaient ses partisans. Mais seuls les Armagnacs agissaient avec vigueur :

1. Arch. mun. de Noyon, lreg., fs 71, 72. — 2. Jouvenel des Ursins, p. 489. — 8. Arch. mun. de Noyon, 1er reg., f° 72, — 4, Monstrelet, II, 431. — 5. Gachard, Ifinéraires des souverains des Pays-Bas. Jean sans Peur, février 144.

à la nouvelle de l'approche des Bourguignons, les princes se réunirent au cloitre Notre-Dame, en armes, avec tous leurs hommes. Trois corps ou batailles furent organisés, prêts à combattre dans Paris même, en cas de soulèvement : à l'avant-garde étaient les comtes de Vertus, d'Eu et de Richemont; à la grosse bataille, le roi de Sicile, les ducs de Guyenne et d'Orléans ; à l’arrière-garde, Bernard d'Armagnac, Louis de Bosredon et le sire de Gaule. Ainsi formés, ils vinrent d'abord à l'Hôtel de Ville, pour frapper par le spectacle de leur force et de leur puissance les imaginations populaires; environ 44000 chevaux les escortaient. Arrivés sur la place de Grève, ils firent sonner les trompettes. Le chancelier d'Aquitaine, Jean Jouvenel, s’avança devant le Dauphin, et parla pour son mailre. Il remercia les seigneurs présents en armes de leur loyauté, service et obédience ; il leur demanda d’être prêts à résister à l’entreprise du duc de Bourgogne qui était venu malgré les ordres royaux et sous un faux prétexte; il termina en demandant à son maître « s’il le advouoit ». Le duc donna l’aveu et répondit « qu’il disoit vérité et ainsi l’afferma ». Puis un serment général fut prêté. Les princes et leur petite armée quittèrent la place de Grève et allèrent se porter à la Croix-du-Trahoir, au débouché des Halles. Là, même cérémonie. Une foule très compacte y était rassemblée, étonnée de ce déploiement de forces et anxieuse. Le chancelier recommença son discours de l'Hôtel de Ville et se fit de nouveau avouer. Les Parisiens étaient bien avertis par cette démonstration armée. Ce ne furent pas les seules précautions : le due d'Orléans s’élablit à Saint-Martin-des-Champs, le roi Louis à la Bastille, le comte d’Armagnac et Louis de Bosredon à l'hôtel d'Artois, ancienne résidence de Jean sans Peur, dans un quartier cabochien et bourguignon. Les seigneurs, officiers royaux, bourgeois dévoués, devaient faire le guet jour et nuit; les portes étaient confiées à des hommes très sûrs. Les princes furent chargés de parcourir sans cesse Ja ville avec leurs hommes armés pour maintenir dans le peuple une crainte salutaire ‘. Bien plus, le d février, le chancelier manda au Parlement « que les seigneurs el autres officiers de céans et les advocas et procureurs » fussent le lendemain à Saint-Magloire « montez bien et complètement et habillez » avec des valels armés « pour aier par la ville de Paris, afin de tenir les

1. Rel. de Saint-Denis, V, 238; Journal d’un Bourgeois de Paris, #1; Monstrelet, Il, 431; Lefèvre de Saint-Remy, 1, 143. — Il faut noter encore deux actes importants publiés au commencement de février : un mandement du roi du 8 février ordonnant à tous ses vassaux d’être prêts à le servir; un édit royal du 10 février contre la personne du duc de Bourgogne (Monstrelet, VI, 144; Rel. de Saint-Denis, V, 248).

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