‹ Les Cabochiens et L'Ordonnance de 1413Chapitre 78 sur 93 · ILES CABOCHIENS · texte numérisé non relu

ILES CABOCHIENS

bonnes gens et habitans de Paris en union et seureté et leur donner bon courage envers le roy ». En vain fut-il répondu au chancelier que les gens du Parlement n'étaient « pas habiles à armes porter ne soy mettre en autre estat que selon leur profession, et qu’il n’avoient communément pour eulx chevaucher que mules, et sembleroit chose estrange d’aler par la ville, comme dit est ». Il fallut céder; la volonté des princes était formelle : le Parlement, accompagné de la chambre des comptes, fit sa chevauchée de mules le mardi 6 février *.

Il devenait de plus en plus certain que la tentative du duc de Bourgogne serait inutile. Cependant il continuait sa route. Le 7 février, il arrivait à Saint-Denis et occupait la ville; c’est là qu'il établit son quartier général. Il avait avec lui 2000 bacinets, chevaliers et écuyers de ses domaines, plus 2 ou 3000 combattants à pied, archers, arbalétriers, valets armés, etc. Le surlendemain, 9 février, il envoya son roi d'armes porter lettres de lui au roi, à la reine, au Dauphin, à la ville de Paris; mais le messager dut se retirer sur les menaces du comte d’Armagnac *. C'était le moment décisif : une attaque paraissait inévitable. Les Parisiens allaient-ils répondre à ce que l’on attendait d'eux et donner leur concours aux assaillants? La chose était impossible : les Armagnacs s’étaient admirablement mis en état de défense. Toutes les portes étaient murées, sauf celles de Saint-Jacques et de Saint-Antoine. Le menu peuple, surtout les habitants de certains quartiers étaient étroitement surveillés; on leur fit défense sous peine du gibet de prendre les armes, de s'approcher des murs; ils durent rester chez eux, occupés à leur travail comme les jours ordinaires *. Le 9 février, deux seigneurs vinrent encore au Parlement donner ordre de la part du roi que, dans l’après-midi du dimanche, « les présidens el seigneurs de céans, notaires du roy et secrélaires, advocas et procureurs aussy de céans, fussent avecques le chancelier, montez et armez honnestement pour... aler par la ville de Paris et la tenir en seureté et monstrer exemple de diligence pour garder la ville # ».

Le 10 février, le due de Bourgogne disposa ses troupes comme pour une bataille, et vint se placer en belle ordonnance devant la porte Montmartre, qui était fermée. Il envoya son roi d'armes d'Artois avec quatre

1. Nic. de Baye, II, 164-66. — 2. Ann. — Bull. de la Société de l'Hist. de France, 1838, 1r° part., 169. Dom Plancher conteste la date du 7 février donnée par le kel. de Saint-Denis pour l’arrivée du duc de Bourgogne à Saint-Denis; mais celle date se trouve confirmée par l'itinéraire de M. Gachard (If. des souverains des Pays-Bas, Jean sans Peur, février 114), par le compte du roi d’armes d'Artois de l’Annuaire-Bulletin, et par tous les autres textes. — 3. Re. de Saint-Denis, V, 240-246; Monstrelet, I[, 431-433. — 4. Arch. nat., Xia 1419. fe 284; Félibien, Hist. de Paris, IV, 559; Nic. de Baye, II, 166.

chevaliers pour engager de nouveaux pourparlers. Mais, à la porte Saint- Honoré, où ils se présentèrent, on leur signifia l’ordre de se retirer s’ils ne voulaient point recevoir de « bons quarreaux d’arbalestes », et on leur dit « qu'on n’avoit eure d’oyr ledit due ‘ ». Pendant ce temps, Enguerrand de Bournonville avait mis pied à terre et avec 400 combattants s’était approché de la porte; il espérait trouver des alliés de l’autre côté de la muraille; on croyait le peuple prêt à donner la main aux premiers Bourguignons qui se présenteraient. Dans l’intérieur même de la ville on racontait que « les coureux de son ost avaient couru jusques au marchié des Pourceaulx ? »; mais personne ne bougeait. Bournonville interpella vivement Louis de Bosredon, selon Monstrelet, le comte d'Armagnac, suivant le Religieux de Saint-Denis; il ne lui fut pas répondu. Ne pouvant rien tenter à lui tout seul, il prit le parti de se retirer; en partant, ses hommes reçurent des traits d’arbalètes ; il y en eut un de tué. Le duc de Bourgogne, furieux mais impuissant, retourna à Saint-Denis. Il y resta quelques jours, gardant encore quelque fol espoir. Le 11 février, il fit faire des lettres que des partisans secrets affichèrent dans Paris à Notre-Dame, au Palais et ailleurs. Jean sans Peur y protestait de son amour et dévouement pour le roi et le duc dé Guyenne, de son zèle pour le bien du royaume, « qu'il avoit plus cher mourir que d’y manquer » ; il cherchait à exciter les bourgeois : « Et ne nous pouvons assez esmerveiller comment les bons bourgeois et loyaulx subgets de monseigneur le roy ont tel cuer envers lui et povent souffrir telle dureté qu’on lui fait et tient » ; il se plaignait du refus d’entendre le message de son roi d'armes et déclarait qu'il persévérerait dans sa conduite et délivrerait le Dauphin, « et de ce sommes nous puissans et en bonne voulenté avec plusieurs et notables bonnes villes de ce royaume, lesquelles nous avons trouvé qui demourront aveeques nous ». Cette dernière menace ne produisit rien : les ennemis des Armagnacs n’osèrent se montrer. Une troisième tentative du roi d'armes de Flandres ne fut pas plus heureuse. Le duc de Bourgogne, n’y pouvant plus rien, renonça à entrer dans Paris, et le 16 février quitta Saint-Denis pour regagner Compiègne et l’Artois *.

4. Lefèvre de Saint-Remy, I, 145. — 2. Arch. nat., X!a 1479, fo 285; Nic. de Baye, Il, 167. — 3. Rel. de Saint-Denis, V, 240-246; Jouvenel des Ursins, p.488; Monstrelet, II, 439; Journal d'un Bourgeois de Paris, #1; Cousinot, Geste des nobles, CXXXIIT; Perceval de Cagny, Bibl. Nat., Duchesne, 48, fo T8, Pièces justif., I, etc., etc. Le 27 février, le duc de Bourgogne envoya des lettres aux principales villes du royaume pour leur expliquer sa conduite et en particulier sa venue devant Paris (Monstrelet, VI, 139).

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