‹ Les cachets de NasiumChapitre 24 sur 25 · S ANNALES D' HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE MÉDECINE LÉGALE · texte numérisé non relu

S ANNALES D' HYGIÈNE PUBLIQUE ET DE MÉDECINE LÉGALE

A Paris, J. -B. Baillière et Fils.

rr - \ ■ ■ ->

ii|:;i||t;.;:::vioil

Va", V i:^■^.- - . "^ ■ ^ ■ t ■ ^ ^-' •

a'. ■;.r^- >::,,v:ilv4 ' \.-ÏvA -'J -} ... - ■ -;. . ; V . . ' -

K® A-® ^«ïa-:; 4.A:s®À3-ii:Àa^^^^

®î:^à;:^àa

«ÏÎA;pilîAA^ïASïSmAÀ::(Vv A. -..

ËBt® Sfeaslf A ; ' æa aà :BA« -BÿrtvB' î"® -aa a‘ ;. a:^ à a';: .; i

|AÏBi3^te:B®ÏAAAAABA|A;|'AB

■/,■ . y ■' >v , .^•j î-r v •*. -- B' - , ;®- /• r - v ; • .- v v' .'^;-/ ' ' . .-. .‘fy y i, ■'-< /, w . . - .' / -P-. ■ .-■ ■

Extrait

dos Annales cVhygiène publique et de médecine légale.' Paris, J. -B. Baillière et Fils.

N de Décembre 1906.

Par M. L. THOINOT.

Professeur de médecine légale à la Faculté de Médecine de Paris.

En comparaissant dans cet amphithéâtre, tout nouveau professeur s’acquitte ordinairement de deux devoirs. Le premier, c’est d’adresser ses remercîments à ses collèg*ues, dont les suffrages l’ont élevé au professorat, et je m’empresse de remplir ce devoir agréable. Le second, c’est d’exprimer les craintes qu’il ne peut manquer de ressentir devant les difficultés de sa tâche et de demander l’indulgence de tous.

Cette indulgence, je viens la réclamer sans fausse humilité, je vous l’assure; car, si une chaire à la Faculté de Paris est redoutable entre toutes pour le nouveau titulaire, c’est bien celle de médecine légale. Elle est redoutable à double titre, ef parles matières dont elle comporte l’enseignement, et par le souvenir qu’y ont laissé plusieurs hommes éminents, avec qui la comparaison risque d’être fâcheuse.

Je ne vous parlerai point aujourd’hui de la difficulté de

(1) Leçon d’ouverture du cours de médecine légale, faite à la Faculté, le 12 novembre 1906.

thoinot.

rGnsGig'nGiïiGnt *, Jg vous GntrGtiGndrai dG roGS prédécGSSGurs , jG vous fGrai ThistoirG dG la chairG dG médGcinG lég-alo. Vous vGrrGz quG j’ai de puissants motifs pour réclamor votro

indulgoncG.

L’anciGnnG Faculté do Médocino, cgIIg quG l’Assombléo Lég-islativo supprima par 1g décrGt du 18 août 1792, avGC toutGS Igs autros corporations Gnscig-nantcs et avec sa rivale GxécréG l’AcadémiG et 1g Collège de Chirurgie, ne possédait pas d’enseignement de la médecine légale. C’était là, pourtant, en quelque sorte, une science d’origine française, car c’est chez nous qu’en avait paru la première ébauche, et cette ébauche, c’est le dernier livre des œuvres du grand chirurgien Ambroise Paré, traittant des rapports et du moyen d'embaumer les corps ynorts [i).

Mais Ambroise Paré n’avait guère trouvé de continuateurs, et la médecine légale fut en France, aux xvii® et xviiF siècles, aussi délaissée théoriquement que pratiquement.

(1) Voici, d après Ortolan, le résumé de ce livre d’A. Paré :

« Il reste à présent, y dit Ambroise Paré, à instruire le jeune chirurgien à bien faire rapport en justice lorsqu’il y sera appelé. » Ce traité est fort concis ! dix pages in-folio seulement dans les anciennes éditions.

L0 premier chapitre 1 « D’homicides ou blessures », est consacré à

décrire, pour chaque organe important, entrois ou quatre lignes, le plus souvent en deux, les signes auxquels on reconnaît que cet organe est vulnéré et le pronostic à en tirer. Il se termine par cinq modèles de rapports : l’un concluant à la mort ; l’autre douteux de la mort ; le troisième, de mehain ou impotence; le quatrième d un homme blessé de plusieurs coups en diverses parties du corps ; le cinquième, d’un corps mort. — Dans le second chapitre se continue la série des modèles de rapports, dont le nombre fut augmenté par Ambroise Paré dans les seconde et troisième éditions de ce traité ; Rapports de lésion à l’épine dorsale ou à la moelle épinière ; au ventre d’une femme grosse; de mort par la foudre, parla vapeur et fumée de charbon ; d’enfant étouffé au lit de sa nourrice ; de lépreux ; d’appréciation si les blessures que porte un cadavre ont été faites, ou si ce cadavre a été jeté à l’eau ou pendu après la mort; de virginité, sur laquelle Ambroise Paré déclare la recherche fort incertaine, dans un sens comme dans l’autre, et recommande une extrême réserve ; d’impuissance, chez l’homme ou chez la femme, dans lequel Ambroise Paré attaque brièvement, mais scientifiquement, l’épreuve du Congrès [Ortolan, Débuts de la médecine légale en Europe {Ann. d’hyg. pub. et de méd. légale, 2^ série, t. XXXVIII, 1872)].

Pendant que les études et les traités de médecine légale s’accumulaient, dans ces deux siècles, en Italie et en Allemagne, qui voyaient paraître, la première, les grandes œuvres de Portunatus Fidelis (1) et de Zacchias (2); la deuxième, les œuvres de Bohn et de Behrens (3), les primitifs de la médecine légale allemande, suivies de celles de Valentinus (4), Zittmann (5), Teichmeyer (6), Alberti(7), et de tant d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ici, marquant les étapes des rapides progrès que la médecine légale faisait chez nos voisins, la France ne voyait s’ajouter au traité d’Ambroise Paré aucune œuvre de valeur.

Les deux traités de Nicolas Blegni, de Lyon (1684) et de Deveaux, de Paris (1693 et 1701), seules manifestations de l’activité médico-légale théorique française, dans cette période, ne sont en effet, s’il faut en croire Mahon, que de pures compilations informes, « bornées aux formulaires des rapports, et, si l’on découvre quelquefois des observations fondées sur les principes de l’art, elles sont presque toujours défigurées par l’absurde superstition, ou par les erreurs les plus grossières ».

La pratique médico-légale était, d’autre part, l’objet du dédain le plus profond des docteurs régents, dont l’ensemble formait l’ancienne Faculté de Paris, et elle était abandonnée par eux, comme besogne inférieure, à la corporation des chirurgiens, voire à celle des barbiers, ces chirurgiens de second degré.

Les examens judiciaires spéciaux ayant trait aux femmes, c’est-à-dire ce que nous considérons aujourd’hui comme un

(1) De rationibus medicorum libri IV in quibus ea ommia quæ i i forensibus ac publicis causis medici referre soient plenissime traduntur, Païenne, 1598 ; 2® édition, 1602, Palerme.

(2) P. Zacchias, Questiones medico-legales, Rome, de 1621 à 1658c

(3) Bohn, Medicinæ forensis specimen, publié en trois parties à Leipzig, 1690 et 1691.

G. -B. Behrens, Medicus legalis, Francfort et Leipzig, 1696.

(4) M.-B. Valentinus, Pandectæ medico-legales, etc., Francfort, 1701.

(5) Zittman, Medicinæ forensis, etc., Francfort, 1706.

(6) Teichmeyer, Instilutiones medicinæ legalis, etc., léna, 1722„

(7) Alberti, Systema jurisprudentiæ medicæ, Halle, 1725, 1747.

THOINOT.

des points les plus délicats et les plus difficiles de la médecine légale, étaient laissés à l’ignorance des sagesfemmes (1).

En province, c’était pis encore, et c’est ainsi qu’on put voir à Toulouse, au xviii® siècle, le bourreau appelé judiciairement à donner son avis dans une affaire célèbre entre toutes, l’affaire Galas, et invité à décider de la question du suicide ou de l’iiomicide du jeune Galas. L’affaire aboutit où elle devait nécessairement en venir, à une monstrueuse erreur judiciaire.

Le 13 octobre 1761, Marc- Antoine Galas, qui avait dîné chez son père avec sa mère, ses frères et un de ses amis, quitte brusquement la table sous un prétexe quelconque. Sur le moment, on ne s’inquiète pas de son absence; mais, deux heures après, on le cherche, et on le trouve pendu à un bâton placé sur le haut des battants entr’ouverts d’une double porte. A côté, sur une chaise, étaient son habit et son gilet soigneusement pliés.

La mort s’ébruite. La foule s’amasse devant la maison.

(1) Nous empruntons à Mahon l’échantillon ci-dessous de la science médico-légale des sages-femmes au xviiie siècle.

« Nous, Marie Mirau, Ghristophette Renne, et Jeanne Porte-Poulet, matrones jurées de la ville de Paris, certifions à tous qu’il appartiendra, que le vingt-deuxième jour d’octobre de l’année présente 1662, par l’ordonnance de M. le Prévôt de Paris, en date du 15 de ce dit mois, nous nous sommes transportées dans la rue dePompierre, en la maison qui est située à l’occident de celle où l’Écu d’argent pend pour enseigne, une petite rue entre-d’eux, où nous avons vu et visité Olive Tisserand, âgée de trente ans environ, sur la plainte par elle faite en justice contre Jacques Mudont, bourgeois de fa ville de La Roche-sur-Mer, duquel elle a dit avoir été forcée et violée.

« Le tout vu et visité au doigt et à l’œil, nous avons trouvé qu'elle a les tontons dévoyés (la gorge flétrie) ; les ôarôes froissées (l’os pubis) ; le lippion recoquillé (le périnée) ; le pouvant débifîé (?) ; \Q?,babineaux pendants (les lèvres) ; le lippendis polé (le bord des lèvres) ; les baboles abattues (les nymphes); les palerons démis (les caroncules); Yentrechenat retourné (membranes unissant les caroncules dans l’ancienne conception de l’hymen) ; le barbideau (clitoris) écorché ; le guilboquet (col de la matrice) fendu ; le guillenard {‘t) élargi ; la dame du milieu (hymen) retirée; Y arrière- fosse ouverte (l’orifice interne de la matrice). Le tout vu et visité, feuillet par feuillet, nous avons trouvé qu’il y avait trace de .

« Fait à Paris le 23 octobre 1762. »

Jean Galas était protestant, ainsique toute sa famille ; seul, Marc-Antoine Galas venait d’abjurer le protestantisme poui embrasser la religion catholique. La foule était hostile à l’hérétique Galas ; quelqu’un crie : « Galas a tué son fils. » Le corps est transporté à l’hôtel de ville ; il ne portait pas la moindre trace de violences.

Jean Galas est arrêté. L’affaire s’instruit. On fait comparaître le bourreau, et on lui pose la question suivante : « Peut-on se pendre soi-même de la façon dont Galas fils s’est pendu ? » — Le bourreau répondit non. Galas père fut condamné et exécuté. Jamais pourtant suicide ne fut, au point de vue médico-légal, plus évident.

L’expertise médico-légale était devenue en ces temps une simple formalité confiée aux mains les plus incapables, et dont les magistrats estimaient qu’il n’y avait rien d’utile à attendre.

Ge fut le mérite de quelques chirurgiens de valeur des dernières années du xviii® siècle de tirer la médecine légale de l’ornière où elle était embourbée depuis deux siècles, et, parmi ces chirurgiens, celui qu’il faut nommer au premier rang, c’est Antoine Louis.

Louis (1723-1791) a laissé en chirurgie un nom qui n’est pas oublié. Son œuvre en médecine légale n’est pas moins belle.

Louis, professeur royal de chirurgie, ne partageait pas le dédain des docteurs régents de la Faculté de Médecine pour la médecine légale et l’expertise judiciaire. « S’il pouvait y avoir, écrivait-il, un objet plus noble que la conservation de la vie et de la santé des hommes, je n’hésiterais pas à regarder l’avantage que nous avons de faire des rapports en justice comme la plus belle prérogative de notre profession ; c’en est, du moins, une partie très intéressante, qui suppose autant de lumière que de désintéressement. Elle demande une application difficile des principes de l’art et des connaissances sans bornes, qui, dans beaucoup de cas, dépendent moins de l’étude et de l’expérience que de la justesse de l’esprit. »

THOINOT.

Louis a laissé de beaux mémoires sur divers sujets médico-lég’aux, et il a su faire, dans l’étude de ces sujets un larg'e usagée de la méthode expérimentale.

11 a été le g-rand consultant de son temps en matière médico-légale, et il est peu d’atfaires judiciaires litigieuses retentissantes des dernières années du xviii* siècle sur lesquelles son avis n’ait été sollicité soit par les magistrats, soit par les accusés, soit enfin par les parents des victimes d’erreurs judiciaires poursuivant la réhabilitation, trop souvent posthume, de l’innocent.

Louis fut le grand redresseur des erreurs judiciaires, auxquelles avaient contribué des expertises confiées à dos ignorants.

a Les descendants des Monbailly, des Syrven, des Gassagneux, béniront à jamais la mémoire de Louis, et ses écrits transmis à la postérité contribueront autant à secourir les opprimés qu’à illustrer la chirurgie et le pays dont il était le citoyen », a dit Podéré.

Louis avait professé publiquement des cours de médecine légale au Gollèg’e de Ghirurgâe, et le succès en avait été grand.

La Faculté de Médecine s’émut, et elle se prit enfin à penser que la médecine légale pouvait, sans qu’ils dérogeassent à leur dig’nité, occuper ses docteurs régents. Quelques années avant la Révolution, elle demanda qu’une chaire de médecine légale fût adjointe aux chaires existantes. Mais l’ancienne Faculté disparut sans que l’enseigmement médico-légal y eût figuré.

Il fut un des douze enseignements institués dès le début à l’École de Santé de Paris, élevée sur les ruines de l’ancienne Faculté et du Gollège de Ghirurgie, parle décret de laGonvention Nationale du 14 frimaire an III (1794).

La chaire portait le titre de Ghaire de médecine lég'ale et d’histoire de Fart de guérir. Neuf professeurs Font occupée de 1795 à 1906 : Lassus, en 1795 ; Mahon, 1795 à 1801 ; Le Glerc, 1801 à 1808; Sue, 1808 à 1816; Royer-Gollard, 1816 à

1819, et 1823 à 1825; Orfila, 1819 à 1822; Adelon, 1826 à 1861 ; Tardieu, 1861 à 1879 ; Brouardel, 1879 à 1906 (1).

Parmi les noms que je viens de vous citer, beaucoup sont certainement ignorés de la plupart d’entre vous; mais vous avez reconnu au passage trois des plus grand noms de la médecinefrancaise : ceuxd’Orfila,de TardieuetdeBrouardeb

Sans tenir compte de l’ordre chronologique, je consacrerai d’abord quelques mots à ceux de ces professeurs dont le souvenir est bien effacé aujourd’hui; puis je m’efforcerai de mettre en pleine lumière les trois grandes figures d’Orfila, de Tardieu et de Brouardel.

Lassus (1741-1807) fut le premier titulaire de la chaire, mais il n’y demeura guère.

Lassus était un chirurgien, maître en chirurgie de l’ancien Collège de Chirurgie ; il profita de la première occasion pour faire retour à la chirurgie, et l’occasion ne tarda guère à s’offrir.

L’année même où Lassus avait été nommé h la chaire de médecine légale, le décès de Chopart laissa vacante la chaire de pathologie externe. Lassus demanda et obtint cette chaire.

Il laissa la sienne à son adjoint Mahon ; il n’avait occupé sa première chaire que six mois.

Mahon (1752-an IX) était un docteur régent ûe l’ancienne Faculté. Tl avait été formé à l’école de Louis. Il fut un véritable professeur de médecine légale.

Il mourut après six ans d’exercice, en 1801, laissant des leçons qui furent réunies et publiées par son élève Fautrel. Ces leçons forment, avec le traité de Fodéré (2), autre élève de Louis, le premier ouvrage didactique de médecine égale paru en France, et elles sont fort loin de manquer d’intérêt et de valeur.

Page 1