‹ Les cachettes huguenotes aux environs de La Salle et dans les CévennesChapitre 11 sur 15 · CHAPITRE IX Cachettes de la vallée d<4 Cros · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX Cachettes de la vallée d<4 Cros

Apre- avoir quitté Colognae, le touriste qui se dirige vers Suimène chemine encore pendant deux kilomètres pour parvenir à l'extrémité sud de ce plateau. Au col de Bantarde apparaît tout à coup devant ses yeux un des plus merveilleux panoramas de nos Cévennes.

A ses pied- se déroule la profonde vallée de Cros, dans les nulle méandres du Vidourle descendu du col de St-Roman^de-Codières, qui profile à l'Ouest Ja silhouette de sa vieille tour. Exposés au soleil du Midi, de nombreux mas se cachent à demi sous les châtaigniers. Toute celle peide du plateau de Colognac esl creusée de vallons ombreux, donl les cascades vonl au fond de la vallée augmenter Le faible coins d'eau du petit fleuve à peine plus grand que les ruisseaux qui ['.alimentent. En lace, la montagne calcaire et nue de La Fage se dresse d'un seul jel jusqu'à 983 mètres d'aliilude. Elle porte, à mi-côte du sommet, quelques hameaux aujourd'hui presque tous abandonnés.

Au Sud. dans le lointain, au premier plan, la plaine de St-Hippolyte avec le Causse de Pompignan. Par-

dessus tout cela, la ligne infinie des étangs et de la mer vers Palavas, scintille au soleil, se confondant avec le •ciel aux limites de l'horizon. A gauche, enfin, les sommets jumeaux de Sl-('haman se découpent très nettement sur l'arrière-plan de toute la plaine nimoise.

L'abrupte vallée de Cros fut, comme les vallées voisines, le théâtre des courses des prédicants et des Camisards. Elle fut aussi pour eux maintes fois un lieu d'asile.

C'est à Cros. qu'en 1683, après La fermeture de leur temple, les protestants de St-Hippolyte vinrent entendre le prêche des pasteurs. C'est dans cette vallée encore qu'eurent lieu les premières assemblées en plein air. La plus connue esl celle du sommet de la Fage, près de la grange du Faoù (hêtre), appartenant au prieur de St-Roman, dans la nuit du 15 lévrier 1080. Vivent y parla devanl L500 personnes. A l'issue du service, il imposa les mains au prédicanl Vidal, de Colognae.

Tous les mas de la vallée «le Cros furent ouverts largement aux fugitifs. La Cabanelle, les Fourniels, Rouveyrac, le- Vernèdes, Boulségure, pour ne citer que ceux-là, reçurent bien Souvent la visite des prédicants. Certains de ceux-ci. comme Paul Colognac, David Teissonnière, la tille Pintard en étaient originaires. Vivent lui-même se réfugiait avec ses compagnons aux Fourniels, chez. Lalonl. dit La Cabre, qui jouait dans celle région le rôle périlleux d'avertisseur d'assemblées.

IMu.- tard, les Caniisards et le- pasteurs *\\\ Désert

surent aussi y trouver des parents cl des amis dévoués. Nous n'avons pas systématiquement, comme pour la région lasalloise recherché les cachettes dans tous ces mas un peu trop éloignés de nous. Nous ne rapportons seulement que celles qui nous furent indiquées, sans les vérifier. Certaines peuvent avoir disparu, mais il doil en exister encore beaucoup plus que ce que nous en citons.

1° Cachette du Mus du Sauvier

Le mas du Sauvier, situé presque au point où La montagne de la Fage commence à s'abaisser vers la vallée de Valatougès, est une métairie 1res isolée à laquelle on parvient soit par le Pouget, soit par Ivolas, masages situés dans la vallée de Cros. Sa cachette nous esl connue par le récil du camisard Bonbounoux dans se mémoires.

Après avoir décril sa peu .-parieuse cachette dans un tonneau au mas des Blaquières et le trou dan- le foin qui lui sauva la vie à la métairie du Reversa, Bonbounoux ajoute : « Je dois vous parler présentement d'un autre fidèle (Deleuze, du Pouget, paroisse de Gros, el qui, depuis lors, s'esl marié avec une fille à qui la métai rie de t'Esprit au-dessus de Malle, taverne proche de St-Hippolyte, appartient), qui ne devait rien à celui donl je viens de vous dépeindre les bonnes qualité/, ni en piété, ni en /.He. ni en courage. Il avoit ménagé deux petites cailles 'capables de contenir six ou sept hommeg chacune) dans deux monceaux de pierres qui

se Irouvoienl assemblez dans un champ (à deux mille pas de la métairie du Sauvier, au-dessus du Pouget, tirant vers la Fage et où Deleuze éloit alors rentier). C'est là qu'il recéloit ceux qui pour la foi erroient dans le désert. Que de fois il nourrit là autant de gens de cet ordre qu'une de ces caches pouvoit en contenir . semblable à une prudente mère de petits lapereaux, il ne voyait que la nuit ceux qu'il y tenoit cachés, et après leur avoir fourni la nourriture nécessaire, il n'oublioit pas de fermer adroitement le trou par lequel il étoit entré et sorti. C'est là qu'après avoir été à peu près de guérir ma blessure, ou du moins lorsque je pus me passer d'une bande qui me couvroit la joue, je fus joindre cinq ou six de mes frères. Tl« y avoienî fait quelque séjour lorsque j'y arrivai et nous en fîmes quelque peu encore ensemble et si, pour plus d'une raison, nous quittâmes dans la suite de tems en tems un lieu aussi favorable p.ar plus d'un endroit, nous avions soin de ne pas oublier d'y revenir lorsque la prudence pouvoit nous le permettre. » (1).

2° Autres cachettes de la vallée de Cros

Au mas du Buisson existait un escalier secret dans une étable ainsi qu'une grotte dans la terre.

A La Madarié, au mas d'Abric, la maison possédait un appartement de 2 à 3 mètres carrés où se cachaient les pasteurs.

(1) Les insurgés protestante sous Louis XIV. Etudes et documente inédite publiés par G. Frostérius. Paris, Reinvald, 1868, p. 137.

Tout ;'i côté, au mas du FaiLabrègue, propriété [amiliale des Fesquet, donl plusieurs membres, de l'église du désert à nos jours furent pasteurs, une sorle de galerie creusée dans la cave, aujourd'hui transformée en tombeau, percnetta.il de se mettre facilement à l'abri.

I ne galerie semblable existait ;m mas de la l'oussielgue.

A Driolles, pays «lu camisard Salamonet, se trouvai! dans le cellier d'une maison une cachette creusée dans le sol et voûtée. Une simple 'dalle en masquait l'entrée. Elle avait, nous a rapporté un vieillard de la région, 0 nielle- de long sur 1 in. 50 de hauteur et 2 mètres de largeur.

Presque à l'ombre de la lour el de l'église de St- Romart-de-Codières, se trouve le ma-- de la Xihle. Ses habitants, le- Delpuech, en partirent pour cause de religion el se refugièrenl a l'étranger. Il y furent remplacés par des parents, les Çamplan, sortis du mas voisin de Camplo, dans la vallée du Savel. Là aussi se trouve une spacieuse cachette creusée dans le sol d'une cave. Elle est constituée par une petite salle basse de 2 m. 50 de largeur sur 5 mètres de long et 1 m. 80 de hauteur au centre de la voûte. On y accédait par une trappe. La cave dans laquelle elle est située communiquait sur le derrière de la maison avec la pente rapide de la montagne. Du cèle de la maison, un escalier permellail de remonter dan- les appartements el aboutissait dans le vestibule lui-même' à côté de la porte principale de la maison.

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