‹ Les cachettes huguenotes aux environs de La Salle et dans les CévennesChapitre 3 sur 15 · E7 MONSEIGNEVR DE · texte numérisé non relu

E7 MONSEIGNEVR DE

Lamoignon Conjeiller à' E fiai > Intendant de

Languedoc*

Ç\ N fait à Ravoir que conformément aux Ordres reccuscîe V^ Sa Majeftc ; Il fera donné cent Pifroles à cehiy , ou à ceux qui donneront avis aux Officiers des Troupes <tyne Afïemblce afle/. a temps,pour faire que les Troupes puTflent y arriver ,& en faire fur le champ la Indice .avec toute la revente qui leur cfr preferitc.

Plvs qui! fera donné pareille fomrric de cent'PinVes à ccuy , ou a ceux qui feront arrefter un Minidre ou Propofant, ou autre qui aura Prêché aux Aflcnblées.

Et que les Communauté?, dans l'étendue defqucHes il fè teradcsAdemblces, auront des Ugemens de Troupes à leurs fraix* en pure perte. F A IT à Montpelïcr Je ap. Mars Ié8rf« Ut LAMOIGNON. Et plus bas. ParMonfeigneur ,Lesillier.

ColUtfonni*

nous ont conservé le sauvage projet : « il l'aul investir lesddtes montagnes, garder tous les passages et fere traquer les bois, visiter les cavernes et tous lieux suspects, comme sy on chassoit au sanglier » (1;.

Les auditeurs des prédicanls eux aussi, les femmes ru particulier, devaient posséder une résistance considérable pour aller, de nuit, aux assemblées, après deux ou Lrois heures de marche à travers les fourrés des montagnes.

Encore ceux-ci partaient-ils seulement de leurs maisons, irais et dispos, tandis que les prédicanls errants dans ta campagne, obligés de se déplacer 1res rapidement, soit pour tenir leurs assemblées en des lieux différents, .■-oit pour échapper aux poursuites des soldats, parcouraient sans cesse de très longues dislances.

Dans ta seule journée du ol août 1091, Vivent part du mas ue l'ascaiou, près Alonoblet, pousse une pointe au sud, à M alignas, et remonte ensuite à la cercliere d'Ulivel, près L.a balle. Surpris par la pluie avec la Bouvière et \ aidayron, il se réfugie dans le pallier du nias des Lombes. Le lendemain, il se transporte à Lascours, près L'olognac, où il a un entretien avec M. de l'algue rolle.

Déjà, en 1085, ce même prédicant était parti de La Salle avec une bande de réfugiés, la plupart des femmes. Sous la conduite du bailli Pierre de Bagars, en ne voyageant que la nuit, par des chemins de montagne, ees exilés volontaires mirent à peine quinze jours pour atteindre les frontières d'Espagne.

(1) Archivée du Languedoc, série C, 274.

Le soir du 1er octobre de la même année, les prédisants Lajeunesse et Dauphiné partaient des Fourniels, dans la vallée de Gros, pour se rendre à l'assemblée tenue, par Brousson, aux Sognes, près de Calviac. Ils retournaient le soir même, avec Vivent et leurs compagnons, dans le même asile. Or, il y a environ cinq bonnes heures de marche, aller et retour, entre ces deux points.

Il serait facile, grâce à Ch. Bost, de suivre les prédisants dans leurs itinéraires, et de relever des courses bien plus longues. Ces quelques exemples doivent suffire.

La nécessité de se ravitailler en temps voulu constituait aussi une grande difficulté. Les proscrits devaient autant que possible éviter les agglomérations importantes, comme La Salle et St-Jean, où les dragons étaient casernes en grand nombre. Cependant, ils se risquaient parfois à s'en approcher de très près. Vivent vient coucher à quelques pas du prieuré de La Salle, elie/. Jean Martin de Bieuinal, Brousson passe plusieurs jours au château de Gornelis. qui devait, plus lard, voir naître les amours de Bellotte (Ysabeau) Bringuier et du camisand Pierre Laporte, dit Roland.

La plupart du temps, des femmes dévouées prenaient. soin d'eux. El'les allaient, la nuit, dan- les bois, à des endroits désignés d'avance, leur porter les vivres et les vêtements qu'elles leur avaient préparés. Ils s'arrêtaient plus facilement dans les hameaux de peu d'importance, el surtout dans les termes isolées. La présence d'un

arbre résineux, pin ou cyprès, planté sur les tombes, leur signalait de loin les maisons huguenotes.

Presque toujours, pendant la bonne saison, ils reposaient cependant sous lia voûte azurée des deux, à l'abri des épaisses fondraisons des châtaigniers. Dans tes terrains calcaires de St-Hippolyte, Anduze, Mialet, les grottes leur offraient un refuge naturel pour s'abri- \w des intempéries. Vivent, après s'être réfugié, pendant plusieurs jours, dans la Baume de Paulhan, en face le château de Tomate, fut tué, le 18 février 1692, dans la grotte de Carnoulès, près de Saint-Sébastien.

Le rôle joué par les grottes, dans les Cévennes, comme dépôts d'armer et de vivres, pendant la période camisarde, celui de beaucoup d'anfractuosités naturelle- esl connu depuis trop longtemps pour que nous insistions. Il le fut aussi à l'époque même de la Révocation, par l'Intendant, qui, le 12 février 1692, donna l'ordre de murer loules les cavernes aux frais des communautés. Celait, une grosse dépense, puisqu'au dire de Claude Brousson, Basville se vantait d'en avoir 800 dans la province.

Pendant longtemps, tous les intendants firent rechercher les cachettes des protestants. Ainsi, en 1775, Jacques Boyer, dragon du régiment de Thianges, et converti au catholicisme, quoique fils du pasteur du désert Jacques Boyer et d'Anne Fraissinette d'Anduze, fut cause d'une recherche semblable. Dans une conversation avec l'abbé de Montbrun, il avait dit que les religionnaires du Languedoc avaient des dépôts d'armes et

de poudre sur une montagne près du Vigan, qu'on nomme la Luzette, et dans les villages d'Arphy, de Mollières et de Bréau. Cette conversation fut immédiatement rapportée. Voyer d'Argenson en écrivit à l'intendant de St-Priest el fit interroger plus à fond le dragon par M. de Tavannes. Celui-ci, dit-il, déclara en effet que « les religionnaires du Languedoc avaient des dépôts d'armes et de 'poudre sur une montagne du Vigan, qu'on nomme la Luzette, où il avait été creusé d'antres qui ont été recouverts avec des gazons poui en masquer l'entrée, et dans les souterrains pareillement creusés dans les villages d'Arphy, de Molières, de Bréau, situés au pied de cette montagne » (1). Seuls, les anciens sont au courant de l'endroit exact de ces dépôts, et le dragon donne le nom d'un certain nombre d'entre eux. Malgré cette dénonciation, les recherches effectuées furent vaines. Ces cachettes fidèles contiennent peut-être encore les armes qui leur furent confiées. Dans la partie granitique des Cévennes, qui s'étend du Vigan à St-Jean-du-Gard, et en particulier aux environs de La Salle, les grottes sont lies rares. Lorsque les prédisants voulaient se reposer à peu près en sûreté, a l'abri du mauvais temps, qui parfois terrassait leur robuste constitution, ils devaienl se réfugier chez des amis sûrs ei assez dévoués, pour braver les rigueurs de l'intendant, en leur donnant asile. Les nouveaux convertis qui recevaient étiez eux les proscrits ou les fugitifs encouraient, de ce lait, le- gaine- perpétuelles

(1) Voir Bull. Prot. Fr., 1913, p. 303.

éi la confiscation d€ leurs biens, ('cl arrêt, pris le 26 décembre L686 resta toujours en usage. Près de 70 ans après, il étail appliqué, en L754, à Jacques Novis, du mas de Movis, près La Salie, pour avoir donné asile au pasteur Teissier, dit Lafage. Le mas de Novis fui rasé jusqu'aux fondements, ei le propriétaire envoyé aux galères.

.Mille occasions pouvaient Eaire surgir le danger. Un voisin douteux, survenant à l'improviste, pouvait surprendre et dénoncer la présence de l'hôte compromettant. Les dragons, qui surveillaient sans cesse les retireur- de prédicants, pouvaient arriver inopinément el se livrer à une visite en règle des locaux, comme chez les demoiselles de Rouville, près de Saint-Jean, en 1691,

Fidèles à la parole donnée, et dévoués jusqu'à la mort ;i ceux qui leur prêchaient la religion proscrite, nos paysan- cévenols s'ingéniaient à leur aider par tous les moyens. Celle unanimité dans la résistance aux rigueurs qui atteignaient les N.C. était connue de leurs persécuteurs. Le maréchal de Al ontrevel écrivait d'Alais, le '.) juin L703, au minisire Chamillard : « La fidélité de toutes les paroisses esl si inviolable pour eux, qu'il esl presque impossible, par argent ou autrement, d'apprendre la moindre *\r> choses de leur marche, el quand on passe dans un village, il \ ;i quelquefois de ces coquins qui ont l'effronterie de se présenter pour guide-, afin de faire prendre le contre-pied de leur roule. Ils ont outre cela, Ion- le- bergers donl les Iroupeaux sont en haul des montagnes qui leur servent de sentinelles pur

lesquels, aux moyens de 'certains signaux, ils évitent le côté par où les troupes paraissent ».

Parfois, l'hole, pour diverses circonstances, ne pouvait pas tenir sa parole. Il s'ingéniait, alors, à trouver un antre refuge pour ceux qu'il ne pouvait recevoir. Ainsi, Séverac de la Térisse. près le Rey, ne pouvant recevoir Vivent el ses sept compagnons, « il y a chez lui un laboureur étranger, on y fait la lessive avec l'aide des voisines », indique le mas des Plantiers, où les frères Garnier les reçoivent dans le grenier à paille seulement, << à cause de La fiancée du cadet >< (1).

Ce dévouemenl se prolongea pendant tout le temps où la religion protestante fui proscrite. Pendant la période camisande, au moment du plus grand danger pour ceux qui aidaient les insurgés, ce l'ait frappa l'esprit de Tobie Rocayrol, l'envoyé de l'Angleterre el de la Hollande auprès des Caimisards. Dans ses Mémoires sur le camp des enfants de Dieu, il écrit (2) : << Ils axaient au commencement assez abondamment pour se nourrir, à cause que les villes y contribuaient, lesquelles ne fournissent plus, croïanl que les allies ne vonloienl pas les soutenir et qu'elles se rumeroienl en vain. 11 n'y a que la campagne qui leur fournit, laquelle est bien ruinée par les brùllemenls qu'on y lit, il y a quelque temps, d'environ quarante paroisses, el la démolition des tours et moulins d'où ils liroienl de quoi vivre. Présentement ils sont toujours en ([nette d'un côté el d'austre et c'est a mon

(1) C. IW. loc. cit, I, 444.

(2) BvU. Hist. Pr. F/:, 1867, p. 322.

advis une des plus grandes merveilles qui se soienl vues depuis plusieurs siècles, de voir la charité de nos frères quy sont encore dans leurs maisons, onl pour eux, outre les risques qu'ils courent en cas qu'ils fussent découverts. Ils leur donnent la moitié de leur subsis- Lance : s*ils fonl quatre pains, il y en a deux pour ces pauvres gens-là et il y a plusieurs paysans qui disent hautement que la moitié qui leur reste leur fait autant de profit que s'ils avaient le tout. »

El le cam isard indompté Monibounoux, dans ses mémoires, écrits à la demande d'Antoine Court, nous déclare : « Nos courses étaient continuelles ; rarement nous séjournions deux jours dans un même endroit. Les Réformés des lieux circonvoisins où nous campions nous apportaient des vivres. Les uns une chose et les autres une nuire : celui-ci du pain, celui-là du vin, un troisième de la viande. Lorsqu'ils étaient avertis de notre arrivée un peu à l'avance, ils nous préparaient de la soupe qui était pour l'ordinaire de légumes, fèves, pois-chiches, qu'on nous apportait quelquefois dans des vaisseaux de bois qu'on appelle en terme du pays « semaux » ou « cornues ».... « à l'égard de la soupe comme pour l'ordinaire il n'y en avait pas pour tous, on la distribuait aujourd'hui à une ou deux brigades suivant qu'il y en avoil el demain à deux ou trois autres ou à autant que la quantité le pouvoit permettre. (1) »

Quelques-uns de ces paysans, enlr'aulres Pierre Boniol, de Ste-Croix-de-Barre, le 19 mai 16S9, Xovis, de

(1) /lu//. Hiat Prot. Fr., 1873, p. 78.

Novis, en 1754, payèrent ce dévouement par des aimées de galères. Le plus grand nombre' des retireurs de prëdicants échappèrent cependant aux rigueurs de l'intendant et à toute sa surveillance. Sauf quelques renégats, comme Fabre de Montredon près La Salle, aucun paysan cévenol ne trahit la parole donnée et l'hospitalité offerte aux proscrits.

L'habitation du paysan de nos région- était très rustique à cette époque. La pièce principale était constituée par une cuisine enfumée sous la grande cheminée de laquelle se passaient les longue- soirées d'hiver à la lueur du feu de châtaignier ou d'un lun fumeux. Pavée d'ordinaire avec de grosses dalles, elle était souvenl éclairée parcimonieusement par de petites ouvertures. Une et parfois, chez les paysans ni^ôs, plusieurs chambres à coucher, presque toujours non plafonnées, complétaient ce logement sommaire avec quelques écuries en sous-sol pour lès bestiaux, cl un grenier pour mettre à l'abri le- récoltes, transformé en magnanerie pendant la saison des vers à soie. A côté de la maison, ou faisant corps avec elle, la clée à sécher les châtaignes. Tout cela était vite parcouru par les dragons dans leurs patrouilles. Un proscrit caché dans ces maisons avait donc beaucoup de chance d'être surpris, comme il arriva au prédicant Gazan, dit La Jeunesse, au Mas de Maliestre, pic- La Salle. Le 12 septembre J090, le R. P.Gé- Hbert, missionnaire à La Salle, le surprit dans cette maison, et renferma dans une chambre en attendant l'arrivée des dragons. Le maître du logis, Daudé, prévenu

qu'il en était responsable, protesta à grands cri? « que le suspect pouvait s'évader en abattant une méchante porte el en sautanl ensuite par la fenêtre ». Le conseil donné à La Jeunesse lui suivi à la lettre. Quand les dragons arrivèrent, le prisonnier avait disparu, ne laissant que son havresac pour souvenir. Malgré les cinq mois de prison infligés à Daudé et à sa femme, ceux-ci n'en restèrénl pas moins les amis dévoués des prédicantis. Surveillés par un de leurs voisins, le fils Puech de ("laveyrolles, la maison fui cernée, le 17 décembre 1692, par les dragons de La Salle Pierre Gay de Sumène cl Antoine Compan, tous deux fugitifs el prédicants, lurent arrêtés et envoyé- aux galères, tandis que leurs hôtes reprenaient une fois de plus la roule du fort de Saiul-ïïippolyte.

Aussi, dans beaucoup de maisons protestantes, avaiton prévu un cas semblable à celui de Maliestre. On avail utilisé ou créé des cachettes,d)Oii1 certaines sont des merveilles d'ingéniosité. Dans la région lasalloise, c'est .aux eux i nui- de- mas pourvus de ces asiles sûrs que furent tenues les assemblées le- plus importantes. Ceux qui les avaient convoquées pouvaient, en cas de surprise, se mettre rapidement à l'abri. Presque jamais ils ne furent pris dans ces cireonslanccs. Les dragons n'arrelaienl le plus souvenl que dr< auditeurs fuyanl à Iravers la campagne.

Brousson, dans son ouvrage, passe sous silence ces abris on il se réfugia lui-onême mainte- fois. Il ne voulait pas sans doute attirer l'attention des persécuteurs

sur ceux qui en gardaient le secret. Les historiens ne les ont pas cites non plus dans leurs éludes el on ne connaissait guère que les rares cachettes dent il est parlé dans les interrogatoires. 11 en était ainsi pour la grotte de Jean Bourdarier, à Ste-Croix, où les dragons arrêtèrent des prédicants, grâce à une dénonciation. Depuis l'achat de la maison du camisard Roland, par la Société de l'Histoire du protestantisme français, on connaît la cachette qui se trouve dans la cuisine. Tous les visiteurs du Musée du Déserl peuvent y descendre comme le taisait le chef canii-ard dans les moments de danger.

Nous en avons retrouvé un certain nombre d'autres dans les Cévennes et en particulier dans la région lasalloise. Bon nombre nous -ont peut-être encore inconnue-. malgré nos recherches. Leurs propriétaires ignorent l'intérêt qu'il y aurait, pour l'histoire de nos icgions. à ce qu'elles soient mises en lumière el étudier.-- commt celles que non- connaissons.

Les maisons cévenoles présentent, pour la plupart, dans leur construction, une particularité intéressante. Presque toujours, la porte d'entrée principale n'est pas située directement sur la façade la plu- en vue de la maison. Un la trouve, au contraire, sur le côté opposé à celui par lequel arrive le visiteur. Très souvent, aussi, il faut franchir, .avant d'atteindre le seuil de la cuisine, un porche obscur encombre d'instruments ou de fagots de bois. Le four à cuire le pain est situé dans cet espèce

davant-corps. Dans quelques cas, il faut franchir, H>il une cour inlérieure, soil un long couloir pour atteindre la porte principale. La maison de Roland Laporte, an Mas Soubeyran, celle où logeait Teissier dil Lafage, a Paillés, sonl des modèles du genre.

Au contraire, la fenêtre principale de la cuisine donne Ion jour- sur le chemin du mas. Elle peronel ainsi de surveiller l'arrivée du visiteur donl la présence esl signalée a l'avance par les aboiements du chien de berger.

Le visiteur, de nos jours encore, est observé de la maison sans que rien puisse lui faire croire que sa venue esl connue.

Il esl probable que cette disposition particulière esl duc à la prudence paysanne des époques lointaines', où nos mas isolés, ne pouvant compter sur aucun secours étranger, se mettaient en garde contre les incursions des routiers H des bandits de grands Chemins. Antérieure a la révocation de l'Edit de Nantes, celle disposition favorisa beaucoup les proscrits. Elle leur donnai! le temps de se mettre à l'abri dan-- les cachettes.

Celles-ci se rencontrent sjurtoul dans les mas isolés, non loin du croisemenl de vallées, sortes de postes stratégiques qui permettaient de fuir dans les directions les plus diverses. Certaines paraissent dater de plus loin que la période protestante. Il esl fort possible qu'elles aienl servi auparavanl à cacher des provisions en cas de famine ou à dissimuler en partie des récoltes, quand l'exacteur du prieur ou du seigneur venail prélever la pari de ceux-ci, qui n'était jamais moindre du dixième.

— 2« - Elles datent, nousa-ton répondu parfois, du temps « del deïme », de la dime.

Elles peuvent avoir aussi servi d'entrepôt aux faux saulniers dont le commerce illicite est resté longtemps florissant dans un pays intermédiaire naturel entre la région montagneuse de la Lozère et celle des marais salants du littoral méditerranéen.

Certaines, enfin, furent construites expressément dans le but de servir d'asile. Le paysan, d'ailleurs, a toujours aimé, et ceci dans toute la France, à posséder un coin secret, pour mettre à l'abri les quelques éeus dont il avait lentement grossi son bas de laine. Parfois, encore, des démolitions finit retrouver un pot de terre. « une ouïe », bâti dans un coin de mur, et qui n'était que le coffre-fort rudimentaire de nos aïeux.

Souvent, aussi, on évidail, dans l'épaisseur des planchers, une pelie cavité pour mettre à l'abri, soit des papiers de famille, soit surtout la vieille bible qu'il était défendu de posséder, aorès 1685, .et que l'on ne sortait que le soir, toutes portes closes, pour en lire quelques chapitres, pendant le culte familial.

Après h' livre saint il fallut songer à mettre à l'abri ceux qui en expliquaient les passages, et utiliser ou créer des cachettes. C'est là que l'ingéniosité de nos aïeux se donna libre cours. Depuis 1»' trou profond creusé dans le foin du grenier, et dans lequel on échappai! par un heureux hasard, aux baïonnettes des dragon-, jusqu'aux cachettes les plus savantes, tous les intermédiaires existent. Roman, à Florac, fut heureux de se ré-

fugier, sous un lit, dans une ouverture faite à travers le plafond. Plus tard, après avoir échappé, aux environs du Vallons, au sort de ses camarades, grâce à des branches fraîchemenl coupées, sous lesquelles il se dissimule pendant quatre heures, lie camisard Monbounoux, sauve encore sa vie, aux Blaquières, grâce à une cache originale. « Heureusement pour moi, dit-il, le maître de la maison avait enfoui un petit tonneau dans la terre, où il m'enferma assez à temps pour que les soldats ne s'en aperçussent. Ils me cherchèrent longtemps et fort exactement dans tous les coins et recoins de la maison. Leurs pieds même ne l'eurent pas à deux pouces de ma Lête, mais j'étais trop bien caché pour que leurs pecherches pussent me découvrir. Ils s"eu allèrent enfin, mais non pas aussi proimptement que je Lan rois souhaité, étant fort mal à mon aise dans mon tonneau, dont la capacité était fort petite ». (1).

Enfin, dans les villes comme La Salle, la plupart des maisons, en particulier celles du quartier de Capdeville, -oui adossées à la montagne. Elles présentent des caves ou des écuries au-dessous des jardins étages sur la colline d'Algues. Certaines méime possèdent des galeries d'eau aboutissant, à travers la rue, dans les jardins sousjacents. Ces souterrains formaient d'excellentes voiesd'évasion inconnues aux dragons. Un proscrit pouvait s'y cacher pendant qu'on visitait la maison. En cas de danger pressant, il pouvait fuir sur la montagne. C'est par ce v derrière » des maisons que les prédicants et les

(1)(J. Froetariue. Les Insurgés ProteetajiUs sous Louis XIV. Reinwald, Paris, 1868, page 134.

camisards venaient se ravitailler d'armes, de vivres ou de munitions chez leurs amis lasallois. Aussi l'intendant du Languedoc donna-t-il l'ordre, à plusieurs reprises, en 1703 et 1704, de murer les portes extérieures et d'établir des barrages aux deux extrémités du long boyau de la rue lasalloise. Dans les Hautes-Cévennes, il fit mieux encore et donna l'ordre, qui lut exécuté, d'incendier nombre de hameaux et de mas pouvant servir de refuge aux Camisards.

Toutes ces diverses cachettes, où que nous les ayons retrouvées, sont assez difficiles à classer, tant elles varient. On peut cependant les diviser en :

1° Cachettes creusées en terre avec ou sans galerie d'échappement au dehors, comme celles de La Perjurade, Bouzons, Paillés, Lapon, Pascalou.

^° Cachettes situées entre deux planchers, avec ouverture dans un placard, Mas Souneyran, Pages, les Arnaud*.

3° Cachettes dans des écuries ou entre deux murs. Le Moina, Ùnas, St-Genieis, Bouscarasse.

Certaines appartiennent à la fois à plusieurs groupes. Il n'est guère facile de les étudier autrement qu'en détail et par région- successives. C'esl ce que nous nous proposons de faire en indiquant, lorsque nous les connaîtrons,^ les individus qui les ont utilisées, ou, à défaut, les faits de l'histoire huguenote qui se sont pas ses dans leur voisinage.

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