‹ Les cachettes huguenotes aux environs de La Salle et dans les CévennesChapitre 4 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La cache lie «lo Roland Laporle an Mas Souhcvraii

(Commune de Miulet)

La plus connue de toutes les cachettes huguenotes est celle tlu chef caimisard Roland Laporte, dans sa maison natale au Mas Soubeyran, devenue aujourd'hui le Musée du Désert, asile de tous les souvenirs que ses organisateurs peuvenjt recueillir dans la France entière sur la période douloureuse de 1685 à 1787.

(Vile maison esl située au milieu des autres habitations du hameau adossé au mamelon qui descend, d'un côté, en pente rapide vers le Gardon de Mialet, et de l'autre, par une pente douce boute couverte de cultures vers le ruisseau de l'Uziès. Entourée de tous côtés par les autres maisons, celle des Laporte n'en est séparée que par d'étroites cours ayant au plus deux mèl<res de largeur. Le chemin du hameau, passant jadis uniquemenl à la partie supérieure du mamelon, il [allait, pour parvenir a la maison Laporle. s'engager dans un élroil passage tortueux, voûté en plusieurs endroits el sur lequel s'ouvraienl les portes des écuries. La porte principale de la maison, située dans un recoin 1res obs-

cur, s'ouvre sur les caves et sur un escalier' tortueux, par lequel on atteint le premier étage. Là se trouve un vestibule étroit éclairé par une petite fenêtre à droite, et par la porte menant à une terrasse de là à la magnanerie. A gauche, en entrant, la porte des chambres. Pour aller à la cuisine, il faut tourner et parcourir environ dix pas. A côté de la porte de la cuisine se trouve l'escalier du deuxième étage, situé au-dessus de celui que l'on vient de gravir.

Dans la cuisine, en face la porte d'entrée, la fenêtre s'ouvre sur la petite ruelle pavée, par laquelle on parveu;iil à la maison. A gauche, la vaste cheminée et la porte d'une chambre. A droite, la table, simple planche posée sur la maie à pétrir et un placard à l'angle du mur, près de la fenêtre. Le sol de tous les appartements est formé d'un grossier glacis de chaux.

Si l'on ouvre les deux rustiques volets de bois appliqués simplement sur le cadre diu placard, on voit trois étagères en bois scellées .an mur. Elles servaient à porler les ustensiles et les provisions du ménage. C'est là que se trouve l'entrée de la cachette.

An fond de ce placard, situé environ à 0 m. 60 de la troisième étagère, une planche mobile laisse à découvert une ouverture d'environ 0 m. 50 de largeur sur 0 m. §0 de longueur, par laquelle un homme de corpulence moyenne peut descendre dans un trou d'environ un mètre de hauteur. Ce trou communique, sur une de ses parois, avec une excavation rectangulaire située sous le sol de la cuisine. Elle a 1 m. 70 de longueur, 0 m. 00 de largeur et 0 m. 50 de hauteur. On peut à peine s'y tenir accroupi, mais deux personnes peuvent s'y allonger côte à côte.

(Vile excavation est constituée par un double plancher pris aux dépens de la hauteur de l'écurie sous-jacente. Il est formé de poutrelles de châtaigniers entre lesquelles sont placés des cailloux, du tuf et du mortier, selon la coutume ancienne du pays. On formait ainsi (\v> planchers 1res épais que l'on recouvrait ensuite d'un glacis de mortier.

• elle cachette ;i dû être utilisée souvent par le chef camisard lorsqu'il venait entre deux combats se reposer quelques heures dans sa maison natale surveillée par le- dragons.. A ta moindre alerte, il pouvait s'y introduire avec La souplesse de ses 23 ans, pendant que ses

parents remettaienl en place In planche mobile. Au^des-

sus de celle-ci, et pour dépister les recherches, on devait replacer le vase en terre, « la pise » contenant la provision d'huile de la maison. Dans toutes les armoires ou placards des cuisines de nos campagnes, cette place lui est encore consacrée. Jamais un dragon n'aunail pensé à regarder au-dessous.

CIIAIMTKE III

Les cachettes «le Soudorgues

La commune de Soudorgues, une des plus étendues du départemenl actuel du Gard, s'étend sur les diverses pentes des contreforts immédiats du Mont Liron. Très accidentée, cil»1 égrène ses nombreux mas dans les vallon- profonds creusés par les ruisseaux descendant du Liron ou du Brion, soit vers la Salendrenque, soit vers le Gardon de St-Jean. Répion entièrement protestante de nos jours encore, elle donna, à la révocation, de nombreux fugitifs à l'exil et des victimes en grand nombre aux prisons et aux galères. C'est de Soudorgues qu'étaienl natifs les prédicants Espaze de Lafoux ei ( îrévou du Bédos.

1° Les cachettes de Periurade

Le hameau de Perjurade composé de trois à quatre maisons, se trouve situé aux extrêmes limites de la commune de l'Estréchure, jadis St-Martin de Corconac el i\l- celle de Soudorgues, dont la sépare seulement un étroit ruisseau. 11 est bâti sur un chaînon détaché directement a l'Est du sommet de la montagne du Fageas, au milieu d'un cirque très ouverl formé par deux vallées

dont la Perjurade .constitue le point de réunion. Les deux ruisseaux qui dessinent ce cirque descendent l'un du côté des mas de la Jasse et du Bédos, par où l'on atteint Soudorgues et la vallée de la Lironenque, l'autre des hauteurs qui dominent les fermes du Bouquet et du Pavillon. Le ruisseau de Rieumal et, par conséquent, la vallée de Millerines, n'en est séparé que par un col étroit sur lequel se trouve une bergerie inhabitée.

Ces deux ruisseaux se réunissent au-dessous du hameau de Perjurade en un seul petit cours d'eau qui, après s'être insinué dans les mille replis d'une gorge 1res étroite va se jeter dans le Gardon de St-Jean, au Pas-des-Soncis, un peu en amont de Peyrolles. Au pont de Vallongue, il reçoit le ruisseau du Iloucou descendant directement du sommet de Brion et du col du Mcrcou.

La seule roule pour mouler dans la Vallée Borgne et dans les Hautes Cévennes venait de La Salle et suivait à partir du coJ de Mercou La rive gauche de ce ruisseau. Aiprès avoir traversé au l'ont de Vallongue le ruisseau de Perjurade elle atteignait, par de raides lacets le petit col de Mercoiret. De là, elle suivait à mi-côte le Gardon de St-Jean au-dessus de l'àimmense boucle presque fermée qu'il décrit en cel endroit. Par St-Martin-de-Coroonac, la route arrivail enfin, après avoir franchi le ruisseau de Millerines et le Gardon, au petit château du Moulin. De là, en suivant le fond de la vallée, elle passait par IKsIrechure, Saumane et St-André-de-Valborgne pour remonter ensuite par le Pompidou sur les hauteurs de la Lozère.

De St-Martin-de-Corconac partail le mauvais sentier muletier (|iii. jusqu'à nos jours, avanl la construction coûteuse de la route actuelle, était le seul moyen de communication entre la partie haute el la partie basse du Gardon de St-Jean.

Au Ponl de Vallongue un sentier très étroil escaladait, sur une longueur d'environ un kilomètre, la paroi gauche de la gorge du ruisseau de l'a Perjurade. Il se terminait enfin, après avoir décrit une courbe, dans le ruisseau du Pavillon, devanl la porte de La maison la plus importante de ce petit hameau appelée le Château de Perjurade. Celui-ci esl fonrné d'un corp.s de bâlimcnl flanque de deux ailes au milieu desquelles se trouve une petite cour fermée d'un mur dans lequel s'ouvre le portail d'entrée. Celle maison a l'aspect d'un rectangle donl les deux grands côtés sonl orientés à l'esl el à l'ouest.

Le portail franchi, on entre dans La roui- sur laquelle s'ouvrenl les portes des écuries et où commence l'escalier de quinze marches aboutissant à une (errasse située au-devanl du liàlimenl principal au premier étage.

Au somme! de l'escalier s'ouvre, à gauche, la porte principale de la maison donnant accès dans un grand salon remarquable par une cheminée en bois sculpté. Cette pièce est éclairée par deux fenêtres, l'une à croisillon- sur l'extérieur, l'autre au nord sur la cour. A gauche <\r l.,i cheminée, porte ouvrant dans une chambre. à droite un placard'. Sur la paroi opposée à la grande fenêtre à droite de la porte d'entrée, on voyait, il y a quelques années, deux ouvertures. L'une, fermée par

une porte basse, permet de descendre par un escalier en pierre de 8 à 10 marches dans une grande cave. L'autre, servait d'entrée à un escalier tournant très obscur, par lequel on atteignait deux pièces situées dans l'angle sud-est du bâtiment et plus élevées que celles du premier étage.

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Dan- l'angle formé à droite par la courbe de l'escalier

et les murs de la maison, se trouvait (elle a été malheureusement démolie, il y a environ dix ans), une cloison à laquelle on ne prêtait pas grande attention, puisqu'on montant l'escalier on lui tournait le dos. X'attcignant pas jusqu'au haut du plafond, elle était recouverte de planches mobiles. Ce coin obscur surélevé paraissait destiné à servir de débarras et avoir été fait pour arrondir le mur de l'escalier. La paroi délimitait ainsi .avec les murs de la maison un espace triangulaire dans lequel un homme pouvait facilement tenir debout après s'y être introduit par le haut de l'escalier. C'est la première cachette de Perjurade.

La terrasse du premier étage, à laquelle on arrive par l'escailier die la coin- d'entrée, est soutenue par deux voûtes reposant sur des piliers. Derrière ceux-ci, au rez-de-chaussée, s'ouvre la porte basse d'une écurie obscure éclairée seulement par de petites lucarnes ordiuairemenl aveuglées avec des feuilles de châtaignier.

Sur l;i paroi gauche, une grande porte Lait communiquer cette écurie avec la cave, dans laquelle aboutit l'escalier qui conlduil à la cuisine du premier étage. Très haute de plafond, ce qui explique la dénivellation de- chambres situées au-dessus, cette cave est bien éclairée par de- ouvertures beaucoup plus grandes que celles île l'écurie. La porte de communication est en chàlaignier très massive et avec serrure.

Dans l'écurie, la paroi opposée à la iporfc de la cave est très obscure. Le sol constitué par le rocher schisteux s'y relève rendant ainsi la hauteur de la voûte plus faible encore, ("est dans ce coin que l'on entassait cl que l'on entasse encore les halles de -fougères ou de feuilles sèches destinées à la litière des animaux logés dans celle ('•curie. Rien de plus naturel jusqu'ici dans celle disposition et dans la place des balles de litière semblable à celles de toutes les écuries des Cévennes.

Cependant, si l'on l'ait place nette, au milieu du sol, contre le mur, on trouve quelques planches. Si on les soulève, on s'aperçoit qu'elles recouvrent un trou dont l'ouverture donne facilement passage à un homme et qui a environ deux mètres de profondeur. Il présente sur ~;> paroi ouesl un creux permettant de poser le pied à

mi-hauteur et de descendre ainsi facilement au fond. Au fond de ce trou, et du côté nord, s'ouvre une excavation clans laquelle il faut s'introduire à reculons. Elle a un mètre de longueur et 0 m. 50 centimètres dans ses autres dimensions. Ce passage difficile franchi, on se trouve dans une petite pièce creusée à moitié dans le roc et dont le plafond est formé par une voûte. A peu près à mi-hauteur, à 1 m. 50 du sol, les deux murs longitudinaux présentent un rebord permettant de poser des planches et de faire ainsi une sorte de lit de camp à l'abri de l'humidité.

Au fond, sur la paroi ouest, se trouve l'entrée d'une galerie dans laquelle un homme de taille moyenne peut avancer à demi courbé. En pente rapide, elle allait aboutir au-dessous de Perjurade, dans le ruisseau du Pavillon, derrière une bouffe de chênes verts, bois qui recouvrait jadis le côté nord du mamelon. Le chemin de Perjurade au Pont de Vallonguc passait environ cinquante mètres plus bas. Elle est actuellement obstruée dans son trajet et à sa sortie, mais il serait facile de la remettre en état. Telle est la deuxième cachette de Perjurade.

Supposons l'arrivée des dragons montant du Pont de Vallongue ou simplement d'un fâcheux survenant ino-

pinément. Le proscril qui se trouve dans la maison s'empresse d'entrer dans la cachette de l'escalier d'où il peut entendre toul ce qui se dil clans la pièce principale. Si la séance se prolonge trop, grâce à la complicité de ses hôtes qui entraînent l'intrus dans une autre pièce ou siiwp'lemenl sur la terrasse, il peut gagner la cave par l'escalier don! la porte est à deux mètres de sa cachette. Une fois là, il passe dans l'écurie voisine, dont il ferme la porte de communication. Se glissant à travers les balles de fougère, il soulève celle qui recouvre le trou el -;ignc la cachette ti° 2 -dans laquelle il esl plus à l'aise Il peul y rester autanl qu'il veut, grâce aux provisions qui lui sont passées.

En admettant même que •celle ouverture lu! découverte, le fugitif pouvail se défendre facilement grâce à l'étroil boyau horizontal facile à obstruer. En désespoir de cause, il pouvail s'enfuir dans 1rs bois voisins par la galerie souterraine. Celle-ci inversement permettait de s'introduire dans la maison sans être vu de personne. On pouvail y accéder sans danger la nuil de Ions côtés. Le proscrit l'alleignail facilement en venant, soit de Millerines par le roi de la bergerie de Rieumal, soil i\i- St-Jean-de-Gardonnenque ou de l'Estréchure par le Pont de Vallongue, soit enfin de La Salle ou Soudorgues par les cols du Mercou et du Bédos.

Vntérieures à l'époque protestante, ces cachettes ont élé très utilisées par les prédicants et les pasteurs du Désert. Les seigneurs de Perjurade qui habitaient ce petit château étaient de fervents protestants. Ils appar-

tenaient à la famille Solier. Celle-ci se fondit par des mariages avec la famille voisine des Gauthier du Roucou, bien connus pour la fermeté de leurs convictions religieuses. Enfin, les environs immédiats de Perjurade ont joué un rôle 1res important dans l'histoire religieuse protestante aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Quelques mois après ledit de révocation, le 25 janvier 1686, le prédicant Vivent lait une assemblée « dans un désert auprès d'une grange appartenant au sieur Verdier de Perjurade ». Trois prédications y lurent donnée-, deux par Vivent et l'autre par Vidal de Colognac. (V fui dans celle assemblée « qu'on commença ;i porter des armes » pour pouvoir riposter aux dragons qui, surprenant une réunion de ce genre, tiraient sur la foule sans aucune pitié.

Fin novembre de la même année, l'intendant de Ija>ville courul sans le savoir un Ires grand danger dans les parages de Perjurade. •• Quand l'intendant », dit Gavanon de La Salle (1). « cul passé le Pont 'de Vallongue, en haut sur la hauteur, il ne passa qu'à six pas de M. Vivenl cl de sa troupe, qui élaienl au nombre de quinze personnes, ce que M. Vivenl lui écrivit par une belle lettre quand il fut d!e retour à Montpellier, en lui marquant qu'on le traitait de perturbateur du repos public, mais que s'il axait été tel, lorsqu'il était passé >i proche de lui (en lui marquant l'endroit) que -a vie ne dépendait que de lui. mais qu'il n'avait garde de répandre le sang à moins qu'il ne se vit attaqué. »

(1) Papiers Court, 17 B. 79, in Bost, loc. cit, I. 189.

Le 21 janvier L688, le prédicanl David Berlhézenne est pris par les dragons au-dessus de Perjurade dans un bois entourant la clee ou bergerie. Il était avec d'autres personnes. Baville, moins miséricordieux que Vivent, le lil pendre, quelques jours après, à Saint-Hip- |m)I\ te-du-Fort.

A celle même époque, un voisin de Perjurade, David Cii-evou. du Bédos, quille sa ferme el devient prédicanl peu de temps après le prêche l'ait dans sa maison, en juin 1689, par David (ia/an.

Le 2 août L6$9, Vivent, de retour de Suisse, convo que, avec dix ministres ou proposants, une assemblée très importante « dans la montagne du Liron nroche La Salle », ilil le dossier Quet (1), « dans la paroisse de Sl-Martin-de-Gorooinac », dit le dossier .Méjanel (2), par conséquent non loin de Perjurade, seul endroit répondant à ces indications topographiques.

Le II janvier 1690, Brousson, descendant du Bougés, gagne la Gardonnenque par La Sulle el Lédignan. Il prêche pie- de Perjurade son fameux sermon sur le salul en .!.-('. seul (Jean XIV, 6). A plusieurs reprises, il trouve asile dan- celle maison où, grâce a celle cachette spacieuse el sûre, il pouvait composer tranquillement ou recopier les sermons qu'il passail ensuite aux autres prédicants dont l'instruction souvent n'était pas a la hauteur <\r>< sentiments religieux.

L'année suivante, Gazan, Colognac, Grevou, les trois

(1) Archives ilu. Languedoc, C. 170.

(2) Archives du Languedoc, G. 189.

frères Plan et Espaze de Lafoux, logés aux Cabannes près Perjurade, chez Guillaume Pérédès, se réunissent en attendant le retour des eaux de Pomaret, près Si- André, du pasteur apostat Louis aie Bagars. Ils l'exécutent non loin de là, dans le ruisseau du Poucou, le 27 juillet 1001 et s'enfuient par les hauteurs de Perjurade pour aller loger au col de las Chefs.

Plu.- lard, pendant la période camisarde, c'est près du Pont de Vaïlon'gue, au Pont-Neuf, à quelques portées de fusil de Perjurade, que les troupes de Roland infligèrenl une défaite sanglante aux dragons de Sl- André-de-Valborgne revenant de La Salle accompagne)' (\e^ prisonniers.

Pendant toute l'époque de l'église du désert, les pasteurs trouvèrent un asile à Perjurade. Le pasteur Méjeanelle y venait souvenl et y laissa -a .canne à épée aujourd'hui au Musée du Déserl. Le pasteur G'abriai s'y reposait lui aussi au cours de ses longue.- randon nées a travers les revenues.

Grâce au dévouement de -es habitants et a sa situation isolée au milieu des bois, non loin de La Salle, de St-Jean et de St-André-de-ValiboFgne, lei château de Perjurade avec ses cachettes si bien organisées, a pu pendant plusieurs générations, donner un asile sûr à tous ceux qui venaient frapper à sa porte au nom de l'Evangile.

2° Cachette <lu Moina

Première agglomération sur la route descendant du col du Mercou à La Salle, le hameau du Moina pré-

sente au milieu des prairies ses quatre à cinq maisons réunies sur un petit mamelon au centre de la vallée. Celui-ci es1 délimité d'un côté par le ruisseau du Mercou, de l'autre par son affluent dlévaliant en pente rapide des hauteurs du Mourrippe, sommet dominant le plateau grézeux sur lequel Soudorgues égrène ses mas dispersés dans Ions les replis du terrain. Le vieux chemin escarpé qui relie Soudorgues à l'ancienne roule royale passe le long des murs du Moina. De l'autre côté de la vallée, presque en face, mais plus élevé, se trouve le Mas du Fouel caché dans son ravin. Pendant huit jours, la cave de cette maison, appartenant alors à Capelier, servil de refuge à Vivent. Brousson, à son lour, s'y abrita pendant ses tournées.

A l'époque de ces prédicants, vivait au Moina une branche de la famille Viala très répandue dans le pays où ses descendants directs se trouvent encore. Très attachés à leur religion, nombre de ses membres nouveaux convertis par la force, eurent à souffrir des rigueurs de l'intendant. Suzanne Viala, du Moina, fille de Claude Viala, procureur au présidial de Ninies, âgée de 18 ans, lui. pour délit d'assemblée, internée au fort de St-Hippolyte. Le 10 et le 18 novembre 1091, le subdélégué Daudel lui fil subir des interrogatoires. A la même époque, Henri Viala, des Ilorts, et sa femme Madeleine Gautier, furenl internes pour un délit semblable. Plus lard. Loin- Viala, du Moina, s'enfuit à Genève, vers 1720. Il y retrouva ses cousins Pourtalès, de La Salle et se maria. Se- deux tilles épousèrent

l'une M. Coulon, l'autre M. de Boyve, appartenant aux meilleures familles genevoises.

Le Mas du Moina avec des habitants aussi fidèles à leur religion, était un refuge Largement ouvert à tous les prédicants. Ceux-ci et tous les proscrits étaient certains d'y trouver une bonne hospitalité. Claude Brousson vint y loger au moins une lois. Le 21 octobre 1091, après •avoir prêché à la métairie de Soulier, du côté de lirion, il descendit prendre un repas chez Viala, aux llorts, avec Labric et alla coucher au Moina.

Cependant, Soudorgues et sa garnison de dragons n'étaient qu'à une distance de 5UU mètres au plus à vol d'oiseau. Si la position du Moina isolé sur son mamelon entre la route et le chemin, permettait un accès commode, elle facilitait aussi un investissement rapide. 11 fallait pouvoir mettre très vile à l'abri les hùtes compromettants. Nous verrons un peu plus loin comment le problème lut résolu d'une manière ingénieuse par le propriétaire d'alors. Auparavant, il faut jeter un rapide coup d'oeil sur la disposition des lieux.

Lorsqu 'après avoir quitté la vieille route montant au col du MercoLi, on arrive au Moina après avoir franchi environ 200 mètres sur le chemin de Soudorgues, on rencontre une première cour ouverte sur le chemin et entourée par des constructions. CeHes-ci sont séparées du côté du Nord-Ouest par de petits passages donnant sur la prairie et servent de greniers ou d'écuries. Au Nord-Est et au Sud-Est, le mur des habitations est continu et présente seulement deux grandes portes cochères.

La première porte à droite du visiteur ouvre sur une grande cour intérieure encombrée de tous les véhicules

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et instruments aratoires servant à une exploitation agricole importante. En l'ace de la porte cochère, un passage très en pente entre deux bâtiments donne issue vers le ravin. Tout autour de celte cour s'ouvrent les portes des écuries ou des remises. On cherche l'entrée principale sans pouvoir la trouver. Ce n'est qu'après avoir fait quelques pas clans la cour que l'on trouve, à droite, un passage dallé d'environ deux mètres de largeur entre les corps de bâtiment. D'une longueur de dix mètres environ, il se termine devant une porte à cintre .arrondi qui est l'entrée principale de la maison Viala. Au dernier tiers de ce passage se détache un couloir à ciel ouvert qui menait jadis à une terrasse sur laquelle était situé le four de la maison, Une pente rapide couverte de chênes en partail pour aboutir au ruisseau de Mourrippe.

La porte franchie, on entre dans une vaste cuisine spacieuse don! la fenêtre permet de suivre tous les méandres de la roule vers La Salle pendant un long espace de temps. A droite et à gauche de celle-ci, deux portes desservent l'une une chambre, l'autre un salon, tous deux -ans autre issue. I ne porte à droite de La cheminée permet de passer dans un vestibule d'où pari l'escalier du premier étage.

L'ingénieux Viala parvint, malgré le peu d'espace dont il disposait, à établir dans ce premier étage l'entrée d'une cachette. Grâce à la pente rapide du mamelon, les appartements (pie nous venons d'énumérer se trouvent posséder un sous-sol sur la façade sud quoique

étant en arrière de plain-pied avec lia cour. Ce sous-sol est forint' par deux appartements. L'un, sorte de cave obscure, se trouve sous le salon. L'autre, écurie basse et voûtée, se trouve sous la cuisine el la chambre. Elle prend jour sur la façade sud-est p.ar une porte à laquelle aboutissait un escalier qui descendait de la terrasse du four.

Dans le coin le plus obscur du salon, à la place où se mettait un lit, Viala avait ouvert une trappe à laquelle correspondait une échelle mobile. D.ans l'écurie basse, il construisit un mur environ à 1 m. 50 du mur de séparation avec la cave. Dans celui-ci se Lrouvait une sorte de placard bas dont il remplaça la partie postérieure par des planches mobiles et la cachette lut toute installée.

Y ,avait-il une alerte ? Les dragons étaient-ils signalés sur l'un ou l'autre des chemins ? Avant qu'ils eussent pénétré dans la maison, le proscrit passait dans le salon. Il soulevait la trappe, descendait dans la cave et relirait l'échelle. 11 écartait les planches du placard et pénétrait dans la cachette où il se trouvait assez à l'aise. Elle avait 5 mètres de longueur, 1 m. 50 de Large et 1 m. 60 de hauteur dans le milieu de la voûte. Le morceau de crèche qui y était resté pouvait servir de table. Procédé ingénieux, le mur du côté de l'écurie arrivait seulement à quelques millimètres de la voûte permettant en menu' temps que In renouvellement de l'air, de recevoir des renseignements donnés par celui qui très innocemment paraissait s'occuper des animaux dans l'écurie voisine.

C'est là que dut se réfugier, Je 15 novembre 1091, un habitué de la maison, Labric (Massai), de Mîllerinnes, accompagnateur de Brousson et prédicant, lorsque les dragons vinrent arrêter pour fait de religion les deux filles de Claude Viala. Grâce à cette cachette dans laquelle il dut descendre promptement, les dragons se contentèrent d'emmener les jeunes filles sans se douter qu'une capture plus importante leur échappait.

3° Le Temple de Soudorgu.es

Au niveau du vieux château féodal de Beauvoir (castrum de Bellovisu) où tous les mas de la Salendrènque apportaient jadis leurs redevances au baron de Barre, part un petit chaînon détaché du plateau de Soudorgues dont il forme l'extrême limite du côte nord. Il vient se termine]' presque à pic au-desus du hameau du Moina. Toute la crête de chaînon contre lequel s'adossent du côté du soleil, les nias de Guiraud, du Coulel el du Pral aux vieilles portes romanes, esl recouverte par de gros blocs de conglomérai quartzeux. seuls restes d'une assise du keupér, étage géologique composant l'îlot calcaire de Soudorgues au milieu des granités environnants.

Tout à fait à l'extrémité de ce chaînon, derrière le mas de Guiraud, un de ces énormes blocs semble planté dans le sol. Incliné vers l'ouest, il recouvre une surface d'environ cinq mètres carrés. In mur a été maçonné au-devant. 11 constitue une sorte de petite maison dont la toiture est formée par le rocher lui-même.

L'entrée, très étroite, esl un couloir de 2 mètres de long sur t m mètre de large entre le rocher principal el un autre bloc situé à côté. Jadis, une porte venail en s'ap puyanl contre une rainure sculptée dans le roc, fermer celle habitation rustique.

C'est là que, d'après la tradition, se réfugiaient les prédicants et qu'ils convoquaient dc> assemblées religieuses, d'où le nom <lc temple sous lequel ce gros rocher esl encore connu. L'espace; peu considérable, situé a son abri, ne permettait guère, à plus de vingt personnes de s'y réunir el les assemblées devaient se tenir en plein air. Situé a peine à 200 mètres du nias du Moina, le Temple de Soudorgués ne pouvait être qu'un lieu de réunion où les anciens étudiaient le lieu des assemblées futures avec les prédicants montés de la cachette plus sûre «lu Moina. Peut-être était-ce aussi une cachette temporaire dans laquelle se réfugiaient les prédicants lorsque l'entrée de la maison hospitalière du Moina était, pour une raison quelconque, dangereuse pour eiiv.

4° Cachette de la maison Henri Viola, aux Horts

Après avoir dépassé le hameau du Moina, la vallée du ruisseau du Mercou s'élargit au confluent du ravin de Brion en un petit cirque exposé au Midi que domine la pente rapide du plateau de Soudorgues largement exposé à la bise froide soufflant directement par le col du Mercou. L'abondance de l'eau des ruisseaux fut cause du nom donné à l'agglomération qui se forma à cet endroit : les Horts, du latin Hortus, jardin. Ce hameau est constitué par une douzaine de maisons disséminées au milieu des prairies et des jardins. La plupart ont subi des modifications ; seule celle qui nous intéresse est restée à peu près intacte.

Elle était habitée, en 1690, par Henri Viala, un membre de cette nombreuse famille dont les enfants partis du mas du Serre, dans la Lironenque, s'étaient peu à peu fixés au mas du Moina, aux Horts, à La Salle, à Nîmes même. Ils étaient apparentés aux meilleures l'a milles protestantes de la région, aux Pourtalès de La Salle aux Gautier de Perjurade et du Roucou, etc. Jean Viala procureur au présidial de Nimes, propriétaire du Moina, servait de correspondant entre les prédicants et Genève. Il recevait leurs lettres de l'étranger et les leur transmettait. Ses filles, avons-nous déjà dit, furent arrêtées au Moina et emprisonnées à St-Hippolyte. Son frère ou cousin Henri Viala, des Horts, fut aussi un ami dévoué des prédicants. C'est chez lui que Brousson vient se restaurer à la fin octobre 1691, après avoir prè-

ché à la métairie de Soulier, du côté de Brion, devant les demoiselles de Rouville, de St-Jean-du-Gard.

Sa maison était bien connue de tous les fugitifs, quoiqu'elle fût dominée par l'église de Soudorgues et la caserne des dragons, d'où on pouvait facilement la surveiller. Malgré ce voisinage, elle fut un asile- très sûr 'j:\-Arc à sa disposition. Si la façade en plein soleil regardait ouvertement Soudorgues, l'entrée de la maison était plus cachée.

I ii petit chemin se détachait de la route à quelques mètres du pont jeté sur le ruisseau de Brion. Après avoir décrit entre les terres et les maisons voisines plusieurs Lacets tortueux, il venait se terminer au contact d'un autre sentier encaissé entre les terres, montant du moulin des Horts et d'un troisième aboutissant au centre du hameau. La maison d'Henri Viala s'ouvrait sur ce carrefour étroit par une terrasse de quelques mètres carrés, fermée elle-même par une grande porte. Audessous de la terrasse, et ayant son ouverture basse au niveau du sentier, se trouvait une sorte de cave voûtée, débarras ou creux à fumier, que nous retrouverons un peu plus loin.

En face la porte de la terrasse se trouve l'entrée de la maison située ainsi en retrait et visible seulement du sentier. La maison étant construite sur un terrain en pente, les écuries qui tiennent tout le dessous des appartements, ne sont aucune au même niveau. Les plus rapprochées de la montagne sont à demi creusées dans le roc.

La cave voûtée ou débarras située sous la terrasse d'entrée communique par une ouverture aujourd'hui à demi-fermée par un mur à pierre sèche avec l'écurie située 1 m. 50 en contre-bas. Dans le coin opposé à celte ouverture se trouve un étroit passage d'environ 0 m. 80 de largeur sur 1 m. 50 de haut facilement dissimulable derrière des fagots. Il aboutil à une salle rectangulaire d'environ 2 mètres de largeur sur 5 mètres de longueur cl 2 mètres de hauteur, creusée entre la montagne et le mur de l'écurie n° 1. Nous l'appellerons cachette n° 1, bien qu'à l'époque d'Henri Viala une porte à plein cintre fît communiquer celle salle avec une autre de dimensions à peu près semblables placée derrière l'écurie n° 2.

Celle-ci, perpendiculaire à l'écurie n° I, esl surélevée

d'environ m 'lie. Elle n'esl éclairée que par des

ouvertures Ire- étroites, donl l'une placée exactement dans l'angle nord-ouest permet de surveille]- un secteur assez étendu. Cette écurie communique aujourd'hui par une brèche du mur avec la deuxième --aile ou cachette n° 2. Celle disposition doit dater de l'époque pu lui bâti le mur qui obstrue la porte à plein cintre.

Au premier étage, la cuisine dans Laquelle on pénètre en premier lieu, présente encore à droite la longue table cévenole, située entre la porte de la magnanerie et celle d'une chambre ou petit salon. Dans celui-ci, une double petite fetnêtre porte dans l'épaisseur du mur deux rustiques sièges de pierre.

Au fond, à côté de la cheminée, la porte d'une cham-

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bre sur laquelle s'ouvre une autre chambre plus petite. La fenêtre de celle-ci, tournée vers le haut de la vallée permettait, ainsi qu'une lucarne dans le salon, de surveiller la route du côté du col du Mercou.

Cette vieille cuisine, restée encore de nos jours, telle qu'à l'époque d'Henri Viala, présente sur toute sa paroi droite un escalier pour monter aux greniers. Sous cet escalier, fermés par des portes, se trouvent deux grands placards destinés à loger des provisions et du bois. Il est probable ique, du premier d'entr'eux, partait un escalier creusé dans l'épaisseur du mur des fondations de La maison et aboutissant dans In cachette n° 1 tout près du passage étroit 0. On constate, à cet endroit, dans le mur, une ouverture actuellement bâtie.

Supposons un suspect dans la maison. En cas de surprise, il pouvait, par le placard, descendre dans la cachette n° 1. Au besoin, par l'étroit passage O et la cave sous la terrasse, il gagnait la campagne pendant qu'on fouillait les appartements du premier et du deuxième étage. Par la communication établie entre les écuries, il pouvait, si la porte était déjà murée entre 1rs deux cachettes, gagner facilement celle qui était la plus éloignée.

Celle-ci a été utilisée une seconde fois à une période bien plus rapprochée de nous. En 1-851, après le Coup d'Etat du 2 décembre, un proscrit républicain trouva là, pendant quelques semaines, un abri contre les recherches des gendarmes de l'Empire. Bien que des voisins, compatissants et dévoués, allassent lui tenir

compagnie H lui porter des nouvelles, sa retraite ne fut aussi jamais découverte.

5° Cachette du Mas de lKEuzière

A cenl mètres à peine du vieux château féodal de Beauvoir, au centre du plateau de Soudorgues, le notas de l'Euzière est bâti sur le sommet d'un mamelon, autour duquel grimpe la vieille route gauloise qui, par les mas du Mourier et d'Aiguebonne, contourne la montagne de Mourippe pour atteindre de là le Fageas el le col de la Clieds.

Complètement modernisé, il y a environ trente ans, le mas de l'Euzière n'a gardé d'ancien que les substructions du rez-de-chaussée dont les vieilles voûtes massives sont toujours intactes.

L'ancienne porte d'entrée est située à l'ouest du côté opposé à la façade la plus en vue. Vieille porte romane, elle donne entrée dans un vestibule au sol de roc el de terre battue, dans lequel on trouve, à droite, le foui'. En lace la porte, l'escalier montant au premier étage. Apre- le four, s'ouvre la porte d'une cuisine aujourd'hui transformée en écurie. Un peu plus loin, et du même côté, la poiie du courtil à porcs. Au fond, une cave à demi creusée d'ans le roc.

Derrière l'escalier, un passage étroit, jadis fermé par une porte permet de communiquer avec une écurie divisée en deux: parties par un -mur de 1 in. 50 de hauteur.

Le mur est de cette écurie, qui est aussi celui de la

façade ensoleillée de la maison, repose en entier d'ans toute sa [longueur sur un gros rocher plat d'enviroaa 0 ni. 60 d'épaisseur. Au-dessous de ce bloc se trouve une couche sableuse de grès à gros grains de quartz.

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A une époque que nous n'avons pu déterminer, celle couche sableuse fui extraite sur une hauteur de ud mètre dans toute la largeur de l'écurie, soit 1 mètres environ. On évida ainsi, au-dessous du rocher, une cavité ayant 3 m. 50 de profondeur. Elle était facile à dissimuler derrière des crèches à bestiaux, des fagots ou des balles de litière. Elle constiluail un petit appartement qui, d'après les souvenirs de la Camille, servit de < achetle à l'époque des persécutions religieuses.

Pour que les bestiaux n'y glissent pas, cette cachette a été à demi comblée. Nous ne la signalerons que pour

rire complet el ne pas en laisser perdre Je souvenir, n'ayant aucun renseignement - 1 1 r ceux auxquels clic «a pu servir de refuge.

0° Cachette du Mus <!<■ Lirou

Toul à [ail au sommet de La vallée de la Lironenque, au Mas de Lirou, existai! jadis une cachette dans Ja cuisine ou les écuries. Celle-ci, utilisée une seconde l'ois, en L793, par un prêtre réfractaire, a complètement dispain depuis cette époque. De là, on pouvail facilement atteindre le col de las Cliefs, celui de Bouperrier, dans la maison duquel existaient aussi plusieurs cachettes.

Enfin, presque au sommet du Fageas, au-dessus de la ferme de Taillebouc, se trouve une petite grotte dans les rochers qui, d'après les renseignements qui nous oui été fournis, aurait servi d'asile aux prédicants. Nul doute qu'elle ne lui connue par Espaze, originaire du li.aineau voisin de Lal'oux qui, pendant ses jeunes année-, avail gardé les moutons sur loules ces pentes.

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