‹ Les cachettes huguenotes aux environs de La Salle et dans les CévennesChapitre 5 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ste-Croix de Caderles et les pentes de Brion

Du sommet de la montagne de Brion se détachent ver- l'Est deux chaînes principales. L'une, au Sud-Est, limite d'un côté la vallée de La Salle à partir du ruisseau des Horts. Elle s'infléchit à l'Est et donne à ce moment un éperon calcaire sur lequel est bâti, exposé à tous les vents, le village de Ste-Groix-de-Caderles, Mont-Bise sous la Révolution. Cette chaîne s'abaisse tout à coup assez profondément au col de Fontfrège pour se relever aussitôt par Vidourle et le sommet de Montvaiïlant. Au hameau de Vidourle, elle se partage en deux branches dont l'une côtoyant la Salendrenque, constitue les bois de Malerargues et de Thoiras jusqu'au Pont de Salendres. La seconde, dominant de ses escarpements rapides le ruisseau descendu de Brion, vient se terminer au Gardon de St-Jean en face le hameau de Massiès. Entre les deux se creuse la vallée de Laudernet et de Pages.

L'autre chaîne principale détachée au nord-est de Brion, délimite d'un côté la vallée de St-Je.an-du-Gard. Maintenant son altitude jusqu'à son contact avec le

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Gardon, elle se termine eu arc de cercle eu face la route qui serpente le -long de la rivière par un mamelon de 430 mètres d'altitude.

L'espace compris entre le mont Brion et ces deux ramifications que nous venons de décrire, constitue dans sa partie la plus élevée et la plus Large le plateau de Caderles.

( 'elui-ci s'étale au bas des escarpements terminaux de Brion, en une sorte d'éventail dont la pointe est formée par le ruisseau aux gorges profondes qui reçoit au château du Maylet les eaux des nombreux ravins descendus des pentes de la montagne. Par mille lacets, très encaissé dans sa partie terminale entre des pentes rapides, ce ruisseau de Boisseson vient déverser ses eaux au Gardon en face le hameau de Massiès.

Le chemin muletier qui réunissait La Salle à Sainl- Jean-du-Gard parlait de Calviac et atteignait par de raides lacets Sainte-Croix-de-Gaderles. De là, il plongeait au centre du plateau pour remonter sur la chaîne le séparant de la petite ville de St-Jean, sur laquelle il dévalait ensuite presque à pic par la fameuse descente de la Malaïgue.

Toute celle région, formée de mas isolés, enfouis dans la verdure des ravins, était très huguenote. Déjà, en 1G45, des poursuites furent dirigées contre les protestants de Sle-Croix-de-Cadcrles qui s'étaient introduits de iniil dans la maison du prieur. Ils l'avaient pillée pour le punir de ce qu'il cherchait à recouvrer les biens usurpés sur son église. Apres l;i révocation de l'Edit de

Nantes, les prédisants et, après eux, les Camisards, y lurent entièrement en sûreté. Fortement boisé et coupé de vallons profonds, ce plateau de Caderles permettait de se dérober très facilement aux poursuites, aussi les fugitifs protestants abondaient-ils à Caderles. De plus, le curé Raymond Barrau, moins haineux que ses collègues contre des paroissiens qu'il avait appris à connaître, évitait autant qu'il était en son pouvoir de les faire maltraiter par les dragons. Malgré tout, les protestants de Caderles fournirent un gros contingent au martyrologe de ces époques troublées.

Le l'i mars 1686, Fraissinet de Ste-Croix est arrêté à Alais avec Soulier de Monoblet. Le 3 avril suivant, Henry Roques esl envoyé aux galères. Jean Roques et Gervais dit Capou sont pendus, l'un comme prédioant, l'antre comme retireur el pouir avoir assisté aux assemblées de la Sagne el du moulin de Montvaillanl. Un peu pJns tard. Jean-Pierre Gras esl transporté en Amérique. Jeanne Gautière, veuve de Jean Roques, part dans la première bande de Vivent avec Jeanne Grausille et [sabeau (liasse. Pierre Faïsse du Mazel, passe par les mille tribulations que non- nacontenl ses mémoires. Bien d'antres encore furent atteints.

De nombreuses assemblées furent tenues sur ces pentes boisées de châtaigniers et de chênes-verts : à la Sagne, près du Capou. le lô janvier 1686, à .Montvaillanl le 19 el le 28, à la Bébé de l'autre côté de la montagne au-dessus de St-Jean. Les plus importantes fureni celles qui eurent lieu à plusieurs reprises aux Sognes

entre Ste-Croix el Calviac, ù l'endroit où se trouve actuellemenl le jardin du nias de la ROuveyrolle. Il serai/1 trop long de les citer toutes en détail, nous croyons en avoir dit assez, pour esquisser ce qu'était cette région protestante.

Il est donc nalurel que nous y rencontrions dé nombreuses cachettes dont quelques-unes oui disparu, mais dont les autres sont encore intactes.

I" Cachettes du Mas du Capou

Le nias du Capou s'appelait au XVIe siècle, le mas de la Molle el prit bien plus tard le nom de son propriétaire. Il est, en effet, situé sur une éminence dominant de quelques mètres le petit plateau étroit qui porte autour de la maison curiale, à deux pas de l'ancienne église, les quelques maisons formant le village de Sainte- ( Yoi\-de-( laderles.

Séparé du village par la vieille route de La Salle à St-Jean, ce mas domine mieux encore que lui toute la vallée de ('ader)es. Par-dessus ce cirque de verdure, la vue s'étend du côté de Bougés et de la chaîne des monts Lozère jusqu'au serre de Bouquet dominé par les limes glacées t\r> Alpes dauphinoises, scintillant au lointain dans les premiers rayon- du -oleil levant. Un peu plu- a droite, pardessus le sommet de MonAvaillant, la vue partant des rochers blancs d'Anduze s'étend sui les plaines du pays lias du côté de Lédignnn et de ('annules En temps clair, le Yenloux escarpé et les

Alpilles de Provence se profilent comme des bornes lointaines au-dessus de la chaîne plus rapprochée de la Grand-Pailhère. Si l'on s'élève de quelques mètres au-dessus 'du mas de Capou, l'horizon borné par la montagne s'agrandit encore. On découvre à l'Est par dessus le vallon de La Salle les montagnes de Colognac dominées par La Fage altière et les sommets du Fageas an delà du plateau de Soudorgues.

Ce mas, aux contrelorts épais, est le contemporain de la vieille petite église romane à laquelle il payait une reconnaissance féodale. Sa construction en fortin avait sans doute été ainsi conçue, pour lui permettre de résister aux attaques*. Il était entouré du côté du village par un mur épais haut d'environ deux mètres. Du côté du Nord, celui-ci se reliait à la construction principale et délimitait en avant et sur le côté gauche de la maison une cour assez spacieuse pour que, plus tard, on y ait élevé des constructions accessoires, hangars ou écuries.

Après avoir franchi une dizaine de mètres dans cette cour très en peu le. on trouve, à droite, um portail roman en grès du pays, qui donne accès dans une deuxième cour plus petite. Dans celle-ci aboutit à gauche l'escalier du courtil des porcs, à droite la clée à châtaignes et le foui-. En face, se trouve l'entrée de la maison, étroite porte en arceau à laquelle on accède depuis le portai] par de larges degrés en pierre taillée.

Cette porte s'ouvre sur un vestibule divisé en deux parties : l'une longue et étroite, l'autre, au fond, plus large et carrée dans laquelle se trouvent deux escaliers,

l'un montant au grenier par un petit palier, l'autre très étroil descendant directement aux écuries du sous-sol.

Sur le couloir, à sa jonction avec le vestibule carré, s'ouvrent deux porte- : l'une, à droite, dans une cuisine tirés large et éclairée par la façade ensoleillée, l'autre dans une vieille cuisine restée teille qu'elle étail en 1685 quand Etienne Gervais dit Capou habitait dans le mas. Pavée de grosses dalles de grès, elle n'est éclairée que par une fenêtre élevée située à l'Ouest. Dans un coin, derrière la porte d'entrée, se trouve encore une énorme cuve de grès dont l'usage nous paraît difficile à préciser.

Avec cette antique cuisine communique un appartement qui, jadis, au temps où deux familles habitaient le ma- du Capou, possédait une entrée particulière sur le couloir tout, près de la porte principale de la maison. Ceci s'explique par la présence au milieu de cet appartement d'un puits lie- profond destiné à alimenter la maison boni entière. Ce puits est construit d'une façon très particulière. A l'inverse de tous les puits, il est évasé de la margelle vers le fond.

Ton- le- appartements du mas de la Moute ont leurs portes située- dan- ou près du vestibule carré et peuvent, en outre, communiquer entre eux. Leur disposition constitue une sorte de dédale à travers lequel un familier retrouve facilement son chemin pour aboutir.au point cent rai : le vestibule.

Bâtie sur la pente de la montagne, cette maison possède ses caves et ses écuries installées dans le sol, tandis qu'une partie de- appartements, au premier étage.

sur la façade, se trouve au ras du sol en arrière. C'est, ce qui se passe pour la vieille cuisine et son annexe, la pièce au puits, qui reposent directement sur le sol.

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Du vestibule carré, avons-nous dit, descend, dans les écuries, un escalier étroil depuis peu comblé par des gravats. La troisième marche était mobile. En pivotant sur un des côtés, cette dalle liaissail à découverl l'ouverture d'une cachette située sous le foyer de la vieille cuisine. Celle eaelielle, condamnée aujourd'hui, mesurait environ 1 m. 80 de long sur 0 m. 70 de large et 1 m. .'!<) de hauteur. L'escalier fermé au bas par une simple porte en bois aboutit dans une écurie obscure, de [orme carrée. Celle-ci communique, à son tour, avec deux ;i ulre- écuries, dont l'une occupe tout le devant de la maison et l'autre La façade est. Deux portes extérieures seulement desservent tout le sous-sol. L'une à l'est, vers la campagne, se dissimule dans l'angle formé par la «liaison et le mur de soutien des terres .adjacente-. L'autre, plus apparente et très large, est taillée dan- le contrefort qui soutient la maison sur la façade principale.

han- La grande écurie, trois portes permettent de communiquer avec : 1° l'écurie dans laquelle se termine l'escalier à la dalle mobile ; 2° avec une cave obscure : 3° avec une écurie centrale encore plus obscure et. facile a encombrer de ieuilJes. Au Pond de cette (•curie se trouvait, jadis, un -impie arceau roman soutenant la voûte. A uni; époque probablement déjà lointaine pour la période des prédicants, cet arceau fut ferme par nu mur épais dans lequel on laissa une ouverture de forme ogivale ayant I m. 10 île hauteur sur 0 m. 50 de largeur.

L'espace ainsi délimité dan- la profondeur de l'écurie

forme une pièce carrée d'environ 2 mètres de côté sur 2 mètres de hauteur. Le sol est surélevé d'environ 1 mètre, par rapport au sol de l'écurie. Il est au même niveau que celui de la première cachette située exactement à côté.

Cinq à six personnes pouvaient se cacher 1res à l'aise dans cette cellule Grâce à l'obscurité des écuries, l'ouverture passait complètement inaperçue derrière des fagots ou un ralelier mobile. Ce refuge était le plus accessible, pour un individu arrivant de l'extérieur, par la petite porte esl de l'écurie. Ignorant ce qui se passait au premier étage, il pouvait attendre là, à l'aise qu'on vint le prévenir qu'il n'y avait plus de danger.

Si, au contraire, le suspecl se trouva-il dans les appartements, la venue des dragons, surveillée par les fenêtres de la façade, lui était signalée assez à l'avance. En cas de surprise <»u d'investissement, les trois portes à franchir pour pénétrer dans la maison lui donnaient le temps de disparaître. Tous les appartements rayonnant autour du vestibule central, le proscrit était immédiatemenl à portée de la cachette de l'escalier. Il faisait pivoter la troisième dalle et s'introduisait dans l'ouverture. Il ramenait la dalle au-dessus de sa tête el se trouvait à l'abri de ses persécuteurs. Si, au contraire, il jugeail plus prudent de gagner La campagne, le proscrit descendail jusque dans l'écurie el s'enfuyait par la petite porte est.

Pair sa situation, à l'entrée de Sic ( -roJ\-de-( aderles, par le loyalisme religieux de ses habitants, le mas du (apou lut une maison des plus hospitalières pour les

protestants, à Caderles. Dès le début des persécutions, une assemblée lui tenue à La Sagne, près du mas de Capou, le 15 janvier 1686, par Vida] et Bringuier, Ions deux de Colognac, prédicants de la première heure. Ils étaient certains que le propriétaire voisin, Jean Gervais, d'il Capou, loin de les dénonceir au prieur, leur donnerai! l'asile donl ils pouvaient avoir besoin. Dans la même année, ce fervenl huguenot fut pendu, sa femme mise en prison, puis bannie. Quelques années plus lard, en 1692, un autre membre de celle famille, habitant à Caderles, Jacques Gervais, âgé de 36 ans, fut envoyé aux galères Toutes ces exécutions n'empêchaient pas la maison du Capou de rester toujours hospitalière aux prédicants. << Vers le milieu de juin », nous dit Ch. liosl (I), « Anne Baudoin vil le prédicant Lagarde, originaire de Millerinnes, qui avait été pris à Caderles el amené à Saint- Jean, où il s'enrôla pour échapper au gibet ». Elle « le vil à Caderles au début de juillet (ayant encore hui habit de soldat et tout son équipage) attablé avec Grevou el Labrie, dans la maison de Gervais, qui mangeaient des châtaignes. « Ayant été avertis d'un détachement qui passait, Grévou, Labrie et Lagarde sortirent et se jetèrent dans un bois, ayant prié Anne Baudoin de leur envoyer quelque chose pour manger, ladite Gervaise disant n'avoir point de pain chez elle, mais qu'elle en avail au four qui sérail bon pour le soir. Ce qui obligea Anne Baudoin à leur hure apporter du pain dans le bois et quelque autre chose pour manger, par sa ser-

(1) Ch. Bost. Loc. cit., 1, 427. ss.

vante, laquelle frappa deux pierres dans la main riant dans le bois, comme quand on rappelle les essaims d'abeilles, qui était le signal que lesdits prédicants lui avaient donné. Et le soir, Anne Baudoin fut chez ledit Gervais, où elle trouva les prédicants avec ledit Gervais qui soupaient au haut de la maison (1). »

En nettoyant la cachette de l'escalier, le propriétaire actuel trouva, parmi les décombres, une lame de couteau rouillée, d'environ vingt centimètres de longueur, qui pourrait bien avoir appartenu aux hôtes qui y séjournèrent.

Celte vieille ferme huguenote est encore, de nos jours, un retfuge protestant, mais d'un autre genre. Elle abrite pendanl l'été, celles des jeunes tilles des Unions chrétiennes du Midi, dont la santé nécessite un séjour (huis la montagne. 11 s'y tient, tous les ans, des assemblées religieuses qui, plus heureuses que celles de 1686, n'ont pas- à craindre la venue dles dragons.

2° Cachette du mas de Saint-Geniès

Le mas de Saint-Ginieis, à peu près au centre du plateau de Caderles, est situé sur le chemin muletier qui, partant de la route de Saint-Jean à La Salle, grimpait le long du ruisseau de la Fontanelle et abou-

(1) Voir Arch. Languedoc, C. 172. Dossier Lagarde.

tissai"! à Soudorgues, par le ool et la vallée des Bous- • jiicls. A une portée de fusil de la route, et la dominant,

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ce nias en était cependant assez éloigné pouir permettre d'éviter les surprises.

Il est bâti sur remplacement d'une ancienne chapelle consacrée à Saint-Ginieis, qui relevait du prieur de Sle- Croix-de-Gaderles. De cette origine, le mas conserve* encore de robustes stubstructions ainsi qu'une fenêtre llrifoliée et une grande porte gothique.

C'est là que vivait, en 1685. un fileur de soie nommé Claude Roussel. Très attaché à la religion protestante, il fut. dès la première heure, un grand retireur de prédicants. « Les voisines, jalouses, se plaignaient à Anne Baudoin que la femme de Roussel, par vanité, voulait toujours retirer et avoir les prédicants chez elle, alors qu'elle ne pouvait pas les y faiire subsister et qu'il fallu il lui aider pour •cela (1). » Dès 1689, son fils Jean •devient prédïcanl et débute par faire la prière à Pcyroiles. TI esl bientôl pris et meurt sur la roue à Montpellier, le 30 janvier 1601. L'autre fils, Claude. « coureur d'assemblées », est enrôlé de force comme cavalier, dans les troupes royales.

Vers le milieu de novembre 1600. un véritable synode, auquel assistaient tous les préddoants connus, fut tenu au mas de Saint-Ginieis. Il y avait Lajeunesse, les trois frères Plan, Grevou, Massai, Vivent. Laporte, Lapierre et Brousson, Seuls, ne sont pas cité-. Couderc et Colognac.

Bien que Fraissinet et Gênais, au mas de Capou, reçoivent, eux aussi, Brousson et d'autres prédicants,

(1) Ch. Bost, Loc. cit., I.

ceux-ci avaienl une préférence marquée pour le mas de S.aint-Ginied9. 11- trouvaient là, non seulement une maison .amie — il n'en manquai! pas à Gaderles, - mais une maison bien disposée pour leur permettre de disparaître, en cas de danger, dans une cachette introuvable el facile à défendre.

Après avoir franchi la vieille porte sculptée qui. jadis, constituai! l'entrée de l'a chapelle de Saint-Ginieis, le visiteur se trouve dan1- une étroite cour rectangulaire dont les trois autres côtés présentent, à gauche, le Tour: en lac»>. le- portes de deux écuries, el, à droite, la porte de La cuisine.

Celle-ci, Ire- longue, es! éclairée par uni- seule fenêtre percée dans le mur, dans lequel s'ouvre le grand ])(i:ii,ail. A droite, en entrant, une cheminée à linteau élevé : au fond, la porte d'une chambre. La largeur de •relie cuisine e-l diminuée, dan- le lond, par un escalier mon ta ni au premier étage. Au pied de cel escalier, el en lare la cheminée, se trouve une porte donnanl accès, par deux ou trois marches, dan- un appartement situé en contre-bas de la cuisine, éclairé par une toute petite lucarne. Dans l'angle, diagonalemenl opposée,une autre porte permel de descendre dan- une cave voûtée obscure, -iluee encore en eoulredia- de ce premier deharras.

Celui-ci e-l encombré de toutes sortes d'objets. A gauche de la porte de communication avec la cuisine, se trouve encore un grand coffre à bois toul vermoulu, qui seîrvail a renfermer les provisions de lard de la famille.

Il ne viendrai! jamais à l'idée de personne de déplacer ce lourd meuble, appuyé .an mur de la façon la plus innocente. et devant lequel on passe pour aller au coin opposé de l'appartement, trouver la porte de la cave. Cependant, si ou le déplace, on trouve derrière lui, au ras du sol, l'ouverture carrée d'un passage eu pente creusée a travers un mur épais d'environ un mètre cinquante. Celui-ci franchi, on tombe dans une vaste cave voûtée ayant environ 2 m. 50 de large sur 2 mètres de haut et 6 mètres de longueur, transformée aujourd'hui en poussier à châtaignes, par une communication établie avec la cave obscure ou clée à châtaignes. Cette sorte de crypte s'étend sous la cuisine et la chambre dm premier étage. iinmédi;ilrmcnl au-dessous de l'escalier.

("est là, sans doute, qu'à l'abri de toute intervention fâcheuse, les prédicants purent se réunir en aussi grand nombre. Plus heureuse que la grotte de Jean r.oiirdiiiier. au Serre, dans la même région, celle-ci ne l'ut jamais découverte. Malgré la mort de Jean Roussel et les souffrances endurées par sa famille, le secret de cel asile ne fui jamais trahi. Pendant la période camisarde, il dut servir aussi comme entrepôt de vivres et de munitions pour les révoltés, qui trouvèrent. comme les prédicants, de nombreux amis dans le vallon de Caderlcs.

3° Cachette des Mouzignets

A mi-chemin de Sainte-Croix et du Mas de Sainl- Ginieis, formant étape entre ces deux points, se trouve

le mas des Mouzignels aujourd'hui traversé par la nouvelle route. Une partie des maisons de ce m.as, situées au dessous de la route ont conservé le même aspect qu'au XVII* siècle. Portes étroites, petites fenêtres n'ont pas varié.

Dans l'écurie de rime de ces maisons, derrière un la? de litière, partait, nous a-t-on dit, un étroit passage permettant d'aboutir (huis une cavité creusée sous le terrain voisin. In pasteur, selon la tradition, s'y serait cache. Toul cela a disparu par le creusement d'une tranchée pour la roule. Nous ne le signalons donc que pour mémoire.

4° Cachette du mas du Mazel

l)u plateau <lr Sainte-Croix, marquant le point de dépari de la chaîne qui, par Vidourle, le sommet de Montvaillaml cl les bois de Maleratrgues el Thoiras, délimite, d'un côté la vallée de Caderles, se détache un chaînon secondaire entre le ruisseau de Vidourle cl relui de Sainte-( 'roix. Il plonge presque a pic vers ces deux mis-vaux par i\o< pentes très rapide- rouvertes de châtaigniers poussant au milieu des éboulis gréseux.

L'arête, lies étroite par endroits, s'élargit, à cinq ou six reprises!, en de petits replats ou plateaux succédant a des pentes très rapides, pour se terminer, enfin, en face du château de Montvail'lant, en un petit plateau nu peu plu-, large que les précédents, au hameau des Abéillères. La gorge du ruisseau descendu du col de Fonfrège esl bien fume do- plus sauvages do la pittoresque région de Caderle<.

Sur l'avant-dernier petit plateau, se trouve le mas du MazeJ, donl le chaînon porte le nom. Cette vieille ferme cévenole a l'aspect peu accueillant. Elle ne présente au visiteur descendu 'des hauteurs de Sainte-Croix, par un véritable chemin de chèvres, qu'une façade nue percée seulement de deux petites fenêtres grillées el de quelques lucarnes minuscules.

Si. abandonnant le sentier qui dévale vers le moulin de Montvaillant, on côtoie ce mur inhospitalier, on par-

vient enfin a trouver un passage, presque caché parun bâtiment isolé servant de grenier à loin. Par ce passage on pénètre dans une cour intérieure fermée sur trois côtés par les murs de la maison. Là. enfin se trouve la porte d'entrée. Celle-ci accède à un long cou-

loir médian mal éclairé. Il présente, à droite, la porte dune cuisine,à gauche, l'escalier du premier étage, ainsi que la porte d'une chambre. Au fond s'ouvre la porte d'une écurie. Celle-ci communique avec une com- extérieure dan- Laquelle se trouve le four. On peut atteindre, par là. le jardin el les terres environnantes. Tous les appartements du rez-de-chaussée sont voûtés el très mal éclairés. Les deux chambres situées à gauche du couloir n'ont qu'une seule ouverture sur celui-ci. Il faut traverser la première pour atteindre la plus éloignée.

Cette maison perdue sur la pente rapide de la montagne était, en 1685, la propriété d'une famille F,aïsse, composée des deux parents et dé quatre enfants, deux garçons el deux tilles. L'une de celles-ci, probablement l'aînée de la famille, était déjà mariée, à cette époque, avec un nommé Cabanis, à La Salle. L'autre, nommée Jeanne, habitait, avec ses parents, au Mazel.

L'aîné des garçons, Lierre, après avoir reçu une in» liuclion très complète, sous les leçons de son « cher maître el précepteur », Pierre Durant, instituteur à La Salle, était, à son tour, devenu précepteur, d'abord à Soudorgues, chez, les Guérin, puis au Pompidou, dans la famille de M. de Serrières.

Le second, qui ne nous esl connu que par la relation de son frère, portail le surnom de Laroche.

Dès La révocation, les membres de cette famille montrèrenl une très grande fermeté dans leurs convictions religieuses. Tandis que presque tous leurs concitoyens abjuraient, pour la [orme, ils se refusèrenl à se prêter, selon le terme de l'époque, à cette apostasie. Lierre

Faïsse, le plus instruit de sa famille, se prépara, dès Lors, à partir pour l'étranger. « Lorsque je vis », dit-il d'ans ses mémoires (1), « qu'il n'y avait point d'autre remède pour sauver son âme et sa religion, que de tout abandonner el prendre la fuite, je mis quelque petit ordre à mes affaires, je cachai mes papiers les plus précieux et les plus dangereux. « Quittant le Mas Aribal, il fit charger ses bardes et les apporter à Saint-Jean, chez le sieur Boisson. De là, il les envoya au Mazel, où sa mère, écrit-il, n'osa pas le recevoir dans la maison. Après avoir couru de Saint-Jean à la Faissole, près Peyrolles, il poussa une pointe jusqu'au Mas Barniejr, a Saint-Martial, pour dire adieu à son maître, Pierre Durant, qui s'y était réfugié. Il eut le regret de ne pas l'y trouver. Do là, en passant par Bouzons, où il vit une maison brûlée par les soldais, il vint se réfugier, quelques jours, à La Salle, chez -.a sœur Cabanis. L'asile t'tanl peu sur « j'allais », dit-il, « au Mazel, où je restay cache quelque temps, pendant lequel je travaillais à un dialogue suc le sujet de la nouvelle conversion et dans un second, à l'examen de toute la messe, aidé, que j'étais, par de bons livres. Mais, de tout cela, je n'en ai eu que la peine et un court plaisir, puisque ma sortie je laissai le tout et que, dans la suite, on a tout fait pourri]' sous la terre, en y ayant caché mes livres et mes papiers.' »

Ceci se passait en décembre 1685. Vers la tin janvier 1886, Pierre Caisse quitte sa cachette du Mazel et re-

(1) Bull. H. Prot. Fr., 1878, p. 451.

monte vers Barre pour boucher des créances. A La fin février, l'exécution, à La Salle, de Fr. Teissier, viguier de Durfort, el de Pouget, de Valestalière, jette le trouble dans l'âme de sa mère el de sa sœur Jeanne. Celles-ci n'ayant pas abjuré « s'allèrent /'réfugier .au château de M. de Vignolles, à Prades. Elles craignaient, p.arce qu'elles avaient été dans des assemblées de religion, qui étaient, Dieu merci, assez fréquentes, et, en particulier, à une faite au prè du Moulin de Montvaillant, à l'issue de laquelle l'on était venu déjeuner chez nous, et pour Laquelle Chabrol, rentier, des Abeil'lères, avait élé pris, et la femme du voisin Roque, meunier aussi, et notre rentier P. Maurin et sa femme, manques à être pris, et qui avaienl abandonné le nias du Mazel où ils demeuraient. »

Les deux femmes (reviennent cependant au Mazel, tandis que Pierre Faïsse, tenté un moment de devenir préddeant, erre dans toute la région sous le coup d'une condamnation capitale. Rejoint à Falguière, près St- Jean-du-Gard, par son frère Laroche << qui suivait les assemblées en Languedoc », ils viennent tous deux, le ^7 avril, à travers bois, pour coucher au Mazel et dire adieu en secret à leur mère, « à cause des soldats en cantonnemenl dans la contrée ». Ils retrouvent, caché dans la maison, leur ami, le prédicant Hocher, échappé d Wndiize où il avait été fiait prisonnier. Partant du Mazel le 5 juin, ils parviennent, après des péripéties nombreuses, à gagner Genève el de là le pays de Vaud. Pierre Faïsse reprit alors ses fonctions d'instituteur el fut nommé à ce litre dans La commune d'Ascm-.

Quelques mois après, en septembre 1686, encouragé par les appels de ses; frères, Jeanne Faïsse partit à son tour pour Genève. Moins heureuse que ceux-ci, elle fut arrêtée à la fin de son voyage et emprisonnée .avec ses compagnons pendant quinze mois à Belley et à Dijon. Relâchée après cette longue captivité, elle parvint enfin à Genève le 16 avril 1088 accompagnée d'un certain nombre de réfugiés des Cévennes, dont M. Portai, de St-Hippolyte, frère du pasteur de La Salle.

Le mas du Mazel fut donc un lieu d'asile non seulement pour -es propriétaires mais aussi pour leurs amis les prédicants. C'est peut-être la raison pour laquelle ceux-ci n'avaient pas craint de convoque)4 une assemblée qui l'ut très nombreuse, dans ses environs immédiats, au moulin de Montvaillanl. Le 19 janvier 1686, le prédicant Vivent, assisté de Pierre Durant, le régent de La Salle, déjà fugitif, y convoque une assemblée île près de 400 personnes el distribue la communion aux fidèles accourus de St-Jean, La Salle, Soudorgues et Peyrolles. Seule, la daine de Jonquière qui avait abjuré, ne put, malgré ses marques de repentance, fléchir la rigueur du prédicant qui lui refusa la coupe. Après l'assemblée, dit le récit de Pierre Faïsse, Vivent et les autres prédicants ou anciens étaient montés déjeuner au Mazel et s'y mettre à l'abri.

En effet, tout était organisé pour cela. En plus de sQ disposition particulière, le mas du Mazel possédait une cachette presque introuvable. Tandis que les autres pièce» de la maison avaient leur pavage grossier posé

sur le sol même, la deuxième chambre possédai! un -(m— sol ignoré. Dans le coin le plus obscur de cel appartement, se trouvai! une ouverture recouverte par une des dalles forma.nl le sol. Cette ouverture donnait dans une sorte de petil caveau voûté ayant 3 mètres de longueur, 2 mètres de largeur e1 1 m. GO de hauteur. Plusieurs personnes pouvaienl y tenir très à l'aise.

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Dans l'épaisseur du mur, du côté de la cour intérieure, à <• m. 50 du sol, se trouvait bâtie une marmite en terre donl l'ouverture dfu côté de la cachette était fermée par une pierre mobile teOemenl bien ajustée qu'elle ne lui découverte de nos jours que par hasard. Le fond

de cette marmite est percé. Il laisse apercevoir une sorte de petite cheminée ménagée dans toute l'épaisseur jusqu'à la hauteur du plafond de la chambre sus-j.acente. Ce conduit débouche à l'extérieur dans la cour à une hauteur de 3 mètres environ .au-dessus du sol. Etait-ce une simple orise d'air ou une cheminée miniature permettant aux habitants de la cachette soit de s'aérer quand la dalle d'entrée était replacée, soit de se chauffer sans crainte d'être surpris ? Nous l'ignorons, les deux suppositions peuvent également paraître vraisemblables.

Cette cachette, longtemps transformée en poussier à châtaignes est devenue maintenant une loge à cochons par l'éventrement d'une de ses parois. Malgré cette utilisation profane, elle est restée, comme la maison, telle qu'à l'époque de Pierre Caisse. Son sol renferme peut-être encore les papiers et les controverses que celui-ci lui avait confiés.

5° Cachette et grotte de Pages

L'étroite et profonde vallée qui part des hauteurs de Vidourle pour aboutir en .aval de Massiès au Gardon de St-Jean, est séparée d'un côté de la vallée plus étendue de Caderles par des sommets couverts de bois épais, de chênes verts, d'arbousiers et de téréhinthes. L'autre côté es! formé par les bois de Prades, Malérargues et Thoiras qui la séparent de la vallée de la Salindrenque.

Par sa situation isolée, celte vallée fut le centre stra-

légique de tous les mouvements camisards dans la région de La Salle el de St-Jean-du-Gard. Les nias de Laudernet, de Pages, de Gorniès servaienit de lieux de ravitaillement aux troupes de Rolland campées sur les hauteurs avoisinantes, en particulieir au Plan des Aires à mi-chemin die La Salle. C'est à Laudernet même que les consuls de St-Jean, ayanl à leur tête le sieur de Cissalière, allèrent, au nom du maréchal de Villars, parlementer avec Roland Laporte.

De celle vallée, on gagnait facilement soi! les hauteurs de Caderles, soit St-Jean, La Salle, Anduze ou Mialet même par de petits sentiers perdus dans les bois peu familiers aux troupes royales niais bien connus des partisans camisards originaires du pays. (Malgré cet isolemenl el la facilité pour les huguenots de se retirer dan- le- bois, nous trouvons encore une cachette dans cette région, ('"est celle de la maison Volpellièr actuellement à Pages.

(Vile habitation dans laquelle on pénètre au premier étage par un double escalier aboutissant à une terrasse extérieure, présente en premier lieu un couloir étroit fermé a ses deux extrémités par la porte d'entrée et la porte de la cuisdne. Celle première n'a pas de disposition spéciale ; elle est éclairée par une fenêtre donnani sur le chemin de ce petit hameau. A côte, s'ouvre la porte d'une chambre. Celle-ci communique avec une magnanerie ayant sur l'extérieur une entrée particulière.

Dan- le coin droit de La chambre se trouve un pla-

card pris dans l'épaisseur du mur de séparation avec la cuisine. C'est là que se trouve la cachette semblable en tous points à celle de Rolland au mas Soubeyran.

Le fond de ce placard esl en partie formé d'une planche mobile qui laisse à découvert une ouverture de 0 in. 60 x 0 m. 10. Au-dessous el pénétranl sous le plancher de la cuisine, se trouve une cavité de 1 m. 05 de long, 0 m. 70 de haut et 1 m. 50 de large dans laquelle deux personnes peuvent se tenir étendues cote à côte. Le tond de celte cachette est constitué par des débris de mortier mélangé- à du sable.

La similitude complète d • la cachette de Pages avec celle du Mas Soubeyran nous porte à croire qu'elles ont été établies à la même époque.

I railleurs, des assemblées furent tenues dans 1" voisinage immédiat, si L'on en croit la tradition du pays. Elles ciiivmI lieu dans une petite grotte située presqu'au sommet de la montagne, sut l'autre versant de laquelle se trouve le château die Monitvaillant. Les habitants de Pages voyadent de leurs maisons, lu nuit, la

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lueur des Ealots avec lesquels se dirigeaient dans ces lieux escarpés les habitants de Sic-Croix venus entendre te prédicateur. Dès les débuts de septembre L686, Bringuier el Jacques Soulier, de Monoblet, parcouraient cette région.

Apre- une longue ascension à travers les broussailles et les chênes verts poussant en toute liberté, nous arri-

vâmes enfin avec M. Ed. Hugues, aussi vaillant alpiniste malgré son âge, que dévoué conservateur du Musée du Désert, à découvrir celle grotte. Nous avions désespéré un moment, malgré nos guides, de la retrouver.

Derrière une touffe épaisse de chênes-verts, une excavation s'ouvrit tout à coup à nos pied-. C'était rentrée die la grotte. Celle-ci mesure environ 20 mètres de longueur sur 4 mètres de largeur dans sa partie la plus étendue. Sur la paroi gauche s'ouvrent deux excavations,l'une à 1 m. 50 du -ol. l'autre au même niveau que la grotte principale. La première ayant 1 mètre de large sur 2 mètres de hauteur, présente une profondeur de 'i mètres. La seconde, plus étroite, forme un boyau élargi par endroits qui se prolonge dans le sol. Elle communique .avec la première par une cheminée trop étroite pour donner passage. On ne peut pénétrer qu'à ir> ou 20 mètres de distance dans cette galerie, dont les parois couvertes de stalactites se rapprochent peu à peu.

Placé dan- l'ouverture n" I comme dans une chaire naturelle, le pasteur pouvail adresse] ses exhortations à un auditoire d'environ vingt personnes réunie- dans cet étroit espace. Jamais il n'a pu se tenir la une assemblée nombreuse. 11 esl probable que cette grotte ;i servi plutôt d'asile à des prédicants ou de magasin à des camisards. Lest 'habitants des ma- environnants venaient les y rejoindre, leur apporter de- vivres pendant la nuit, et écoulei' les exhortations que ceux-ci ne refusaient jamais à leurs concitoyens privés de services religieux.

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