‹ Les cachettes huguenotes aux environs de La Salle et dans les CévennesChapitre 6 sur 15 · CHAPITRE V Les environs immédiats de La Salle · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Les environs immédiats de La Salle

A La Salir même nous n'avons pas retrouvé de cachettes aussi bien organisées que dans les nias de la campagne environnante. La raison en est facile à comprendre. Aucun des proscrits prédicants, camisards ou pasteurs du Déseii ne se risquait à séjourner longtemps dan- celle ville où étaient casernées de nombreuses escouades de soldats. Celles-ci surveillaient étroitement les maisons connues pour retirer des individus suspects. Lorsque 1 un de ceux-ci était obligé de pénétrer en ville pour se ravitailler d'armes ou de vivres il venait pendant la nuil par le derrière des maisons. Cela l'ait, il reparlait rapidement se mettre à l'abri, un peu plus loin de celle zone dangereuse.

Ce n'esl que pendant les rares périodes d'accalmie dans les poursuites dirigées contre eux que les prédicants ou les pasteurs osèrent séjourner assez longtemps dan- notre village, Ils prenaient quand même de multiples précautions pour ne pas être connus.

Les protestants de La Salle allaient de préférence s'entretenir avec leur- pasteurs dan- les maisons voisines de l'agglomération. Celles-ci étaient organisées

non plus pour cacher mais pour faciliter la fuite rapide de ceux qui pouvaient être surpris à l'improviste. La maison de Jean Martin à Rieumal, le mas de Clarou, sonl de ce nombre.

1° Jean Martin de Rieumal et sa maison

Le mas de Rieumal. placé au-dessous du château de Cornélis, se dresse en face et à portée de fusil du prieuré situé de l'autre côté du ruisseau de Bosoallès, sur le mamelon ou Moule qui fui le berceau de La Salle. Un sentier remontai! ce rudslseau depuis le moulin et les tanneries de Peyreficade. Il reliait le mas de Rieumal d'un côté avec la conte de La Salle à St-Hiopolyte, de l'autre avec le quartier de la Monte, où il se terminait au chemin muletier montanl de La Salle à Ste-Croixde-( 'aderles.

Deux maisons constituaient le mas de Rieumal. La première, à Laquelle accédail le chemin, était habitée en 1685. par Jean Martin, cardeur à laine d'e son métier. L'étendoir de ses laines existe encore, visible soir la façade de la maison. Il vivait là avec sa femme Antoinette Ausset, ses entants el ses vieux parents. Jean Martin était un protestant fervent, un ami dévoué des prédicants. Converti plus que douteux, il avait été gratifié d'un dragon à loger. Cela ne lui empêchait pas, pendanl que celui-ci était de service, de faire coucher clans son lit le prédicanl Vivent, dans la nuit du 10 juillet 1091. Ami dévoué dé ce proscrit, il était un de ceux qui lui apportaient des vivres dan- les bois «les environs. A un

moment donné, il va même au Vigan chercher la poudre nécessaire à Vivent dans ses courses aventureuses. Très considéré parmi ses coreligionnaires, Jean Martin était un des avertisseurs d'assemblées, c'est-à-dire qu'il prévenail les protestants lasallois du lieu cl des heures auxquelles devaient avoir lieu ces réunion- pieuses. Lorsque Brousson voulul essayer de reconstituer l'église «le La Salle dans l'assemiblée dés Sognes, à Noël L690, Jean Martin lui choisi ave:' Pierre Aultan, le serrurier, Jean Soubeyran de Simonet, Grail, tailleur cl Pierre Rocher, banastier, pour remplir les fonctions d'ancien.

C'est chez, lui que Pierre Valdayron se loua comme valet de ferme, lorsqu'il vint de Valleraugue à La Salle ti pour travailler cl aller à de- assemblées sachanl qu'il y en avait beaucoup de ce côté ». Ces! du même mas de Rieumal, où il avail connu Vivent, que Valdayron le -ui\il comme accompagnateur sous le nom de guerre de Languedoc.

Exerçanl ses [onctions de diacre cl d'ancien, Jean Martin donna la coupe cl lil la quête dan- l'assistance à rassemblée des Sognes, tenue en L691. Recevant les lettres die l'étranger destinées à Vivent, il va les lui porter au mas de Rouville, près Sl-.lean, où celui-ci se retirait fréquemment. En août H)!)!, il eut l'honneur de recevoir Brousson pendant deux on trois jours. De plus en plu- compromis par ses relations avec les prédicants. Jean Martin est obligé de quitter le mas de Rieumal après l'arrestation cl l'interrogatoire d'Anne Baudoin, de Caderles, amie dévouée des prédicants. Avec

trois autres lasallois, Grail, tailleur, Massot fils et Lafont, il rejoint Vivant au nias de Rouville et partage dorénavant tous les dangers de cette vie errante. Il l'ut décrété de prise de corps le i janvier 1692 et condamné aux galères par contumace le 5 avril suivant.

Quand Vivent, trahi par son ancien accompagnateur Languedoc, lut tué par surprise dans la grotte de Carnoulés. Jean Martin faillit partager son sort. 11 ne dut la vie qu'à ee qu'il venait de quitter quelques heures auparavant cet endroit pour aller explorer un autre gîte plus sûr pour tons ses compagnons.

Jean Martin mena pendant quelque temps encore cette rude vie de proscrit. Il réussit cependant, croyonsnous, à se réfugier à ^étranger.

Si nous ne trouvons pas dans celle maison du nias de Hieunial une cachette aussi bien organisée que dans certaines mitres de Soudorgues ou de Ste-Croix, nous y rencontrons cependant un dispositif permettant à -es hôtes de fuir rapidement en cas de visite Inopportune.

L'entrée principale à laquelle on accède par cinq ou six marches, est située à l'opposé du chemin montant de Pevreticade. Elle se trouve dans un couloir de trois mètres de largeur maximum, délimité par la maison voisine à laquelle celle de Jean Marin est encore reliée par l'arceau gothique d'une vieille porte fermant jadis ce passage du côté du Nord-Est.

Les marches de l'escalier donnent accès dans une grande cuisine au plafond peu élevé, éclairée par une fenêtre basse divisée en deux par un croisillon de pierre.

Entre la porte d'entrée ei la grande cheminée s'ouvre, un peu en retrait, la porte d'une chambre Dan- celle-ci un placard creusé dans le mur cl fermé par des panneaux de bois, se trouve à c6té d'une deuxième chambre. Le fond de ce plaeard étail jadis mobile el recou-

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vrail une ouverture aujourd'hui condamnée d'environ o m. 50 x 0 m. •'!<>. Par ce trou, on pouvait descendre à travers La voûte épaisse, dans une écurie dont la porte ouvrail sur la prairie el sur le chemin. Ce passage existe encore.

iVndanl que les dragons faisaienl le tour de la maison pour atteindre la porte d'entrée, le prédicanl réfugié dan- la chambre se gliss-aii dans l'écurie par cet étroil passage. Cette écurie possédai! en outre une ouverture du côté de l'escalier de la porte d'entrée. (>n

pouvait par là entendre les dragons qui visitaient la maison et fuir par la porte soit vers le chemin du (•Midi; La Salle, soit vers la campagne et le château de Comélis. Ce n'était plus qu'un jeu ensuite d'atteindre la crête de la montagne et par là de gagner Calviac ou Ste-('roi\-de-Caderles.

2° Le Mas de Clarou

( 'oiironnnnl un mamelon qui domine de pins de 200 mètres la vallée de La Salle, dont il occupe à peu près le centre, le mas de Clarou possède devant lui un horizon très étendu. Du côté du Nord, La vue s'étend sur la vallée des Bousquets el les pentes du Brion. Au Nord-Ouesl et à l'Ouest, le col du Mercou, le plateau de Soiidorgues el la vallée de la Lironenque barrée par les hauteurs do Bouzons cl du Fageas se déroulent en un vaste panorama. Au Sud et au bas de ce mamelon verdoient les prairies de La Salle dominées par les hauteurs de Colognac el du Rédàrès. A l'Esl enfin l'horizon esl rétréci par les derniers contreforts de la chaîne de Sainte-Croix de Caderles et de Montvaillant. Par delà la plaine de Vabres se profile dans le lointain la chaîne de la Grande-Paillère.

Le mas de Clarou esl formé de deux maisons adossées l'une à l'autre comme pour mieux lutter contre les vents régnant en maîtres sur ce petil plateau. L'une d'entre elles, très ancienne comme construction, se compose de quatre anparlements el d'une cuisine. L'on-

verlure de celle-ci se trouve au Nord-Esl sur une petite terrasse pavée où commence l'escalier extérieur monl.anl aux greniers. De cette terrasse pari aussi un escalier de cinq à six marches aboutissant à une cour placée en contre-bas. C'esl sur celle-ci que s'ouvre la porte d'une écurie sous-jacente aux chambres et à la cuisine.

Dan- la cuisine, à gauche de La porte d'entrée, se trouve la porte de communication avec une chambre qui a une entrée particulière sur la terrasse (n° 2 du plan). Au tond de la cuisine, .autre porte pour une chambre (n° I) sans autre issue.

La chambre n° "J communique avec la cuisine à droite, avec la terrasse et avec une autre chambre exposée au Nord-Ouest (n° 3).

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Entre la porte de communication des chambres 2 et 3. et le mur de la cuisine, se trouve une petite porte étroite ressemblanl beaucoup plus à la porte d'un pla-

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card. Si on l'ouvre, on trouve, parla.nl du seuil, un étroit escalier de huit marches .aboutissant à l'écurie. Ces marches liés étroites dans le haut de l'escalier et assez élevées vont en s'élargissent dans le bas. Le tout est situé dans l'épaisseur de la voûte de l'écurie.

L'écurie, vaste pièce de ;8 mètres de long sur 4 m. 50 de largeur, a une hauteur sons voûte de 2 mètres 10. Elle est éclairée par une grande porte qui permet de communiquer avec une cour extérieure d'environ 2 mètres de largeur fermée par un mur de I m. 70 de haut. Du côté Est une grande porte permet par des escaliers extérieurs d'accéder soit au sentier qui monte de La Salle soit à la terrasse.

Sur la paroi nord'-ouest de l'écurie se trouve, dans le mur, une ouverture à demi bouchée aujourd'hui. Derrière celle-ci une cavité est creusée dans la terre sous la terrasse. Quand la cave était encombrée de tonneaux ou servait peut-être d'écurie, celle cavité peut avoir été utilisée connue cachette, tu usage autre ne paraît pas probable.

In individu surpris au premier étage pouvait par cet escalier intérieur gagner très rapidement l'écurie. De là, soit par la porte de la cour, -oit en sautant le mur de clôture, il pouvait disparaître dans la campagne sans .avoir appelé l'attention sur sa personne. Bien que la veuve Daumet, de Clarou, fut, en 1085, une fidèle amie des prédicants et ail donne asile aux frères Plan fuyant devant les dragon- de La Salle, nous n'avons pas de renseignements authentiques sur la présence de prédicants à Clarou. La disposition de cel escalier inté-

rieur nous ;i seul l'ail croire à la possibilité de la présence de proscrits au Mas de Clarou.

3° Cachettes de Ui Bouscarasse

Le ruisseau des Sognes partanl du roi de Vidourle d'un côté et des sommets de La Rou vey roi le de l'auli'c est limité à droite par la cime de Montvaillant, dont les pentes sonl couvertes de bois touffus d'arbousiers el de chênes verls. A gauche, un chaînon secondaire allant de la Rouveyrolle au château de Calviac oblige, par ses pentes rapides, la vieille route grimpant sur son arête à décrire de nombreux lacets brusques avant d'atteindre Sainte-( 'roix-de-( aderles.

Ce ruisseau, aux pentes très abruptes, au niveau des Sognes, voil sa vallée s'élargir en un cirque de terrasses au niveau Au Mas de la Bouscarasse. Il se termine, après Calviac, par un défilé étroit dominé, d'un côté, par les maisons du village, el, de l'autre, par le hameau de la Roque. Dans tes deux-tiers inférieurs de -on cours, il coule au milieu des granits effrités par les eaux tombées sur les calcaires de Montvaillant. 11 présente alors une combe profonde où ses mille replis disparaissent sons la verdure [\vs châtaigniers.

l'ai' la disposition du ruisseau coulant dans une gorge accidentée el surtout par la situation, entre La Salle. Calviac, Sainte-Croix et la vallée de Laudernet, d'où l'on atteignait facilement Saint-Jean, celle vallée lui un lien de réunion 1res fréquenté par les prédicants el les ( iamisards.

Vivent el Brousson la choisirent, à plusieurs reprises, en 1690, 1691 et 1002. pour tenir des assemblées devant des auditoires parfois supérieurs à un millier de personnes. Les lieux de réunion lurent tantôt au mas des Sognes, tantôt un peu au-dessus, à l'endroit où se détache actuellement le chemin de Vidourle, tantôt, enfin, à proximité du hameau de La Bouscarasse.

Mus tard, les Camisards et Roland, en particulier, fréquentèrent beaucoup les pentes du ruisseau des Sognes. C'est dans la vieille ferme fortifiée des Aires audessus de la tuilerie de Vivent et de la Bouscarasse que le chef camisard avait établi le camp d'où il surveillait les mouvements des dragons logés dans les garnisons voisines.

Cinq à six mas assez éloignés les uns des autres sont dispersés sur les pentes de cette sauvage vallée. A part le petit mas de la Clède, tous sont sur les pentes, exposées au soleil. Le premier, au-dessous du col de Fonfrège, le mas des Sognes ne présente rien de particulier. Démoli à cause des assemblées tenues dans son voisinage, il a été rebâti depuis. A droite, et .au-dessous du somme! de Montvaillant, se trouve la vieille maison d'Espéragazan, jadis demeure de fervents protestants, aujourd'hui inhabitée et à demi démolie. A l'est, enfin, du col de Vidourle, la vieille ferme des Aires commande le petit plateau qui, entre le sommet de Montvaillant et les premières crêtes de Prades, forme une cuvette allongée, col par lequel s'insinue le sentier allant de Calviac à Laudcrnct. Construction massive, cette ferme est. en outre, entourée, avec le petit champ

voisin, (l'un mur ('-(mis d'environ an mètre, percé seulement de deux passages. Ceux-ci pouvaient être obstrués par des troncs d'arbres glissés entre le- deux paroi- du mur. beaucoup |>1 ns large cl évidé dans ce but. Au dessous des Aires, on rencontre, en descendanl La vieille tuilerie abandonnée, appelée encore tuilerie de Vivent, du nom de son propriétaire, paient possible du prédit anl. Elle sert, actuellement, de bergerie à la terme dies Airets liasses, die construction moins ancienne.

Dans la partie la plus large cl la plus fertile de celle vallée, à mi-côte environ des Aires, le plus important des hameaux, celui de la Bouscarasse étale au soleii La longue façade de ses deux principales maison-, les seules habitées aujourd'hui. Jadis, ce petit hameau comptait jusqu'à cinq feux.

Ces deux maisons, maison Soulier et maison Conduzorgues actuelle sonï bâties à liane de coteau. Elles possèdent des caves sur la façade ensoleillée tandis qu'en arrière le premier étage repose sur le sol.

a Maison Conduzorgues

Dans cette habitation nous retrouvons le même genre de construction massive commun à tous les mas de nos région- construits en terrain calcaire. L'abondance des blocs de grès aux tonnes naturellement presque rectangulaires, favorisait le travail des maçon-. Elle leur permettait, à une époque où la main-d'œuvre était presque gratuite, de donner à leurs constructions des assises

inébranlables. Ils bâtissaient, a-l-on dit, pour l'éternité. Grâce an mauvais état d'entretien de cette maison, il est facile d'en étudier la solide construction. Tout le rez-de-chaussé est entaillé dans la montagne. Il est composé par des écuries à voûtes basses communiquant entre elles par des voûtes à plein cintre. Le premier étage, auquel on accède par un large escalier extérieur d'une dizaine de marches, est formé de plusieurs appartements communiquant entre eux. Ils avaient issue d'un 'Côté, sur la terrasse, à Laquelle aboutit l'escalier, et, de l'autre, par deux portes du côté de la montagne. Malgré son état actuel, cette habitation parait avoir été la plu- inuportairte du nui-, celle où vivait le propriétaire. La maison voisine était, somble-t-il, celle du ïrnninr, ou, en tous cas, celle d'un propriétaire moins riche.

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Toutes les écuries du rez-de-chaussée communiquent entre elles, sauf celle qui est située sous la cuisine. I >eux poiirs, l'une a l'ouest, l'autre au nord, leur servaient d'issues. Par un artifice de construction fréquent dans les mas cévenols et facilité par 1 épaisseur des murs, l'architecte laissa, au fond d'une des écuries, un espace qui peut passer inaperçu el dans lequel fut pratiquée une cachette. Actuellement, une porte établie à un moineiil que nous ignorons fait communiquer cette caehetle avec la première écurie du nord.

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En forme de voûte de four, cette cavité présente,

con • dimensions : 1 m. 30 de diamètre sur 1 m. 90 de

hauteur au centre. Elle prend jour, à l'extérieur, par une meurtrière de 0 m. 50 de haut sur 0 m. 10 de large, à peine visible, au ras du sol, sur la façade nord, (elle ouverture permettait de sjurveiller le vallon dans la dinvlioii nord-ouest vers le haut du ruisseau, ainsi que le chemin qui contourne la maison. De ce côté, il n'y avail pas de surprise à craindre, le ruisseau descendant du sommet de Monl\ aillant, qui passe à côté, présente au niveau du mas, une paroi à pie, à peine distante de cinq mètres de la maison.

A gauche idle la meurtrière, un trou, pratiqué dans dans la voûte, permettait de remonter, au premier étage, dans une chambre communiquant avec la cuisine et. avec un autre appartement, par lequel on atteignait facilement la campagne voisine et, de là, les bois touffus des pentes de MontvailLant et le col des Aires. Les chambres étaient, jadis, pavées de larges pierres plates dont l'une devait probablement être mobile et recouvrir l'ouverture de la cachette.

Dans un coin de cette cachette se trouvait un siège grossier [orme d'un bloc de grès dépassant te mur à l'intérieur.

h Maison Soulier

La maison Soulier actuelle es1 la première qui se présente au visiteur arrivant à la Bouscarasse, soit par le chemin muletier détaché de celui du col des Aires, soit par le sentier montant directement du tond du ruisseau à travers les terre-. Adossée à la maison Conduzorgues, elle présente au point de vue pratique un avantage considérable sur celle-ci : elle est entièrement modernisée. Au point de vue qui nous occupe, ce serait plutôt un inconvénient si l'on ne pouvait dans ses soussols la retrouver telle qu'elle était au XVIIe siècle.

Un passage, aujourd'hui recouvert, situé entre la clée à châtaignes et le corps du bâtiment principal servait jadis d'entrée principale et de dépôt pour le fumier de ferme. Il donnait accès par quelques escaliers dans une cour intérieure fermée du côté de la montagne par

un mur percé d'une porte. Sur cette cour, à droite, se Lrouvenl d'un côté les ouvertures de diverses écuries cl le four. De l'autre côté, une cave el des escaliers permettait! d'accéder à la cuisine et aux appartements siliiit'1- au premier étage de La façade Sud. Au rez dechaussée de celle-ci se trouvent les caves donl la porte est dans le passage.

Celles-ci sonl au nombre de trois. Elles &e commandent l'une l'autre.

La première, éclairée par une lucarne est construite parallèlement au passage. La seconde se trouve à angle droil sur la première. On y moulait par quelques marches'. Elle n'avail pas d'ouverture pour l'éclairer. Sur un de ses grands côtés, s'ouvre la porte de la troisième cave parallèle à la première. On y descendait par un escalier de trois inarches. Jadis obscure, elle est aujourd'hui très éclairée par une grande fenêtre percée dans le mur de façade de la maison.

Cette obscurité des deux caves profondes semble avoir facilité la création d'une cachette dans la dernière. Celle-ci. voûtée comime les deux autres, présente sur le côté droit un ('nonne contrefort bâti à pierres sèches. A un examen superficiel, celui-ci semble destiné à soutenir le mur contre lequel il archonte ses gros blocs calcaires. Il n'occupe cependant pas toute la paroi mais s'arrête à I m. 50 du mur voisin. La paroi libre présente une ouverture de l mètre de hauteur sur 0 m. 60 de largeur. Si l'on s'introduit par celle ouverture, on -c trouve dlans mie petite cavité ménagée dans l'épaisseur du contrefort. Elle l'orme une niche assez

large pour qu'un homme puisse s'y tenir facilement debout. Quelques fagots .appuyés contre celle paroi libre suffisaient pour en dissimuler complètement l'ouverture déjà difficile à trouver dans l'obscurité. C'est la cachette n° 1 du plan.

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Tl y a environ trente ans, le propriétaire de la maison Soulier voulant aérer la deuxième cave du rez-dechaussée, chercha à établir une communication entre celle-ci et la cave dont l'ouverture est sur la cour intérieure, au niveau du 1er étage. Croyant n'avoir qu'un mur de soutènement à percer, il s'arma d'un pic et descella, du côté de la cave supérieure, une grosse dalle située dans le mur. A sa grande stupéfaction, il se trouva en présence d'un double mur délimitant une cavité de 0 m. 60 de large sur 3 mètres de long et 2 m. 50 de hauteur sous voûte. Celte cachette, construite aux dépens de la cave supérieure suivant le même mode

que celui employé par Viala au Moina, avail été complètement oubliée grâce aux changements successifs de fermiers ou de propriétaires.

La présence de trois cachettes aussi rapprochées ne pouvait être que d'une grande utilité pour les prédicants. Elle nous donne peut-être la raison pour laquelle tant d'assemblées aussi importantes ont été tenues dans ce vallon situé à proximité de La Salle. En cas de surprime, les prédicants étaient certains d'avoir à la Bouscarasse dès refuges à peu près introuvables.

4° La Clède de la Pale

Au poinl exael où les deux routes de Monoblet et de St-Félix se foïi'denil en une seule qui, par St-Bonnei se dirige vers La Salle, au petit col de la Croix du Puech se détache un mamelon dont le sommet élargi porte le nom de La Pal'le. Ses pentes du côté nord délimitent le vallon de la Salindrenque depuis la gorge de la Frégère jusqu'à Prades. A l'est, le ruisseau de Fosscmale, descendu de Novis et de La Can, le sépare • le la vallée de Vabres. A l'ouest, les pentes de ce mamelon portent les différents mas de la petite commune de St-Bonnel : Le Puech, La Borie, Carrière, La Tuilerie, La Farel'le haute, La Farelle Basse.

Au-dessus de la gorge profonde, creusée par le ruisseau de Fossemalle sur la ligne de cassure, formée pai le contael du grand lasallois et (\r> calcaires de Vabres, un peu au-dessous du sommet du plateau se trouve une grande rlée à châtaignes, aujourd'hui presque démolie.

C'esit la Clèdc de la Pale, dépendance du mas de la Fareile basse. Elle fui maintes fois utilisée comme asile grâce à sa situation écartée des routes et à son accès difficile. On rapporte, à son sujet, dans le pays, l'histoire suivante : Un prédicant ou un pasteur, réfugié dans cette maison, dut son salut à la toile tissée par une araignée en travers de la porte, pendant son sommeil. Les dragons qui recherchaient les proscrits dans la campagne, passèrent grâce au travail nocturne de l'insecte, sans essayer d'entrer dans cette clée. La présence de la toile fut pour eux un certificat d'absence de tout individu à l'intérieur. Celle histoire ayant été racontée en maintes circonstances analogues, et dans tous les temps, nous ne la rapportons que sous toutes réserves. Il esl oepen-danl un l'ait authentique à citer. Vivent, au retour de l'assemblée de la Cam de Monoblet, le 29 octobre L691, se retira dans la Qède «le la Pale avec toute sa troupe. 11 repartit de là ensuite pour se réfugier au mas de Ko mille près St-Jean.

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