‹ Les cachettes huguenotes aux environs de La Salle et dans les CévennesChapitre 7 sur 15 · CHAPITRE VI Les cachettes de la vallée des Arnaud s · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Les cachettes de la vallée des Arnaud s

1° Au nuis des Arnauds

Le mas des Arnauds, situé dans Je tiers inférieur d'une longue vallée servant de déversoir aux eaux du petil plateau qui tut jadis le lac de Vabres, est constitué par une agglomération de cinq à six maisons appuyées les unes contre les autres, sur un chaînon détaché du sommet de La crête de Pailhènes.

Non loin de là se trouvent, la vieille demeure romane des Serrière «lu Bijournet, La Rode aux sources abondantes et T. aile dont le prieuré, jadis florissant, nous montre encore, dans sa cour intérieure, de belles arcade^ gothiques.

Le ruisseau des Arnauds se jette dans la Salindrenque en face Thoiras, à deux kilomètres du confluent de cette rivière, avec le Gardon de St-Jean au Pont de Salindres. En remontant son cours, on arrive à droite par le col du Marchand où le col de Ràne à St-Félix-de- Pailhères : par Vabres et le vallon de Novis à Monoblet. Cette vallée représente le plus court chemin pour de St-Jean du Gard atteindre Sauve, Durfort ou St-Hippo-

lyte par Monoblet. Jadis même, la roule monacale de La Salle a Andluze passait, par le plateau de \ "abres. Arrivée à St-Félix elle descendais dans la profonde vallée de l'Houme, passail au Monastié el à Tornac.

Situé à La lisière des bois épais de la grande Pailhère, peu éloigné de ceux de Thoiras el de Laudernet, refuges favoris des Camisards. le mas des Arnauds, à deux portées de fusil de la route royale, devait être une station de secours pour les proscrits huguenots. Une famille protestanle, les Blachère, dont les descendants habitent toujours ce mas, a vécu là pendant des siècles.

Dans celle vieille maison, les assises sont massives. Les murs du rez-de-chaussée atteignent une épaisseur de plus de deux mètres en certains endroits. C'est dans celte masse que sont creusées de très ingénieuses cachettes.

Le rez-de-chau^ée de la maison Blachère proprement dite, était composé d'une cuisine el de trois écuries voûtées, dont les entrées étaient jadis situées sous l'escalier extérieur du 1er étage. Actuellement, la direction de l'escalier a été changée, il ne reste de l'ancien qu'une terrasse.

[n cachette. -- A gauche, -nie- l'escalier, porte de la

cuisine à angle droit avec la porte de la première écurie. Dans cel'le-ci, dont la voûte basse est formée de gros blocs de lui, on ne remarquait rien de particulier sinon une très large crèche basse le long du coté droit. Il y a quelques années, le propriétaire actuel. M. Gâche, en démolissant celle crèche, rencontra sous son pic de

larges dalles calcaires placées dans le coin le plus obscur de l'écurie, près de la porte. Celles-ci enlevées, il

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se trouva en présence d'une excavation profonde de 1 ni. 50, large de 1 mètre et longue de 2 mètres. Celle-ci communiquait à travers un mur épais de 2 mètres avec la cuisine située à droite. Ce boyau assez Large pour laisser passer un homme en rampant, débouchait presqu'au niveau du sol de la cuisine. Il avait été muré, il y a si longtemps que le souvenir s'en était perdu dans la famille.

U" Cachette. --- En face l'entrée de cette première cachette se trouvait, dans l'énorme mur extérieur de la cuisine, une ouverture malheureusement transformée et agrandie aujourd'hui en porte de placard. Elle 'donnait entrée dans une véritable petite cellule de forme très irrégulière, large de 1 m. 50 dans sa plus grande dimension, pour finir presque à 0 m. 10 centim. à son extrémité la plus étroite. Celle cellule a environ deux mètres de hauteur. Entièrement prise dans l'épaisseur du mur. elle est éclairée par deux ouvertures très étroites, l'une sur la cuisine en lace la porte d'entrée, par laquelle on pouvait surveiller l'appartement. L'autre donnait sur l'extérieur et sur le chemin du mas. Son habitant pouvait, sans trop de désagréments, y rester enfermé beaucoup plus confortablement que dans la caehelle souterraine de la crèche.

IIIe Cachette. — Après avoir monté l'escalier du 1er étage, le visiteur entrait dans une sorte de vestibule donnant accès, à droite, dans la cuisine actuelle, à gauche, dans une magnanerie aujourd'hui transformée en chambres. Comme il occupe l'angle de la maison, on

pouvait, par les ouvertures do chaque façade, surveiller très facilement les alentours du mas.

Dan-- celle cuisine du premier étage, la cheminée esl au fond, en face la fenêtre qui s'ouvre sur l'escalier extérieur. Dans le coin droil do la cheminée se trouvait une sorte de placard a mi-hauteur du plafond et du sol. Le fond de ce placard, recouvert d'une simple pierre plaie, n'elail que le sommet d'une cheminée descendant dans l'épaisseur du mur. KHe aboutissait à une excavalion rectangulaire évidée dans la voûte de l'écurie sousjaienle. Deux hommes allongés peuvent s'y tenir à l'aise. Elle a des dimensions à peu près semblables à celles de la cachette de Rolland. Un trou, percé dans le fond, permettait de l'aérer par la voûte de l'écurie. Actuellement on y pénètre très facilement par une large trappe située à côté de la cheminée.

L'énorme épaisseur des murs de la maison Blachère el ses voûtes font remonter sa construction bien au delà de l'époque de L685. Par la forme de ses fenêtres, elle se rapporterait plutôt au XIVe siècle dont seraient alors contemporaines les cachettes que nous venons de décrire. Elles furent utilisées par les protestants, bien que nous manquions de renseignements certains à ce sujet. Il esl possible cependant que Vivent et ses neuf compagnons cites par Ch. l»osl (1) réfugiés dans les bois de Si-Félix après la fermeture de la baume île Rouville aient trouvé là un asile hospitalier.

D'ailleurs, non loin de la a 300 mètres, dans la combe

( I ) Ch. Bost, /-'»■. cit., I. p. 452.

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la plus voisine, se trouve une grotte spacieuse qui a servi, d'après les souvenirs des vieillards de la région, de magasin aux camisards. 11 s'y serait tenu, dit-on, des assemblées. Un auvent en tuiles avait même été construit dans une salle pour mettre, sans doute, à l'abri de l'eau, les provisions ramassées en cet endroit. Un peu plus bas et de l'autre côté de la vallée, sur La pente du Mont-Cervier, se trouve une autre grotte très spacieuse, appelée la Baoumo Queyrado. Son entrée aménagée de main d'homme pour la rendre moins visible, et les murs établis à son intérieur, sembleraient faire croire qu'elle a été utilisée comme abri ou comme demeure à cette période pendant laquelle les bois des Cévennes renfermaient tant de fugitifs, dont certains y errèrent <,\c> années entières. C'est là que plus tard, en L851, les républicains de la région venaient préparer la poudre nécessaire dans la lutte qu'ils se proposaient de soutenir contre l'auteur du coup d'état du 2 décembre.

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