Mas <h' Pascalou
Aux limites des communes de Fressac et de Monoblet, sur la pente d'un mamelon détaché de la chaîne qui part du plateau dTnas et se dirige vers Si-Félix de Pailhères, un petit groupe d'habitation- à demi démolies cous-
litue le mas de Pascalou. Adossé à la colline, il étale au soleil brûlant, parmi les thyms et les bruyères, les restes de -es vieilles constructions. En face de lui l'horizon esl barré par la montagne de Fressac. Il selargit à droite sur le mas de la Lèque, la plaine de Fressac et Durfort dans le lointain ; à gauche, sur la gorge profonde par laquelle le ruisseau de Crespenon atteint les Montèzes et la plaine de Sauve.
Eloigné de toute route carrossable, presque perdu au milieu des bois, le nias de Pascalou fut, pour les prédicants, une sorte de quartier général d'où ils évoluaient dans toute la région, soit vers la plaine de la Vaunage, soil vers les montagnes cévenoles voisines. Deux famille- protestantes également, dévouées, les Combe et îles Faucher, riaient toujours prêtes à leur donner asile et à transmettre leurs messages par l'intermédiaire de leurs parents. Une fille de ila veuve Faucher avait épousé près de La Salle, au mas de Claveyrolles, un nommé Puech, fils du dévoué protestant qui fut envoyé aux galères pour crime d'assemblées et pour avoir retiré des prédisants.
Moins ferme dans ses convictions et pour se faire
-parti ter un tel père, le gendre de la veuve Faucher
devinl l'agenl secret de son propriétaire M. des Vignolles, maire de La Salle. 11 chercha en vain, à plusieurs reprises, à livrer les prédicants. (Vux-ci surent heureusement déjouer ses projets sans cesser de se rendre au mas de Pascalou. Vivent en particulier fut un des habitue- de cette hospitalière maison. En 1091 il s'y ren-
contre accompagné de Pierre Vaildayron, avec Etienne et Paul Plan, Laporte et St-Paul, autres prédicants. C'est là encore qu'en août et septembre il a une entrevue avec un nommé Flavier du Vigan, qui devait lui fournir une grosse quantité de poudre.
Après sa mort, dans la grotte de Carnoulès, le 19 février 1692, Gavanon et Lavérune s'enfuirent après avoir échappé par hasard au même sort. « Une marche éperdue » dit Ch. Bost « les mena jusqu'à Monoblet, sous les chênes verts du mas de Pascalou, où la famille Combes depuis six ans faisait métier de recevoir les fugitifs " (1). « La mère lil d'abord monter à cheval un de ses garçons pour aller a Anduze, savoir ce qui se passerait. Mais il n'y fut pas plus tôt arrivé qu'il apprit, par des personnes bien intentionnées... la triste nouvelle de la mort de M. Vivent. »
En septembre suivant, après la surprise de rassemblée de la Caim de Monoblet, le fils Puech de Claveyrolles qui l'avait dénoncée, fut chargé, par M. des Vignolles, de lu! trouver des prédicants. Sachant que sa bellemère, la veuve Faucher, en recevait, beaucoup, il se nendil a Pascalou. La Rouvière, Gavanon échappés miraculeusement quelques jours avant du fort de St-Hippolyte et Villeneuve de Mandiargues», étaient heureusement partis depuis une heure. Le fils Puech ne trouva que les icsles de leur repas dont il dut se contenter.
Bien que le mas de Pascalou fut par son isolement presque à l'abri d'une surprise des dragons, il n'en con-
(1) Ch. Bost, Loc. »if., II, p. 13.
lenail pas moins une cachette, au service des proscrits aussi souvent ses hôtes.
Le chemin arrivant au mas de Pascadou s'insinue entre les maisons adossées l'une à l'autre et la montagne qui a été taillée pour lui donner passage. La partie des constructions joignant le chemin, se trouve au niveau du sol tandis que la partie regardant la vallée a, audessous d'elle, des caves et des écuries.
Des deux maisons actuelles, l'une seule nous intéresse, c'est celle (pie l'on rencontre au premier lieu. Elle se compose de plusieurs appartements. La porte principale mu- le chemin ouvre directement sur une cuisine restée de nos jours dans le même état qu'à l'époque où le- prédicants venaient s'y restaurer.
Cette cuisine, dont la fenêtre exposée au midi permet de surveiller la vallée de Fressac, a encore, sur une de ses parois, le vieux vaisselier 'Cévenol à côté du large évier ménagé dans l'épaisseur du mur (1). A droite de l'entrée se trouve la porte d'une chambre, la plus belle de la maison, dont les deux fenêtres surveillent le senlier el le côté d'Unas. Au fond de la cuisine près de la fenêtre, autre porte donnant accès dans une chambre, éclairée du côté de la cour siluée en contre-bas.
A gauche de la porlc d'entrée, vaste cheminée dont le
(1) L'hospitalité ancienne seule a disparu. Nous ne pûmes jamais. avec Mm • Rigal, femme de notre ami Le pasteur de Monoblet, faire comprendre an propriétaire le but de notre visite. Grâce à l'aide du voisin plus complaisant, nous arrivâmes à nos fins. Après avoir extrait 0 m. 50 <!<■ crottes <!<> Lapine, nous parvimmee à soulever la dalle de la cachette, tandis que le brav< vieillard se répandait en Lajneofba contre un gouvernement (!) aux idées si baroques.
loyer est presque au niveau du sol, pavé de larges dalles bleues, extraites dans le voisinage. Sur la paroi est de la cuisine, à ipeu près en son milieu, se trouve la porte donnant accès à un palier obscur duquel part un escalier très raide et tournant qui descend à la cave du sous-sol. Celle-ci aboutit par une grande porte sur la cour à fumier entourée d'un mur. On peut par là gagner facilement les terres situées au-dessous de la maison.
Dans cet espace obscur et au-dessus d'une partie de l'escalier, se trouve le grenier à blé, très étroit et très profond, pouvant au besoin permettre de se cacher en cas de surprise trop rapide. Une porte sur le paJier, aujourd'hui condamnée, permet d'entrer dans un petit appartement servant de passage entre la cuisine et l'écurie du premier étage.
Ce passage avait nue entrée particulière sur la cuisine, au coin même de la cheminée par une porte étroite
Sur l'autre paroi se trouvait une troisième ouverture donnant accès dans l'écurie qui elle communiquait librement avec le chemin du nuis.
I n tel luxe de portes dans un passage de 3 mètres de long sur à peine 2 mètres de largeur, encombré dc,^ harnais du chevaJ et de divers instruments agricoles, faisait de lui le point central de la maison. (Iràce à ce passage et à ses trois portes on pouvait circuler dans la maison sans être vu de la cuisine.
Pour plus de précaution encore, devant la porte donnant dans l'écurie, se trouvait une dalle pareille à toute- celle- qui pavaient le sol. mais mobile. Si on la soulevail on se trouvait en présence d'une ouverture de (i m. 50 x 0 m. 50.
Au-dessous s'étend une cavité de 1 m. de largeur sur .'> mètres de long et 1 ni. 80 de profondeur, dans laquelle plusieurs personnes peuvent se tenir. Creusée dans le so'l, celte cavité, dont les murs sont bâtis au mortier, esl très sèche. Sa voûte forme le sol du passage et supporte le- grosses dadles dont nous avons déjà parlé. Nous avons constaté, par expérience, que le sondage de ces dalles par le pic. ne donne aucun indice sur la présence de la cachette. Il est très difficile de retrouver la dalle mobile parmi celles qui couvrent le soi.
Les prédicants ayant été des hôtes très fréquents de cette maison, il est probable que la cachette fut utilisée par eux. Plus encore que la situation isolée du mas de Pasealou et que la disposition intérieure de la maison. cette cachette si bien dissimulée donne peut-être la raison pour laquelle les prédicants en furent si souvent les hôtes.
2° Le mas d'Unas
A environ deux kilomètres de Monoblet, le mas d'Unas est situé sur un polit plateau de la montagne séparant Monoblel de Fressac. On y parvient en montant de Pascalou par un sentier qui serpente à travers les sagnèdes, origine de mille petites sources allant se perdre au fond de la vallée dans le ruisseau de Crespenou.
Dès que l'on arrive sur le plateau d'Unas, la vue, bornée au nord par la montagne de la Barthe, s'étend à -l'ouest sur toute la vallée de Monoblet. Derrière les sommets jumeaux de St-Chaman, apparaît, dans le lointain, la cime escarpée de la Fage. A l'est le col étroit par lequel passe la route, donne issue vers la vallée de St-Félix de Pailhèrc^ et les pentes du bois de Bâne. Au sud et barrant l'horizon, la silhouette altière du vieux château de Fressac semble encore, du haut de son pic abrupt, surveiller toute cette région, pour l'évêque de Montpellier, jadis son seigneur et celui de Sauve.
Mas très ancien où l'on retrouverait certainement les substructions romaines fréquentes dans la vallée voisine de St-Félix, Unas ne présente, au visiteur arrivant du côté de Monoblel, qu'un long mur d'aspect rébar-
batif. Destiné à mettre la maison à l'abri <lu ven! du nord il ne présente, comme ouvertures, que sa porte charretière et quelques meurtrières étroites. Derrière ce mur, et adossées parfois à lui, se trouvent les diverses habitations dont nous n'étudierons que la principale : maison Vidal actuelle.
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Le portai] du mur d'enceinte franchi, on se trouve dans une cour intérieure n'ayant qu'une autre ouverture du côté de la pente sud. Dans cette cour, à droite,
les bâtiments principaux au-devant desquels se trouve une terrasse surélevée et quelques escailiers.
La porte d'entrée de la maison Vidal est située sur cette terrasse. Elle donne dans une longue cuisine éclairée par une fenêtre étroite placée tout au fond, à côté de la cheminée qui occupe tout le panneau. Près de la porte, un escalier tournant permet, à gauche, d'accéder à l'étage supérieur. Sur Je même côté, au fond, près de la cheminée, porte donnant accès par des degrés dans un appartement obscur d'où l'on remonte dans une cave située exactement au centre des bâtiments du mas.
Le premier étage est constitué par dos chambres communiquant entre elles cl avec un couloir central.
Comme toutes les fermes de cette région calcaire où l'on cultivait jadis les céréales aujourd'hui détrônées par la vigne, la maison Vidal possédait un grand grenier à blé. On entend sous ce nom un appartement plus ou moins vaste, divisé en compartiments de hauteur d'homme, dans lesquels on verrait le produit des récoltes. Un couloir permettait d'arriver à eux et d'y puiser au fur et à mesure des besoins. Aujourd'hui la disposition est inverse, les casiers onl pris la place du couloir.
Le troisième des anciens casiers, aujourd'hui sol du couloir, présentait un fond mobile formé par une grande trappe. Celle-ci permettait, grâce a une échelle, de descendre dans une profonde cavité prise au centre du bâtiment sur des caves ou écuries dont la séparaient des murs très épais. Le caveau, aujourd'hui réserve de l'excellent vin blanc d'Unas, présente une longueur de
3 m. 50 sur I m. 50 de large et 2 mètres de haut. Il constitue un véritable petit appartement.
En cas de surprise le- prédicants ou les pasteurs du déserl soulevaienl la trappe sur laquelle ou versait cnsuite <lu casier voisin quelques pelletées de bile ou d'avoine. Le- dragons pouvaient plonger leurs armes dans les casiers sans se méfier de la présence (l'une trappe.
Il- allèrent certainement souvent rendre visite au mas d'Unas qui lui toujours une maison huguenote des plus hospitalières. « Les prédicants » nous dit le dossier de l'assemblée de la Cam - y étaient presque toujours. » En 1691 il- y passèrent souvent en allant ou en venant de Pascalou. L'année suivante, Dauphiné et son compagnon Laverdure (Massai ?) viennent s'y réfugier. Les habitants d'1 nas et de Pascalou fournissaient souvent, nous disent les interrogatoires, de la viande et des vivres à Massai quand il était dans la région.
Il en lui de même pendant la période camisarde. Cent ans après le- pasteurs du désert trouvaient auprès de la famille Vidal] d'Unas le même accueil dévoué qu'avaienl reçu leurs prédécesseurs de la famille Olivier. Le 20 septembre L751, le pasteur Jean G-al Pomaret y bénissait le mariage de Jean Vidal fils d'autre et de Marguerite Olivier, avec Catherine Rouquette. Quelque temps âpre-; le h février 1754, le pasteur Etienne Teissier, qui devait ('Ire pris au mas de Novis el pendu, baptisait le fils issu de l'union bénie par Jean Gai « en présence d'un grand nombre de personnes >. Ce l'ut, sans doute, après une assemblée qu'il venait (le tenir dans la mai-
son et ce, au moment où la persécution redoublait contre les protestants.
3° Le mas du Bruguier
Ce nias est situé dans la vallée de Si-Félix, presque au point de rencontre du ruisseau .descendant du col d'Unas el de celui de Crespenon, dévalant du col de la Cam de Monoblet par la gorge sauvage des Sagnèdes. Dominé par le sommet' de la Barthe, dont les pentes abruptes descendent presque à pic jusqu'au ravin, ce mas, habité par la famille Lacombe, fut aussi une balle favorite des prédicants. Vivent, Yaldayron, Laporte, les frères Plan cl Jean, Masbernard, s'y arrêtèrent en 1691 en revenant de Pascalou. La fille Bastide donna même, à Yaldayron. un ruban pour attacher ses cheveux (pie celui-ci portait Longs selon In mode de l'époque.
Dans la maison Lacombe existait jadis une cachette. Bile était, nous a-t-on rapporté, située près de la cheminée de la cuisine. Des remaniements déjà anciens boni l'ail disparaître. Nous ne la citons que pour en conserver le souvenir.
'i" Grottes du Serre de la Gazelle
Bien que le plan général de notre travail n'englobe pas l'élude détaillée des cachettes naturelles ayant servi d'asile aux prédicants el à leurs successeurs, il en est cependant certaines, dans notre région, (pie l'on ne peut passer sous silence sans s'exposer au reproche d'être incomplet. Par leur situation voisine des lieux d'assemblée, elles assurèrent, à ceux qui les avaient convoquées,
des asiles forl utiles, ("est le cas de la Grotte «lu Serre de la Gazelle.
Le Serre de la Cazelle, situe à cent mètres du mas de la Cam île Monoblet, domine, d'un côté, le vallal de Fossemale et, de l'autre, La vallée de St-Félix-de- Pailhères. Se rattachant, à l'ouest, par le col de La Casm, à la chaîne qui s'étend jusqu'au col du Red'arès, entre Paillés el Novis, il se continue, à l'est, jusqu'au col de Bâne, par des sommets d'altitude inégale, qui dominenl les vieux mas de Contre, de Massane, de fournie, etc.
Du sommet, donl l'altitude atteinl à peine 450 mè- Lres, la vue embrasse tout l'horizon, fermé de l'est a l'ouest, par les sommets de T'hoiras, les contreforts du Brion et In chaîne tout entière du Liron. Soudorgues, le- pentes de Sainte-Croix, la vallée de La Salle, celle des Sognes, de Calviac et de Prades s'étalenl devant les yeux de l'observateur. A gauche, Falguerollc, Lascours et les vallons de la chaîne de Coul'ègne. Du côte sud, c'esl toute la vallée de Saint-Félix et, par-dessus <es collines, les premières ondulations de la plaine du Gardon.
De par celle situation, que permettait de surveiller un secteur aussi étendu, le Serre de la Cazelle et le mas voisin de la Cam turent, à plusieurs reprises choisi^ pour tenir <\c> assemblées.
Le 2] octobre 1691, le- prôdicants Cajeunessc. La- Itrir. Dauphiné, Gavanoh, Ducros et les frères Plan convoquèrenl la première. Huit jours après, Vivenl et Lapierre en réunissent une seconde, - -mu- le grand
chêne auprès de la maison ». Le propriétaire du mas nommé Calions, soucieux, sans doute, des ennuis que lui attirait un pareil voisinage, refusa d'y assister. Les auditeurs, peu respectueux d'e la liberté, l'y entraînèrent de force.
L'année suivante, en août, Dauphiné et Lajeunesse, profitant d'une accalmie dans les poursuites dirigées contre eux, réunissent, pour la troisième lois, auprès du Mas de la Cam, de nombreux auditeurs venu- de La Salle, Mono-blet. Durforl et Saint-Hippolyte. De nombreuses communions curent lieu, et l'assemblée se retira sans encombres.
11 n'en fut pas de même, quelques jours après, le 12 septembre. Au milieu du sermon, des avertisseur:» vinrent prévenir que les dragons arrivaient du côté de La Salle et de celui de Monoblet pour prendre rassemblée entre deux feux. Les auditeurs s'eniuirenl dans toutes les directions, a travers la montagne. Certains, comme la fille Pierrejcan, de Colognac, se perdirent dan- les bois cl lurent recueillis par les dragons, in procès considérable en résulta, par lequel de nombreux nouveaux convertis fuient envoyés aux prisons et aux galères.
Le nom de Combe de Roland, donné encore à l'étroit vallon qui, du Serre de la Ca/.elle aboutit au mas de Contre, dans la vallée de Saint-Félix, nous prouve que là, comme en beaucoup d'autres endroits, les Camisards tinrent leurs assemblées et cherchèrenl des refuges dans les mêmes lieux que les prédicants.
Presque au sommet du Serre de la Cazelle, à deux
cents mètres du mas de la Cam, sur la pente nord, s'ouvre, entre deux touffes de chêne, un trou juste sul fisanl pour permettre le passage d'un homme. C'esi rentrée de hi petite grotte dans laquelle, suivant la tradition, se cachaient les proscrits. A peine suffisante pour contenir quatre personnes, celle cavité se termine par une étroite galerie en penle, dont la largeur diminue de plus en plus. L'entrée de la grotte, facile à dissimuler par un buisson ou un bine de pierre, passe inaperçue de ceux même qui la connaissent. Elle dut constituer un abri très précieux a quelques pas à peine du lieu des assemblées.
D'après des renseignements recueillis par nous, une autre grotte du même genre se trouverait un peu plus bas, dans la Combe de Rolland, et aurait servi au même usage <pie celle du Serre de la Gazelle.
5° Cachette de Palliés
Le vieux chemin muletier qui se détachait, à Valestalière, de la roule de Saint llippolytc à La Salle, parlait exactement en lace la ferme du Berquet, habitée, en L685, par les Au/ilhon, grands retireurs de prédicants. Elle montait ensuite rapidement à travers la ecrclière de Ma/et jusqu'au col de- plàlnere- de l'aille-. Laissanl ce hameau un peu à gauche, elle redescendait brusquemenl dans un ravin profond pour se relever au ma- du < reniùil et, de là, atteindre Monoblel.
Adossé à la montagne qui le sépare du mas de No- \i-, le hameau de l'alliés était relié, d'un côté, à ce
chemin muletier et, de l'autre, au col du Rédarès, par un petit sentier Lrès étroit. Composé d'environ dix maisons, aujourd'hui pour la plupart inhabitées, il avait une population plus nombreuse .au moment de l'exploitation de ses énormes bancs de plâtre. Il est situé à mi-chemin de Monoblet et de la vallée de Valestalière qu'il domine tout entière. De là on pouvait atteindre rapidement les mas de la Blaquière, des Fourniels et la vallée de Cros. Par le col du Rédarès, Colognac et la haute vallée die La Salle, étaient, tout à fait à portée.
Les prédicanls connaissaient tous ces avantages d'un village suffisamment éloigné des grands centres pour n'avoir rien à en redouter et, cependant, avec lesquels il pouvait communiquer. Au^si est-ce là que, le 15 août 1715, les derniers d'entr'eux échappés aux poursuites, se réunirent au nombre de sept dans un premier synode du Désert. C'est de celle réunion que date la reconstitution de l'église protestante en France.
Le choix de la plâtrière de l'allies, pour une telle réunion, nous avait tait pressentir la présence d'une cachette dans le hameau. An- prédicants étaient gens trop avisés pour ne pas avoir pris un asile sur en cas de surprise. Malgré m»-* recherches, nous allions repartir de Palliés sans aucun résultat, quand un bon vieux, mis au courant, nous dit : C'est la cachette de Lai'age que vous cherchez ? Suivez-moi, je vais vous la montrer. J'ai entendu dire aux anciens, ajoula-t-il, que Latage, le pasteur, s'étail caché là pendanl trois mois. Il n'en sortit tpie pour aller se l'aire prendre a Novis ».
Cette cachette est située dans une vieille maison, à la
porte de laquelle on accède par un long couloir obscur. < > 1 1 aboutit ainsi à La cuisine. Celle-ci n'a, pour toul éclairage, <|ii<' la lumière parcimonieusemenl donnée par une fenêtre grillée de 0 m. 15x0 m. 50, qui prend jour sur le chemin du hameau, encaissé, à cet endroit, entre la maison et les terres adjacentes. Au fond de la cuisine, se trouve un cellier très obscur, à l'extrémité duquel était creusée la cachette. On y pénétrait en soulc\;iiil une dalle mobile. Aujourd'hui, une ouverture,
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cachette
pratiquée dans la paroi du côté de la cuisine de la maison voisine, permel d'entrer plus facilement dans cette cachette, donl l'ouverture supérieure a été bâtie.
Sa forme est semblable à celle de La cachette -dure dans la maison Conduzorgues, à la Bouscarasse. C'esl
une cavité semi-circulaire en forme de voûte de four. Ses dimensions sont I m. 30 de hauteur sur 1 m. 50 de diamètre à La base. Privée d'aération, elle ne devait pas être très agréable pour son habitant, qui ne s'y retirait, sans doute, qu'en cas d'alerte.
G° Au Mas de Novis
Foyer d'origine d'une des familles les plus huguenotes de la région de Monoblet et de La Salle, le mas de Novis avait donné, dr± les débuts de la persécution, une victime au martyrologe protestant. Guillaume Novis, pris, en 1686, taisant sentinelle a l'assemblée de la Fage, fut pendu à Sainl-IIippolyte-du-Fort, bien qu'il n'eût que dix-neuf ans.
Soixante-huit ans après, en août 1754, le pasteur du désert, Teissier, dit Lafage, venu sans doute de sa cachette voisine de Palliés, tut livré par un traître et surpris par les dragon-, dans la terme de Novis. Pris à l'improviste, il n'eut pas le temps de se réfugier dans ta cachette de la maison. Blessé d'un coup de feu sur le toit, où il s'était réfugié, Teissier fut transféré à Alais avec ses hôtes et pendu, quelques jours, après à Montpellier. La tradition pieusement conservée dans la famille Novis, rapporte que la femme Novis, passant à Monoblet entre les dragons, recul, d'une catholique charitable, la femme Portalier, quelques mouchoirs de poche pour langer le bébé qu'elle allaitait. Elle fut conduite à la Tour de Constance et son bébé marqué à
l'épaule (?). Son mari, Jacques Novis, fui envoyé aux galères et La maison rasée jusqu'aux fondements. Il en coûtail encore cher, près de cenl ans après la Révocation, de donner asdle à un pasteur !
La maison ayanl été rasée el rebâtie depuis, nous ne pouvons parler de cette cache-tte que par ouï dire et par le souvenir de cette tragique affaire, restée vivace dans la mémoire des descendants de ces dévoués protestants. Elle était creusée dans une écurie et recouverte par une dalle sur laquelle «ni étendait du fumier.