‹ Les Cafés politiques et littéraires de ParisChapitre 12 sur 44 · LE CAFÉ PROCOPE · texte numérisé non relu

LE CAFÉ PROCOPE

et établissement, qui a joui pendant de longues années d'une grande célébrité, vient de fermer. Le café Procope, où se sont réunis les écrivains £3 d illustres des xvne cl xvuic siècles, ne sera bientôt plus qu'un souvenir.

Lorsque l'art de l'imprimerie, nouvellement inventé et appliqué d'abord à la multiplication des textes sacrés, eut enfin largement répandu les textes antiques, les chroniques, les cosmographies et les astrologies, une sorte de fraternité fut créée entre les gens de l'art nouveau , savants et imprimeurs. Les hommes de lettres (nous pouvons déjà leur donner ce nom) ne tardèrent point à se connaître, à se réunir dans des lieux publics où ils pouvaient causer tout à leur aise sur tous les sujets que leur suggérait leur active imagination. L'imagination fut toujours leur faculté maîtresse. En se réunissant au cabaret, ils ne faisaient d'ailleurs que suivre la tradition des vieux poètes. Villon, bon

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folastre, hantait la taverne, et s'il fit une ballade contre les taverniers, ce fut contre les taverniers qui brouillent nostre vin.

Au reste, nous ne voulons pas remonter plus haut que le xvnc siècle. En ce siècle qui ne fut pas toujours solennel, les écrivains les plus illustres avaient les mêmes habitudes que Saint Amand, qu'on voyait, selon le vers pittoresque de Boileau,

Cliarbonner de ses vers les murs d'un cabaret.

Ils se donnaient rendez-vous rue de laJuiverie. au cabaret de la Pomme de Pin. Dans cette rue située tout près de Notre-Dame était l'église paroissiale de Sainte-Magdeleine qui, bâtie par les Juifs pour les cérémonies de leur culte, avait été en 11K3, après leur expulsion, transformée en temple catholique. Sous te règne de Louis XIV on agrandit l'ancienne synagogue, les paroisses de Saintc-Geneviève-des-Ardents, de Saint-Christophe, de Saint-Leu et Saint-Gilles furent supprimées et réunies à Sainte-Magdeleine. Les hommes de lettres professaient-ils pour cette sainte un culte particulier ou étaient-ils attirés à la Pomme de Pin par la qualité des consommations? C'est un détail qu'ils ont négligé de nous donner.

Le Mouton blanc, sur la place du cimetière Saint-Jean, était fort bien fréquenté ; c'est là que s'assemblaient Molière, Boileau et Racine et quelques gens de cour. Car ces trois poètes étaient du parti de la COnr et fort goûtés de Louis XIV

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qui, on le voit, ne choisissait pas mal ses amis. C'est au Mouton blanc que Racine avec Furetière raillait cruellement la perruque de Chapelain. C'est du Mouton blanc que sortirent les Plaideurs.

Au xvme siècle un cabaretier nommé Landelle ouvrit un établissement au carrefour Buci et compta parmi ses clients Crébillon, Gresset et beaucoup d'autres littérateurs. Dans la rue de Buci se trouvait le Théâtre-Illustre, où débuta Molière. A quelques pas, dans la rue des Fossés- Saint-Germain-des-Prés, devenue rue de la Comédie1, lorsqu'en 1688 les comédiens français vinrent s'y établir, le café Procope eut bientôt une célébrité européenne.

Ce fut dans cet établissement que les Parisiens prirent pour la première fois des glaces, aussi se passionnèrent-ils pour ce genre de rafraîchissements. Pendant tout le xvme siècle la vogue du café Procope se maintint. Il eut pour clients les écrivains les plus célèbres. Piron, Destouches, d'Alembert, Voltaire, Crébillon et une multitude d'autres littérateurs avaient fait de ce café une succursale de l'Académie. Sous la Révolution on songeait à tout autre chose qu'à la littérature, le café Procope fut abandonné. Puis, lorsque des temps plus calmes revinrent, sa vogue reparut. Sous le second Empire, Vermorel, Gambetta y jetèrent leurs plans de réformes sociales.

M. Babinet avait sa place au rez-de-chaussée. M. Pingard, le chef actuel du secrétariat à l'In-

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