PREFACE
écrire : on admettra que toutes ces choses suffisent pour occuper la journée d'un homme. Le café n'y est donc qu'une espèce de centre où l'on peut se voir et causer pendant quelques minutes ; mais là même souvent le journaliste travaille. Le correspondant des feuilles des départements recueille les dernières nouvelles et attend l'heure extrême pour mettre sa lettre à la poste. Le reporter va de l'un à l'autre, causant à l'homme politique, à l'artiste, à l'auteur dramatique, et prend des notes qui paraîtront le lendemain.
Les prétendus journalistes qui établissent leur domicile au café ne sont que des déclassés et des impuissants qui, au lieu de travailler sérieusement, trouvent plus commode de se livrer à des critiques contre la société et surtout contre leurs confrères arrivés, grâce à l'énergie et au travail, à conquérir une position. Ces individus préparent l'avènement des nouvelles couches sociales qui les porteront au pouvoir dans des moments de crises et les enverront à la Chambre sous des gouvernements réguliers. Le café n'est donc qu'un bien modeste accessoire dans l'existence de l'écrivain sérieux, et même, lorsqu'il y va, c'est pour lire les journaux, les revues, écrire une lettre ou sa correspondance, voir des confrères, recevoir des importuns, mais rarement pour s'amuser. Le temps lui fait défaut.
b café de Foy a été une des curiosités de Paris. Fondé sous le règne de Louis XVI, il avait alors sa façade principale sur la rue de Richelieu et une terrasse occupait un coin du jardin du Palais-Royal. Quand le duc d'Orléans, alors propriétaire de ce palais, eut fait construire les belles mais ins à arcades qui entourent le jardin de trois côtés, les immeubles des rues de Richelieu et des Bons- Enfants, qui avaient une de leurs façades sur cette promenade, s'en trouvèrent séparées par les rues de Montpensier et de Valois. Les propriétaires réclamèrent, les locataires se plaignirent, les boutiquiers protestèrent, mais tout fut inutile
i. Le nom de café Foy fl prévalu.