LE CAFE DE FOY
notoriété très-grande. Nous citerons : M. Lemaître de Sacy, le savant traducteur de la Bible, François Arago, l'illustre astronome, et son frère Jacques, le voyageur, Emmanuel, fils de François, vaudevilliste spirituel et qui grâce à son nom devait devenir député et ministre de la justice après le 4 septembre. A cette époque c'était un gros garçon aux joues rebondies, aux yeux à fleur de tête, à la taille élevée. D'une belle prestance, il était l'idole des jeunes artistes, qui le contemplaient respectueusement. Avec l'âge, M. Emmanuel Arago a engraissé, mais il a renoncé au vaudeville, ce que nous nous permettons de regretter. Nous nous rappelons qu'aux dernières élections qui eurent lieu sous l'Empire, en 1869, il se porta candidat, concurremment avec M. A. Lavertujon, rédacteur en chef de la Gironde, de Bordeaux. A cette époque le parti avancé trimballait déjà ses candidats d'une extrémité à l'autre de la France. Dans leurs courses aux environs de Paris, ils débitaient les boniments de circonstance sous des hangars, dans des salles de bal, et juchés sur les tréteaux. M. Lavertujon variait un peu ses discours, M. Arago répéta le même partout. Dans ce fameux programme, il parlait de la Compagnie de Jésus et disait de ses membres : « Je combattrai les jésuites, ces conspirateurs de partout et ces citoyens de nulle part! » Pour prononcer cette phrase il prenait un air inspiré et sa voix faisait trembler les vitres. Quelques jeunes gens s'amusèrent de ces mots répétés trois ou quatre fois par jour, suivirent partout