‹ Les cahiers d'Arnold SchererChapitre 3 sur 4 · SUR LA TOMBE D ARNOLD SCHERER · texte numérisé non relu

SUR LA TOMBE D ARNOLD SCHERER

Ayons confiance : tout n'a pas péri de ce noble enfant. Osons passer par delà les apparences. Non, la pure et vive flamme qui a été assez forte pour dévorer ce corps n'est pas éteinte; l'indestructible société de la famille et de l'amitié subsiste; la mort a beau nous envelopper de sa nuit, ceux qui s'aiment et se cherchent sauront bien se retrouver.

Adieu, Arnold. Blessés français, qui reposez dans ce cimetière, vous connaissez cet enfant; recevez-le, c'est un des vôtres, un blessé comme vous. Pour vous, mes bien chers amis, qui étiez réservés à une si cruelle épreuve, il n'y a pas de consolation à vous ofjrir, et nous ne sommes tous venus que pour vous dire combien nous sommes touchés du coup qui vous frappe; pourtant écoutez notre prière. Lorsque vous serez tentés de vous décourager, songez qu'Arnold est là qui vous supplie de ne pas vous laisser abattre; songez qu'il y a encore autour de vous de fidèles amis, des parents qui partagent votre chagrin, qu'il vous reste des enfants et des petits-enfants, à qui vous devez donner le bonheur que vous n'avez plus; que vous vous restez l'un à Vautre; que vous, mon ami, vous appartenez aux affaires publiques, que vous leur devez, avec votre part, la part d'Arnold, et qu'il y a encore beaucoup à faire pour la vérité et la liberté. Vous avez tous les deux la doulêiir généreuse qui se modère par peur de la douleur que l'on sent près de soi ; puissiez-vous être récompensés de voire bonté, et puisse la paix rentrer un Jour dans vos cœurs !

mr

(i^^ cahier)

Journal de l'invasion à Versailles. (1870) Du 15 septembre au 17 novembre —

i8yo Jeudi i5 septembre. Je commence aujourd'hui mon journal de siège — J'y inscrirai jour par jour ce que je verrai & entendrai à Versailles pendant la durée du siège de Paris par l'armée Prussienne —

Ce matin, j'ai reçu une longue lettre de Feray, de Granville; je lui ai répondu sur le champ. M. Nefftzer a déjeuné avec nous. Après déjeûner, j'ai été chez les Feray, faire une commission que Paul me demandait de faire; j'ai aussi été à la Mairie avec M. Barbu, conseiller municipal. Puis j'ai été lire VOfficiel aux bureaux de y Union libérale, (qui suspend sa publication.) Rien de nouveau ce matin : on dit que les communications avec Lyon sont coupées. Je ne recevrai donc plus de lettres d'Ordinaire — Les Prussiens sont à Mormant, Clos- Fontaine, & dans le dépt. de Seine & Marne.

Travaillé un peu. (histoire de la Prusse.) Sorti pour aller à la Poste. Rentré : fait ma toilette. Sorti à 6 h. 1/4 avec mon père pour aller dîner chez M.Charton. Il y avait M. & M'^e Charton, leur fils, le frère de

W^^ Charton, M. Saglio, M.M. Délerot & Bersot. Après dîner, j'ai été à la Préfecture avec ces messieurs. Puis j'ai été retrouver mon père & M. Nefftzer au café Chapuy

— Après quoi, nous nous sommes promenés de long en large, causant & discutant avec NefTtzer, sous les arbres qui bordent la place d'Armes, jusqu'à ii h. passées. Rentré à ii h. 1/2. Lu des Contemplations de V. Hugo, avant de m'endormir.

Vendredi 16 septembre. Levé à 8 h. 1/2; travaillé, toujours la Prusse de Chevalet. M. Nefftzer est venu avant déjeûner. Il quitte décidément Versailles pendant le siège. Déjeûné. Après déjeûner, travaillé au jardin — Les Prussiens sont signalés à Join ville : ce doit être Joinville le Pont — Ce pauvre Henri va donc avoir affaire à eux — Lu dans la Revue du i5 sept, la 3^ partie de Césarine Dietrich, de George Sand. Commencé, dans la même revue, l'article de Renan sur la France & l'Allemagne. Tout à coup, à 2 heures, un coup de sonnette. Henri paraît à la porte. Je ne croyais pas le voir de longtemps. H est toujours à La Faisanderie, près Joinville le Pont, & ils ont eu hier une forte alerte. Les Prussiens sont à 2 ou 3 lieues de là. On a fait sauter le pont de Joinville. Causé & jasé avec Henri jusqu'à 6 heures — Diné. Reconduit Henri à la gare. Été à la préfecture. On y parlait d'un combat entre spahis & uhlans dans la plaine de S* Denis. Rentré à 9 h. 1/2. M. Lesourd est venu pour faire la connaissance de mon père, présenté par M. Bersot. En rentrant, je l'ai rencontré qui s'en allait

— Fini le très bel article de Renan. Couché vers onze heures — (Les communications sont coupées entre

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la préfecture de Versailles & la sous-préfecture de Corbeil.)

Samedi ly sept. Levé à 8 h 1/4. Lu un article de Xavier Raymond ds la Revue des 2. Mondes sur les fortifications de Paris, qui m'a tout remonté — Déjeûné. Travaillé au jardin. Arrivée des journaux. L'ennemi est à Dammartin. (Seine & Marne.) & ds Seine & Oise, à Pierrelaye, plus près de Paris que Pontoise, & à Juvisy, sur notre rive de la Seine; ils ont passé la rivière à gué. On se bat à Atliis, près de Juvisy. Lu la réponse de Renan à Strauss, dans le Journal des Débats — Je l'aime mieux encore que son article de la Revue des 2. Mondes — Écrit à Jeanne — Travaillé : toujours cette maudite Prusse : j'en suis à Fr. Guillaume ÏV. Sorti vers 3 h, après avoir commencé un article de M. du Camp sur Bicêtre & la Salpétrière. La ville est en émoi — Les Prussiens approchent — Je rencontre le maire, M. Rameau, qui m'annonce leur arrivée dans deux heures d'ici. A leur arrivée, les portes de la ville doivent être fermées : s'ils sont en petit nombre, on n'ouvre pas; s'ils sont en nombre, on leur demande d'envoyer un parlementaire à la mairie. Pour le moment ils sont à Glamart. Ils seront sans doute ici avant la nuit — Un avis que le maire fait tambouriner dans la ville, prescrit d'éloigner les chevaux dont les Prussiens peuvent se servir pour le transport de leur matériel. Fini l'article de Maxime du Camp avant dîner. Après dîner, M. Bersot est venu : il nous apporte Y Officiel, qui fixe les élections municipales au 26 & au 28, sept, l'élection des maires au 29, les élections pour la Constituante au 2 octobre — On va donc voter sous

le canon Prussien — Ce sera très beau & très digne de répondre ainsi aux insolences du Roi Guillaume, qui refuse de reconnaître la République comme un gouvernement établi.

Nous allons avec M. Bersot à la préfecture. Nous y trouvons M. Lefèvre-Pontalis & un autre Monsieur, maire d'une commune de S. & Oise — M. L. Pontalis est en train d'exposer à M. Gharton la marche de l'ennemi ds son arrondissement, le mauvais effet produit par certaines mesures prises par Kératry pour la défense ; il lui demande aussi des instructions pour le sous préfet de Pontoise. Il parle avec une volubilité extraordinaire, & une perfection prodigieuse, mais fatigante. Nous rentrons à lo h. Je me couche vers 10 1/2 : je commence ds mon lit, un article de Leroy-Beaulieu sur les ressources respectives de la France & de la Prusse —

Dimanche 18 septembre. Nous sommes réveillés à 7 h. 1/4, nion père & moi, par la générale, que le tambour de la garde nationale bat dans les rues, pour annoncer l'approche de l'ennemi — Ge n'est que le tambour qui appelle les gardes nationaux à l'exercice

— Sorti un moment avant déjeûner : pas de nouvelles

— Après déjeûner, je me promène avec mon père ds le bois de Satory. Les dernières nouvelles les signalent à Villeneuve S^ Georges, Choisy le Roi, & Glamart. Gela se rapproche de nous — A i h. je vais voir M. Bersot; chez lui, je vois M. M. Deroisin & Lebourdais. Je vais sans doute être attaché, à partir de demain, à la rédaction de V Union libérale & démocratique de Seine & Oise. Je vais à la Préfecture avec M. Bersot à 3 h : belle

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circulaire de Favre à V Officiel. A 4 h. le commissaire central de police vient annoncer l'arrivée de 3 cavaliers, (hussards de la mort.) Je sors avec M. Saglio. Foule immense devant la Mairie : concursatîo & trepidatio : Les grilles sont fermées : des Gardes nationaux empêchent d'approcher — Au bout d'un instant; M. Délerot sort de la mairie, & nous raconte que ces 3 Prussiens, (i adjudt. & 2 soldats.) sont arrivés par la porte du Cerf- Volant, sans opposition, le pistolet au poing, & sont venus jusqu'à la mairie : (ce sont les avant-coureurs d'environ 6 régiments qui sont ds la vallée de la Bièvre.) Arrivés à la mairie, on fait entrer l'adjudant pour parlementer avec le Conseil municipal. & les deux hommes restent à la porte, le pistolet au poing et le sourire aux lèvres — Un homme donne une poignée de main à un de ces Prussiens : L'adjudant demande s'il y a des troupes dans la ville, & si l'on a l'intention de résister. On lui répond qu'il n'y a qu'une garde nationale, disposée pacifiquement : mais on refuse de traiter avec lui : il repart pour aller chercher un officier supérieur. Ce sera pour ce soir. M. Délerot, M. Saglio & moi nous allons à la Préfecture raconter les faits au préfet. Je fais mes adieux à Jules Charton qui part pour Tours, comme chef de cabinet de Laurier — Je rentre chez moi, annoncer cela à mon père, & manger un morceau — J'écris ces lignes à 5 h. Je vais ressortir, sans doute pour être témoin de leur arrivée — Pauvre France !

10 h. 1/2 Je rentre avec mon père de chez M"^^^ de Charnacé — Les Prussiens ne sont pa,s venus ; il paraît que les choses se sont mieux passées qu'on ne l'avait dit. Douze d'entre eux sont restés à la grille : mais on a

ai

eu tort de laisser entrer même trois d'entre eux, surtout le pistolet au poing. La foule attend toujours devant la mairie. M. Charton a quitté la préfecture de bonne heure & se promène devant la mairie ; mais sa tâche n'est pas encore finie, quoiqu'il ne corresponde plus qu'avec Mantes & Rambouillet. Le directeur du télégraphe a fui, emportant les bobines avec lui : son état de panique est tel qu'il n'a pas achevé de transcrire une dépêche adressée à M. Charton par le ministère — On va organiser un service de piétons — Demain je serai installé à V Union libérale par M. Délerot. Après dîner, nous allons chez M. Charton, puis chez M™® de Charnacé —

Lundi, ig sept. i8yo. Ce matin à 7 h. mon père m'a réveillé. On entendait une vive cannonade du côté de Meudon, Vélizy & Clamart. Je m'habille à la hâte, & je cours avec mon père au plateau Satory. Nous ne voyons & n'apprenons rien. Je vais à la mairie, où la garde nationale est convoquée. Deux Prussiens sont venus dans la matinée pour parlementer. Le maire s'est transporté aux grilles, & confère avec des officiers prussiens. C'est le général von Kirchbach, & le g^^ von StoUberg qui demandent le passage — Les conditions proposées sont excellentes. Respect des personnes, propriétés, monuments & objets d'art — Logement des troupes dans les casernes— Pas de contribution de guerre. Réquisitions en nature pour 3oooo hommes. Maintien de la garde nationale armée, sans cartouches. — Occupation par les Prussiens des postes extérieurs. Ambulance prussienne à Versailles pour les blessés de la bataille. Je vois arriver encore un officier Prussien & un soldat.

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On parlemente — M. Delaroche, (Horace) est envoyé au g-énéral : il revient. Les Prussiens se retirent. Je rentre déjeûner — Après déjeûner, j[e sors avec mon père: nous voyons des cavaliers Prussiens à la grille de Satory. Je vais à l'Internationale, rue des Réservoirs porter de la charpie. Je vois M""® de Charnacé —

Le bruit court que le g^' Ducrot a battu les Prussiens — La fusillade & la cannonade, après avoir duré jusqu'à 10 h. environ, ont cessé.

Je vais à la mairie. Le commandant du Génie du 5^ corps part pour aller porter la capitulation au prince Royal. Mêmes conditions que plus haut. C'est la 3^ fois que les parlementaires viennent aujourd'hui — Je vais au Journal avec Tassin — Je vois M. M — Jeannin & Lebourdais — Quelques difficultés au sujet de la rédaction: à 2 h. je commence à rédiger un bulletin politique. On m'annonce le commencement du défilé Prussien — Je cours à la place d'armes. De 2 h. jusqu'à 5 h. 1/2, ils n'ont cessé ,de défiler sur la place d'Armes, traversant la ville pour aller à S' Germain — A 5 h. l'arrièregarde bivouaque sur la place d'Armes & les avenues — Ce défilé a été douloureux — Il a passé environ 40, ou 5o 000 h. Les bruits sont contradictoires sur le résultat de la bataille du matin. Des voitures de blessés arrivent. Dans le défilé, on acclame les prisonniers français. Les Prussiens jouent notre Marseillaise. C'est triste ! Après avoir fait mon article au bureau du Journal, je vais à la mairie, puis à l'Internationale — Je dîne avec mou père & M. Délcrot chez M. Bersot, qui a passé sa journée aux ambulances. Il est très ému. Après dîner, nous visitons le bivouac Prussien, place d'Armes. Les réquisitions continuent. Environ 2 000 h. bivouaquent

ici : Pas de désordre : mais les subsistances vont bientôt devenir pénibles — Nous allons à la mairie, puis chez M. Charton, qui reste encore en fonctions — Je rentre à lo h. & j'écris ces quelques lignes à la hâte avant de me coucher. Je finis, dans mon lit, l'article de Leroy- Beaulieu —

Mardi 20 sept. Je me lève à 8 h. 1/2. J'entends les tambours. C'est un nouveau corps Prussien qui défile dans la Rue Satory. Gela dure terriblement longtemps. Les Prussiens veulent, paraît-il, prendre Paris par la famine. Ce matin l'investissement doit être complet. — Les Prussiens ont bivouaqué cette nuit sur la place d'Armes : ils sont en général polis, & paient tout ce qu'ils prennent, sauf le pain, le vin & la viande, pour lesquels ils donnent des bons, payables par la municipalité. La convention est cependant violée, car ces Prussiens avaient promis de passer par la ville sans s'y arrêter — Mais jusqu'ici pas de scènes regrettables. Un officier hier soir, à la mairie, a donné une giffle énorme à un sous-officier impoli envers un bourgeois —

Mon père a eu avant-hier une lettre de Tours, retardée. Depuis hier, plus de journaux de Paris. Nous ne savons rien. Plus de trains pour Paris — Isolement complet, sauf avec Mantes & Rambouillet, ds ce département. Avant-hier, j'ai aussi reçu une lettre de Feray, de Granville, par la ligne de Bretagne —

Avant déjeûner, je fais un article pour le Journal, sur les prochaines élections. Après déjeûner, je sors avec mon père : nous allons à la Mairie : les Prussiens sont partout. Nous entrons avec M. Délerot à la Préfecture. La capitulation d'hier n'a pas été ratifiée par le Prince

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Royal, qui a déclaré ne pas pouvoir traiter avec une ville ouverte. La garde nationale sera désarmée, & nous serons à la discrétion du vainqueur —

Un capitaine de gendarmerie entre, le cigare à la bouche, dans le cabinet de M. Gharton pour s'occuper des logements. La préfecture devient la résidence du prince royal. Un déjeûner de 2 5 couverts est commandé pour l'État Major. M. Gharton quitte la préfecture. Un gendarme barbu est déjà posté à la porte du vestiliule — Je rentre chez M. Délerot avec lui, nous passons devant le bivouac Prussien, en face le Lycée. Je reporte à la mairie le fusil de M. Délerot : De toutes parts les gardes nationaux vont déposer leurs armes. Je vais au Journal. Je corrige des épreuves : à 4 h. 1/2 ou 5 h. je sors ; je vais à la Mairie — J'arrive au moment où le Prince Royal vient d'entrer à la Préfecture —

L'insolence des Prussiens croît de minute en minute. Des arrestations s'opèrent. Ils sont brutaux & bêtes. La terreur règne. On crie « Vive la France » sur le passage des prisonniers: Les Prussiens s'y opposent. Le maire envoie au Journal, pour en arrêter le tirage. Toute vie locale va disparaître. Un commandant de place, installé à la mairie, préside le Gonseil municipal : abattement, consternation partout — Gomment vont se faire les élections ?

Je rentre dîner, & je me couche avant dix heures. La discipline Prussienne, leur ordre, leur régularité pédantesque & machinale produisent des elï'ets merveilleux comme précision : mais les hommes sont lourds, grossiers, sans finesse ni élégance, laids, petits ; — une vilaine race! Oh! que les Français leur sont supérieurs, malgré leur civilisation tant vantée !

20 Arnold Scherer. — a

Les rapports continuent à être vagues sur le combat d'hier — Mais le fort de Châtillon a été pris par les Prussiens ; les mobiles se sont sauvés, en déroute, laissant leurs armes —

On a entendu le canon aujourd'hui à diverses reprises, dans la direction de S* Germain —

Mercredi 21 sept.. i8yo. Rien de nouveau — Le bruit court d'une bataille au Mont-Valérien, ou à S*-Germain. J'ai passé ma journée, soit à l'Internationale, soit chez M. Bersot, pour travailler au Journal, qui reparaît Vendredi soir. Passage de troupes Prussiennes : les uns arrivent, (on ne sait d'où, — de tous côtés !) les autres s'en vont vers S*^ Germain. MM. Délerot & Bersot dînent chez nous —

Nous n'avons pas de garnisaires encore — mais notre tour viendra.

Jeudi 22 septembre 18 y o. Levé à 7 h. du matin, pour aller m'inscrire à l'Internationale pour le service des ambulances. Vu M. Léon de Bussiere. Après déjeûner, travaillé au Journal. Été ensuite chez M. Bersot, pour organiser le service de la correspondance avec les familles des blessés. M. Bersot a été chargé en chef de ce service par M. Horace Delaroche, & je lui ai été adjoint sur sa demande. Nous avons écrit une vingtaine de lettres; et de 3 h. à 5 h. nous avons parcouru les salles de blessés de l'hôpital miUtaire de Versailles : on nous a très bien reçus : les blessés ont été très contents de nos offres de service, pour écrire à leurs familles — Puis nous avons été à l'Internationale, rue des Réservoirs — Après dîner, je suis allé chez Albert Joly, pour parler avec lui des élections municipales.

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Les Prussiens ont posé un télégraphe le long de la Rue des Réservoirs, de la Place d'armes, etc — Ils ont établi un bureau de poste, avenue de Paris, 26. Ils reçoivent les lettres ouvertes, ne contenant pas de politique.

Léopold de Hohenzollern est ici : je l'ai vu hier — C'est un grand bel homme, en rouge et noir, comme tous les officiers supérieurs et généraux.

Pas encore de soldats chez nous. Il y en a une multitude chez M. de Buisseret — rue d'Anjou —

Un certain nombre de caissons sont partis ce matin par la rue des Réservoirs. Par contre, des Prussiens sont encore arrivés dans la journée —

Pas de nouvelles de Paris, ni même des environs — Pas de départ d'ambulances. On dit que les Prussiens ne veulent pas laisser partir d'ambulances, pour qu'on ne sache pas les pertes qu'ils ont faites.

Vendredi 23 septembre. Levé tard. Travaillé au Journal, puis chez M. Bersot, au service de la correspondance. Été à l'Internationale, et au bureau de poste de l'avenue de Paris. Après dîner, nous avons été chez M. Charton. Nous y avons vu M. M Délerot & Bersot.

Le canon a grondé dans la direction de toute la

journée. Il est impossible de préciser : peut-être S^ Germain, peut-être Saint-Denis.

Deux l)allons (à nacelle) ont passé aujourd'hui audessus de Versailles, dans la direction de Dreux, à peu près.

M. BouUin-Saint-Amand, est parti pour Tours, chargé de recueillir de l'argent pour l'Internationale. Je l'ai chargé d'une carte pour ma famille.

Pas de départ d'ambulance : pas de nouvelles de Paris ni des environs: sauf quelques cancans absurdes.

Les réquisitions deviennent exorbitantes. La ville doit nourrir 60000 h., tout le corps d'armée : on demande 180 000 chemises de flanelle, etc. Le maire ne sait plus que faire. Il est à bout — Les Prussiens, logés chez les habitants sont, en général, assez polis & agréables, sauf un certain nombre : quelques-uns s'installent sans façon, prennent le vin de la cave, &. Chez M. G. Fontaine, ils ont fait déménager les propriétaires, du i^'' qu'ils occupaient, au second, qui était vide, & qui était absolument semblable au premier. Nous n'avons pas encore de garnisaires. Il y en a abondamment chez M. de Boutray, rue d'Anjou.

Demain, sans doute, partira une ambulance —

Samedi 2/f septembre. Départ de 3 ambulances. (Sèvres, Fresnes et Villeneuve S* Georges.) Le canon toute la journée —

Travaillé avec M. Bersot. Visité l'ambulance de Montreuil (M. de Romanet.) Été à l'Internationale — Le soir, réunion politique à V Union, pour arrêter une liste de candidats pour la Gonstituante. MM. Bersot, Joly, Gharton, Mainguet, de Montfleury, Laurent Hânin, Lebourdais, Délerot, G. Fontaine et Barbu en étaient, ainsi que mon père. Rentrés à 10 h. Pas encore de Prussiens chez nous. Rien de bien nouveau : sauf des intrigues cléricales ignobles pour les élections municipales de demain.

Dimanche 25. Élections municipales : on vote beaucoup, plus qu'on n'avait osé l'espérer. G'est bien —

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M. Rameau me donne des nouvelles de Paris — On résiste bien, paraît-il : nous apprenons qu'un engagement a eu lieu, près de la redoute de la faisanderie — Henri aura donc vu les Prussiens. Toul est rendu depuis deux jours, ainsi que Phalsbourg.

Réquisitions absurdes — Une selle n'ayant pas été remise à temps, (parce qu'on n'avait pu en trouver,) la ville est condamnée à 2000 fr. d'amende pour le lendemain matin. Monstruosités Prussiennes : vols; pillages : viols, (d'une vieille femme de 80 ans à Bièvres) Ordre de livrer les fusils de chasse —

Je vais chez M. Bersot après déjeuner : je vais ensuite à l'Internationale, puis au vote — Après dîner, nous allons chez M. Charton, qui est seul avec M. Saglio, par suite du départ de M'"® Charton pour Grandville. — Après cela, à 11 h. du soir, nous passons à la Mairie. Le dépouillement n'est pas achevé, mais les 3o noms de la liste libérale passeront à une grande majorité —

Ce matin, avant déjeûner, j'ai continué la Prusse : (Affaire Danoise) — Canon tout le jour, plus ou moins.

Lundi. 26 sept. Dépôt des armes à feu à la Mairie. Travaillé au journal, où j'ai trouvé une réponse du Bulletin Religieux à mon article de l'autre jour —

Travaillé avec M. Bersot. Été à la poste — : à l'Internationale —

Le résultat des élections municipales est très bon — Toute la liste démocratique passe à une immense majorité. Les élections législatives sont permises par les autorités Prussiennes —

Dîner chez M. Bersot avec M. Délerot. Après dîner, en allant chez M. Charton, nous rencontrons Albert Joly,

29 Arnold Sclterer. — 2.

qui nous annonce de graves nouvelles. Les négociations pour la paix sont rompues — La Prusse demande l'Alsace et la Lorraine avec Metz, Toul, & Strasbourg : en outre l'occupation du Mont-Valérien ; mais non pas comme bases de paix; comme bases d'un simple armistice — Devant ces prétentions, lé gouvernement de Tours fait un appel à la France, déclare une guerre à mort, retarde indéfiniment les Élections générales, & annule d'avance les Élections municipales, (par un décret daté du 24 septembre.) C'est bien grave & bien triste — Nous restons jusqu'à 10 h. chez M. Charton, puis nous allons boire une tasse de thé chez M. Bersot, et nous rentrons à 10 1/2 ou II h — Avant de m'endormir, je relis le fameux Discours de Thiers sur l'Allemagne, à la veille de Sadowa —

Mardi ^27 sept. Le consei^ municipal élu dimanche, et annulé par le décret annoncé hier, a été néanmoins installé aujourd'hui, comme municipalité provisoire, par M. Loriot de Rouvray, présidt. du conseil de préfecture, & préfet par délégation de M. Charton. Mon père a été au conseil de i heure à 5 —

J'ai été au Journal avant déjeûner: après, à la Mairie — J'ai travaillé chez M. Bersot jusqu'à 5 heures. Été à l'Internationale — Dîné. Resté à la maison la soirée.

Il paraît, d'après les nouvelles d'aujourd'hui, que l'armée de la Loire marche vers Paris. Le bruit court d'un combat heureux au Mont Valérien & au bois- de boulogne — 20 000 bavarois auraient été massacrés par le g^V Trochu —

Strasbourg a fait une sortie très heureuse et a repoussé victorieusement un assaut formidable — Paris tient

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bien ; mais le siège en règle ne paraît pas encore commencé jusqu'ici — On prête de divers côtés aux Prussiens le plan de prendre Paris par la faim —

Mais il faut se défier de tout ce qui se dit : Les Prussiens font circuler de leur côté les canards les plus absurdes, et les Français imaginent ce qui leur plaît —

On a entendu distinctement le canon ce matin —

On a enterré ce matin M. Génie, ancien secrétaire de M. Guizot.

On a fusillé hier ou ce matin un franc tireur ; qui avait tiré sur les Prussiens sans uniforme — Les Prussiens sont allés à la mairie requérir des fossoyeurs; c'est ainsi qu'on l'a su.

L'histoire de la Selle idéale, rêve d'un officier Prussien, dont on n'avait pu trouver la vivante réalisation dans tout Versailles, s'est dénouée très doucement. M. Rameau a donné avis à l'aide de camp du Prince Royal qu'il donnerait sa démission si pareille chose se renouvelait, & si on insistait pr. le paiement de l'amende : on n'a rien dit, & l'afl'aire s'est ainsi terminée

— Le Commdt. de place lui-même, M. de Gottberg, a trouvé le procédé indigne — C'était le fait d'un intendant voleur — Les intendants Prussiens le sont, &. franchement — Ils revendent en détail, ce qu'ils ont obtenu gratis par voie de récjuisitions : Le gaspillage est affreux

— Au lieu d'attacher au cou des chevaux des sacs d'avoine, ils répandent les sacs à terre, en un tas, sous les pieds des chevaux, ds les ruisseaux, n'importe où. De sorte que le cheval mange la moitié du tas, et que le reste est gaspillé —

Hier a eu lieu une revue, & une distribution de croix, ds la cour du Château.

Mon père a fait aujourd'hui la connaissance du G*^ Sheridan, qui est avec l'armée Prussienne — 11 demeure aux Réservoirs. Hier, il a vu Gustave d'Alaux, correspondant militaire des Débats, qui revient de Sedan.

On dit le prince de Wurtemberg blessé.

Il est probable qu'il y a à Versailles en ce moment, environ 5 ou 6 ooo soldats fixes. Mais il est difficile de calculer tout ce qui a passé par la ville depuis le 19, Probablement entre 100 et 200 000 hommes — Le défilé du 19 comptait au moins 5oooo h.

Les appréciations varient beaucoup sur le décret d'ajournement des élections : peut-être le blâme dominet-il, mais il y a une donnée qui nous échappe forcément : Nous ne savons pas tout. On parle d'une circulaire de Favre tombée du ballon — Un troisième ballon a passé le 24. l'un des trois est tombé à Triel, et a failli être Pris par les Prussiens, (son contenu.) Mais les français ont emporté en bateau dépêches & journaux & les ont sauvés. D'ici à quelques jours, les choses seront probablement plus nettes.

Jourdier va partir pour Tours —

Mercredi 28, sept. J'ai passé presque toute ma journée au Journal, à l'Internationale, & chez M. Bersot

Les nouvelles sont : la prise de Strasbourg, (27) annoncée par l'autorité Prussienne : l'approche de l'armée française, celle de la Loire, qui est dit-on à Trappes : la reddition de Toul, (le 23.) après une admirable sortie des Français.

L'armée Prussienne est démoralisée ; la nouvelle de la prise de Strasbourg, n'est peut-être qu'un faux bruit destiné à la remonter. Versailles va peut-être devenir le

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théâtre d'un combat entre l'armée de la Loire & les Prussiens, pris à revers par ime sortie de Paris.

Le soir, après dîner, nous avons été chez M. Charton : où nous avons vu M.M. Bersot & Délerot — Paul Reclus, un jeune homme d'une 3o"^ d'années, frère de Élie & d'Elisée Reclus, est arrivé pendant notre visite, en costume d'ambulancier; il fait partie de la fameuse ambulance de la Presse Parisienne, faite prisonnière par les Prussiens, & promenée par eux à travers plusieurs villes Allemandes, Mayence, Cologne, Coblenz, etc — Il venait d'arriver à Versailles, & demandait un gîte à M. Charton. Il est reparti au bout de qques moments pour aller chercher Adolphe d'Espine, qui faisait partie de la même ambulance, & qui venait également loger chez M. Charton. En nous en allant nous les avons rencontrés qui revenaient. Ils nous ont abordé, sans nous reconnaître pour nous demander leur chemin — d'Espine a poussé un cri de surprise en me reconnaissant ! Plus tard nous avons rencontré d'autres ambulanciers à cheval, qui cherchaient un hôtel —

Jeudi 2Q. Après déjeûner, visite d'Adolphe d'Espine, qui nous raconte plusieurs choses intéressantes sur son voyage. Il nous donne quelques nouvelles du dehors, sur l'organisation des francs-tireurs, sur les combats autour de Paris, sur l'état moral & politique de la France — Enthousiasme dans le midi, qui envoie d'admirables corps de francs-tireurs. Les Prussiens redoutent énormément la guerre de guérilla : ils ne craignent guère que cela.

Ils ont été fortement battus le 23 septembre, à Montretout, je crois.

Içs oahiers d'Arnold Scherer

Deux ballons ont encore passé aujourd'hui M. Jeandel, directeur & rédacteur unique du Journal de Versailles a été arrêté, comme il entrait au conseil municipal, par un officier Prussien. Ses articles avaient déplu à l'autorité Prussienne, & il a été menacé de i5 ans de forteresse. Mais une démarche du maire auprès du P<^^ Royal, le sauvera probablement. La ville est très émue de tout cela —

J'ai passé ma journée comme à l'ordinaire au Journal, chez M. Bersot & à l'Internationale — M.M. Délerot & Bersot ont dîné chez nous.

Vendredi 3o septembre. Encore deux ballons. Bataille au sud de Paris

Dans la matinée, j'ai été au Journal, & chez M. Charton, voir Ad. d'Espine. Après déjeûner, nous avons enterré dans la cave une caisse d'argenterie.

Les Prussiens ont frappé tous les départements de France d'une contribution de guerre d'un million, pour dédommager les Allemands expulsés. Quel monstrueux prétexte ! Versailles devra payer sur ce million, 400 000 fr. & sera responsable du reste —

Il est probable qu'on lancera le nonpossumus, & alors, gare au pillage & aux perquisitions —

J'ai été au Journal, puis chez M. Bersot puis à l'Internationale, puis à la Poste, «& de là à la mairie où j'ai dit adieu à d'Espine, qui allait partir avec son ambulance.

Après dîner, nous avons été chez M""® de Charnacé, & de là, au café Ghapuy, où l'on nous a prêté un instant le rapport de Jules Favre à ses collègues, & un manifeste à l'Allemagne, tombé du ballon de ce matin.

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Le g-ouvernement Prussien a manifesté aujourd'hui rinteution de nommer un préfet Prussien; la question est maintenant de savoir si notre municipalité républicaine, consentira à devenir municipalité Prussienne, ou si elle donnera sa démission —

Samedi i octobre i8yo. M. Gustave d'Alaux a déjeûné ce matin avec nous. J'ai passé ma journée comme à l'ordinaire entre l'Internationale & le Journal.

La situation de la municipalité devient de plus en plus grave. Devant les exigences des Prussiens, devant la nomination d'un Préfet Prussien, elle va sans doute être forcée de donner sa démission. Il y a eu aujourd'hui 3 séances du Conseil municipal :

M. Rameau est très souffrant, de la vessie. Il y a en France un vif mouvement de colère contre Versailles, qui nourrit l'ennemi au détriment de la défense nationale.

Le bruit court d'un grand succès des Français à S*^ Denis.

Dimanche 2 octobre. Ma journée se passe comme à l'ordinaire. Les nouvelles de Paris sont consolantes. On a vu le dôme des Invalides illuminé hier soir. C'est peut-être pour ce succès de S^ Denis, où l'on parle d'environ 35 000 tués, blessés & prisonniers.

On raconte ainsi l'affaire de Vendredi matin. Deux sorties auraient eu lieu simultanément à Meudon & à Bicêtre — La sorHe de Meudon, une fois la Seine passée, aurait eu son pont de bateaux détruit, & une chaloupe cannonière engravée par le feu des Prussiens établis à Sèvres. Voyant cela, les Français auraient donné la

main à ceux de Bicêtre, & auraient enlevé tous les avant-postes Prussiens placés au sud de la ligne des forts. De l'Hay & Chevilly, les avant postes Prussiens ont reculé jusqu'à la Croix de Berny & à la Belle-Épine, aux deux intersections de la route de Chatenay, Fresnes, &, avec les routes qui convergent du Sud sur Paris.

Le soir, nous allons chez M. Charton, qui nous fait ses adieux. Il part demain pour Tours.

Il nous a prêté des journaux de Tours, V Union, & le Moniteur, devenu bulletin officiel du Gouvernt. de Tours. Ce Moniteur contient dans un supplément, le rapport admirable mais navrant de J. Favre — Je n'aurais jamais cru que ï Union, put me faire tant de plaisir.

Lundi 3 oct. Rien de nouveau. Journée ordinaire.

Installation du nouveau préfet. Entrevue avec le Conseil Municipal — Dîné chez M. Bersot, avec M. Délerot.

Mardi ^ octobre. Le matin, avant déjeûner, conférence à V Union, au sujet des exigences du Préfet, M. de Brauchitsch, qui demande l'engagement de reproduire tous les actes & toutes les communications administratives. On répond que devant ces exigences, on cesse de paraître.

J'ai été, comme à l'ordinaire, chez M. Bersot, & à l'Internationale. Rhume épouvantable. Couché de bonne heure —

Mercredi 5 octobre. Nouvelle conférence à V Union. M. de Brauchitsch désire entamer des négociations. Il

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est blessé de la réponse qu'on lui a faite, & vexé de la suppression volontaire du Journal. Mon père & M. Bersot sont délégués auprès de lui pour causer & négocier — Il finit par céder. Le Journal paraîtra donc, et sans prendre aucun engagement au sujet des actes officiels. Conseil municipal. — M. Lefèvre Pontalis, arrivant de Tours, est admis à conférer avec les Messieurs du Conseil : il annonce que les élections se font le i6 octobre, définitivement. Les Prussiens renoncent aux 4oo ooo fr. exigés de Versailles. (Canon ce matin) Arrivée du roi de Prusse.

Jeudi 6 octobre. Rien de nouveau — Voici les bruits qui courent. La redoute de Montretout aurait été reprise hier par les Français : le château de Saint-Cloud (aile de Valois) brûlerait. — La dépêche suivante de Gambetta aurait paru à l'Ofliciel, & serait affichée dans les départements non envahis : « Français, depuis quinze jours, il n'y a plus lieu de désespérer. Les Prussiens ont été battus dans toutes les rencontres. Les armées de l'Ouest & du Rhône marchent à grands pas : l'armée de la Loire sera prête dans dix jours. Elle est formidable. »

On dit aussi avoir vu 200 000 h. au Mans.

Vendredi 7 octobre. Rien d'extraordinaire — Entrevue entre M. M. Rameau & de Bismarck. M. de Bismarck annonce à M. Rameau que les élections n'auront pas lieu : il lui montre un décret du Gouv^ de Paris, les renvoyant. M. M. Bersot & Délerot ont dîné chez nous.

Samedi 8 octobre. Rien encore de bien saillant. La ville de Versailles est exemptée de 400 000 fr. par le roi

37 Arnold Scherer. — 3

de Prusse — Je reçois, au Journal, un Prussien, très poli, secrétaire du Préfet, qui demande l'insertion de la réponse de Bismarck à la circulaire Jules Favre — Je cours chercher M. Bersot, qui après quelques mots d'explication, va chez le préfet.

Dimanche g octobre. Le résultat de l'entrevue a été bon — Nous n'insérerons rien. — Passage de troupes pendant i heure ce matin. Rien de nouveau. Engagements à Rambouillet.

Lundi lo. Nouvelles difficultés au sujet du Journal. Je les raconterai dans un mémoire avec les pièces à l'appui — Dîné avec M. Lebourdais chez M. Bersot. Délerot est malade. On parle d'une affaire près de Saint Cloud & Ville d'Avray — Je vais avec G — d'Alaux chez le père Gagarin, jésuite. Il est très aimable & me prête des journaux.

Mardi ii. Arrivée de neuf Prussiens chez nous. Un major, (von der Mûlbe) un adjudant (graf Kospoth.) un sergent avec 2 hommes, formant un bureau, plus 4 soldats —

Le major & l'adjudant dînent avec nous. Ils sont assezbien. Ils étaient auparavant l'un, chez M"^^ Ameille, (dont le mari & le fils sont prisonniers depuis Sedan) l'autre chez M. Delaunay, directeur des Postes — Le Journal paraît aujourd'hui pour la dernière fois : J'ai été à V Internationale , où j'ai vu M.Boullin Saint Amand, qui revient de Tours où il a vu ma mère & ma sœur —

Mercredi 12. On se bat entre le Mont-Valérien et Saint Cloud. M. Tavernier est arrivé de Marly, nous l'annonçant.

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Une ambulance Anglo-Américaine, est arrivée à Versailles, avec 2 nègres & im singe.

Le major & l'adjudant ne dîneront plus avec nous — ils dîneront au petit Vatel ou aux Réservoirs, avec le corps d'officiers — Ils sont polis.

J'ai été à l'Internationale — , & à l'hôpital militaire, aussi à la Bibliothèque, au bureau de l'Etat civil.

Passé la soirée chez M. Bersot, avec M. Délerot.

Jeudi i3. Bonnes nouvelles. Une circulaire de Gambetta, datée de Tours, sur la situation de Paris. Gambetta est ministre de la guerre à Tours. Sa circulaire est très belle — Expulsion des habitants de Garches. On dit, d'une façon à peu près certaine, que les Prussiens, maîtres d'Orléans en ont été chassés par les français. 5 ooo bavarois auraient péri.

Gustave d'Alaux dîne avec nous.

Été chez le P. Gagarin. Un brave homme, trèsagréable —

Vendredi i^. Pas de nouvelles. L'affaire d'Orléans semble mise en doute. Eté chez le Père Gagarin —

Un général français, (d'Etat-Major) est arrivé aujourd'hui au Quartier-Général. On ne sait pourquoi — Le conseil municipal a voté une réponse à la proclamation de Gambetta. M. M. Bersot & Délerot dînent chez nous.

Samedi i5. Rien de nouveau. On continue à commenter l'arrivée du g'^' français. C'est, dit-on, le général Boyer, venant de la part de Bazaine — Il demeure dans la maison d'Agnan, rue Satory. Il est gardé étroitement.

Dimanche. 1 6. Rien de nouveau — Mac-Lean dîne avec nous. —

Lundi ij. Levé à 7 h. Travaillé. Lu Odilon-Barrot. la Centralisation. Déjeûné à 10 h. Été voir Mac-Lean; il m'a annoncé la prise de Soissons.

Vu le P*=^ Royal, partant pour S^-Germain, Promené avec Délerot. Passé à la mairie. Vu Barbu, qui m'annonce que la conduite du Conseil municipal de Versailles est pleinement approuvée à Tours.

Le nonce du Pape est à Versailles, (Chigi) Travaillé jusqu'à 3 heures. Eté chez Mac Lean; à l'Internationale. Proclamation de Gambetta : très-encourageante. Dîné chez M. Bersot avec M. Délerot.

Le g^^ Boyer est reparti hier soir à 9 h. en voiture fermée.

Mardi 18. Pas de nouvelles du dehors. Mais à Versailles, arrestation de M. Lesourd, hier soir à 11 h. Il a passé la nuit dans une cellule infecte, à la maison d'arrêt, Rue Saint-Pierre : & ce matin on l'a expédié sur Corbeil. Son sort n'est pas encore réglé.

Aujourd'hui jour de naissance du Prince-Royal — Les eaux ont joué. J'ai vu le roi, gros homme à la figure enluminée, le P'^^ Royal, Bismarck & le major de Moltke.

M. Bersot est venu le soir.

Mercredi ig oct. j70. Il y a aujourd'hui un mois que les Prussiens sont à Versailles, & que l'investissement est complet autour de Paris.

Ce soir, les troupes, sont, paraît-il, consignées. On craint quelque chose. Déjà, depuis plusieurs jours, les

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Prussiens paraissent inquiets. Ils se lèvent de bon matin : les officiers bouclent leurs valises; on est même venu les réveiller la nuit, dans plusieurs maisons.

M. Lesourd est parti pour Mayence, où il sera prisonnier sur parole.

Un officier Prussien, arrivé à la mairie, dit à l'Employé, chargé du service des logements, de réserver les plus beaux logements, parce qu'il va y avoir un congrès.

M. Journault de Sèvres, est venu à Versailles —

Jeudi 20 oct. La nouvelle d'un congrès se confirme : mais ce n'est pas en vue de la paix ; c'est un congrès de princes allemands, sans doute pour achever l'unité de l'Allemagne.

On se bat à Dreux, dit-on. Il y a trois jours, on aurait battu les Prussiens à Villejuif.

Lettre de mon oncle Eugène du 8, annonçant qu'Eugène Mallet était en bonne santé à Épinal, le 4 de ce mois. J'ai travaillé chez M. Bersot, & j'ai été à l'Internationale.

Hier soir, il y a eu un incendie rue des Chantiers, annoncé par une cloche à la main, sonnée ds les rues.

Vendredi 21 octobre i8yo. Journée émouvante. Dès 8 heures, le canon tonne dans la direction de la Celle Saint-Cloud, jusqu'à 9 h. On suppose que c'est une simple attaque sur le Mont-Valérien. Je sors un instant avant déjeûner. Après déjeûner, visite de M. Hottinguer, en uniforme de chevalier de Saint-Jean. Lettre de ma mère.

A I h. je vais chez le Père Gagarin, où je reste jusqu'à 2 h. passées. En sortant de chez lui, j'entends une canonnade diabolique, toujours de ce côté. On m'apprend qu'elle a repris depuis une heure environ. Je cours à la mairie. Partout dans les rues, les Prussiens sont en proie à la plus vive agitation. Fantassins, cavaliers, artilleurs courent & chevauchent de tous côtés. C'est une alerte : à la mairie, où l'intendant fait une distribution d'ustensiles aux soldats, "une sonnerie retentit, & les voilà tous partis. De tous côtés arrivent des batteries d'artillerie, des pelotons d'infanterie, des corps de cavaliers qui partent précipitamment. Des officiers d'ordonnance partent aussi à bride abattue par la rue des Chantiers pour aller prévenir le Prince-Royal; & le canon tonne toujours.

A la préfecture, de Moltke arrive en voiture & repart bientôt de même. Le roi & le prince royal partent aussi. Les versaillais sont émus, comme on peut bien le penser ; partout se forment des groupes, sur les avenues & sur les boulevards principalement

Il ne reste plus que quelques bataillons massés sur la place d'Armes, comme réserve, & deux canons braqués sur l'avenue de Paris.

A l'Internationale, on prépare des ambulances. On m'indique une maison d'où on peut voir par une lucarne, une partie de l'affaire. (n° 8i Rue de la Paroisse.) Je grimpe en toute hâte, & je vois devant moi, une ligne de bois; (les bois des Hubies, & tous ceux qui sont au sud de Jardy,) en deçà des bois, une grande plaine. La bataille est à deux lieues de Versailles à peine ; c'est une sortie considérable, appuyée par les canons du Valérien. Audessus du bois, on voit paraître à chaque

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instant les obus qui éclatent en fumée blanche. Ce matin, nous dit-on, la fumée blanche paraissait à l'extrême droite du spectateur; maintenant elle est en face de nous, juste au nord de Jardy. La ligne de bataille s'étend probablement jusqu'à Beauregard & la Celle Saint-Cloud.

Dans la plaine située en deçà des bois, nous voyons des cuirassiers blancs en déroute. Ce matin on a vu des cavaliers & des fantassins débandés, assez nombreux. Le canon tonne plus rarement & plus faiblement, de temps en temps pourtant il se rapproche ; à 5 h. 1/2, tout est fini; alors les nouvelles commencent à arriver; les cancans de pleuvoir. A demain les détails sérieux.

M.M. Bersot & Délerot dînent chez nous. Le soir, la ville est déserte, plus encore qu'à l'ordinaire, & les Prussiens ne se vantent pas.

Samedi 22. Le combat a eu lieu entre Bougival, La Celle Saint Cloud, le bois des Hubies, Jardy, Garches et Rueil. Ducrot avait fait une sortie au nord, puis s'était rapproché graduellement du Mont -Valérien, & de là, était parti pour Bougival. Les soldats ne s'attendaient pas à une affaire aussi importante; ils n'avaient que 3o cartouches. Il paraît que les Français ont occupé Bougival, & s'y sont établis : ce qui explique pourquoi les Prussiens ont fait là un certain nombre de prisonniers en enlevant la position. Les français ont surtout perdu du monde dans la retraite.

J'ai vu arriver les prisonniers français ; il y en avait 52 ou 53, pas plus. Un capitaine de ligne, un lieutenant de mobiles, deux francs tireurs, un ou deux soldats de

mobile, une demi-douzaine de zouaves, & le reste, troupes de ligne. Coups de plat de sabre aux spectateurs. On nous a aussi pris deux canons —

Les Prussiens avouent 5oo blessés & tués de part & d'autre. Ils diminuent donc évidemment leur chiffre ; qu'il faut porter à 7 ou 800. Un nombre égal de prisonniers de chaque côté : ce qui veut aussi dire 5o pour les prussiens, 100 pour les français — Ils s'étaient d'abord vantés de 2 000 prisonniers, puis de 100, & cela se réduit à 5o. En somme, bonne journée.

Entretien, hier soir, de Bismarck avec le Maire. Il lui a témoigné son déplaisir de l'attitude de la population, pourtant très pacifique : ils ne veulent pas être regardés, quand ils partent à la hâte : ils ne veulent pas d'attroupement —

Dimanche 23. Visite de M. Hottinger le matin — à Déjeûner, notre major nous annonce son départ pour demain.

Un arrêté de Voigts-Rhetz, annonce que, lorsque le signal d'alarme est donné, les hommes doivent rester ou rentrer chez eux. — Sans quoi, après sommation, on tire sur les passants.

Sorti avec mon père : été à la mairie. Nouvelle visite de M. Hottinger avant dîner —

Gustave d'Alaux a dîné chez nous —

Lundi 2/f oct. Départ du major Prussien, & de la plus grande partie de nos garnisaires. Il reste l'adjudant & 2 hommes : l'adjudant est souffrant d'une fluxion. J'ai travaillé assez longtemps aujourd'hui.

Sorti à 4 h. Assisté à un immense enterrement mili-

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taire Prussien ; au cimetière N. Dame : 3 colonels, des officiers bavarois ; en tout onze cercueils : musique militaire splendide : un premier cortège de trois cercueils, (i col. Prussien & 2 ofî. Bavarois) escorté de dragons bleus, a descendu la rue Satory en jouant une marche funèbre admirable: je n'ai jamais entendu de plus belle musique de ma vie. Une 'puissance & une plénitude incomparables —

Arrivé à la place d'Armes, le cortège a fait halte, & un autre cortège, de trois cercueils aussi, (dont i colonel ou général,) est descendu du château. Dans le premier, les 3 cercueils étaient en bois blanc, sans drap, couverts de fleurs & de couronnes, avec les casques des défunts. Dans le 2^ cortège, le cercueil du colonel était couvert d'un drap noir, & chargé de fleurs; un officier marchait devant, tenant un coussin de velours, orné de fougère, sur lequel étaient posées les décorations du défunt. Les 2 autres cercueils étaient couverts d'un simple drap blanc —

En partant de la place d'armes, la musique du 2^ cortège a joué la marche funèbre de Chopin, d'une façon incomparable.

Un autre cortège a encore rejoint les 2 autres au cimetière.

Les troupes ont tiré à deux reprises, trois salves de mousquèterie.

Deux services ont été faits sur la tombe : l'un protestant, l'autre catholique, tous les deux en allemand. Deux pasteurs & un prêtre ont parlé sur cette fosse ouverte, où onze officiers allemands dormaient.

L'un des pasteurs a fini son discours par cette belle prière : « que le Seigneur vous maintienne en paix &

45 Arnold Scherer. — 3.

en prospérité ; » le dernier mot de sa prière se trouvait être Frîeden, & à ce moment la musique a joué une mélodie si douce & si voilée, que tout le monde était ému.

Retour de notre ambulance de Dreux —

Dîner chez M. Bersot avec M. Délerot.

Après dîner, nous sortons pour admirer une splendide aurore boréale — Je n'en avais jamais vu avant.

Nous avons lu aujourd'hui des Indépendances Belges. Nous voyons en somme beaucoup de journaux, anglais, français & allemands.

Désagrément à la mairie entre un lieutnt de police Prussien & des conseillers, à propos d'une réquisition. Le Prussien, fou de colère, dégaine — Puis il va chercher des soldats du poste, & fait emmener MM. Laurent Hânin, de Montfleury & Albert Joly — Ils sont relâchés aussitôt.

Mardi 25. Départ de notre lieutenant Prussien, assez souffrant, avec son brosseur —

Rien de nouveau du tout. Travaillé «&ludes journaux — Nouvelle aurore boréale.

Mercredi a 6. Bonnes nouvelles de Bazaine. Il aurait fait une sortie heureuse pour se ravitailler. Bonnes nouvelles de Dreux & de Châteaudun.

M. M. Bersot, Délerot & Gustave d'Alaux viennent le soir après dîner.

Jeudi 2y. Nouvelle de la prise de Metz — Sérénade à la Préfecture le soir.

Réquisition de 6 ooo couvertures pour les soldats ; les

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conseillers municipaux vont en quêter chez les habitants.

Triste journée — Pluie torrentielle

Vendredi 28. Rien de nouveau. M.M. Bersot & Délerot à dîner — Un ballon —

Samedi 2g. Arrivée de Lefèvre Pontalis, de Tours, Il a vu Thiers, Grévy, Gambetta, Grémieux, Glais- Bizoin, Fourichon. Gambetta & Glais-Bizoin sont contre la paix & les élections, Les autres pour, surtout Thiers & Grévy. Thiers a réussi à Saint-Pétersbourg. Il a passé trois jours à Tours, & après avoir passé par Versailles, est rentré à Paris.

Visites dé M.M. Ephrussi, de Paris, & Hoff, de la gazette d'Augsbourg.

Dimanche 3o. Thiers a passé quelques heures ici ce matin. Il a déjeûné aux Réservoirs avec Horace Delaroche. Il est reparti dans la journée & doit revenir demain.

Gustave d'Alaux à dîner.

Lundi 3i octobre 18 y o. Travaillé — Visite de M. Ephrussi. Visites de M.M. B. S^-Hilaire, & Welten —

Thiers est arrivé à Versailles, de retour de Paris, on ne sait rien de nouveau —

Le soir, canon, énergiquement. Nous dînons chez M. Bersot, avec M. Délerot. Barbu vient le soir.

Mardi i*^"" novembre. Le temps est de nouveau au beau — Le canon a tonné toute la matinée. Été chez M. Bersot, Se à ITnlernalionale ^—

Frédéric Charles & Fritz Wilhehn sont nommés maié-

chaux par un décret du 28; je crois. Thiers est toujours

Mon père a vu M. Thiers & Paul de Rémusat & Gochery.

Mercredi 2 novembre. Rien de nouveau — sauf l'arrestation de M. de Raynal, substitut, ce matin : on ignore les motifs. Mon père a été passer la soirée chez Tliiers : moi à l'Internationale. — Depuis vendredi soir, le canon tonne jour & nuit, avec des intermittences : on l'entend plus la nuit que le jour.

Jeudi 3 novembre i8yo. Le canon continue. Rien de nouveau. Dîner chez M. Lebourdais avec MM. Délerot & Bersot.

Vendredi 4- Rien de nouveau. M.M. Délerot & Bersot dînent chez nous — G. d'Alaux dans la soirée.

Samedi 5. Encore rien — Mon pjre voit Thiers, qui partira probablement lundi. Il a été ce matin à Sèvres, & il a eu, de l'autre côté de la Seine, une entrevue avec qqun de Paris — Il a sauté en bateau, trompant la surveillance des Prussiens, & puis il est tranquillement revenu — (Tous nos Prussiens reviennent pour 4 jours) Arrestations de M.M. Albert Harel, substitut, & Thiroux, dir. des Postes.

Nouvelles de Metz, par Mac-Lean —

Nouvelles des troubles de Paris, suivis d'un plébiscite, qui a donné 3oo 000 voix au gouv* contre 20 000.

Le Préfet a défendu à la magistrature de rendre la justice autrement qu'au nom de Napoléon III

Dimanche 6. Sortis après déjeûner, après une visite de M"^ Lean. Été à la mairie. Vu de Moltke — Rentrés

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— Travaillé — G. d'Alaux à dîner. Après dîner, mon père va chez Thiers, & revient à ii h. avec de mauvaises nouvelles. Les négociations sont à peu près rompues, Thiers part demain matin à 6 h.

Lundi y. Les négociations sont rompues. Thiers est parti. On a refusé à Cochery un sauf-conduit pour aller faire une dernière tentative à Paris, (un factionnaire Prussien blessé ds la nuit.) Visites de Rosseuw^ S* Hilaire & de M« Lean. Dîner chez M. Bersot, avec M. Délerot. Barbu est venu le soir. M. Thiroux est relâché sur parole.

Mardi 8. Cochery est resté à Versailles. Il est aux arrêts pour 3 jours & ne doit communiquer avec personne — M. Thiroux est de nouveau arrêté — Canon le soir. Lettre de ma mère par M. de Rauch.

Mercredi g novembre i8yo. Ce matin à 7 h. départ de MM. de Raynal, Harel & Thiroux pour Minden, Le soir M.M. Hoff, G. d'Alaux, Délerot, Bersot.

Jeudi 10. Forte tombée de neige — Rien de nouveau. Arrivée des principicules allemands. Sortis assez tard — (amende de 2000 fr. indemnité & 2000 fr. récompense pour la sentinelle blessée.

Vendredi 11 nov. i8yo. A 4 h. du matin canonnade épouvantable, mais courte. Réquisition de 6000 chemises, & 2000 p. de bottes.

Le congrès des plénipotentiaires allemands continue : d'autre part, les ducs d'Oldenbourg, de Bade, de Mecklembourg, & & arrivent un à un, on parle d'une séance solennelle du Reichstag, qui se tiendrait au

château de Versailles, & qui proclamerait Guillaume de Prusse, empereur d'Allemagne. Mais c'est loin d'être sûr.

On sait que la ville de Versailles a été requise de payer 2000 fr. d'indemnité au soldat blessé l'autre nuit, rue des chantiers, & 2000 fr. à titre de récompense à celui qui dénoncera le meurtrier. Vive discussion dans le Conseil municipal. M. Rameau refuse de signer l'affiche promettant ces 2000 fr. Elle est signée par M. Lasne, i^^ adjoint.

Il paraît que la ré-arrestation de M. Thiroux, & son envoi en Allemagne (ainsi que M. M. de Raynal & Harel, viendrait d'un désaccord entre le Préfet Prussien & de Voigts-Rhetz, le g*^ command* la place — Le préfet avait ordonné la mise en liberté provisoire de M. Thiroux; von Voigts-Rhetz l'a fait de nouveau arrêter — Le motif de l'arrestation c'est que M. Thiroux avait adressé à ses employés une circulaire pour leur rappeler l'art 77 du code pénal. Le préfet Prussien qui avait, postérieurement à cette circulaire, demandé à M. Thiroux son concours, & se l'était vu refuser, l'avait révoqué : mais ^ il n'avait eu connaissance de la circulaire de M. Thiroux qu'après la révocation de celui-ci, quoique la circulaire eut été écrite avant. Il l'a alors fait arrêter. On a tiré M. Thiroux le lendemain, de sa cellule infecte, & on l'a fait comparaître devant le préfet, pour procéder à l'instruction; le préfet lui a reproché d'avoir adressé une circulaire à ses employés, en qualité de directeur des postes, alors qu'il était révoqué. M. Thiroux a répondu qu'il avait adressé la circulaire avant. Le préfet a alors répondu : Monsieur, vs. savez bien que les employés Français sont révoqués par le seul fait de

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l'occupation allemande. Thiroux a allégué comme preuve du contraire : i° La demande de concours à lui adressée. 2° La révocation en forme dont il avait été l'objet. Le préfet s'est fâché, lui a dit qu'il ne comptait pas discuter avec lui, & l'a renvoyé en prison. Puis le lendemain, il l'a mandé & lui a fait savoir qu'il était libre, à condition de promettre de rester chez lui de 7 h. du soir à 8 h. du matin. Thiroux a promis & le lendemain matin, il a été arrêté. Le surlendemain à 7 h. il partait pour Minden.

Aujourd'hui, longue visite de Gustave d'Alaux ; je travaille avec lui.

MM. Délerot & Bersot dînent chez nous — Canon avant dîner —

Samedi 12 novembre. Visite de M*^ Lean — Bonnes nouvelles d'Orléans, qui est repris par les Français. Les Bavarois ont perdu 2 canons à Artenay. Les Prussiens sont furieux contre von der Tann —

Deux divisions sont parties Lundi pour Chartres.

Samedi 12 novembre i8yo.

Je travaille jusqu'à 2 heures. Je sors à 3 h. avec mon père. Je vais à la mairie. M. Délerot m'apprend que HofT s'est suicidé, & que M. Passa l'a enterré ce matin — Plus tard je vais à son hôtel avec mon père & nous apprenons quelques détails. Ce pauvre garçon avait écrit dans la gazette d'Augsbourg, dont il était correspondant, que les journalistes anglais étaient mieux traités à Versailles que les journalistes allemands. M. de Bismarck se fâcha, & lui signifia l'ordre de retourner en Allemagne. Le malheureux fut pris d'un accès de désespoir, & s'empoisonna. Le mercredi, il prenait le thé chez nous, & empruntait même un livre

à mon père — Le Jeudi à 4 h, il faisait demander une voiture, qu'on n'a pas pu lui trouver; il parut ne pas s'en inquiéter, & à 5 h. 1/2 il rentra chez lui. A 7 heures, un de ses amis venait le chercher, on frappait à sa porte, il ne répondait pas. On le crut sorti. A 4 heures du matin, la fille de l'hôtel voyait sa chandelle qui brûlait encore dans sa chambre. A 7 h. du matin, il ne sonnait point, comme d'habitude, pour son café; on entra dans sa chambre. Il était étendu mort sur son lit, tout habillé, & sa fiole de poison à côté de lui.

Un grand nombre de familles anglaises ont quitté Paris & sont arrivées aujourd'hui à Versailles. Les bonnes nouvelles d'Orléans se confirment.

Dimanche i3 nov. Rien de bien nouveau — Capture d'un 3^ ballon, avec 3 aéronautes — Lors de la capture des 2 ballons précédents, on a tenu un conseil de guerre, pour savoir ce qu'on ferait des aéronautes — Bismarck a demandé énergiquement qu'on les fusillât. Mais le conseil a décidé simplement qu'on les enverrait en Allemagne.

Hoff s'est empoisonné avec de l'arsenic. Le pauvre garçon était, dit-on, d'une bonne famille de Mannheim — Lewyssohn, son ami, est parti pr l'Allemagne — Il a dû beaucoup souffrir. Son corps était, paraît-il convulsionné ■■ — Ses yeux ouverts, une jambe, pendant hors du lit — un couteau ouvert, à côté du verre —

Gustave d'Alaux à dîner. Été chez M"^^ de Gharnacé & M"^® Landais, ttes deux sorties —

Lundi i/f nov yo. Il y a une quinzaine de jours, les Prussiens ont renoncé, (c à d. le P^^ Royal) à

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65o ooo fr. qu'ils réclamaient pour réquisitions non fournies, pour le corps d'armée du prince héréditaire.

Les Prussiens qui sont ds la maison Deffaudis ont mis hier le feu à la cheminée pr la 2® fois, se sont saoulés avec 5 ou 6 officiers de leurs camarades, & ont fini par mettre à la porte le concierge et sa femme —

Visite de Gustave d' Al aux — Dîner chez M. Bersot avec M. Délerot. Barbu venu le soir. La défaite des Prussiens à Orléans se confirme. Les français sont probablement à Toury —

Mardi 10. On prétend qu'il va y avoir aujourd'hui ou demain une grande bataille à Etampes — Ed. Valentin, préfet du Bas Rhin, a été fusillé à Wiesbaden — (faux.) —

Mercredi 16. On flaire une bataille qui approche dans le voisinage. Les Français, sont, dit-on, à Etampes, & à Houdan. Pas de nouvelles positives : on les signale aussi à Dammartin. Les Prussiens sont inquiets. Alertes la nuit ds plusieurs maisons — Ils ont ordre de se tenir prêts. Ils font partir leurs convois, la ville est pleine de chariots, de foin, de troupeaux de bœufs & de moutons — Le préfet de Brauchitsch a écrit au conseil municipal pour lui communiquer un rapport d'un sieur Baron, qui, prévoyant le jour, où par la capitulation de Paris, la ville de Versailles se trouverait affamée, conseille au Préfet, chargé des intérêts de la ville, de forcer celle-ci à faire un grand magasin, que lui. Baron, se chargerait de fournir des denrées nécessaires. Ms — ces marchandises qu'il dit être nécessaires, (& qui ne sont pas celles dt on a réellement besoin) il faudra les acheter

au prix indiqué par lui — En outre, il ne pourra pas les livrer à Versailles — Elles seront remises à Nogent l'Artaud, près de Château-Thierry, d'où la ville devra les faire venir (à ses risques & périls) D'après l'état fourni par Baron, on peut juger que ces marchandises se montent environ à 5 ou 600 000 fr. Un quart du prix devra être payé immédiatement & le reste lorsque les marchandises arriveront à Nogent l'Artaud, — (Or, elles y sont, on les [a] vues : donc, il touchera le tout immédiatement.)

Ainsi i*^ La ville sera contrainte à s'approvisionner de marchandises dont elle n'a pas besoin. 2° Elle courra le risque de les voir pillées de Nogent l'Artaud à Versailles. 3° EUe paiera les marchandises au prix indiqué par Baron. 4° L'autorité Prussienne obtiendra gratis, sous forme de réquisitions, les marchandises livrées à Versailles. 5° En cas de départ des Prussiens, le magasin sera pillé —

Enfin, si la ville objecte sa pauvreté, Brauchitsch fera reparaître son banquier Juif de Francfort, Betzold, dont les propositions d'emprunt ont déjà été repoussées une jère foig^ 0\ est évident que Brauchitsch est associé "^à Baron & à Betzold) Le mot forcer (la ville) revient plusieurs fois ds le rapport de Baron.

Cependant aujourd'hui Jeudi (ij noç. 18 jo) un concurrent, s'est présenté, offrant de livrer des marchandises à meilleur prix que Baron, & de les amener luimême à Versailles, de Nogent l'Artaud. Il est probable que c'est encore un tour de Brauchitsch. — Rien de nouveau, sinon la confirmation des nouvelles d'Orléans. Promené ds les bois avec mon père, M. M. Housay, Mainguet & Barbu; D'alaux le soir —

^2ème cahier)

Journal de l'invasion à Versailles — (1870-1871)

Du 18 novembre 1870 au

Jour du départ des troupes Prussiennes.

Vendredi i8 novembre i8yo. Rien de nouveau, sauf la reprise de Dreux par les Prussiens, sur 6 ou 8ooo mobiles. M.M. Délerot & Bersot dînent chez nous. Commencé un travail sur la décentralisation.

Samedi ig novembre i8yo. Dimanche 20. Rien de nouveau. L'affaire de Dreux semble se réduire. On s'est battu à Châteauneuf — Dimanche, retour de M*^ Lean. Promené avec Joly. On dit que Houdan est brûlé.

Lundi 21 novembre. Nous apprenons ce matin que notre adjudant a été blessé à la tête, à Vaucresson — Le mont-Valérien, fait, paraît-il, un feu d'enfer — Le major a renvoyé son cheval à Versailles pour le mettre en sûreté — On dit que ns avons été battus à Châteauneuf. — A 7 h. du soir, inauguration des cours d'adultes, à l'école de la rue Saint Simon — Discours de M.M. Rameau & Bersot.

La Russie a dénoncé, il y a déjà qques jours, le traité de Paris de i856.

Mardi 22 nov. Rien de bien nouveau. Je vais voir le P. Gagarin, qui me dit qu'Odo RusseU a été ici. Il paraît qu'une coalition se formerait contre la Prusse & la Russie, entre la France, l'Angleterre, l'Autriche, l'Italie, la Turquie & la Pologne.

Le soir, nous aUons avec mon père, au cours d'adultes, où mon père fait une lecture, avec commentaires, d'un chapitre de de Saussure sur Ghamonix.

Mercredi 23 nov. On parle d'une affaire à Rueil, d'une autre à Dreux, & d'une autre à Ghâtillon sur Seine, où nous aurions été heureux. Mais rien de positif.

Nous dînons chez M. Bersot, avec M. Délerot. M. Barbu vient après dîner. Nous allons tous entendre le cours de géographie commerciale de M. Pigeonneau à l'école, rue S* Simon — Rentrés à 11 h —

Jeudi 24. nov. Rien d'important, On parle d'une affaire à Artenay. Lu ds un journal allemand la note de Thiers sur ses entrevues avec Bismarck. Suite de l'affaire Baron-Brauchitsch — Tripotages de M. Dietz dans l'affaire

Vendredi 26 novembre i8yo. Le Moniteur Prussien constate la présence d'Odo Russel à Versailles — Il paraît que les journaux anglais ont embrassé chaudement la cause de la France — Ghangement de front complet. On dit que les français jettent des ponts à Bezons & à Ghatou — On dit aussi que Vernon, (Eure) aurait résisté aux Prussiens : on aurait massacré & pris beaucoup d'hommes & 3 canons — (les francs-tireurs.)

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Après dîner, j'ai été à l'école S*-Simon, où Anquetil a lu des lettres Persanes, & où Colomb a fait une bonne leçon sur les Gaulois : (c'est le commencement de son cours d'iiistoire de france) — d'Alaux le soir —

Samedi 26 novembre. On parle de l'arrivée de Thiers. Le Moniteur Prussien annonce la conclusion définitive du traité qui unit Bade, la Bavière & Hesse Darmstadt, à la Confédération du Nord.

On annonce une grande bataille pour aujourd'hui ou demain entre Tours & Orléans —

On s'est battu, dit-on, à Sèvres & à S* Cloud —

M. M. Bersot & Délerot ont dîné chez nous — Après dîner, j'ai été avec M. Délerot à ime leçon de Dietz fils, (rue S^ Simon) sur les écoles dans l'antiquité.

Entre onze heures & minuit, canonnade assez forte —

Dimanche 2y. La cannonade a repris ce matin entre 6 & 7 heures. — (J'apprends qu'elle a duré toute la nuit, depuis 10 h. jusqu'à 7 h.) La canonnade continue faiblement dans le lointain, probablt. au Sud de Paris, (midi)

Promené avec M. Délerot, à la butte des Moulins — Canon faiblement tte la journée & toute la nuit —

Lundi 28. Canon faiblement ds la journée. d'Alaux à dîner. Le soir, leçon de M. Girardin sur Lafontaine, aux cours d'adultes. Pas de nouvelles positives — Canon toute la nuit —

Mardi 2g novembre. On conjecture que le théâtre des engagements qui durent depuis 3 nuits & 2 jours, est Sèvres, Meudon, Bellevue & & —

Je devais aller à Sèvres, avec Délerot & Albert Joly, pour y faire une leçon sur la liberté, à l'école de Sèvres. Ms — arrivés au coude de l'avenue de Paris, ns avons rencontré des femmes qui nous ont dit qu'il était inutile de continuer. L'alarme avait été donnée 3 fois ce matin sur la route de Viroflay à Châville & les français, qui occupaient la Manufacture dé Sèvres, étaient, ns disaient-elles, dans les bois de Châville. Elles avaient entendu leurs clairons sonner la charge —

Nous rebroussons chemin & nous allons à l'Internationale. Les Prussiens sont en mouvement & l'on s'attend à ce qu'ils sonnent l'alarme d'un moment à l'autre. A l'Internationale, toutes les voitures sont convoquées pour être dirigées, d'après les instructions Prussiennes sur Villeneuve le Roi ou sur Saint Germain, [au crayon] (Ceci est expliqué plus tard, par la canonnade de Gennevilliers & la sortie de Choisy le Roi)

Le canon qui avait cessé ce matin reprend, mais faiblement : les Prussiens rentrent dans le calme : les voitures rentrent chez elles après avoir attendu 3 heures l'ordre de départ. La journée est tranquille.

Le soir, mon père continue ses lectures sur les Alpes & le Mont Blanc, à l'école des adultes — Nous reconduisons d'Alaux & Délerot chacun chez lui —

Le Moniteur Prussien constate des engagements victorieux pour les Prussiens de divers côtés, mais aucun succès extraordinaire — il y a une dépêche de Fréd- Charles, ce qui prouve qu'il n'est pas pris, comme on l'avait dit,

En rentrant chez nous vers ii heures, nous entendons 5 ou 6 coups de canons espacée —

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Mercredi 3o. Le canon a tonné violemment toute la nuit. Ce matin, j'ai été, après déjeûner, à la grille de l'avenue de Paris; & j'ai entendu le roulement incessant des mitrailleuses, entremêlé de canon

Vers I h. le canon s'est à peu près tu, les mitrailleuses seules grondaient — Ms à 2 h. le canon a repris avec force jusqu'à 3 h. 1/2, où j'écris ces lignes.

Entre quatre & cinq heures, tout s'est apaisé —

Nous avons dîné chez M. Bersot avec M. Délerot & M. Barbu —

On annonce une défaite de l'armée de la Loire, & une défaite de l'armée du Nord. Celle-ci est certaine, mais celle de la Loire mérite confirmation.

Leçon de M. Pigeonneau aux cours d'adultes.

Jeudi i^'' décembre. Rien de nouveau, sauf les nouvelles de source Prussienne sur l'affaire de Beaune la Rolande, & qui paraissent très exagérées. — Qques coups de canon isolés. d'Alaux le soir —

Il paraît que le 28 & le 29, on s'est battu au Sud de Paris, vers L'Hay «&, & le 3o, vers Champigny.

Vendredi 2 décembre — Jour anniversaire du coup d'Etat. Pas de nouvelles; je me trompe, un congrès à Londres, pour régler le conflit anglo-russe. L'affaire de Beaune la Rolande n'a pas été une défaite pour nous. L'a flaire du 29 & du 3o n'ont pas non plus été mauvaises.

On continue à affirmer que le P*^^ Fréd Charles est prisonnier —

On parle d'une victoire des Français près de Longjumeau, & d'ime autre à Méréville —

M.M. Délerot & Bersot dînent chez nous.

Le canon a un peu tonné aujourd'hui & beaucoup dans la nuit (du 2 au 3 — )

Samedi 3 décembre. Ce matin à 11 h. nous nous sommes mis en route, MM. Bersot, Albert Joly & moi pour Sèvres, où Délerot nous a rejoints. Nous avons déjeûné chez M. Journault, maire de Sèvres, avec 2 ou 3 conseillers municipaux. Après quoi, j'ai été faire, assisté de tous ces dignitaires, une conférence aux élèves de l'école de Sèvres (garçons & filles). Je leur ai parlé pendant près d'une heure & demie de Vindépendance nationale, je leur ai raconté les histoires de Washington, de Guillaume Tell, de Jeanne d'Arc. & &

— Nous sommes revenus à 5 h. à Versailles — Nous avons entendu les canons français & Prussiens dialoguer tout le long de la route, allant & revenant —

On signale les Français à Bonneval «& à Ghâteaudun.

— On parle de nouveau d'un succès à Longjumeau — Enfin, on les signale aussi àMalesherbes. — On dit aussi que Garibaldi est près de Fontainebleau — La situation paraît assez bonne — On reprend courage —

Hier matin un ballon a passé ici —

Dimanche /f décembre. On annonce une victoire de Ducrot sur la Marne — Les français seraient à Brie Comte Robert & à Villeneuve S* Georges. — L'armée du Nord n'est pas en déroute ; elle s'est simplement repliée sur Arras après l'affaire de Villers Bretonneux.

Lu V indépendance belge du 3o. La situation paraît bonne — (Lettre de ma mère par poste prussienne

J'ai vu aujourd'hui une douzaine de personnes attroupées devant une affiche en langue allemande, annonçant

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l'établissement d'un magasin d'objets militaires — Les bons Versaillais étaient occupés à compter les lettres d'un mot qui en avait bien 20 ou 3o — C'était le mot : Ausruestungsgegenstaende.

M.M. Délerot & d'Alaux sont venus le soir.

Lundi 5. Qques coups de canons isolés hier soir & ce malin — Grandes nouvelles — Orléans est repris par les Prussiens, mais Ducrot occuperait la vaUée de la Marne, ravitaillerait Paris, & donnerait la main à l'armée de la Loire —

Nous dînons chez M. Bersot avec Délerot. Après dîner, nous allons entendre une leçon de Dietz, sur le Misanthrope, (aux adultes)

Mardi 6. Triste journée, la plus triste que nous ayons eue depuis la prise de Metz. Orléans a été repris, mais après une défaite d'Aurelles de Paladines. Ducrot est rentré à Paris.

J'ai vu arriver une batterie française, prise, dit-on près de Chartres,

Mon père a vu Odo Russell & W. H. Russell, correspdt, du Times — J'ai fait une visite à M^ Lean, chez qui j'ai vu un g^^ américain, G^^ Duff, qui m'a prêté des journaux anglais.

Mon père est très triste & découragé — Il a fait une troisième leçon à la rue S^ Simon, ce soir —

La situation paraît grave, Paris ne pouvant plus se ravitailler, & l'armée de la Loire étant battue, ainsi que celle du Nord — Comment tout cela finira-t-il? Il y a des moments où l'on devient fou.

On a envoyé un parlementab-e à Trochu, pour lui

61 Arnold Scherer. — 4

annoncer la bataille d'Orléans, & pour l'inviter à envoyer un commissaire s.ur les lieux pour se convaincre de la situation, &pour conférer avec le gouvt, de Tours. On parle aussi d'armistice — Mais le canon, qui continue à tonner de loin en loin semble démentir ces bruits.

Mercredi y. On reçoit des nouvelles un peu meilleures — Orléans serait repris — Paladine n'aurait pas assisté à la bataille avec le gros de l'armée. Gambetta a été blessé, dit-on. Le soir, après la leçon de Pigeonneau, M.M. Bersot & Délerot prennent le thé chez nous.

Jeudi 8. La situation paraît de nouveau moins bonne. Les Prussiens deviennent monstrueux. Hier, ils ont demandé la liste de tous les hommes de 20 à 45 ans, susceptibles de faire partie de la levée en masse, menaçant d'une amende les familles de ceux qui se déroberaient clandestinement. Aujourd'hui, 4 omnibus, par eux demandés, n'ayant pas été fournis à temps, ils ont mis en prison l'employé, chargé du service des voitures, & ont envoyé dix garnisaires chez Rameau, Rémont, Verlhac, Jeandel & Riche, membres de la commission des charrois.

J'ai été 2 fois chez M<^ Lean. Hier, j'ai fait la connaissance du g*^ américain Duff. — Les nouvelles sont vagues — d'Alaux dîne avec nous —

Vendredi g. On prétend que Ducrot serait dans le Nord. — Sauf cela pas de nouvelles — M.M. Bersot & Délerot dînent chez nous — Leçon de Colomb, le soir, aux adultes.

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Samedi lo déc. i8yo, Albert Joly est père d'une petite fille — Pas de nouvelles — Je lis V Indépendance du 7 déc. Leçon de M. Girardin sur La fontaine.

Dimanche ii déc. On dit que la situation de l'armée de la Loire devient meilleure. Nous lisons Y Indépendance belge du 8. Pas de nouvelles importantes — Les Allemands sont à Beaugency & à Vierzon — M. Délerot dîne chez nous —

Lundi 12 déc. i8yo. Pas de nouvelles — Nous dînons chez M. Bersot. Leçon de M. Girardin —

Mardi i3. Deroisin& Laurent Hânin sont arrêtés, puis relâchés sur parole, pour avoir signé des passeports — Nous apprenons la mort des 2 fils de M. de Bussierre, «& d'Olivier Godard. Leçon de mon père aux adultes.

Mercredi i/f. Nous avons régulièrement V Indépendance belge, par M. Délerot qui la reçoit. J'ai vu les n°^ des 7, 8, 9, 10, II, — belle circulaire de Chaudordy — Il paraît que le g^^ Chanzy a vigoureusement résisté à Beaugency. J'ai fait ce soir, (mercredi) une conférence aux cours d'adultes sur le Vésuve & Pompéi —

MxM. Délerot & Bersot ont pris le thé chez nous —

Jeudi lo. Indépendance du 12 — Chanzy, paraît-il, fait sa jonction avec l'armée du Nord —

On a reçu des nouvelles de MM. de Raynal, Thiroux, & Ilarel, il y a déjà 8 on i5 jours — Thiroux était souHrant — Ils étaient, non pas internés à Minden, mais en prison. Depuis, on a obtenu des améliorations, par l'aide de camp du g'^ duc de Saxe Weimar, (M. de Beust.) bis-

billes entre Bismarck & de Moltke — Hier 4 lettres de ma mère —

Vendredi 1 6. Brouille entre Deroisin & le conseil — — Hier, mort du Dr — Brecoster, d'une apoplexie foudroyante

Histoire du nommé X — , concierge de M. de Roon, min de la guerre — Celui-ci écrit au maire pr. lui faire part de la situation intéressante du dit concierge, ancien militaire, & le somme de lui faire donner des secours. M. Rameau fait venir X — , qui nie énergiquement avoir demandé l'intervention du ministre de la guerre, & refuse tout secours — Nouvelle lettre de de Roon : nouvelles dénégations, nouveaux refus du concierge — 3"^ lettre plus impérative, 3^ refus du concierge, qui finit par avouer au maire que sa femme, cuisinière du ministre, mais ne touchant pas de gages, aura probablement inventé ce moyen de se faire payer ses gages, moyen économique que de Roon aura été charmé d'employer —

M. M. Bersot & Délerot dînent chez nous — Leçon de Colomb —

Samedi ly décembre. Funérailles d'Olivier Godard, mort à la suite des blessures reçues au combat de Champigny. Il avait 27 ans & était déjà lieutenant, n était engagé volontaire. Une foule immense assistait à son enterrement. 18 conseillers municipaux — Le maire tenait un des cordons du poêle : les autres étaient tenus par MM — le docteur Fropo, de Nansouty&le colonel Michel. M. Rameau a parlé sur la tombe ainsi que le Dr. Fropo. Plusieurs officiers Prussiens assistaient

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aux obsèques , parmi eux Voigts Rhetz & Treskow : un peloton Prussien & une musique Prussienne précédaient le convoi, ainsi qu'un peloton d'infirmiers français — Le cercueil était couvert d'un drapeau tricolore —

Le canon a repris depuis hier par intervalles — Le soir, j'ai fait une conférence aux cours d'adultes, rue Saint Simon, sur Herculanum & Poinpéi : j'en ai été plus content que de la i^'*^.

M. Brecoster, mort avant hier, a été enterré aujourd'hui.

Dimanche i8 déc i8yo. Aujourd'hui, la députation du Reichstag, chargée de présenter au Roi de Prusse l'adresse l'invitant à prendre le titre d'Empereur d'Allemagne, arrivée avant hier, a porté l'adresse à la Préfecture. J'ai vu les députés monter en voitures aux Réservoirs : et quelles voitures ! d'effroyables carrioles ! des fourgons de poste, sales, crottés! Et les députés! quelque chose entre les soldats de Soulouque & les gardes nationaux de l'Empire — des pantalons à souspieds blancs ou gris très clair, avec une grande bande d'or, un frac brodé, noir, bleu, (l'un d'eux rouge écarlate) un chapeau de général à plumes blanches, l'épée au côté, de grandes épaulettes d'argent. Une vraie charretée de carnaval ! le drapeau de la confédération a été hissé sur la Préfecture pendant la cérémonie, & baissé ensuite — Tous les hobereaux étaient en l'air —

Conférence ennuyeuse de M"^^ hommaire de Czell. d'Alaux à dîner

Pas de nouvelles — Retour de Barbu —

Un directeur des postes de Seine & Oise est nommé — ( — Il est bon de noter, en passant, que la Préfecture de

o5 Arnold Scherer. — 4-

Versailles est divisée en 4 bureaux. Bureau des contributions — id. de la voirie — de la police — du Moniteur officiel.

Avant-hier^ réquisition de la part du quartier général du prince Royal, de douze grands arbres de Noël —

Vu des numéros intéressants du Pall Mail, contenant un bon article sur les chances de la guerre, que j'ai traduit, et des lettres très bien faites sur la guerre au point de vue politique & moral —

Une batterie française est à Meudon, capable de tirer sur Versailles — Nous allons donc être bombardés incessamment —

La Prusse persiste ds l'affaire du Luxembourg —

Les Anglais qui sont ici sont très émus de l'arrestation du capit"^ Hozier & de ses collègues à Étampes, où ils ont été pour ainsi dire, mis au secret —

Jaurès commande au Mans, & Bourbaki à Bourges, Ghanzy au Nord de la Loire, mais onnesait où, au juste — Faidherbe à Lille —

Le canon a tonné un peu cette nuit, & toute la journée d'aujourd'hui par intervalles. Demain lundi, il y aura trois mois que nous sommes envahis ; les Prussiens sont entrés à Versailles le lundi, 19 septembre —

Lundi ig. Trois mois! — Pas de nouvelles — Visite de G. D — 2 lettres, une de Jeanne & de ma mère, l'autre de ma tante Catherine — Dîner chez M. Bersot, avec Délerot. Barbu le soir. Leçon de Girardin sur Lafontaine.

Mardi 20. Rien de nouveau. Vu Duff & M"^ Lean — Bruits vagues — Arrivée de i5o marins Prussiens — Assez forte canonnade ds la journée & surtout le matin —

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Mercredi 21. On a vu, lundi soir, une vive lumière, tantôt blanche, tantôt roug-e, audessus de la Préfecture — Les uns ont cru que c'était une lumière électrique, les autres un feu. Ceux-ci avaient raison — Il paraît que les députés du Reichstag ont été lundi à Saint-Cloud & qu'on leur a donné le spectacle de l'incendie de 120 villas — On a entendu le canon aujourd'hui mercredi & surtout dans la nuit dernière une assez forte canonnade —

On a fait des perquisitions dans presque toutes les maisons du quartier Saint-Louis & dans beaucoup de maisons des autres quartiers de la ville. On est venu chez nous entre autres : i officier, i gendarme & plusieurs soldats : on a placé des soldats à la porte & sur le palier, & j'ai fait le tour des chambres avec l'officier & le gendarme — L'officier était poli & même assez aimable, il a fait sa tournée d'une manière pr. ainsi dire dérisoire : il n'est pas entré dans la cave, ni au rez de chaussée, ni au jardin les soldats ont sommairement regardé tout cela — cela n'a pas duré dix minutes. Il a vu un sabre de cavalerie ayant appartenu au frère de ma mère, & après avoir constaté qu'il n'était pas aiguisé,il l'a remis à sa place — J'ai aussi accompagné des soldats Prussiens dans une perquisition chez ma tante, 18, avenue de Sceaux : on a dû faire sauter la gâche : c'était un sergent, qui a été poli ; les soldats ont regardé le portrait de Garibaldi, qui les a beaucoup attirés — Dans la même maison, ils ont fouillé la cave, & ont même sondé les murs de la cave — Ils ont trouvé dans l'appartement de M. Meynier, capit"^ d'État major, actuellement prisonnier en Allemagne, des épées, qu'ils ont emportées; Cela a motivé l'arrestation du beau père du propriétaire, un monsieur assez âgé — Le quartier S^ Louis était blo-

que par toutes les issues — Il fallait, pour passer, une permission des officiers qui dirigeaient les perquisitions — De gros groupes de soldats en petite tenue, mais armés de leurs fusils se teaaient de loin en loin, & détachaient de temps en temps qques hommes pour fouiller les maisons. Des patrouilles de dragons, assez fortes parcouraient les rues pdt tout le temps —

A l'Internationale, le chef de la Police du Roi, Gzerniski, le même qui avait dégainé contre les conseillers municipaux, a dirigé les perquisitions, fait odieux, inouï, vu la neutralité de l'Internationale. On a du reste, été aussi grossier que possible — Au lieu d'attendre qu'on vînt ouvrir la porte de la cave, ils ont forcé la serrure, & emporté 8 bouteilles de vin destinées aux blessés — Ils ont aussi perquisitionné le magasin à linge, & tenu les membres de l'Internationale prisonniers ds les bureaux pdt. I h 1/2. M. Delaroche a protesté auprès du P*^® Putbus, ce qui équivalait à rien du tout — On a aussi été chez Duff & M^ Lean —

Résultat des perquisitions ds. la ville — Environ 100 ou 200 arrestations, dont une dizaine seulement maintenues — 75 fusils saisis, qques épées, poignards & revolvers — La ville a été frappée de terreur par tout cet appareil. Les Prussiens craignaient, dit-on, une conspiration contre le roi & Bismarck, & ils cherchaient autant des hommes, des francs-tireurs cachés, que des armes. Leurs perquisitions ont été bêtement faites — La plupart des officiers paraissaient ne pas savoir ce qu'ils venaient chercher, & ont fait des recherches dérisoires. D'ailleurs, beaucoup d'armes pouvaient être cachées en dehors des maisons ; beaucoup de francs tireurs, si francs tireurs il y a, pouvaient être à se promener dans la ville —

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Chez nous, iin des soldats a oublié la bag-uette de son fusil.

Pas de nouvelles — M. M. Bersot & Délerot le soir. Vu Delaroche, M" Lean, &.

Jeudi 22 Dec. i8yo. Les Prussiens avaient annoncé avant-hier soir un succès vers Nuits — Ce sont eux au contraire qui ont été battus ; ils ont dû évacuer Nuits & reculer jusqu'à Dijon —

Dans la nuit dernière — (de mercredi à Jeudi) une batterie française, établie à Billancourt, a bombardé Sèvres, mais sans grand dommage pour les Prussiens, qui n'ont eu que 8 blessés — une vieille femme a été tuée — 5oo bombes environ sont tombées ds la ville — Les Prussiens ont eu très peur — Journault & son adjoint se spnt promenés toute la nuit au milieu des bombes — J. qui est venu aujourd'hui à Versailles, a essayé de faire passer à Trochu un avis, portant, qu'à moins de plans particuliers, qu'il ne peut pénétrer, le bombardement de Sèvres ne fait aucun mal aux Prussiens, & peut causer de graves dommages à la ville, qui a déjà subi environ 2.000.000 de pertes : Des objets d'une valeur d'environ 2 000 000 sont accumulés à la mairie, & devraient être abandonnés —

La ville de Versailles a été taxée aujourd'hui d'une amende de 5o 000 fr. par herr von Brauchitsch, préfet de Seine & Oise, député au Reichstag, gendre de M. de Roon, pour n'avoir pas encore rempli le fameux magasin, (voy. plus haut.) Or les marchandises sont en route, «& sont arrêtées par la Commission des lignes Prussiennes. Si, au 5 Janvier, le magasin n'est pas fourni, la ville devra payer 75 000 fr. d'amende —

Czerniski est venu aujourd'hui voir Delaroche à l'Internationale & lui a annoncé que dans 3 jours, la Société devait être dissoute, par ordre supérieur : le prétexte est, que V Internationale ne rend plus de services — C'est le comble ! 11 ne reste plus qu'à fusiller le conseil municipal & à déporter les membres de l'Internationale —

Demain, j'aurai des détails sur l'entrevue. Je sais seulement, que les membres de l'Internationale domiciliés à Versailles, pourront, si bon leur semble, être conduits aux avant-postes, pour regagner la Société centrale française : les membres non domiciliés ici, devront quitter Versailles —

Ge soir, par moments, une très-vive canonnade, qui ne dure qu'un instant, avec une très grande intensité, puis qui reprend cinq ou dix minutes après — C'est peut être le bombardement de Sèvres qui recommence — Mais on dirait plutôt que le son vient du côté de VéUzy. Par moment, il semble venir de 2 côtés à la fois —

On dit que Gambetta a été frappé d'aliénation mentale : d'autre part, on prétend que Thiers est ministre de la guerre —

Vendredi 28 décembre i8;;o — Hier, Czerniski est venu comme je l'ai dit, intimer de la part des autorités supérieures l'ordre de dissolution à M. Delaroche, qui a immédiatement cessé ses fonctions, tout en allant protester auprès du P'^^ Putbus — Celui-ci a paru très désolé, & a dit à Delaroche qu'il devait y avoir un malentendu — Il l'a prié de venir causer avec lui le lendemain matin — Ce matin Putbus a tenu le même langage, a dit qu'il conférerait avec les autorités supé-

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Heures, & a remis la réponse à l'après midi — Il est en effet venu à 6 h. ms Delaroche venait de quitter l'hôtel des Réservoirs — On a dû aller le chercher — Je ne sais pas la suite — Ms toujours est-il que ce matin, Voigts-Rhetz a écrit un billet très poli à M. Delaroche, lui disant qu'il avait appris que la Société Internationale avait l'intention de se transporter sur la Loire, pour y soigner les nombreux blessés français, il priait M. Delaroche de lui remettre les cartes contresignées Putbus, qui étaient portées par les membres du comité — Delaroche a répondu que son intention n'était nullement de se transporter sur la Loire, ayant été nommé à Versailles par le ministre de la guerre — que chacun des membres du comité ferait ce que bon lui semblerait, que pour lui, il comptait garder sa carte, qui lui appartenait, & qu'il permettait seulement que la signature Putbus fût rayée —

D'autre part, les ambulances particulières sont accourues se mettre sous la protection de Putbus, qui a été vexé d'avoir tout cela sur les bras, & désolé de toute l'affaire; l'un des chefs d'ambulance, M. de Romanet, chef d'ambulance de Montreuil, dames de la Retraite, a été de Putbus à Voigts-Rhetz, & de Voigts-Pdietz à Forster (sous-préfet) qui tous se sont montrés désolés. Si, ont déclaré qu'il devait y avoir malentendu. — A demain des détails nouveaux —

La folie de Gambetta n'est pas confirmée. Canonnade assez forte avant dîner — Et entre lo & ii heures — 11 y aurait une sortie au nord —

Vu M'^ Lean, Delaroche — Visite de M""^ P. Labouchère de Jouy — M. M. Bersot & Délerot à dîner. D'alaux le soir — On annonce une conférence à Londres pour le

12 Janvier — Pas d'autres nouvelles — Rien d'important —

Samedi Q/f déc. Nouvelles d'une sortie au nord de Paris — Canon assez fort la nuit dernière & aujourd'hui

— De quel côté?

Ce matin, visite de Putbus à Delaroche, le priant de reprendre ses fonctions — Delaroche demande une invitation, écrite. Stieber, chef de la police, la lui apporte, & se confond en excuses — De même Voigts-Rlietz, qui vient voir Delaroche qque temps après — Qui trompe-t-on ici? L'ordre de dissolution émane-t-il de Stieber? ou de Voig-ts-Rhetz ? ou des autorités supérieures? Et l'annulation de cet ordre; de qui est-elle venue? De Bismarck? de Voigts-Rhetz ? de Putbus? ou d'une intervention étrangère? Enfin, quel est le rapport entre les perquisitions de mercredi & l'ordre de dissolution de Jeudi? Toujours est-il que l'Internationale est rentrée en fonctions —

D'Alaux à dîner — Rien de nouveau — Vu M« Lean, Delaroche —

Dimanche 25. Jour de Noël. Nouvelle d'une bataille indécise près d'Amiens — Canon toute la nuit & la joTurnée — On parle de sorties — Vu M^ Lean, Delaroche

— Été avec mon père chez Emile Deschamps, froid très vif — Dîner chez M. Bersot avec Délerot —

Lundi 26. Canon toute la nuit, & tte la journée — Pas de nouvelles — La situation du conseil municipal devient grave — On s'attend pour demain à une démission collective, le préfet exigeant l'amende de 5o 000 fr. & ds 5 jours, celle de ^5 000, si les marchandises

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du magasin n'arrivent pas ; Peut être après demain, les conseillers seront-ils en route pour l'Allemag-ne

— Interrompu par l'arrestation de d'Alaux — Mardi matîh.

3i déc. délibération du conseil. Refus de payer l'amende —

Arrestation de Rameau, Mainguet, Lefebvre, Barrué- Pérault.

i*^^ Janvier. On entend le canon plus ou moins tous ces jours.

4 Janvier. Perquisition faite chez nous par Czerniçki —

Du 27 novembre au 4 Janvier, mon journal a été déposé chez le Père Gagarin; du 4 Janvier au i5 février, chez M. de Gappot.

Mercredi i5 février i8yi. L'interruption de mon journal et sa mise en sûreté ont été motivées 1° Par la situation dans laquelle se trouvaient placés les conseillers municipaux, sous le coup d'une arrestation ou d'un envoi de garnisaires — 2° Par l'arrestation & le procès (devant le conseil de guerre du 5® corps,) du G. d'Alaux, qui avait entre les mains des extraits de ce journal — D'Alaux a été jugé comme prévenu d'espionnage & d'excitation à la guerre de broussailles. Il a été défendu

"J Arnold Schcrev. — 3

par mon père & acquitté — Maintenant tout danger étant passé, je reprends ce journal.

Que de choses se sont passées depuis le 4 Janvier! Le bombardement de Paris, la capitulation, l'armistice, précédés de ces visites de Jules Favre à Versailles, du 23 au 28 Janvier, cette semaine de la Passion de Paris ; que de tristesses, que de deuil I Le désastre de Bourbaki, & ceux de Faidherbe & de Chanzy auparavant !

Il faut d'abord que je dise comment l'affaire du magasin s'est terminée. M. Rameau avait été arrêté le 3i déc, ainsi que ses collègues — Au bout de six jours, ils furent relâchés, & voici comment. Le préfet fit venir chez lui les syndics, & les voyant plus faibles que la municipalité, il les menaça de l'envoi de 10 garnisaires chez chacun d'eux si la somme n'était pas payée. Aussitôt, ces vertueux commerçants payèrent l'amende, & le préfet, qui se sentait engagé dans une mauvaise affaire, tenant d'ailleurs ses 5o 000 fr. & s'inquiétant peu d'où ils venaient, des syndics ou de la ville, relâcha les 4 conseillers municipaux.

Il est bon de dire que le lieutnt. de police Heppi, venant qques jours après, à la mairie, dit, sans se gêner, à ceux qui étaient là, que le préfet avait été vivement blâmé en haut lieu pour cette déplorable affaire, & que si ce n'eût pas été devant l'ennemi, on l'eût cassé.

Autre trait : On sait quelle est l'inimitié qui existe entre le préfet & le général commdt. la place. Elle se manifesta d'une façon curieuse, par une longue visite faite par le général Voigts-Rhetz, le i^^ Janvier, au maire prisonnier.

Depuis, les marchandises sont arrivées —

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Jeudi 1 6 février. Je continue mon résumé très rapide des principaux événements depuis le i^"^ Janvier —

A Versailles, il n'y a rien eu d'important, sauf les élections & la campagne électorale, menée rondement en 8 jours, & pour laquelle nous avons ressuscité V Union Libérale. La liste démocratique a passé tout entière, sauf 3 noms — Voici les noms de nos députés 1° Barthélémy S* Hilaire. 2° Rameau. S*' Lefèvre-Pontalis — 4° Ernest Feray 5° Léon Say 6° Ernest Picard. j"^ Carnot. 8° Thiers 9° Léon Journault lo*^ Jules Favre. 11° Léon Gambetta.

Graduellement, nous recevons, un à im, les résultats du vote à Paris & dans les départements.

La capitulation de Paris a été comme un immense dégel — On a pu s'écrire : on a vu arriver une foule de gens qui avaient passé à Paris la durée du siège, des gardes nationaux de Versailles & &. Puis ont commencé les défilés d'émigrants, réfugiés à Paris, & rentrant chez eux, pour y trouver le plus souvent la ruine & la destruction. Au commencement, avant l'occupation de Versailles, par les Prussiens, avant l'investissement de Paris, on voyait aussi le défilé des émigrants, mais d'un caractère bien différent. Alors, c'étaient des familles entières, entassées dans une charrette, qlquefois perchées au sonmaet d'une voiture chargée de foin, abritées là-haut, par un grand parapluie de famille; il y avait des files interminables de familles émigrant ainsi avec leurs bœufs, leurs vaches, leurs moutons, de Brie, de Lorraine &. &.

Aujourd'hui, ce sont des bandes de 10, 20, 5o, 100 voyageurs à pied, hommes & femmes, (qquefois une ou deux voitures dans le cortège, le sac sur le dos,

des bottes aux pieds, le bâton à la main, qui traversent la ville, escortés de soldats Prussiens, pour s'assurer qu'ils ne séjournent pas dans la ville —

Il faut que je note ici un fait caractéristique qui s'est passé ici vers le commencement de janvier — un vol avait été commis par un soldat prussien logé dans la maison du beau-père de M. [X...] Mainguet conseiller municipal. M. de Hatzfeld, secrétaire de Bismarck, qui avait occupé la maison en question, prit intérêt à la chose et répondit à M. X... qui était venu se plaindre auprès de lui, qu'il fallait s'adresser à M. Stieber, chef de la police; mais ajouta-t-il, ne craignez pas de lui donner la pièce. M. X... se récrie. Non, non, dit Hatzfeld, en souriant, ne craignez pas. Il commencera par refuser, mais insistez & il acceptera. M. X.... va donc trouver Stieber, & agit conformément aux instruclions de Hatzfeld. Le vol est avéré ; il se montait à une valeur de plusieurs milliers de fr. Le soldat avait forcé un tiroir & volé son contenu, montres, argent &. &. On trouve les objets dans sa paillasse! lui-même avoue, & se jette en pleurant aux pieds de la bonne, en la suppliant de ne pas le dénoncer : L'instruction se poursuit ; mais il est probable que M. X... n'avait pas promis assez au sieur Stieber, ou que le soldat lui avait promis davantage, car un beau matin Zernicki se rend chez M. X.., & lui demande comment il a osé faire arrêter ce soldat, comment il pouvait certifier cpie ces objets lui appartenaient &. [ajouté :] Erreur ! Le domestique, (George Stremer,) resta en prison, & Stieber & M. de Hatzfeld partagèrent les bijoux — [du premier texte:] Enfin le soldat fut relâché & les objets volés ne furent jamais rendus.

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Demain, je vais à Paris. Je continuerai rég-ulièrt. mon journal à partir de ce moment

Vendredi ly février. & Samedi i8 février. i journées passées à Paris, surtout avec Henri; rien de bien remarquable. Vu, en passant, les maisons de Saint Cloud incendiées, & tout le pays abîmé L'aspect de Paris actuellement ne diffère de son aspect habituel que par le grand nombre de troupes qu'on y voit, & par une certaine absence de voitures.

Je note qques traits oubliés dans les pages qui

précèdent. Il faut rappeler qques exemples de réquisitions extraordinaires : réquisition faite par un officier d'un collier & d'une chaîne pour son chien : id, de la part de Bismarck, de 6 verres à Champagne, de plusieurs nappes & serviettes — d'une chaise longue & d'une chaise percée pour le même : de plumes, porte-plumes, encriers, & fournitures de bureau pour le congrès des ministres allemands.

Aujourd'hui, dimanche 19 février, il y a eu à la mairie une réunion de maires du département, au sujet d'une contribution de 10 000 000 f"^, imposée au département, de Seine-«&-Oise par le Gouv^ G^' du Nord de la France M. de Fabrice. Tous ont déclaré qu'il leur était impossible de payer. A la veille de la paix !

— Autre trait Prussien. Il y a environ i5 jours, la ville de Versailles fut requise par le commissaire civil de payer les contributions indirectes, soit i5o 000 fr. par mois. — (Elle paie déjà iSoooo environ de contributions directes.) On est allé réclamer; mais il a répondu que les journaux & le gouvernement de la défense natio-

nale ayant maintes fois répété que les richesses de la France étaient inépuisables, on n'avait qu'à s'exécuter. Les nouvelles de Bordeaux nous font voir la paix comme certaine — Thiers estnommé président du pouvoir exécutif.

Samedi 25 février i8yi. La situation redevient de nouveau tendue. Les négociations pour la paix n'ont pas encore abouti. La municipalité est de nouveau sous le coup de mesures de rigueur. Par la coupable ineptie des adjoints, qui ont révélé à Nostiz-Wallwitz, commissaire civil, qu'il y avait loo ooo fr. en caisse, loo ooo fr. ont été payés, (mardi) avec promesse de payer samedi 23o 000 fr. Le conseil municipal a pris à l'unanimité (moins les 3 adjoints & M. M. Denis & Ange, qui se sont abstenus) une délibération par laquelle il refuse les 280000 francs. Que va-t-il s'en suivre?

Hier, Vendredi, visite du P. Hyacinthe, retour d'Angleterre.

Samedi — (26 fév.) hier soir, les négociations n'avaient pas abouti. Thiers est revenu aujourd'hui —

Il n'y a pas eu de mesure de rigueur contre la municipalité — Vu de nouveau le père Hyacinthe, & causé assez longuement avec lui sur l'avenue de Paris. Il est beaucoup plus bourgeois que je n'aurais pensé en politique. Il n'a rien de mystique, rien d'exalté. Il cause froidement, avec une certaine réserve, émettant des opinions très modérées & terre-à terre.

Dimanche 26 février i8yi. J'ai été en omnibus jusqu'à Sèvres, où j'ai vu passer en voiture Thiers &

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Jules Favre, se rendant à Versailles — J'ai poussé jusqu'au fameux pont de Sèvres, dont une arche est rompue, & où l'on sonnait au parlementaire. Puis j'ai pris par la Porte du Mail & l'avenue de Breteuil, j'ai visité les écuries du château, qui ne sont pas brûlées, mais détruites, démolies, crénelées à coups de haches &. Il restait qques stalles intactes, & quatre noms de chevaux écrits sur des plaques de tôle peinte. Les casernes sont absolument brûlées, il ne reste que les murs & quelques pignons ; tous les planchers, et les escaliers sont effondrés & forment un immense tas de décombres. De là j'ai été au château qui est ds. le même état. Ce qu'il y a de plus saisissant, c'est le contraste entre l'élégance de ce qui subsiste, de ces terrasses, de ces balcons, de ces bas reliefs &, et de l'horreur profonde de l'incendie & de l'écroulement. C'est à grand'peine qu'on grimpe à travers ces décombres, ces plâtres, ces marbres, ces ferrures fondues & tordues; ces morceaux de vitre brisés & fondus par la chaleur de l'incendie. Pèle mêle horrible; un torse de statue gisant brisé ds. une cuisine, où l'on reconnaît encore le fourneau. Le grand escalier est en train de tomber, la balustrade est toute rouillée, & le palier qui n'est plus soutenu cède peu à peu. Audessus de ce palier est un charmant bas relief fortement écorné. Deux statues de bronze sur la terrasse & quelques statues de marbre dans des niches sont à peu près intactes. Des vases à fleurs brisés jonchent une pelouse — Pendant tout le temps de ma visite au château, j'avais l'impression d'une grande vengeance, du feu du ciel, Sodome & Gomorrhe. On aurait dit que ce repaire d'une famUle maudite, ce lupanar, cette tanière d'où le bandit & son fils sont partis

pour la guerre, ce palais où a élé commis le i8 brumaire, devait être détruit par l'étranger. Maintenant le charme est rompu, le feu a tout purifié !

Du château j'ai été à la Lanterne de Diogène, qui n'est plus qu'un tas de pierres. Elle était exposée, d'une part aux, batteries du Point du Jour, d'autre part, au feu du mont Valérien. Au bout d'une longue avenue qui part de la Lanterne, & dont tous les arbres presque, sont abattus, les Prussiens avaient fait des travaux pour une batterie qui n'a jamais existé; il n'y a pas traces de canons, pas traces de roues : De cet endroit on voit très bien Montretout & le Mont- Valérien, mais les embrasures de cette batterie future, n'étaient pas dirigées ds. cette direction : elle n'était donc pas préparée pour une sortie, mais bien pour le bombardement de Paris. De la Lanterne, j'ai très bien distingué Issy, avec ses casernes percées & effondrées, & le drapeau allemand flottant audessus, Bicêtre, avec son toit rouge de briques, la redoute des Hautes-Bruyères & ses terrassements jaunes, enfin la Tour de pierre, où s'étaient avancées les dernières batteries allemandes, les plus rapprochées du fort d'Issy.

Je suis ensuite redescendu vers le château & de là j'ai été dans la ville même, qui est plus triste avoir que le château. C'est à cela que doit ressembler Pompéi, en moins lugubre; l'Église seule n'a pas souffert quoique les Prussiens aient essayé d'en brûler la porte qui est à moitié carbonisée. Mais la Tête-Noire, & toutes les rues qui y aboutissent sont bourrées de décombres, & bordées de grands pans de murs qui menacent ruine. Déjà qques habitants sont revenus & travaillent à déblayer — On entend partout des cris

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d'imprécation contre les Prussiens, qui ont brûlé Saint Cloud le lendemain de la convention de Versailles —

Je suis revenu à Versailles par la route de Ville d'Avray —

On dit la paix à peu près faite, avec l'abandon de Metz, & 5 milliards d'indemnité.

Vendredi lo mars. Le départ des Prussiens, annoncé pour demain, est contremandé, par suite de l'encombrement des trains. Le Roi, le P^^, le Bismarck, de Moltke, Brauchitsch & le général, sont partis —

Dimanche 12 mars, hier soir, retour de ma mère & de Jeanne. Henri est souffrant à Paris.

A 10 h. départ des derniers Prussiens (sauf qques ambulanciers) A 4 heures, arrivée «& réception par le maire (de retour de Bordeaux) de l'avant garde des troupes françaises. A 6 h. arrivée du 119^ de ligne. Elles vont camper à Satory — Temps radieux : tout Versailles est sur l'avenue de Paris : allégresse universelle, mêlée de tristesse. Drapeaux tricolores —

La garde nationale et les pompiers occupent tous les postes. Des pompiers arrêtent & désarment, puis relâchent bientôt, un Prussien retardataire.

Lundi i3 mars. Retour du bataillon d'honneur de la garde nationale de Versailles.

Mardi i/}. Arrivée de M. Thiers, à pied, de la gare des Chantiers à la Préfecture, suivi du seul Barthélémy Saint Hilaire. Le drapeau tricolore hissé sur la Préfecture.

81 Arnold Scherer. — 5.

Mardi a mai. Été à Montretout avec M. Grawford. Vu le duel d'artillerie entre Issy, le point-du-jour, Vanves, & & d'une part, & Bellevue, Breteuil, les Moulineaux, Ghâtillon, d'autre part. Vue admirable.

Vendredi 26 mai. Et aujourd'hui, les palais, les monuments, les Églises, les bibliothèques ont brûlé. Paris est découronné, Paris, la cité Sainte, & ce peuple invincible de Priam; renaîtrons-nous de nos cendres, ou sommes-nous condamnés à pourrir &, à nous décomposer au soleil des temps nouveaux? O France, France, où vas-tu? que vas-tu devenir?

Je me souviendrai toujours du tambour qui a retenti mercredi dans les rues à 9 h. du matin, convoquant les pompiers pour aller éteindre Paris brûlant. Jamais je n'ai eu douleur pareille, pareille consternation : car qui sait si la France ne meurt pas quand Paris meurt!.. Il vaut mieux n'y pas penser, cela est trop douloureux —

Dans la salle des Pas-perdus du palais-de justice, la pierre des escaliers est brisée, fendue, écornée; elle n'a plus l'air d'une pierre taillée, mais d'un roc brut. Le plafond est tout noir de fumée. Du côté de la cour de Cassation un monceau de décombres —

Jeudi 8 Juin. Séance de l'Assemblée Nationale.

Jeudi i5 Juin 18 ji. Dans le train de Paris à Versailles, (rive gauche) de 3 heures 5 minutes, dans un compartiment de V^ classe, je vois entrer un monsieur de 45 à 5o ans, mis avec simplicité, mais non sans une certaine élégance soigneuse. Sa figure est insignifiante, son nez long & pointu, ses lèvres uil peu pincées. Il porte de gros favoris roux entremêlés de quelques fils

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blancs : son œil est froid & terne. C'est un banquier intelligent, ou peut être un avocat de 3® ordre, en tout cas un mari ennuyeux & ennuyé.

Il s'étend mollement, & s'enfonce dans un coin, en allongeant ses jambes sur la banquette opposée. Il tire de sa poche un tout petit livre relié en maroquin brun, doré sur tranche, papier satiné. Il l'ouvre & se met à lire. C'est un livre d'heures.... Voilà la France!

Ce monsieur a entendu dire par des niais ou des fanatiques que ce qui a perdu la France, c'est l'absence de foi!. — . Moi, du moins, se dit-il avec un légitime orgueil; moi, du moins, je suis innocent des mallieurs de ma patrie. Je suis marguillier de ma paroisse, tous les dimanches je suis assis au banc d'oeuvre; aux processions, je tiens un des cordons de la bannière. Je me confesse & communie régulièrement. La foi fût elle morte en France, elle vivrait encore dans mon cœur.

Pendant dix minutes, il lit son livre d'heures, se disant toujours : C'est par la foi qu'il faut sauver la France! Travaillons à cette œuvre dans la mesure de nos forces.

Au bout de lo minutes, un large bâillement contracte s& figure; il remet son livre dans sa poche, tire un cigare & un figaro — Beaucoup de gens comme ce

monsieur, & la France sera sauvée

O prêtre ! animal dangereux & sournois,

flatteur & féroce, doucereux & sanguinaire, rampant «& orgueilleux, hypocrite & cynique, humble & despotique !

Instrument de crime & de perdition, artisan de révolution, ennemi du progrès, ennemi du juste, du beau, du vrai, ennemi de la nature, ennemi du corps

humain et de la pensée humaine : O prêtre, c'est toi qui as fait de nous ce que nous sommes ! C'est toi qui as distillé dans nos veines ce poison du fanatisme dogmatique, qui a rendu possible un Robespierre! C'est toi qui as excité dans le peuple la soif du sang, la faim de chair humaine! C'est toi qui as préludé aux massacres de septembre & aux massacres de 187 1 par la Saint- Barthélémy, à la guillotine par le bûcher, à Louis XVI par Jeanne d'Arc, au tribunal Révolutionnaire par l'Inquisition. C'est toi qui as bu le plus pur de notre sang, & qui veux encore aujourd'hui saigner notre pauvre France anémique & souffrante.

Malheur à toi ! sois maudit devant les hommes que tu étouffes & devant l'être inconnu dont tu profanes le mystère ! sois maudit par l'intelligence que tu éteins, & par la volonté que tu brises, par l'âme que tu détruis, par le corps que tu corromps! Sois maudit, par la terre que tu souilles, & par le ciel, que tu infectes! Sois maudit, prêtre, sois maudit! 1871

Lundi dernier, 3o octobre 187 1, à dîner, M. Boutmy nous a cité le mot suivant de Taine : « Si le Rhin d'tfii côté, la Vistule de l'autre, débordaient & submergeaient l'espace cpmpris entre eux, j'en serais enchanté. »

Il faut reconnaître que la guerre a servi à quelque chose, puisqu'elle a ré\eillé chez un homme comme Taine la fibre patriotique & française, jusqu'alors profondément endormie.

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Dimanche ly décembre i8yi — J'ai vu aujourd'hui Albert Joly, «& j'ai causé avec lui de Rossel. Tout ce qui concerne cet homme extraordinaire a trop d'intérêt pour que je ne recueille pas ici ces impressions du défenseur de Rossel, impressions assez fraîches, puisque trois semaines ne se sont pas encore écoulées depuis la mort de Rossel. (28 novembre, mardi.)

Nous nous mîmes à causer de la récente publication faite par Amigues des papiers posthumes de Rossel — — « Oui, me dit Joly, j'ai vu cette publication. Je la regrette beaucoup. Elle est fâcheuse pour sa mémoire — Savez-vous, ajouta-t-il, ce qui m'est arrivé au sujet des papiers de Rossel? — Non — « Eh bien ! dit-il, supposez la chose du monde la plus abominable & la plus odieuse, & vous ne devinerez pas encore ce qui m'arrive. La famille de Rossel, pour me récompenser sans doute de mon dévouement pour lui, m'accuse d'avoir volé ses papiers, & d'avoir contribué, avec Barthélémy S* Hilaire, à le faire fusiller. » J'avoue que je tombai à la renverse. Joly continua & m'expliqua ce qui suit : Dimanche dernier, la famille Rossel vint quatre fois chez Joly sans le trouver. Enfin M'"^ Joly, pensant qu'on avait peut-être besoin de son mari, courut chez eux. Ayant demandé à M"^^ Rossel ce qu'elle désirait : « Ce n'est pas à vous que j'ai à parler, répondit M'"^ Rossel, la mère : Cependant je puis vous dire ce que j'aurais dit à votre mari — Votre mari est un voleur! Il a gardé, pour spéculer ensuite sur leur valeur, des papiers de notre fils. Notre fils avait beaucoup écrit, nous ne retrouvons pas tout. Votre mari les a gardés — Il a d'ailleurs, contribué à le faire fusiller, ainsi que M. Barthélémy S^ Hilaire qu'il voyait souvent, & à qui il a dû livrer ces papiers.

M"^^ Joly, après avoir exprimé son étonnement d'une pareille scène, qu'elle attribuait, dit-elle, à la douleur extrême de cette famille, expliqua comme quoi son mari n'avait entre les mains que des notes de plaidoirie, des notes intimes, destinées à la défense de Rossel devant le Conseil de guerre — La famille persista dans ses accusations — Le lendemain, Joly écrivit au père de Rossel une lettre dont voici la substance : « Je vous pardonne, en songeant à votre douleur, une ingratitude sans nom, qui déshonorerait le nom de votre fils si elle devenait publique : mais ce que je désire avant tout, c'est qu'il n'y ait sur sa tombe aucun scandale — »

« Il en a été de même du reste, me dit Joly, avec le pasteur Passa — Le gouvernement avait permis à M. Passa de conduire le corps à Nîmes, sans passer par Paris. Ce qui aurait donné au transfert, opéré d'ailleurs par les soins d'un homme en qui l'on pouvait avoir confiance, un certain caractère religieux & non poUtique. La famille ne voulut pas y consentir & déclara qu'elle ne quitterait Versailles que quand elle pourrait emmener le corps, en traversant Paris. »

Le père de Rossel, me dit Joly, est un brave homme, franc, loyal & bon : Mais il est faible, très-faible — Sa femme le domine. Elle est énergique, ambitieuse; elle veut faire du bruit autour du nom de son fils ; elle ne veut pas que sa mémoire dorme en paix.

— « J'ai déjà entendu dire, lui dis-je, qu'elle avait exercé sur lui une mauvaise influence, l'excitant & l'aigrissant, lui inoculant sa propre ambition —

— (c Cela est possible, me dit-il. Voilà d'ailleurs quatre mois que je suis en dissentiment avec elle : tandis que je m'efforçais de tout assoupir, de tout atténuer. Elle, au

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contraire, allait partout, disant les grandes choses que son fils ferait quand il serait gracié, comment il réorganiserait l'armée, & — C'est ainsi qu'elle parla à M. Thiers, qui dit à Joly : « Faites que M"^^ Rossel ne parle plus ainsi : si elle entretenait sur ce ton les membres de la commission des grâces, ceux-ci, qui veulent le tuer justement en prévision du rôle qu'il pourrait jouer un jour, persisteront à vouloir sa mort. » — « Elle a contribué involontairement, dit Joly, à faire fusiller son fils. »

— « Quant au père, continua-t-il, il dit regretter ce qui est survenu entre nous. Le jour de la mort de Rossel, j'allai avec lui chercher le corps au cimetière S^ Louis, le conduire à l'hôpital, le faire embaumer. Il m'embrassait avec effusion. Mais il est dominé par sa femme. La sœur de Rossel est de la Inême nature que sa mère. »

— « Et que disent-ils de M. Thiers? » dis je. — « Ils l'assassineraient, me dit Joly. Leur colère, leur haine contre lui irait jusque là » — « Quant à Amigues, me dit-il, en réponse à une question de moi, qui croyais Amigues, ami intime de Rossel, Amigues ne l'a jamais vu qu'une fois; il a fait la connaissance de la famille, s'est fait livrer les manuscrits, en exploitant le désir de bruit de M"^^ Rossel, & les a publiés. Quelques jours avant l'exécution, Amigues a été conduit auprès de Rossel par la famille — C'est la seule fois qu'il l'ait vu — et maintenant Amigues se fera nommer député, sous le patronage du nom de Rossel, & comme gardien de sa mémoire ! —

« Rossel m'avait donné une histoire de la Commune, écrite par lui, en me recommandant formellement de ne pas la publier. 11 y a là des choses fâcheuses pour lui,

que ceux-là seuls qui ont causé avec lui, qui connaissaient l'Etat de son esprit, &, peuvent comprendre dans leur vrai sens. Quinze jours avant sa mort, sa famille me demanda ce manuscrit, pour le lire. Je le prêtai, il ne m'a point été rendu, «& il a été, à ce que je crois, publié dans ce volume. Le manuscrit portait une dédicace. « A mon dévoué défenseur, &, » de la main de Rossel. »

Je quittai Joly, & le retrouvai plus tard dans la journée. « J'ai appris, me dit-il, que la famille Rossel avait quitté Versailles ce matin avec le corps. Le gouvernement n'a pas voulu permettre que le corps passât par Paris. On ira rejoindre la gare d'Orléans. » Nous en vînmes à causer de nouveau du caractère de Rossel & des mobiles de son action — « J'attribue deux tiers, me dit Joly, à sa haine contre l'armée, & un tiers à son zèle patriotique. » Je lui demandai de s'expliquer sur cette haine pour l'armée. « Oui, me dit-il, depuis Metz, il exécrait l'armée ; il ne voulait plus continuer à servir dans un corps régulier; pendant la guerre même, il ne voulut pas commander un corps régulier. Son désir était de lutter, de commander une lutte contre cette armée détestée. Il ne se gênait pas pour traiter ses juges d'assassins, etc. — « Mais, luidis-je, comment concilier ceci avec cette dernière parole, transmise au colonel Merlin, & que les journaux ont rapportée? Comment a-t-îl pu lui dire qu'il n'avait fait que son devoir en le condanmant, & qu'il voudrait pouvoir lui serrer la main? » — « Oh I me dit Joly, il ne faut pas chercher le vrai Rossel dans ses derniers moments. C'était un homme qui venait de communier, de se préparer à la mort, & qui voulait être évangélique. Ce n'est pas là Rossel.

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Je ie questionnai ensuite sur la sincérité du patriotisme de Rossel. Il dit qu'il y croyait, sans nier ce qu'il y avait en lui de personnel & d'ambitieux ; « peut être, ajoutait-il, l'esprit de contradiction contre une armée & des chefs qu'il haïssait, l'a-t-il enfoncé plus avant dans ses opinions peut-être chimériques, sur la possibilité de la résistance. Son plan, d'ailleurs, n'était pas de se servir de Paris pour combattre les Prussiens, mais seulement pour rompre le traité. Cela fait, il espérait provoquer un grand mouvement national, & prolonger la lutte dans les Gévennes. Il fut, d'ailleurs, désillusionné, dès le second jour sur les vraies tendances de la Commune. II était trop tard pour revenir. Il resta, dans l'espoir de conquérir une grande autorité & même de se substituer à la Commune.

Je lui citai des traits de l'enfance de Rossel, racontés à un de mes amis par un camarade de Rossel à la Flèche ; Des traits d'obstination, de froide volonté. Je lui citai ce mot surtout : « Jamais personne, disait le camarade de Rossel, ne m'a fait mieux comprendre, & comme volonté, & comme intelligence, ce que devait être Napoléon I. » Joly fut vivement frappé de cette comparaison, & de sa justesse. « Je suis convaincu, ditil, que si Rossel eut vécu, & si les événements n'avaient pas brisé sa carrière, il fut arrivé à dominer : il avait d'ailleurs, de Napoléon la froide dureté; il présida si sévèrement la Cour Martiale, que la Commune fut forcée de le révoquer. & cela lui était indifférent : il agissait ainsi avec un plein calme, un complet repos d'esprit. Il était froid & réservé dans la conversation, & quoique avec moi dans des relations amicales, je lui ai toujours trouvé une certaine dureté. Ce n'est que le matin de sa

mort que je l'ai trouvé réellement expansif & affectueux [Jamais je ne l'ai vu emporté : froid même quand ses paroles étaient empreintes de violence — ] Il était entier & absolu; de plus d'une ambition froide. Ainsi, après sa première condamnation, le colonel Merlin me prévint que s'il voulait prendre l'engagement écrit de ne pas rentrer en France de dix ans, tous les juges du conseil de guerre étaient prêts à signer un recours en grâce, ce qui équivalait à lui sauver la vie. Sa peine eût été la déportation dans une enceinte fortifiée, «& son engagement ne lui eut pas même imposé l'obligation de ne pas chercher à s'échapper. Je courus le trouver & lui annonçai qu'il était sauvé — Gomment cela ? — me dit il. — Je lui expliquai quel était l'engagement qu'on demandait de lui — Il fit aussi[tôt] un calcul intérieur. Vingt sept & dix font trente sept, dit-il : non, je n'accepte pas. Trente sept ans, ce serait trop tard pour rien commencer. J'aime mieux qu'on me fusille. »

Je demandai à Joly, s'il le croyait protestant fervent : il me dit qu'il n'avait jamais vu chez lui de traces de ferveur ; il avait le sentiment religieux, mais il n'a pas vu chez lui de ferveur. Cependant, cela pouvait exister. Je lui citai plusieurs traits de Rossel, à l'époque de sa garnison à Bourges, qui le montraient comme un gai compagnon, sur qui la jeunesse prenait des droits, & non comme un être immaculé, sans vices. Joly parut étonné, & dit qu'il se le figurait ainsi, immaculé & sans vices.

Je l'interrogeai aussi sur les opinions politiques de Rossel. En particulier, je voulus savoir si, selon lui, Rossel était républicain avant le dix-huit mars, ou du moins, s'il avait conscience de son républicanisme, si ce

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républicanisme, au lieu d'être une cause, n'avait pas été chez lui un résultat. Joly confirma pleinement mes suppositions. Je lui citai cette phrase tirée des Derniers Jours, publiés par Amigues, où Rossel prédit aux républicains qu'ils se repentiront un jour de ne pas avoir fait comme lui au i8 mars; où il déclare qu'en politique, il faut toujours se mettre avec le parti le plus extrême, & que, dans une guerre civile, tout citoyen doit prendre parti — « Je lui ai souvent entendu développer ces idées, dit Joly, mais je crois qu'elles étaient plutôt le résultat des réflexions qu'il faisait sur sa conduite, que les motifs de sa conduite. Ce sont des principes formulés après coup, mais dont il n'avait pas conscience au moment d'agir, & qui ne l'ont pas poussé vers sa résolution— Au fond, il n'était pas républicain; il était ennemi du socialisme, qu'il n'avait guère étudié, & qu'il n'aimait pas. Il était démocrate, ou plutôt égalitaire, en toutes choses aussi bien que pour le service militaire ou pour l'instruction publique. L'égalité dans tous les ordres de faits. —

Joly l'avait vu après sa mort, à l'hôpital militaire, où on l'avait embaumé. Il n'avait pas eu la force d'assister à l'exécution, & l'avait quitté au moment où il montait dans la voiture. Il le retrouva nullement défiguré. La balle qui avait atteint le menton n'avait laissé qu'un petit trou noir. « Sa mort a été belle », me dit Joly en terminant. — «Il n'a eu ni pose, ni faiblesse : il a été humain, vrai, Se courageux, sans se soucier de l'effet qu'il allait produire — C'est ainsi que je voudrais mourir. »

Académie Française. Election du 3o décembre i8yi. Dans la séance où les titres de M. Littré ont été discutés, M. Guizot, qui l'avait combattu jadis vivement, l'a défendu, avec assez d'ardeur contre Mgr. Dupanloup. M. Mignet s'est échauffé, & a malmené M. de Falloux. Enfin M. Thiers raconte à mon père quel'évêque d'Orléans l'ayant pris à partie, a fini par lui dire : « S'il était de la droite, vous ne le soutiendriez pas ! » — « Monseigneur, a répondu M. Thiers, je ne souffre pas qu'on me parle de cette manière. D'ailleurs, si je ne suis pas catholique, j'ai servi la religion. »

Mot admirable de naïveté ! Napoléon l'aurait dit, après avoir signé le Concordat.

Mercredi, 3 Janvier i8j2. J'ai dîné hier soir chez M. Gochin, préfet de Seine et Oise. M. Grévy est venu le soir. C'est un vrai homme de gouvernement. Il a les goûts purs 4& corrects de Napoléon & de M. Thiers. Il aime Racine & le 17^ siècle, il ne peut pas souffrir Victor Hugo, à qui il reproche « le travail sur le mot » : dans le 18® siècle, il ne tolère que Voltaire, dont il récite un madrigal. Tous les autres, Diderot, &, sont des corrupteurs de la langue, à ses yeux.

Il émet cette opinion monstrueuse que la poésie n'a de raison d'être, qu'à condition d'être une musique. Il n'est pas assez exempt de banalité pour s'empêcher de dire en parlant de la poésie, « qu'elle doit être le vêtement d'une belle pensée. »

Il parle beaucoup de Victor Hugo, auquel il paraît antipathique par nature. Il cite un mot que Victor Hugo lui adressa, vers i85o, dans une réunion de la gauche de l'assemblée; quelques membres s'étant retirés pour

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rédiger un procès-verbal de la réunionj plusieurs projets de compte-rendu furent examinés. L'un que M. Grévy proposait d'adopter, lui paraissait donner assez bien l'idée de la séance. « Jeune homme ! lui dit Victor Hugo ; l'idée n'est rien : le mot est tout ! »

Il cause longtemps & bien, d'abord debout, le chapeau à la main, derrière un fauteuil auquel il s'appuie des mains, puis assis dans le même fauteuil, penché en arrière, les bras étendus, la tête renversée; mais toujours d'une voix très-faible, comme pour mieux se faire écouter, ou pour donner du poids à ses paroles. Toujours une nuance de banalité, sinon de vulgarité. Il paraît au courant de la littérature française. Il est au total, agréable, causeur intéressant ; l'air d'un homme qui sait ce qu'il veut, & qui se ménage pour l'avenir —

M. Thieis sur Henri IV. (1871.) Après avoir fait de lui un pompeux éloge & un portrait brillant : « Quel homme admirable ! s'écrie-t-il : il a su rester protestant en devenant catholique ! » (Raconté par M. de Pressensé, qui l'a entendu lui-même.)

— Rien ne me répugne plus que d'être obligé de me confesser à quelqu'un qui ne partage pas mes manières de voir, & que je sais devoir être choqué ou peiné des choses que je lui dirai. Cela m'est arrivé l'autre jour avec Denys Cochin, qui m'a amené malgré moi à lui faire une profession de foi très-peu orthodoxe — février

Lundi 4 février 1872. Passé la soirée d'hier, dimanche, chez la Camille Charton.

Février i8y2. Course à Auteuil & à S* Gloud avec Boutmy

Mars. i8y2. Jeudi i^ mars. Vu la 3i^ représentation de la reprise de Ruy Blas, à l'Odéon. La pièce froide mais belle & intéressante. Gefîroy (Salluste) &, Sarah-Bernhardt, (la Reine) très-bons — Mélingue, vulgaire & médiocre dans Don César. Lafontaine, détestable dans Ruy Blas —

Mardi ig mars. Vu les Noces de Figaro à l'Opéra Comique, avec M'"^ Miolhan dans le rôle du Page, M}^^ Cico, (Suzanne) & Marie Battu, (la Comtesse) Les hommes très-mauvais.

Mercredi 20 mars. Vu l'exposition des œuvres de Henri Regnault. Revu le Portrait de Prim, Salomé, le portrait d'une Espagnole en rose — Fait connaissance avec V Exécution sans jugement, & le reste —

Vendredi 22 mars. Vu, au Palais-Royal, Tricoche & Cacolet, de Meilhac & Halévy, joué par Brasseur, Gil-Pérez, Lhéritier, Hyacinthe & Lassouche —

Mardi 26 mars. Vu aux Français, Christiane de Gondinet, jouée par Delaunay, Coquelin, Febvre, Prudhon, Thiron, M'"^^ Ponsin, Reichemberg.

Mardi 21 & Mercredi 22 mars i8y2. Assisté aux interpellations de M. Rouher sur les marchés passés pendant la guerre — Entendu Rouher, (2 fois) le duc d'Audiffret-Pasquier, Gambetta, le duc de Broglie —

2 mai y 2. Vu Gambetta & Challemel chez Ordinaire.

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Trouville. Sept. 18^2. M'y voici encore, & toujours pour ma santé. J'ai passé le mois de Juillet à me soigner d'une irritation d'entrailles qui m'a considérablement affaibli et amaigri — Mais je reprends ici des forces, lentement & graduellement. Mon père, ma mère & Jeanne sont ici, ainsi que ce pauvre Henri, qui vient encore d'échouer à l'agrégation. Je prépare mon 2^ & mon 3^ examen de droit.

Commodités da travail, 1° Livre pour les fragments de journaux.

2° Répertoire alphab. pour les lectures —

3° Liste des livres lus.

4° Recueil des sources à consulter sur chaque sujet

(avec table alph.) 5° Petit livre pour notions pratiques usuelles — 6° Livre-recueil de faits observés, détails de mœurs

renseignements curieux, (avec table.) 7° Recueil de conversations remarquables, avec ou

sur des hommes intéressants. Mots curieux &

authentiques.

8° Chemises logiquement classées, contenant des

notes ou documents divers, (avec répertoire) 9° Cahiers de notes & de rédactions pour cours

publics.

10° Pensées intimes & détachées.

[annexée à ces cahiers la liste imprimée oi-après]

Résultat des Élections Municipales du 25 Septembre 1870 Électeurs inscrits, 9.923. — Votants, 5.256

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