I . Ciinilllc Kaio
3a CAHIERS
surnrenautes, où je voudrais avec tant d'ardeur satisfaire mon insatiable curiosité! Ne pourrai-je doue pas voir l'Empereur ? 11 se montre souvent à son balcon. — Mais cela durera-t-il ?
Cambacérès est nommé ministre de la justice; Fouché, de la police; Carnot, de l'intérieur; Caulincourt, des relations extérieures ; Gaudiu, des finances; Marais, d'État; Decrès, de la marine. Montalivet est intendant général.
Expressions progressives d'un homme prudent : « Quoi ! ce Corse vient de débarquer en France? — Bonaparte est entré, dit-on, à Grenoble! — Est-il vrai que Napoléon soit maître de Lyon? — L'Empereur couchera ce soir à Fontainebleau! — C'en est fait! Sa Majesté Impériale va entrer dans Paris! »
Nous passons dans le quartier de mathématiques; uous sommes là étrangers, loin de nos camarades plus henreuv que nous, et de nos livres, inutiles dans uu tel moment! — Ce petit exil me rappelle l'exil plus affreux de ces pauvres émigrés, qui, après avoir un moment réchauffé leur cœur au soleil de la patrie, vont traîner aux terres lointaines les restes d'une vie toujours malheureuse! La France, disais-je, il y a quelques jours, va être purgée de celte lâche et insolente canaille ! — Aujourd'hui, c'est leur situation et non leurs fautes qu'il faut envisager. Adieu, hommes infortunés 1...
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H) heures. — O Nouvelle Héloïsel Charmante Julie, que tu rae fais passer de doux moments ! Qu'elle est touchante cette promenade à Meillerie ! Que ces souvenirs d'une passion si déplorable ont de charmes pour une àme sensible 1 Je l'ai lue, je l'ai relue, toujours arec un nouveau plaisir! — Rousseau, dans ses Confessions, arrache à sa modestie cet aveu si franc, que la quatrième et la sixième partie de la IVom-ellc HéloUe sont des chefs-d'œuvre de passion et de si vie
I heure. — Trost vient au lycée; il nous annonce que le Roi est à Lille et que les deux Chambres sont restées à Paris.
Un pair disait hier à un de ses confrères : « Je suis bien embarrassé! Je serai peut-être
forcé d'aller aux Tuileries, les circonstances
Au surplus... j'ai toujours dit que l'Empereur était un grand liomme.... Reconquérir un empire en vingt jours, sans brûler une amorce! »
8 heures moins g minutes. — Je viens de lire la Cliaumière indienne. — Ce petit ouvrage est charmant, plein d'idées très philosophiques, fort agréablement exprimées, et de détails simples et touchants, dignes de l'auteur de Paul et t^ir- {;inie, dont tous les écrits respirent une morale si pure et une sensibilité si exquise.
Voici le résumé de la Ctianmiire : Il faut chercher la ^é^ité avec un cœur simple; on lu-
la trouve que dans la nature ; on ne doit la communiquer qu'aux gens de bien ; et, de plus, ou ne peut être heureux qu'avec une bonne femme.
Je suis distrait dans ce moment par les grimaces du Jalloniste Jagellon '.
Bogin ne m'a apporté hier au soir de la maison que des nouvelles insiguiliantes. Je gênerais chez nous!... Il faut pourrir ici, toute la semaine.... Voilà un vrai carême-!...
I. Plaisanterie sur le nom de Jall<in porlt- j»ar un camarade.
a. On s'étonnera peiit-ctre, comme le jeune rliétoricien lui-même, qu'il ait été comme abandonné dans un tel moment ])ar un père ordinairement si plein de sollicitude. Cet abandon apparent s'explique ]>ar les occupations qu'imposaient à M. Bary père, pendant le changement si rapide de gouvernement, les délicates fonctions qui lui étaient confiées. Déjii en 1814, à la jiremière invasion, il avait eu à <lélcndre les archives de l'État créées j)ar lui. M. le comte Boulay de la Meurthe a raconté, <lans le BnUetin de la Société de l'Histoire de Paris (numéro de juin-juillet lS8f)), l'actif dévouement «ju'il avait alors montré. Il est vraisemblable que sa tdcbe n'était pas moins ardue au mois de mars i8i5.
Voici du i"cste comment M. Boulay de la Meurtlic raconte ce j)etit épiso<le historique, i\\\\ touche de pré» à notre sujet particulier en même temps (pi'à l'histoire nationale :
Extrait du discours prononce par M . le comte Boitlny de la Meurthe, et imprime dans le Bulletin de l'Histoire de Paris de juin-juillet 1S8;).
Ce fonds de la ftecrétuirerie d'ÉlHt du Consulat et de
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i3 mars, jeudi saint. — Petites pluies coiitinuelies.
8 heures. — blesse. Trop long: sermon de
l'Empire s'était formé «ivec méthode de
L'in.stallatioa s'était faite dans la galerie du Louvre, et la garde de ce trésor de goarernement arait été confiée à M. L. Bary, nature droite, dévouée, véritable tvpe de l'archiviste, dans un temps où les seules vertus qu'il dût pratiquer étaient la ponctualité et le silence. Kn 1814, quaud la campagne de France fut entrée dans la période ilécisive des revers, M. Bary fut mandé un matin de lionne heure au palais des Tuileries On était au ig mars. I<a veille, les avant-gardes des alliés s'étaient montrées dans les environs et le conseil de régence avait décidé que l'impératrice ne devait pas s'ex|>o$er aux hasards d'une dernière bataille. Prête à partir, Maric-Ix>uise lit dire à M. Bary, par le secrétaire de ses commandements, le baron de Méneval, qu'elle ne pouvait songer dans nne telle extrémité à se faire suivre des archives du cabinet impérial. Klle ordonnait que les pa])iers qu'il serait dangereux de conserver fussent brilles sans retard; les plus importants, parmi ceux qu'il importait de mettre en réserve, devaient être soustraits, le mieux possible, toit aux chances <le pillage, soit aux investigations des souverains étrangers, qui prenaient visiblement |>osition pour f<»reer l'entrée de la capitale.
!/« même jour, au bruit des apprêts tumultueux de la lutte, et le lendemain, peudant f|ue le canon grondait aux barrières de la ville, M. Bary s'acquitta courageusement de »es triste* obligations. Aucune indication jtrécise ne lui avait été donnée, et le triage des pièces à détruire était abandonné avec une entière confiance ii sa ])robilé et il son disrememenl. Fa honnête homme, il
notre aumônier l'abbé May eu, l'ex-curé constitutionnel de Saint-Sulpice. Je n'aime pas les sermons; mais toute ma vie je prierai Dieu chaque
jugea qu'il devait supprimer les documents qui pouvaient <lé('rayer une curiosité malveillante, provoquer ou justifier «les vengeances privées. Les rapports des diverses polices, les dossiers des menées anarchiqucs et dos conspirations royalistes, les notes confidentielles sur le personnel, puis, dans un ordre d'idées différent, les ])apiers intimes sur la maison du souverain et sur sa famille l'ormèrent la large part du feu. Au milieu d'une précipitation inévitable, quehjiies liasses furent sacrifiées ])ar méprise ; d'autres, et notamment les lettres de I>ouis et de Joseph Bonaparte, les incidents du second niariagc de Napoléon, échappèrent ]>ar oubli au brasier qui devait secrètement les consumer.
En même temps, M. Bary, aidé de ses auxiliaires habituels, se hfttait de préparer des cachettes. Il ne pouvait en trouver d'assez amples pour dérober » tous les yeux une masse de ]>apicrs qui remplit encore dix-huit cents cartons, et était alors presque double de ce «ju'elle est aujourd'hui. Forcé de choisir, il mit k ])art environ »|uafre cents liasses qu'il connaissait comme les plus im- ]iortantes pour l'histoire de la France. C'étaient les minutes des lettres dictées j)ar l'Empereur, ses campagnes en Italie et en Egypte; c'étaient aussi ses négociations, avec tous les rapports des ministres des relations extérieures. A la suite des salles occupées ]>ar l'ensemble des archives s'étendait une galerie demeurée sans eni- ))loi : les appuis des fenêtres y furent descellés, les papiers désignés furent enfouis sous la maçonnerie, puis, lu porte étant soigneusement refermée, la j)ièce reprit l'aspect sombre et solitaire d'un logement inhabité.
Aj)rès avoir ainsi accompli en silence le double devoir
jour, je l'adorerai ; j'aimerai et respecterai mes parents et mon prochain; je cliercherai à me corriger de mes défauts, à pratiquer la vertu, à
imposé à sa discrétion, M. Bary s'était assis à son bureau, s'attendant à toute heure à recevoir la visite de quelque agent des Russes, des Prussiens ou des Autrichiens, entrés le 3l mars dans Paris vaincu. Un com^ missaire parut en efTet au Louvre le matin du 4 <>vril, mais au lieu d'être un étranger, chargé de mettre à répreuve la fidélité patriotique de M. Bary, c'était un PVançais, M. de Villcrs, délégué par le gouvernement provisoire, qui venait d'obtenir du Sénat la déchéance de Napoléon. Le nouveau venu n'annonçait qu'une mission temporaire, ce'lc de s'assurer du service, de recevoir les cli'fs, d'apposer partout les scellés d'usage. A force de questions, il apprit que les répertoires n'exist.iicnt plus, il entendit j)arler de feu et de cachettes. Il rendit compte de ces révélations, et le 7 avril, quand la défection de Marmont eut ruiné les dernières espérances de l'Empire, il revint muni de nouveaux ordres de sou gouvernement. Tandis que M. Bary était a]>pelé au ministère de la police )>our s'expliquer sur les destructions opérées, M. de Villers rouvrait les ])orteg qu'il avait closes la veille, pénétrait dans le local mystérieux, et, sous prétexte <lc rétablir un inventaire, faisait retirer et remettre en place tous les papiers dissimulés avec tant d'artifice.
On risquait ainsi de les découvrir aux convoitises des •liiés, qui pensaient déjà il réclamer 1rs doruments de source étrangère amoncelés il Paris par le seul droit de la conquête. Il était clair qu'en livrant à des dongcn prochains 1rs principales richesses du cabinet impérial, M. de Villers ne se proposait pas seulement d'en dresser des catalogues. L<'s soupçons de M. l'iary prirent bientôt
faire le hien, et jo tàcliprai d'apporter à Dieu «jiielqiies bonnes actions.
M. Mayeu (qui a quatre-vingts ans) a prié aujourd'hui pour Napoléon, ce qui ne m'a pas étonné!
Quel ennui ! tous mes camarades sont sortis !
J'ai commencé une pièce de vers de circonstance :
Louis, <lu roi martyr malheureux héritier. Vaincu par le grand nom de son rival altier, Fuj'ait en gémissant une ingrate patrie. Acceptant des Anglais l'humiliant secours',
une telle force que ce serviteur intègre, toujours dévoué à son dépôt, et plus ému que le jour oii il ctmsomraait régulièrement des sacrifices du moins nécessaires, résolut de dégager ce qui lui restait de responsabilité et de s'adresser au comte d'Artois, ou plutôt au confident du prince, au baron de Vitndlcs, dont le crédit balançait alors l'autorité ébranlée du gouvernement provisoire. M. Bary se bornait à des allusions ; mais, sans hésiter, s<dlicitait la remise entre ses u)aius d'archives dont il était depuis l'origine le gardien vigilant et qu'il importait, disait-il, de conserver « intactes » pour éclairer l'histoire et servir la monarchie. Ce vœu ayant été compris et écouté par M. de Vitrollcs, M. de Villers fut obligé, le 'À-Jt avril, de remettre les scellés, cette fuis contre lui-même, et un mois plus tard, après le rétablissement solennel du trône, M. liar> reprit otliciellemcul possession de son poste avec le titre d'archiviste particulier i\u Roi.