I. Kl) ccritiirc ciirsivc :ilieni!in<l
D'UN RHÉTORICIEN. log
prit, sur l'avenir et sur un bonheur qui me fuira toujours!... 11 me conseille de chercher à réformer mou caractère, à rectiGer mon jugement, à épurer mon esprit, et à me nourrir l'imagination des beautés solides des auteurs anciens. J'aurai assez de temps pour penser au français et me jeter dans la littérature française. Il me développe le plan qu'il a formé pour mes études et ma condition, et je vois que je ne puis être heureux qu'en travaillant avec ardeur ces deux années-ci.
Aûn de me confirmer dans mes bonnes résolutions, j'ai fait en moi-même tous les raisonnements capables de m'y soutenir. Je veux aussi m'astreindre à des règles fixes et certaines, qui ne me paraîtront pas dures à observer parce que je les aurai moi-même établies. De son côté, mon père me fortifie par beaucoup de promesses : il fera tout ce qu'il pourra, dit-il, pour me douner du plaisir, si je lui procure toute la satisfaction qu'il dépendra de moi de lui procurer par mon travail. Ce bon père met en moi toute sa sollicitude et toutes ses espérances.
ijC peu que j'aurai de bon, je le devrai à ses soins. Ce que j'aurai de mauvais, ce sera à moi que je devrai l'imputer, car il aura tout fait pour déraciner les mauvaises herbes qui croissent dans mon ctrur. F.t que ne dois-je pas fair<pour répondre .i son attente et le rerompenser
iio CAHIERS
de ses bienfaits paternels, en lui montrant que j'en suis digne? Ne dois-je pas médire, avant de faire une action : « Plaira-t-elle à mon père?» L'idée de le rendre heureux et content ne doitelle pas aplanir devant moi tous les obstacles (jue je puis trouver en marchant vers les talents et la vertu? O mon père, vous n'aurez pas en vain cultivé mon esprit et mon cœur ! Mais que je suis peu avancé ! Que de choses j'ai à faire ! Que je suis éloigné du degré de perfection où sou amour pour moi veut m'élever! Pourtant je ne veux pas me décourager : Dieu, ma conscience et mon père! Voilà les trois objets et les trois appuis de mes efforts. .V/7 desperandum tali duce et auspice tali.
Je commence par supprimer la lecture ordinaire des journaux et ios idées et 1rs conversations trop fréquentes sur la politique; je retranche les livres futiles; je discontinue ce cahier de souvenirs.
Voici une constitution que je me propose de suivre plus exactement que les rois ne suivent les leurs.
CONSTITtJTIOM.
Principaux articles auxquels je promets obéissance. Ces articles sont désignés par l'astérisque*.
Ma foi, j'ai encore la paresse de ne pas transcrire ici mon plan; mais cela m'épargiu- <lii
D'UN RHKTORICIEN. m
trmps, et c'est quelque chose de gagné dans ma nouvelle méthode.
Le résumé de cette charte est que je m'oblige à bien travailler mes devoirs, et à avoir lu tout entiers à la fin de l'année : Horace, Virgile, RoUin (a vol.K le Conciones, les Leçons de littéj rature latine en prose et en vers, qui succéderont à Horace et à Rollin, que je lis tous les matins dans mon lit.
i" mai. — Je compose encore aujourd'hui, le premier mai, jour où j'ai écrit cette conclusion, avec ma paresse. J'achève un livre que j'avais commencé : les Contes moraux de Marmontel. Comme la faiblesse humaine perce partout! La paresse, tout en cédant au travail, s'attache encore à un reste d'appui qu'elle va bientôt perdre et elle ne veut fuir qu'à condition de différer sa fuite encore un moment.
Ce cahier de souvenirs me demandait du temps. C'est un petit plaisir dont je vais me priver. Mais que pourrais-je à l'avenir insérer ici, si ce n'est des remarques sur les auteurs que je vais étudier? — Ce serait trop aride, trop uniforme et trop dispendieux pour le temps. J'écrirai d'autres souvenirs, plus tard; ceux de mes vacances, par exemple. Kn les rapportant deSaint-Pol. j'aurai de quoi me nourrir pendant deux mois.
lia C.\HIERS D'UN RHKTORICl?:X.
Je me représente ce cahier, comme un rom.in qui en est au dénouement. Malheureusement, il y a quelques petites différences : Un héros de roman est parfait: le suis-je? Sou histoire est intéressante: la mienne Tcst-elle? — Et après ses grandes aventures, il vit bien heureux. Et moi, après mes petites bêtises, le serai-je? — Je vais tâcher de l'être en faisant bien.