I. Alors âgé de près de quatre-vingts ans
D'UN RHETORICIEN. i35
>u luurt. Mon père en a été le triste témoin. Ma nièic est incousolahle; elle a perd» sa seconde mère, qui lui a plus d'une fois sauve la vie.
I 5 mai. — Je suis appelé pour son convoi. Hélas! je n'ai pas eu le douloureux plaisir de dire à ma tante un dernier adieu! Je la perds pour
toujours! Je suis accablé de tristesse L'idée
de son bonheur actuel me console un peu. Je ne l'oublierai jamais'
i3 juin i8i5. — Je venais de composer une mauvaise chanson sur Tincrédulité, et à l'amère ironie politicpie qui la termine ou serait tenté de croire que je pressentais, il y a deux jours, \vs désastres affreux qui me consternent aujourd'hui : L'Empereur est à Paris! L'armée est presque détruite! I^ vieille garde a existé!...
Cette nouvelle nous accable Tous les partis
se rallient au cri de : Vive la nation! On demande à aller travailler aux fortifications. Sur le sot refus de nos cuistres, nous nous habillons. Huard et quelques autres séditieux excitent le peuple. Les portes sont enfoncées!... Nous nous élançons en ordre, hors de la prison,
I. Il est ass«x %ingulicr «in'Kmilc Bar> ne dise ]>a!i, <lan« son miiM <ic mai, que mju pi-rc fut alorn nominr (Irputc à la Cliambrr «les re|irrsentant« par le collège (l'arrondiMcmrnt de Sainl-l'ol (l'ai-dc-Calain).
i36 CAHIERS D'UÎV RHETORICIEN.
et. après avoir traversé les faubourgs étonnes, nous débouchons par la barrière d'Italie. Là, on nous donne des armes; on nous mène aux fossés, et le Ijcéc ])ioclie, bêciie, suc, traîne la brouette, s'éreinte avec zèle; le tout pour la patrie. M. Clérisseau nous a envoyé des vivres, et nous sommes revenus au lycée à 7 heures du soir, en électrisant le peuple par les cris multipliés de : Vive la France! Vive la Pairie! mêlés de quelques cris insensés de : Vive l'Empereur!.., cris qui supposaient qu'on ne pensait plus que l'Empereur venait de faire tuer pour son ambition cent cinquante mille hommes!
Nous ajjprcnons à notre retour l'heureuse nouvelle de l'abdication de Sa Majesté.
Le lendemain, nous sommes récompensés de nos travaux patriotiques par une bonne courbature.
3 juillet i8i5. — Le lycée est presque désert. C'est une auberge, où l'on entre et d'où l'on sort à volonté. Et moi! Il faut que j'y reste! Plus de classes! Ah! quel ennui! non pas parce qu'il n'y a plus de classes..., mais parce que ttius les élèves s'en vont, et (jue je suis jiresquc seul. Il ne me reste ([u'une consolation —
FIN DES CAHIF.nS u'UN KHÙTORICIEN.
A la suite de ces petites éphémcridcs, j'ai retrouvé dans le portefeuille de mon père un certain nombre de papiers d'élèves, qui m'ont paru offrir quelque intérêt par les vues qu'ils nous ouvrent sur l'ancienne Université, sur l'esprit des élèves et des maîtres, et même sur celui du Grand-Maître. C'est à ce titre que je donne ici quelques-uns de ces papiers.
r.F.TTRE DE MESSIEURS LES RHETORICIESS
A M. DE WAIIXY.
Monsieur le Proviseur,
Lorsqu'on vous adresse une juste réclamalion, on est sûr d'être écouté. Ces jours derniers, quand il s'agissait de confier à messieurs le» proviseurs l'examen des copies du concours, votre délicatesse a refusé, dit-on, de prendre part à un jugement où la gloire de votre famille était intéressée. Aujourd'hui, vos rhétoriciens, les condisciples de votre fils, osent vous prier de renoncer à la correction des devoirs du collège, dans une classe où les succès deviennent importants.
Nous serions très fàcln-s qu«! quelques personnes malintentionnées pussent jeter des doutes injurieux sur les prix de notre camarade, ou même que plusieurs d'entre nous, vaincus par lui dans les compositions, osassent vous blesser par des murmures, qui, pour être mal fondés, n'en seraient pas moins désagréables. Votre Alfred' lui-même goûterait mieux le
I. Alfred d« Wailly, i»lii< taril provi^riir liii-mPnw ,iii Ivoéc Henri IV.
i/jo CAHIERS
plaisir des triomphes qu'il mérite, s'il ne restait plus de prétexte à ses rivaux pour les rabaisser.
Ne croyez pas, monsieur, que nous soupçonnions votre équité. Si par hasard vous corrigiez le devoir d'Alfred plutôt en père qu'en juge, c'est que vous seriez aveuglé malgré vous par une partialité involontaire, dont ne pourraient se défendre les autres parents qui seraient à votre place.
Pleins d'une respectueuse confiance en vous, nous espérons que vous nous donnerez une nouvelle preuve de votre justice et de votre désintéressement, en laissant aux seuls professeurs le soin d'examiner les copies, et en voulant bien sacrifier vos droits au désir de tous les élèves. Si vous décidiez autrement, notre plus grand chagrin ne sera pas de voir rejeter notre demande, mais d'apprendre qu'elle a pu vous offenser.
Nous avons l'honneur d'être, avec le plus profond respect et la plus entière soumission,
Vos rhétoriciens internes et externes.
D'UN RHETORICIEN. i4i
CARMEN FUSEBEUM DE FRATRIS C.4.RISSIMI MORTE.
Ter quinos Agatho jam lunae impleverat orbes, Et jam tentabat dubio vcstigia gressu.
Jam lepido risu l.-ptam cognoscere matrem Ineipit, et cane nutrici parvula tendit '
Bracbia, blanditnrqiie oculo grstuquc loquaci. Quantus honot puero! pulchrt qas gratia vultus! Kronti quale decus ! spirabant ora futuri lagenii igniciilos et nubile mentis acumen. Crescebat sic ingenuus felicibus infans Auspiciis; ana crescebant gaudia matris ; Gaudia longa parum ! ftpdi contagia niorbi Corripiunt subito piieruni, crudique dolores. Ilia singultu longo intenduntur, et xgrum Tussis anhela quatit ; sxvit siniul arida febris. Scd multo graviora manant : nam c<ir|>tis codein Tentatur morbo interiiis; praecoidia, fauces, Et linguam cui mox discendum duice parentis Nomen erat, rompressa intrinsecus ulcéra riaudunt, Atquc alimenta vêtant fragili succurrcre vitx.... Ah ! miserere, Deu< ! gemebundnm respice matrem, Respice fratemo* fletuii, luctumque parentis ! Sed frustra; en r>culos prrssit vis ferrea lethi. Heu! dilecte puer, non te, nutrirc rclicta, Aspiciam trnrra matris ccrvicc supinum, Uulce <inus, aut patriis ridentem liaercrc laccrtis ! Crudcli heu fato cadix immaturus et insons! Jam tellus grrmio purri niiscrabilc Cf>rpus, I.,a^itiamque brevem tenet, et «pcs bausit inanes.
Kmii.c L.-K. BARY, Elève de }' au l\rée Napoléon Avril iHi3.
i4ï CAHIERS
I,ETTKE ADHESSEIi PAR M. DE FONTANES A M. AAIAK, PHOFESSEtlR d'ÔJILE BAHY.
Paris, le i8 juin i8i3.
Monsieur le Professeur,
J'ai reçu les vers du jeune Bary. Je vous remeicie de m'avoir fait connaître ces productions d'un talent naissant, qu'il est juste d'encourager. Comme vous, j'ai trouvé dans les deux opuscules du jeune Bary de la sensibilité, de la grâce et de l'élégance, et j'ai d'autant plus de plaisir à les louer, que les talents de l'élève sont l'ouvrage du maître, et qu'ils deviennent la récompense la plus flatteuse de son zèle, de ses lumières et de ses soins.
Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération.
Le Sénateur Grand-Maître de l'Université impériale.
Signé : Fontanes.
j4 Monsieur Amar, professeur de la première ait' née (Tliuman'ités , au lycée Napoléon, à Paris,
D'UN RHÉTORICIEN. i4i