‹ Les cahiers d'un rhétoricien de 1815. [ÉditésChapitre 40 sur 46 · I. .\lfic(l «le Wiiilly · texte numérisé non relu

I. .\lfic(l «le Wiiilly

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saul que les éloges dont elle est remplie sont d'un ami uii peu aveuglé. Mais, mua pauvre liaiy, tu fais tout avec uu emportement qu'où appellerait passiou, s'il ne l'était pas habituel. Ainsi je serais fâché que lu me ]iarlasses plus sensément.

Adieu; sois encore mou ami, car je suis encore le tien.

S. DE MoSIALIVHl,

>'oveiiil)re 1S1-.

L'autre jour, mon cher Bary, en tirant de \ieux j)apiers (jui étaient restés dans mes poches, je reconnais ton écriture. C'est une lettre. Je la prends avec empressement pour la relire avec délices. Je veux l'ouvrir: quel est muuétuunemeut, quand je la vois encurc cachetée! Celait ta lettre du 3o octobre, que je n'avais pas encore lue; il faut que ma sirur ou mon petit Il ère, au lieu de me donner tout bonnement cette lettre, aient trouvé plus drôle de me la mettre dan» ma poche, sao* que je m'en aperçusse, car, certes, en reconnaissant à son adresse <|ii'elle était de toi, je l'aurais ouverte sur-lechamp.

Quoi qu'il en soit, t-aut mieux lard que jamais, et je ^ais l'y r«"poudre.

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Pauvre aral ! tu te reproches de ne pas m'ccrire : quels doivent être mes remords! Mais ma paresse n'empêclie pas que ton absence ue me fasse sentir mieux que jamais combien je t'aime. Quel besoin je me sens quelquefois de causer avec toi ! Je te vois avec tes imperfections ; mais elles-mêmes ont quelque chose d'attrayant pour moi ; oui, mon amitié pour toi a tout l'attrait d'une faiblesse.

Je t'avais bien dit que tu prendrais goût aux mathématiques; je suis ravi de ue ])as m'être trompé et je suis persuadé que c'est ce qui pouvait t'arriver de plus heureux.

Oui, nous causerons de mathématiques, d'autre chose, de tout, avec charme. Oui, s'il plaît à Dieu, tu seras mon couscript l'année j)rochaine. Je crois que tu te trompes quand tu dis que l'habitude de cultiver les lettres te nuit pour les mathématiques; quand on exerce son esprit, de quelque manière que ce soit, on en fait uu lustrunicnt propre aux travaux les plus divers. C'est d'ailleurs un grand avantage, même pour un mathématicien, de savoir parler sa langue; mais se laisser séduire par les mots et ne voir qu'eux, ce qui arrive le plus souvent sans qu'on se l'avoue, est également nuisible au mathématicien et à l'homme de lettres. Toutes ces raisons me font croire que tu aj)preudras mieux les mathématiques que si tu n'avais pas fait ta

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rhétorique, et que, réciproquement, si tu recommençais ta rhétorique l'année prochaine, tu aurais bien plus de méthode, d'aplomb, tu serais bien plus réellement fort qu'auparavant.

Poirson et toi vous tous disputez sur la primauté des sciences et des lettres. Tu \eu\ connaître mon opinion? Je ferai d'abord, selon l'usage, mes excuses d'incapacité, en disant à Poirson : IS'on licet inter vos tentas componere lites, et à Bary : Je ne pourrai trouver Féquation de ce problème. Je te dirai ensuite ce que j'en pense. Je commencerai par vous demander si avant de commencer la discussion vous avez bien défini la primauté et le genre de primauté dont vous parliez. Et quand vous l'auriez définie, les sciences et les lettres sont d'une nature tellement différente, qu'on ne peut pas établir de comparaison. Les unes ne sont que par elles-mêmes, les autres ne servent qu'à habiller les idées qu'elles empruntent aux individus. Les premières font toujours des progrès depuis leur naissance, et ne peuvent qu'en faire de nouveaux ; les secondes sont sujettes aux vicissitudes de l'esprit humain; les unes elles autres conduisent à la science du bien et du mal. On ne peut pas non plus les comparer pour l'utilité, puisque toutes les deux sont d'une utilité première.

Le grand mathématicien et le vir probus ae di-eendi periius, doivent être chers à l'humanité.

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D'un tiail de plume, Montesquieu force les despotes de l'Europe à changer leurs lois ; mais Franklin arrête le tonnerre. Ne crois pas que je sois moins enthousiaste que toi des mathématiques; ce sont elles qui font triompher les armées, et qui, après la victoire, les immortalisent par des monuments que le temps ne peut atteindre. Ce sont elles qui ont bâti depuis les pyramides d'Egypte jusqu'à la colonne qui domine Paris ; elles qui détournent de leur cours ou resserrent dans leur lit les fleuves impétueux ; fclles qui protègent l'espoir du laboureur; elles qui ont conquis sur l'Océan la Hollande tout entière et mille autres provinces ; elles qui guident l'homme sur les mers orageuses; elles, enfin, qui suivent les astres dans leur cours et mesurent leurs orbites gigantesques. Que nos poètes illustres n'aient pas existé, voilà bien des jouissances de moins! mais qu'on nous ôte nos génies mathématiques : vois ces champs dévastés, ces vaisseaux naufragés, ces royaumes engloutis!...

Si l'homme pouvait tout voir avec la précision des mathématiques, ce serait un Dieu.

H n'y a de vraiment utile dans les lettres que l'éloquence, et surtout l'éloquence politique, qui ne s'apprend ])as sur les bancs; aucune étude n'est, ce me semble, i)lus propre à s'allier avec elle que celle des stiences exactes; mais la

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Providence n'a pas encore voulu qu'iiu mortel fût assez heureux pour exceller à la fois dans Tune et dans l'autre science.

Adieu, mon cher Bary ; il est trois heures et demie du matin ; je ne puis m'arracher à ta conversation ; il faut cependant que je dorme uii peu.

Promets une lettre par le prochain courrier il Poirson et âmes frères.

S. DE MoirrvLivET.

P. -S. — Explique-moi donc si tu os interne ou externe.

3/ousieur, Montieur Emile Dary, chez Monsieur Cornè^ receveur particulier des finances à Sainl-Pol, ' — département du Pat-tle- Calais.

i:t août iSi.^.

En rentrant ce matin au lycée, que j'ai (piitté depuis dix jours, j'ai trouvé ton aimahle lettre, mon cher Bary J'allais pour terminer mes affaires avec les cuistres. Mais tes jolies descriptions, ces images de la nature que tu présentes avec tant de grâce, l'idée «le parcourir avec toi ces riantes campagnes, et hien plus encore le souvenir de notre amitié, m'<mt plongé dans

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une rêverie si douce cl si agréable, que, laissant là MM. Dumas et de Wailly, et remettant les affaires à demain, je me suis promptement échappé du lycée, dont le séjour, l'aspect même, me semblaient insupportables.

Je me suis rendu aux Tuileries, et j'ai été m'asseoir, à l'ombre, sur ce même banc où jadis nous avons respiré avec tant de plaisir l'air de la liberté. La situation n'était plus la même. Je n'avais plus avec moi Barj et La Rochefoucauld. La liberté dont je jouissais n'était déjà plus nouvelle, et elle n'avait pas surtout les charmes de celle que nous avions dérobée à nos tyrans.

Mais je relisais ta lettre; je respirais la fraîcheur du malin-, j'entendais les tourterelles roucouler leurs amours; je les voyais voltiger au-dessus de ma tète, et, enfin, je pensais à toi! Et j'ai passé ainsi deux heures délicieuses.

Il me semblait te voir parcourir les sites i)ittoresques que lu me décris; je me transportais en idée auprès de toi; j'oubliais entièrement Paris. J'éprouvais ce ravissement qui l'a dicté ta lettre. Je ne sais si c'est de Dieu ou de toi que je tiens cet amour que la nature champêtre m'inspire. Je me dis aussi que c'est Dieu qui l'a mis dans mon cœur, pour m'en faire goûter tous les plaisirs avec l'ami dont l'àme est si bien faite pour les sentir vivement.

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Pendant que tu contemplais le spectacle de la nature, j'ai vu tout ce que l'art a de plus parfait : j'ai vu le sublime Talma jouer yéron dans Britann'icus, Mlle Georges Jgrippine, Saint-Prix Burrhiu, Mlle Bourgoin Junte, etc. J'étais en extase; j'admirais de toutes mes forces; m<m illusion était complète. Je croyais avoir sous les yeux \éron et Agrippine, et rien ne m'a mieux fait sentir le talent de ces inimitables acteurs que celte illusion même.

Je n'ai pas mérité ce reproche que fait Rousseau aux Français, de ne voir jamais que l'acteur, et non pas le personnage qu'il représente. A la fin de la pièce, je me disais tout étonné : ce n'est pas Méron, mais Talma ; ce n'est pas Jgr'ipplne, mais .Mlle Georges! Et je bénissais alors le sort heureux du Parisien, qui, pour cinquante sols, jouit de tout ce que l'homme a fait de plus sublime.

En quittant Paris pour aller à Doull<-ns servir de secrétaire à mon frère, je n'y regretterai que deux choses : le spectacle et la musique; mais je les regretterai beaucoup, la dernière surtout.

Je ne me mêle plus de politique et je crois qu'il n'y a pas de nouvelles. J'ai seulement lu au coin des rues un joli petit avis de .M. Miiffling» aux bons Parisiens, pour les pruveoirquc

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