A DÉLIE
JVxpire, hélas 1 j'expire à la fleur de mes ans ! Je quitte sans regret les douceurs de la vie. Mais perdre pour toujours une amante chérie^ Ne jamais la revoir ! oh ! douloureux tourments ! Approche! viens fermer ma mourante paupière.... Déjà la pâle mort étend sa faux sur moi.
Ahl que mes yeux éteints, à mon heure dernière. Te regardent encore et se fixent sur toi!
Adieu! viens! viens baiser mes lèvres expirantes. Que je te serre encor de mes mains défaillantes!
Il se réfugia à Gand; mais Napoléon aurait^ îvoulu le contraindre à se réfugier en Angleterre.
I. Tonte cette partie est écrite en écriture cursivc allemande.
4o CAHIERS
Plus je relis ces vers, plus ils me semblent faibles. Et pourtant j^ëtais plein de mon sujet en les écrivant. Je me représentais étendu au lit de mort, entouré de mes tristes parents; plein d^une tendre émotion, je versais de douces larmes et répélais avec mélancolie ces vers si touchants du sensible Tibulle, que je n*ai fait que paraphraser :
Te spectem suprema mihi cum venerit hom, Te teneam moriens déficiente manu.
J'ai composé aussi une chanson sur le sommeil, un soir que je ne pouvais dormir. Malheureusement, je n*ai été plein de mon sujet qu'après ravoir achevée. Elle était un peu matérialiste. Je ne le suis qu'en chanson.
Revenons à la prose. Je joue avec Bogin, à une heure, à un jeu fort amusant : nous nous entrelaçons les bras, dos à dos, et, tour à tour, nous nous baissons en avant, en soulevant notre camarade, qui s'élance en Tair, avec un libre essor.
a4 mars, vendredi saint. — - Temps adouci, assez sec. -^ Je m'habille proprement ce matin, au risque de ne pas sortir; ces préparatifs engageront peut-être à m'emmener ceux qui viendront me voir aujourd'hui.
7 heures et demie. — Le sermon est le même que l'an dernier; je n'ai pas oublié que le mot d'iniquité y est répété vingt fois.
9 heures du matin. — Coutard a la comjdaisanee de porter à la maisoa une ïettre un peli sèche, dans laquelle je reproche à maman Tinquiétude où elle m'a laissé, en ne me donnant aucune nouvelle. Un moment après, je reçois une lettre de mon père. — Il m^annonce qu'il me Tiendra ehercher demain samedi saint.
L'heureux Camille Fain Ta partir pour la campagne; et moi, je r»te! Son père est dans la plus haute faTeur; il l'a méritée, l'homme de bien ! l'homme le plus honnête de France!
Je lis PAreadU, petit poème en prose dans le genre des Études de la Nature^ par Mi Bernardin de SaîAt-Pierre. Cet ouTrage devait être diTisé en trois parties. Il n'y en a qu'une d'achcTée, intitulée' la Gaule, La barbarie de ces peuples aurait fait contraste aTeo la ciTilisation de l'Arcadie, et la corruption de l'Égjp'ple. — Le cadre me paraît ressembler un peu trop à celui de Telemaque : deux Toyageurs, battus par la tempête, sont faits prisonniers par des sauvages; séparés l'un de l'autre, et l'un, près d'être immolé en sacrifice aux dieux du pays, reconnaît tout à coup son ami, qui OTait acquis de la considé*ratio^n che^. les Gaulois, ses compatriotes. Ils combattent ebsuite contre les ennemis de leurs hôtes, comme le fils d'Ulysse, en Sicile. Ils adoucissent les moeurs de nos pères, comme Télémaqué'virtifie les déserts de* l'Egypte, dont la
det^pdon oflîre des rapporu avec le tableau des Gaules» Maôs^en reranche, on reeouBait dans cet écrit l*hoinme de la nature, qui la peint arec des couleurs très naturelles. J*ai lu avec un grand plaisir «rois ou quatre fictions nouvelles que les Grecs n'ailraient pas dédaignées , telles que celles de l'origine des lis et de la pomme de Sifionne (Vémif); --^Lés notessont curieuses; il y en a une tr^s intéressante sur les sons que rendait au lever de Taurore la statue colossale de Memnon. ...
95 mars, samedi Aaint. — Je ▼ais à la messe.
—* Pluie. — L... me charge d*sdler savoir d^ nouvelles de M. S.., dans notre rue, n* 96.
Il fait un mauvais temps pour.<ma sortie; il est déjà neuf heures et demie! Tardera-t^onen^ core?Ne viendra-t-on pas? ;
Je sors av^c Gm* à di^ heures et dei|ue. . .
Plusieurs coiirses assez ennuyeuses,, d'autre^ plus, amusantes. .
ij»' politique est le sujet de toutes les conversations. C*est .d*abord intéressant ; mais on entend et Toii dit presque toujours. les mêmes choses ; pn ne peut pa» changer d'opinion selon \eê personnes que L'on voit, et Uon ne varie pas assez les expressions.
Grand désordre à la maifon : ma grand'taute est très malade, et «namannhimée.de'li^sîXiude.
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Mon père est sans place ' ; on ne peut changer de maître comme on change de livrée*.
Nous allons passer la soirée chez M. Quéuault. J'en reviens tout endormi.
Dimanche, 26 mars. — Pâques, mc;sse.. — Beau temps à midi. — Je lis longtemps dans mon lit le René de M. de Chateaubriand. Quel plaisir cet ouvrage m'a causé! Le style, quelquefois taçlié par le. mauvais goût, est harmonieux et brillapU René est un jeuue homqie sensible, malheureux et mélancolique, dont Tâme, ne trouvant aucun objet capable de l'attacher, ressent un vide affreux ; et, se plaignant sans cesse de maux chiniériques, il désirerait en éprouver de réels, qui pussent occuper son cœur, las de la vie. 1\ veut se décharger du pénible fardeau de l'exis* tence; il donne tous ses biens à sa sœur chérie, dont l'aimable société a fait le bonheur de son enfance. Amélie, recevant sa lettre, et instruite de ses funestes projets, vole dans ses bras et exige de lui l'inviolable serment de. respecter .se^ jours.
I . Après avoir été receveur des contributions à Gr«et%,. en Styrie, à Brest, à Saint-Pol en Pas-de-Calais, M. Bar? père était archiviste de la secrétairerie impériale d*Etai' au Louvre, fonction qu^il garda jusqu'à sa mise à la retraite, en mari 1848.
a. Écrit en caractères grecs.
Vaincu par sa sœur, Renë reçoit ses tendres caresses, et passe avec elle un mois délicieux.
Bientôt, cependant, il lui trouve un ton mystérieux; elle lui semble entretenir une correspondance secrète.... Enfin, un jour, il ne la retrouTe plus dans sa maison, et Toit sur sa table une lettre qu'elle lui a laissée à son départ, dans laquelle elle lui annonce ses combats et sa réso^ ludion de se : retirer dans un courent. Elle lui conseille de se marier et lui parle de l'hymen dans les termes les plus passionnés.' Son frère, ne sachant d'où viennent ses desseins, et plein d'étonnement, va la rejoindre à son couvent.
En passant, il rencontre sur son chemin le châ^ teau de ses pères, qui appartenait alors à un lUaHre étranger. Il visite les champs, témoins dés jeux et des promenades de son enfance; enfin, en touchant le seuil natal, il est près de tomber en défaillance. Eh bien, lui dit le concierge, allex-vous fkire comme cette étrangère qui, en venant ici, il y a quelques jours, se trouva mal et que je fus obligé de reporter dans sa voiture? — L'infortuné jeune homme est frappé de surprise, et reconnaît sa sœur!... Que cette scène est pathétique ! René va au couvent, mais ne peui voir sa sœur, qui lui écrit pour le prier de ne pas troubler son pieux repos; de supporter leur séparation nécessaire avec résignation, et de lui servir de père dans la cérémonie sainte
qui -va enfermer tes jours dans les murs sombres d*un cloitre. Ren^ y consent avee peine ; il médite les plus sinistres projets.... Le jour fatal arrire; Renë, pâle, défait, chancelant à la vue de la triste Amélie, tient le Toile -virginal, et, par hasard, lui entend prononcer ces mots : « Dieii ! comble de biens un frère qui n'a point partage ma passion criminelle ! »
Ces paroles éclairent René et font éclater son amour naissant, dont il ne s'était pas rendu compte. Il tombe dans les bras d'Amélie et trouble le sacrifice.... On l'emporte sans connaissance. ••• Il reyient à lui.... La cérémonie était achcTée!
Dans son désespoir, il passe en Amérique, y apprend bientôt la pieuse mort de sa sœur, et périt lui-même, après avoir traîné dans les déserts du Nouveau Monde une vie déplorable.
Tel est le squelette décharné de ce livre qui fait verser de si douces larmes.
Les détails les plus pittoresques, une sensibilité exquise, la description philosophique des monuments de l'Italie et de ceux de la Grèce, la peinture naturelle des campagnes riantes, enfin la délicatesse avec laquelle l'auteur gaze son sujet, si difficile à traiter, toutes ces qualités assurent un rang distingué à ce délicieux roman, et le placent à côté à^Atala,
Entre autres pensées neuves, ou embellies par le charme de l'expression, ou développées pttr une
comparaison heureuse, j'ai remarqué celles-ci :
c XJne colonne est debout dans le désert, comme une grande pensée, qui s'élève dans une Ame, dévastée par le temps et le malheur. » .
« Quel cœur si mal fait n'a pas tressailli au son des cloches natales!..., etc. » Tout le morceafà est parfait.
« Le soir, l'indifférence passait sur sa tombe, et, hors son fils et sa fille, c'était comme s'il n'eût pas existé. »
« Un an après sa mort^ j'en reçus la nouvelle, et pendant que quelques amis pleuraient sa mort d'autres étaient déjà consolés.... »
et II n'est rien de si poétique qu'une tête de seize ans ; le matin de la vie est comme celui de l'année, plein de pureté, d'images et d'harmonie. »
Cette idée m'a frappé : j'ai seize ans. Si mon esprit est si peu poétique, n'est-ce pas parce qu'il est retenu par mille entraves? Si, au milieu des beautés de la nature, on lui laissait un libre essor, il pourrait s'élever plus haut : la contemplation des choses célestes et la vue des agréments champêtres m'agrandiraient l'imagination ; la campagne, une fiancée, un ami et des livres, voilà ce qu'il me faudrait !
Je vois dans ce livre un frère et une sœur brûlant d'un amour mutuel, et combattant cette passion. Elle est illégitime aux yeux de la Société ; et pourtant l'exempte dès peuples de l'an-
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tiquité rautoriseraît. Plusieurs peuples, lelsque les Persans, les Égyptiens, les patriarches juifs, les sauvages, ne défendaient pas les mariages entre frères et sœurs, mariages qui ont été indispensables entre les enfants de nos premiers parents.
Le paganisme et les religions égyptienne et guèbre *■ Tautorisent par les illustres exemples des dieux. Jupiter et Junon, Isis et Osiris, etc. Mais on prétend que l'union de ces sangs fraternels, qui viennent de la même source, est nuisible à l'espèce humaine, et abâtardit les races. On s'appuie même de l'exemple des Bourbons, qui, ne formant d'alliance qu'avec leur propre famille, ou les maisons de Savoie et d'Espagne, sont devenus indignes du trône de leurs pères, et ont d^énéré si honteusement de ces antiques vertus. Mais cette opinion est-elle prouvée ?
Je vais chez Mme de C..., où je vois sa filleule, la jeune V..., qui va se marier à un jeune employé de dix-neuf ans. La crainte de la conscription a fait naître daus le cœur sensible de ce jeune homme un amour soudain, qui, ne pouvant se satisfaire trop tôt, a fait projeter et conclure l'hymen en trois jours.
La demoiselle est dans la désolation.
I. Ifom injurieux donné par les musulmans de Perse aux descendants des anciens Persans restés fidèles à la reUgion de Zoroastre.
On me charge de Tinterroger sur cet article.
La position était embarrassante pour un novice aussi gauche que moi. N'importe! La voyant faire un ouvrage de broderie, j'ai débuté par lui demander si c'était un ornement nuptial, quand aurait lieu la fête, si elle aimerait son mari, etc. Ne la connaissant guère, je ne pouvais pas lui faire des questions trop hardies.
Je vais déjeuner chez le docteur C... Je n*y trouve pas le fils. J'y vois un vieux militaire qui m'a donné la mesure du caractère de beaucoup d'autres soldats; les b... et les f... voltigeaient sur sa bouche. Il ne parlait que de ses campa* gnes, de ses blessures, de ses disputes, de son argent, annonçant toujours qu'il ne reculerait jamais et qu'il avait la main au bout du bras.
La présence d'une jeune dame de la compagnie, à laquelle il adressait des compliments fort militaires, ne l'empêchait pas de raconter des histoires assez graveleuses, qu'il assaisonnait de fort gros sel.
Il avait. Tannée passée, envoyé au ministère un plan pour la défense de Paris.
Je fais avec mon père une promenade assez amusante aux Tuileries et au Palais-Royal. J'entends crier partout :
« Achetez des cocardes tricolores! Elles sont moins salissantes que les blanches : elles diu'eront plus longtemps! ... »
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Je ris beaucoup en voyant les voitures des maires de Pari^ (qui sont toujours les mêmes), et vont adresser à TËmpereur leurs félicitations.
Depuis quelque temps, l'empressement pour les nouvelles politiques se refroidit, et ce n'est pas étonnant : on n'apprend presque plus rien de nouveau. Le trône impérial parait consolidé pour le moment ; mais aora-t-on la guerre avec les puissances étrangères ou non? C'est là l'importante question.
Le Roi est sorti de France avec la plus grande partie de sa famille. Il s'est retiré en Flandre', escorté de six hussards qu'il a forcés de le quitter à la frontière. L'infortuné monarque leur a dit adieu en les embrassant tendrement. C'est ainsi que s'exprime le /ouma/^Wra/ du 6. Je ne croyais pas des gazetiers susceptibles de com • passion.
Cette malheureuse famille des Bourbons !
Après avoir vu tomber sur l'échaiau4 les tètes royales des siens, et l'anarchie, et le carnage désoler sa patrie ; après avoir été abreuvée d'opprobres et de misère et avoir gémi vingt ans. dans ime terre ennemie, elle est remontée sur un trône chancelant, environné d'obstacles au bonheur de la France, ayant à contenter les