‹ Les cahiers d'un Rhétoricien de 1815Chapitre 28 sur 51 · I. Dans la Flandre belge, accompagné de Berthier · texte numérisé non relu

I. Dans la Flandre belge, accompagné de Berthier

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prétentions excessires de ses fidèles mais méprisables serviteurs ; et ]a voilà, de nouveau, re«. plongée dans les calamités, et mendiant un asile dans les cours étrangères !

Un décret impérial établit la liberté de la jMresse et supprime la censure.

3 heures. — - M. Laja est assis aux Tuileries, avec son épouse. Il est pâle comme un convalescent, ou plutôt comme un rentier à qui Ton retranche, non pas un quartier, mais une pension entière de deux mille francs, et une décoration.

Je rencontre Lacomble, se promenant avec soa oncle.

Après le diner, je lis une analyse critique très méchante, très spirituelle et très injuste de la Nouvelle Hêloise, par Servaa. L'auteur fait res* sortir avec force la conduite paradoxale des personnages du roman.

Rien de remarquable dans cette soirée. Je joue bourgeoisement quelques parties d'écarté.

27 mars, lundi de Pâques. — Mon frère, il y a trois ans, est mort un lundi de Pâques! — Temps pluvieux.

Je lis la- Chartreuse, Ce joli ouvrage ne m'était jusqu'alors connu que de nom. Le style de Gresset, plein d'élégance et de poésie, coule avec une étonnante facilité. Le seul défaut que j'y

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trouve, c'est la longueur dëmesurëe de quelques périodes, dont il est difficile de suivre le sens, et qui ne permettent pas au lecteur attentif de reprendre haleine.

Quand on n*a rien à faire, bn peut se promener toute la journée. Nous allons chez la duchesse de R.... Nous y sommes bien accueillis. On me force d'j prendre un excellent déjeuner. Je partage les jeux de quelques petits enfants de la maison. Ik sont très aimables et très complaisants. Comme ila ne peuvent s'élever jusqu'à moi, je descends jusqu'à eux.

Après une. courte promenaiie aux Tuileries, nous revenons à la maison.

J'ai oublié de dire que j'ai vu l'Empereur, qui se montrait à sa fenêtre aux Tuileries, le samedi, sS-mars.

Le soir, je lis U Méchant -et Vert^Ferty deux divins oiivrages, qui, avec la âhmrtretue, placent Gresset ail rang de nos premiers poètes. Que d'esprit et de grâce- dans Vtrt^Vert !

Cette ^ièoe de vers fut regardée dans le temps où elle parut comme |in phénomène littéraire. : Le Menant est un- ehef-fi'œUvre pour lie style et la peinture des mteurs du siècle. Si cette comédie est. faible par l'intrigue el la force icomir que, elle o^re, en revanche, d'exûellents détails, dés portraits bien tracés, des! caractères bien soutenus^ et une diction tout à la fois simple>

élégante, correcte et ntitiurelle» Je lie connais pas de Ters plus joli que celui-ci : . .

Elle a d*as8ez beaux yeux pour des yeux de province.

On peut dire de Gvesset :

Il fait dressez beaux vers pour des vers "de collège.

Huit heures et demie sont sonnées ! H faut partir pour le Ijvée.

Dans le chemlÉk^ nous nous entretenons d*tBl homme dont le eaructère me paraît assea oA* ginal pour en rapporter ici une faible -e«quissie«i

A Graetz, en Stjrrie^ où mon père a été rf6e- Teur des contributions, M. L..., homme de beau*' coup d'esprit, connut, en 1810, M. Sâlàs, secrétaire du B"* de Bret. Cet homme extraordinaire avait une singulière philosophie, et professait une admiration aveugle et déréglée pour les littératures allemande et anglaise. U parlait fàù*> sieurs langues- : le frauçais, Pallemand,' TitaUen,' Tanglais et reselavon.' Il «liTait par cœur et éé*> bitait souTent : Sehiliery Shakespeare,' Goethe, Klopstock et flffilton. H négligeait to«ise«s petit» et vils besoins de la nature humaine^ tels que* la nourriture, le vêlement et 'le 'sommeil. «Oh! je nepensepasà tout cela, disait-il; c*<^f au-dea« sous de moi ! Cette nuit je n'ai pensé qu'au héror de ma tragédie. Dans queUé position Schiller l*a placé l Quel intéi^èt ! €>>mmen t va-t^il s'en tirer ?( . .

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Oh ! votre littérature n*a aucun chef-d'œuvre parfait comme nos grands ouvrages et ceux d'Angleterre ! Vous appelez perfection un genre de convention constamment soutenu ; nous prëfë- Tons, nous autres, la simple nature. Notre génie rompt les entraves que vous imposez au vôtre. — Ah ! la belle nature que ces fossoyeurs de Shakespeare, qui se battent à coups de têtes de morts, et chantent des chansons à boire ! Voilà des tragiques! — Comment?... vous n'admirez pas ces fossoyeurs, qui commencent la pièce d'une façon si naturelle, si gaie, et qui empê* chent le spectateur de s*affecter trop profondément en lui donnant d'abord une sensation agréable ? Dans les palais, on ne voit pas que des princes; il y a aussi des domestiques, des gens subalternes. La vie est d'ailleurs un mélange continuel de choses tristes ou gaies. »

Un jour, lassé de la vie, il demanda à M. L... ses pistolets. Comme on le connaissait, on les lui donna. — Une heure après il vint les rapporter : (( Monsieur, dit- il, vous allez me mépriser de ce que je ne me tue pas; mais j'ai changé d'idée ; je vais encore essayer de la vie. Voyons si elle me sera plus souriante ! C'est une épreuve à tenter.... Je suis dans la même situation que X. dans... de Schiller. Il prend ses pistolets, mais il ne se tue pas, et voici ce qu'il dit... (Alors, il récite un long monologue.) O Schiller! ô Klop-

stock! vous êtes mes seules consolatious ! i» M. L... lui arait persuadé de s'exercer à la galanterie, et d'écrire quelques lettres de compliments et d'amour à quelques jolies dames. Ses épîtres étaient d'un style si ampoulé, si emphatique, que dans les sociétés tout le monde en riait, excepté lui. a Vous, disait-il, qui n'avez que de l'esprit, vous ne dites pas de ces choses-là! Nous autres, qui suivons l'élan de notre imagination, nous nous élevons plus haut, au-dessus de votre portée.

a Je ne vous conçois pas, vous autres Français! vous dites à nos dames les choses les plus impertinentes, qu'aucun de nous ne se permettrait. — S'en fachent-elles ? — Non ; mais il vaut mieux se taire. — Vous en aiment-elles mieux, vous qui vous taisez? — Non, il est vrai ; mais si nous leur parlions ainsi, elles nous en voudraient ; car il j a^manière de tout dire ! »

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