‹ Les cahiers d'un Rhétoricien de 1815Chapitre 31 sur 51 · I. En écriture cursivc allemande · texte numérisé non relu

I. En écriture cursivc allemande

M. Jeanne nous mène à Villejuif. Déjà assez fatigués, nous marchions lentement et à regret, lorsqu'un hanc de pierre, placé près de notre route, nous invite au repos, sur son siège hospitalier. Plusieurs élères s*y assoient. M. Jeanne de crier après eux, et eux de courir à leurs rangs, et moi arec eux. Mais je formais rarrière-garde, aTec Labinski. Le maître, qui ne pense pas conune Jésus-Christ que les derniers doirent être les plus récompensés, nous donne à chacun trois cents Ters à copier. Trois cents Ters! Je suis indigné de cette tjrrannie. Cet homme, qui a de très longues jambes, prétend qu'une longue marche les délie, et il nous accable de fatigue. H croit apparemment aussi que les pensums délient les doigts, et il en veut faire sur moi Texpérience.

Pour me soustraire à sa méchanceté despotique, j'ai plusieurs projets : i* de ne pas Cure mon pensum arant qu'il ne me le demande ; s* de lui parler alors raisonnablement ; 3* s'il ne m'écoute pas, de demander justice à M. Dumas; 4* en cas de refus, à M. de Waillj ; 5* de lui donner un mauTais papier, que me fournira M. Le Rosier ; 6* d'en faire le quart.

Pendant ce temps, quelques-uns de nos camarades étaient plus heureux que nous : deux compagnies du Ijcée, Moranet et Valerais, allèrent au Champ de Mars, où toute la TÎeille garde, rassemblée avee les maréchaux Suchet et

DaToust et les généraux Cambronne et Curîal, donnait un diuer national à douze cents gardes nationaux. On les laissa entrer, à cause de leur uniforme, dans cette vaste enceinte, où dînaient ces vaillants grenadiers, aussi braves à table que dans les combats. Mais on n*admit qu'avec peine les maîtres d*ëtude, qui n*étaient que des péhins.

Le général Curial, passant près de notre flo* risJNinte jeunesse, la fit asseoir à table avec les soldats. Il y avait une quai^ntaine d'élèves, et, Gîbon*, entre autres, était placé entre six bons lurons. Ils demandaient aux nôtres s'ils avaient des fusils, des tambours, etc., leur faisaient beaucoup d'amitiés, en les appelant leurs enfants, leurs successeurs, l'espérance de la patrie. . . . Us les exhortaient à taper dur sur les pâtés, les poulets, les rôtis, et toutes les provisions {munitions).

De temps en temps, on avait les oreilles étourdies du cri mille fois répété de : Vive l'Empereur! Il eût été alors impossible à un royaliste, placé au milieu de ces grenadiers, qui élevaient leurs verres et leurs voix à la santé de l'Empereur, de ne pas partager leurs cris. D'ailleurs

I . Depuis, professeur de philosophie et auteur d*ou- Trages estimés pour l'enseigoement de la philosophie. Professeur pendant près de trente ans à ce même lycée Henri IV, il fut mis ii la retraite en 1858.

c'eût éië uue ingratitude^ dînant avee Targent de Sa Majesté 1

Les maîtres d*étude regardaient leurs élèTea boire et manger*

3 avril, lundi. — Pluie et ma urais temps. Je lis trois contes de Marmontel : les Erreurs ^ua bon père^ Pale'mon, et les Solitaires de Murcie, Le premier est touchant et offre un grand intérêt. C'est un fils, chassé de la maison paternelle par une marâtre et qui retrouve ensuite son père, etc. Le second est assez joli ; mais la pastorale est usée. Le troisième est charmant. Les amours de Formose et de Valérie, leur ffiute, leur sépar^^ tion, leur fuite, enfin leur reconnaissance, tout intéresse le lecteur.

Je suis tourmenté par de chers souvenirs. Heureux celui qui n'a pas voyagé ! Il n'a pas laissé sou cœur à des objets chéris, qu'il ne re verra plus. Mille chimères se croisent dans mon imagination et ne me laissent aucun repos.... Je sens un vide dans mon âme.... Partout ces idées me poursuivent * . . . .

4 avril, mardi. — Humidité. — M. Naudet prétend avoir perdu les copies de composition en version latine, et nous fait composer ce matiu.

Le devoir roule sur la grandeur d'âme.

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