‹ Les cahiers d'un Rhétoricien de 1815Chapitre 33 sur 51 · I. Le sujet du concours ctait la découverte de la vaccine · texte numérisé non relu

I. Le sujet du concours ctait la découverte de la vaccine

I Souries, a Perrins, 3 Labinsky, 4 Montali' vet, 5 Defauconpret, 6 Taiinay, etc. Je suis le Tingt-huitième de la classe et le seizième des nouveaux. Quelle chute !

Demorj gage avec d'Herbelot quatre tablettes de chocolat que le roi sera ^a Paris le i5 juin. Je suis juge du pari. J'espère avoir mes ëpices.

Nous passons aujourd'hui sur la terrasse une récréation fort agréable. Une verdure et une frai* cheur délicieuses en font pour de pauvres reclus une charmante promenade.

Hier j'allais denuinder un livre à Perrin. Je passais par la chambre de M. Tabbé Jauffret, son précepteur. Ce pauvre monsieur, en me voyant, me prit pour un pénitent, et se leva avec un agréable sourire, pour me recevoir poliment, et me faire aimer en même temps la religion et son ministre. Il se rassit, cruellement trompé, lorsque je lui dis que je voulais parler à Perrin.

II heures et demie. — Je passe une classe agréable avec M. Simon. Cet homme est un vaste puits de science. Il est très fort en physique et en mathématiques, sait le français, l'allemand, le grec, l'hébreu et un peu de persan. Il a inventé des règles et une méthode pour apprendre l'allemand. Son seul défaut est la lenteur ordinaire à son âge. Il nous dit avoir composé un traité sur l'éducation, dont le système est appuyé par les heureuses expériences qu'on en a faites en

D'UN RHETORICIEN. 85

Allemagne : « Nous passoDS les plus beaux jours de notre jeunesse à apprendre un peu de grec et de latin, à enfiler des mots et k arrondir des phrases; nous apprenons machinalement, sans réflexion, et, tout en exerçant si mal notre esprit, nous ne fortifions pas du tout notre corps par ces exercices qui faisaient chez les Grecs et les Romains une partie de Tëducation. Des institutions, qui ont prospéré en Allemagne, prouvent qu'on peut enseigner le ladn en un an à des enfants, en leur parlant cette langue et en mettant entre leurs mains des lirres agréables. Nous n^ligeons aussi les langues Tirantes et Tétude de la politique, des finances, etc. On se garde bien de nous initier aux mystères du gouvernement. » M. Simon fera paraître son livre; mais il sera trop tard pour nous, et d'ailleurs, rinstruction traînera toujours une éternelle enfance, grâce à la paresse, à l'avarice et à la mauvaise politique de nos pions ; et, si le livre obtient autre chose qu'un succès d'estime, notre jeunesse sera déjà perdue.

Si toutes ces idées s'emparent de mon esprit, mon indignation sur notre vie me découragera, et, alors, adieu le redoublement de la rhétorique et le travail utile !

13 avril, mercredi. — Beau temps. — M. Laya me lit ce soir mon précis sur l'état de la Grèce

et l«t guerres contre Philippe. Il jr trouve de bonnet choftes ; mais il exigerait plus de concision, plus de nerf et de coloris dans mon stjrle. i3 avril, jeudi. — Beau temps le matin et pluie dans la journée. — Je reçois la visite de mon père. Il m'annonce que la santé de ma tante est toujours dans un triste état. Nous allons en promenade au Champ de Mars, où nous surprend une froide pluie. Je lis le rapport du Conseil d'État sur le manifeste des souverains alliés. C'est presque une déclaration de guerre.

1 4 ûvril, vendredi. — Temps froid. — Je passe Tétude du soir à ^ire mes vers. J'éprouve beaucoup de plaisir à y travailler. La tête échauffée roule des idées agréables et poétiques. Le soir, daos mon lit, je veille jusqu'à dix heures, pour peiodre des images riantes.

Seul, environné d'un silence général, et me représentant dans mon imagination les objets que je veux décrire, éclairé par les pâles rayons de la lune, qui dardent sur mon coussin, je jouis d'une certaine volupté littéraire, qui doit égaler au moins les plaisirs des sens.

i5 avril, samedi. — Un froid assez vif succède a la chaleur. Je me livre aux mêmes occupations qu'hier. J'ai achevé tout avant de m'endormir.

J'ai écrit hier à Couturier une lettre très forte,

D'UN RHETORICIEN. 87

€Hi je lui adresse de vifs reproches ïut son in^ ftouciance et sur la brièyelë insignifiante de ses lettres. Nous verrons comment il prendra cela.

Jour de Nain jaune. Il est peu plaisant. Il donne une assez amusante caricature sur le prince de Bienauvent. Il a six têtes; Tune de ses bouches crie : « Vivent les notables! »

l'autre : a Vive la liberté ! » etc. ; enfin la dernière ne sait encore ce qu'elle criera.

Le rapport de Caulainoourt sur la situation actuelle des États de l'Europe est effrayant. On nous prépare une guerre épouvantable. Les en> nemis font les apprêts les plus considérables. D'un autre côté, l'Empereur arme et rend mobiles ^ deux millions de gardes nationaux. Mais partiront-ils? Les ennemis disent n'en vouloir cpi'à l'Empereur. Beaucoup de lycéens veulent partir pour lui.

16 avril, dimanche. — Temps froid et sec. — Je sors. Je vais avec M. L... chez M. P.... Là, une demoiselle parlait du matériel de l'armée. « Âh ! mademoiselle, reprit alors un vieux comédien qui se trouvait là, vous êtes pour le matériel, vous aimez le matériel ! Je suis content de le savoir! » On a feint de ne pas entendre ce vieux farceur. On parlait de l'ennui que doit avoir un

Page 1