‹ Les cahiers d'un Rhétoricien de 1815Chapitre 44 sur 51 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

— C'est Nerra ! sVcrièrent d'une Toix unanime tous les officiers.

— Oui ! c'est Nenra ; ce nom sacré retentit dans tous les cœurs! Si Jupiter Teut finir nos maux, s'il éteint la foudre que nos crimes ont allumée entre ses mains, tous aTez nommé Totre empereur. Que tardez-Tous, mes amis, à porter Tos aigles devant ce vénérable Tieillard, et à ceindre ses chcTcux blancs du diadème? Rompez tout pacte aTcc la tyrannie. Jetez-Tous dans les bras qu'un grand homme tend aTcc joie à ses concitoyens infortunés, et que Rome, sauTée par Totre heureux choix et Totre noble fidélité, TOUS nomme les plus glorieux enfants du Père de la patrie! »

Éclairés par ce discours, les soldats foulent aux pieds les drapeaux qui portent l'image de Domitien ; ils lèTent les yeux au ciel, bénissent

le conseil de Chrysostomcy et proolameut NerTa leur empereur.

Dès. ce jour même, Dioo est ëleré - au rang qu*il mérite, et 'les Romains ne se rappellent plus la cruauité de Domitien que pour jouir avee une plùa 'TITO reconnaissance des bienlaifts de son; successeur. - • - . ■

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coMFOsiirinir fhauçaise d'emilb bar y, pour l'kxa-

MEir D^ADanssioir a x^icoEE rqtalb folttbchirf<rt«;>(Août 1818.)

.. SUJET, j>QHsi : Çicérqn découvre le tombeau

tr^rçhifinède. . . „

Tullius Cicëron à son ami Pomponius Attieus, salut;.

Je veux TOUS' rendre compte^ mon cher Atti* eus, d'«in événement qui "peuCjtoraitre indiffé* remt ou vulgaire, mais dont vous êtes digne d'appréeier l'importance, le- sais que vous ad-^ mires» comme moi le génie d'Archimède, bien qaUl ise 'soit: livré à des. études bien différentes de»'&6tre». Nés citoyens d'une ville qui est la maîtresse du monde, nous cherchons seulepient à approio»dir l'histoirie qui nous fait connaître les natious' que nous devons gouverner, et Téloqiience, !qm nous apprend à exercer sur nos

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propres ooncitoyent u» empire eBoone pku beau que celui que la victoire leur a donné sur les peuples vaincus. Gependant nous savons rendre justîee à ce» ' Grecs qui, plus jaloux d'instruire les l^ommes que de lemr commaiider, s'enseve-» lissent dans Yomhrè de 4ai salitude et consacrent leurs travaux désintéressés à- la recherche des secrets de la nature et des lois éternelles qui régissent la matière. D^ailleurs nous- les voyons souvent sortir avec éclat de leur retraite, pour apporter à la société' les résultats /iinporlants de cosétudesyqui semblaient d'aboràjn'-ofTrir que d^inutiles spéculations. Vous souvientril des vives sensations qui nous agitaient en lisant dans notre histoire ce siège de Sjracuse, où le géomètre sicilien nous combattit avec des armes tout à fait nouvelles, et, durant deux années, balança par son génie la fortune du peuple romain ? Nous nous représentions avec étonnement nos braves soldats, nos vieux centurions, couverts de cicatrices, .versant des pleurs de. «rage à la vue de leurs vaisseaux livrés sans défense à ces feux destructeurs, que lançaient de loin des miroirs ardents, s'indignant de ne pas voiriprès d*eux d'ennemis .à frapper, et ne comprenant pas pourquoi la valeur ignorante et grossière ne pcfnt rien contre les combinaisons d';une science profonde. Nous gémissions ensuite de : ce qu'un barbare terminait par un coup d'épée les médi-

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talions du grand homme, en répandant un sang si précieux sur le sable, où il traçait des ligures savantes.

Aussi la première idée qui me frappa, lors de ma nomination à la questure de Sicile, fut que j'allais habiter la patrie d'Ârohimède^ et que je pourrais rendre à sa mémoire les honneurs qui lui sont dus. Arrivé à Syracuse, je m'empresse de demander son tombeau.... Peraoune ne peut me dire où repose la cendre d'Archimède. Oh ! cruelle ingratitude des hommes! m'écriai-je. Un de ces génies que la nature n'enfante qu'à de longs intervalles, a voué tous ses jours à la défense de la liberté de ses semblables, toutes ses nuits à la découverte des vérités qu'il leur importe le plus de connaître ; il ne leur a demandé pour sa récompense ni richesse, ni puissance, ni plaisir; il ne voulait que de la gloire, et Ton a pu la lui refuser ! Vivauts, les grands hommes sont persécutés; morts, ils sont oubliés!

' Pour moi, je suis dès lors animé du désir de réparer envers Archimède les torts de ses indifférents compatriotes. N'était-ce pas rendre aux Siciliens un service digne du représentant du peuple romain que de faire revivre les honneurs d'un homme qui sera peut-être un jour leur seul titre au souvenir de la postérité!

L'accomplissement de ce dessein m'a coûté beaucoup de recherches trop longtemps infrue»

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tueuses. En parcourant les villes et les campagnes, je trouvais partout sur mes pas ces machines ingénieuses, dont il est Tinventeur, chefs-d'œuvre des arts, qui auraient suffi pour immortaliser tout autre génie, mais qui n'étaient que les délassements d'Ârchimède, fatigué des abstractions géométriques.

Je revoyais partout Archimède dans ses ouvrages, et je demandais en vain à tous les lieux la tombe d*Archimède. Il me semblait que les dieux me devaient le bonheur de la découvrir.

J'aime la gloire, Atticus; je ferai tout pour l'obtenir; mais je veux la partager avec les grands honunes qui honorent toutes les nations.

Ah! si les illusions de l'amour-propre ne m'aveuglent point; si de la source abondante des sentiments forts et généreux qui inondent mon cœur, il peut sortir un jour des paroles éloquentes qui se gravent dans l'àme de mes concitoyens; si je puis du haut de la tribune dévoiler les trames criminelles des ennemis de Rome, et sauver ma patrie, peut-être moi-même aurai-*je besoin qu'un vengeur de mon nom me rende ce que j'aurai fait pour Archimède, et vienne le premier déposer sur mon urne funéraire les palmes dues aux triomphes de l'éloquence !

.• Je promenais un jour ces rêves de gloire dans Uilifeu consacré aux sépultures. J'errais au mi-

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lieu des tombeaux, cherchant à y lire sur quelques inscriptions ce qu'avaient ^ëtë autrefois ceux qui n'étaient phis rien. Presque^ tous ces caractères étaient effacés. Tous les hommes étaient confondus dans cet asile, sans qu'il restât aucune trace de leur passage sur la terre.

Enfin, las de chercher vainement, et désespérant déjà de la gloire humaine, je m'apprête à quitter ces lieux. D'une main distraite, j'écarte avec négligence des ronces et des épines qui me ferment le chemin; mais tout à coup je vois qu'elles recouvrent les débris d'une colonne mutilée; je m'approche; je regarde: c'est elle! c'est la sphère inscrite au cylindre ! c'est la figure fameuse qu'Archiniède avait recommandé de graver sur son monument. « Je l'ai trouvé! m'écriai-je avec transport. Je l'ai trouvé ! répétai-je plusieurs fois.... » C'est la seule parole qui pût exprimer le ravissement que fit naître en moi la vue de cette épitaphe immortelle. C'était celle qu'avait proférée autrefois Ârchimède dans le premier moment d'ivresse, après une découverte sublime....

J'étais aussi heureux de lui rendre sa gloire qu'il l'avait été lui-même de la mériter.

O mon cher Atticus ! réjouissez-vous avec moi : je l'ai trouvé!...

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A M, Louis Barjr, rue des Saints-Pères^ 54-

6 juin 1816.

Mon cher Papa,

Je ne puis plus longtemps différer un entretien auquel j'attache un si tendre intérêt. Mes sentiments trop pressés ont besoin de se répandre dans ton cœur paternel. Je désire te parler de toi, de moi, de Bréville. Je veux que ma confiance en ta bonté soit égale à ma reconnaissance pour tes bienfaits.

Comme à mon père, je ne dois te cacher aucune de mes actions. Comme à mon ami, je dois te rendre compte de mes pensées.

Pourquoi te déguiserais-je mes penchants, qui, sans être toujours irréprochables, ne sont jamais criminels? Pourquoi te déroberais-je la moitié de moi-même? Ne trouverai-je pas en toi la facile indulgence d*un père, plutôt que la triste austérité d'un censeur? Ce serait te rarir le fruit de tes soins, que de t'ôter la connaissance d'un cœur que tu as formé. Puisque tu vis poui* maman et pour moi, il faut que je te consacre aussi une grande partie de ce que je puis donner, je veux dire ma tendresse, et que je te fasse au moins le confident des affections dont tu n'es pas l'objet.

J'ai un autre ami. Je ne suis pas étonne qu'en

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rapprenant, au lieu de me donner des avis sur la conduite que je dois tenir avec lui, tu aies douté des sentiments que je lui porte. Les jeunes gens forment entre eux tant de commencements de liaisons, qui n*ont pas de suite, soit parce qu'ils ne peuvent plus se revoir, soit parce que leurs idées diffèrent, qu'il faut du temps pour distinguer l'amitié d'avec les caprices.

Je te conjure de me croire, et de ne pas alléguer contre moi le long silence que j'ai gardé avec toi siur un sujet aussi important.

Je me taisais, parce que je craignais de livrer à tes plaisanteries une chose aussi respectable ; parce que je voulais être sûr de posséder le cœur de mon ami, avant de m'exposer à encourir de toi le reproche d'erreur ou d'inconstance, en cas de rupture ou de refroidissement.

Mais aujourd'hui, je crois connaître Bréville, et me connaître aussi moi-même. Douterais-tu de la solidité de cette liaison, parce que c'est mon preniier attachement? Auparavant, quand même mon âge n'eût pas exclu l'amitié, mon choix ne pouvait encore être décidé. Les fruits tardifs sont-ils les plus mauvais fruits ? A\ant de pouvoir satisfaire mon besoin d'aimer, de combien de chimères n'ai-je pas nounî mon cœur trop affectueux, trop tendre, qui n'en trouvait pas encore de réellement semblables h lui! Me regardais-tu comme incapable d'aimer?

Ce nVst pas à toi à le penser. L'affection que j*ai pour toi est fortifiée par une profonde reconnaissance, et soutenue par une douce habitude, mais elle n'a pas cette chaleur et cette vivacité qui animent un jeune cœur, elle ne connaît pas ces puissants élans qui emportent deux âmes l'une vers l'autre : tout cela n'est pas réservé pour les amis que nous tenons de la nature, mais pour ceux que nous donne notre choix.

Les droits que tu as sur mon âme sont beaucoup plus sacrés à mes jeux que ceux de Bréville, mais les siens me sont presque aussi chers. Qu'il est vrai, ce root d'une femme, à qui l'on demandait qui elle sauverait, de sa mère ou de son amie, dans un péril imminent! « Je retirerais de l'eau ma mère, dit-elle, et je me noierais avec mon amie. » La différence d'âge et de penchant qui existe entre nous réprime l'impétuosité des sentiments. Le respect, sans diminuer la force de la tendresse, en calme les ardeurs. Dans mon enfance, quand j'aimais maman et toi sans savoir encore vous révérer, je vous prodiguais les embrassements et les caresses. Quand j'ai grandi, elles vous ont paru de trop. Est-ce le moyen d'échauffer la tendresse, que d'en supprimer les plus doux témoignages? Que serait-ce donc, si tu me défendais de vous tutoyer! — Pour être meilleur fils, il faut être quelquefois plus enfant.

« Vous TOUS aimez tous deux, me diras-tu ; mais qui peut me répondre de votre constance? »

Ce ne sont pas encore nos actions, mais ce sont nos sentiments. Je ne puis ni Ven faire voir ni t'en faire toucher des preuves matérielles. Mais, sans doute, tu estimes plus le coeur que les services rendus, et tu penses que deux jeunes gens, encore caches sous l'aile de leurs pa* rents, n*ont eu le temps que de s'aimer, et non pas de se soutenir mutuellement, dans un vol qu'ils n'ont pas encore pris.

Pendant trois mois de séjour au lycée, nous étions toujours ensemble, sans nous lasser, et quand l'un de nous deux s'était éloigné de l'autre durant une seule récréation, il employait la suivante à s'en justifier. Je lui écrivais très souvent de Saint-Pol. Je suis allé passer chez lui, à DouUens, tout le temps que j'ai pu dérobera mes hôtes. Nous nous écrivons depuis huit mms presque toutes les semaines, il m'invite à lui consacrer toutes mes vacances et veut ensntite revenir à Paris, avec moi, pour y achever ses études. Que veux-tu de plqs ? Vois-tu là des marques d'oubli ou d'indifférence?

Si je ne t'ai pas montré ses lettres, ma réserve à ce sujet ne doit pas t'offenser. Outre que les lettres renferment le secret d'autrui, qu'on ne peut trahir sans indiscrétion, l'amitié exige un certain mystère, dont je sens la nécessité plutôt

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que je De l'explique. On la profanerait en l'abandonnant à trop de regards. Une franchise aussi illimitée rëgnerait-elle dans les lettres de Bré- TÎUe, ses sentiments y couleraient-ils avec un si aimable abandon, s'il savait que ses confidences passent dans d'autres mains? Et si je le lui laissais ignorer, mon silence serait-il digne d'un ami? Si ces lettres étaient des morceaux de lit» térature, pétillant d'esprit, étalant une élégance recherchée, je te les aurais montrées, comme je te montrerai celles que m'a écrites Lacomble. Mais, sur-le-champ, je mettrais fin ù la correspondance, comme j'ai fait avec lui. Les pointes^ les épigrammes, les saillies peuvent animer une conversation indifférente, mais elles sont bannies du langage de l'amitié. Ce n'est pas qu'elle rejette l'esprit, si l'on entend par esprit ces mouvements vifs, ces tours fins, ces idées délicates, ces termes gracieux qui expriment les diverses sensations. Nos lettres sont pleines de sentiments tendres et passionnés, qui soulagent le cœur et adoucissent l'absence, mais qui ne seraient peut-être pas bien compris d'un homme âgé', qui ne définit plus l'amitié : c L'amour dégagé du commerce des sens. » Jean-Jacques aimait ses amis comme ses maîtresses.

I. M. L. Bary, ayant vlogt et un ans de plos que son fils, svait alcNTS trente-huit ans.

D*UK aHÉTOJl>IC[EN. iSo

Ënfia Bréville, dàn» ses letibres, me prodigiic le» ëlogeti Ce «[u-il : me dit flatte mou amkië, et non mon amour-propjre. Ne sachant si je dois y croire, ou n^^r^ paseroire^ mais toujours per* suadë ^iieY>s*ii dit des mensonges, son oœur ne mentJNKSvieft-qve^ s*ii se- troiiiJ>e, c'est sans you^ loir me tromper, je jouis de ses louanges comme dea masques d'une estime c|ui ne peut qu'atigmenier son inolinaition pour moi. Mais je n'ai» mêrais'iMM proclamer devant autrui mon propre pipi^gyriquè, même quand il est dans la bouche d'autpui. Je te supplie donc, mon cher papa, de souffiriv4}ii^aTant'quia'je te communique ces lettres, jien'obtieinné la permésaion de celui qui les a ëcrites. J'espère que tu seras moins sensible au refus :jQ|u'aux m^ti£s qui l'ont dicté.

. Pôim; miles que je lui envoie, je n'en ai pas conservé les copies. Mais ciles ressemblent aux siennes : en décrivant les idées qui nous occu* pent et les sensation» qui nous agitent, notre imagination prend un rapide essor. Dans mes lettres datées de .Saint-Pol, j'entretiens Bréville des aventures du voyage, du charme des promenades, des plaisirs de la campagne, des vertus de mes bons h6tes. Le tableau des f^s (Taise qu^ je vous ai tracé ;n'était qu'une froide esquisse. d'un autre que je lui ai envoyé, peint avec des couleurs vives et fortes.

. Qiumt au caractère de mou ami, Camille

ido / H »|QAJilEAS / •

Onfrojr de BréviHie eM'im (konjetinét boume, qui a une âme dotidè et> tendre^ une ^nmde sen* libiltté, des idées mûre»,'; un «•prit justev et déjà une eevtakie «onnaitsaBC^ dui mondes Les malheurs de sa. ;famiUe > et ; da* STÎè >'. agîi^ * qu'il mène, ont' cmpéolié 'qn-il lie-, peifectioimîit son éauoationv' iv •■»"»•••'• ^ -m • -*; .'?'.' •*■! f '♦^•i j- ■ ■ : En rhétorique, ir^oBëé demièrb, ilo^VStaii Ibét qu'en Iranaiis et en irersiorai iim iplusinru quiétu** dié, plus pensé que lu; ■mais doit4i nousrpaiMftiif ■étranger pareé qu^il n'est .pa8«boùtià-faîl(-di|!^M(ff latin? Ne prou'ves-tu pa& ipi^^mémé, .pari'toli projM'e exempley qu'on» pfulii^re>. font <triofaitj<d« «on propre fonda^.saaaipQssédenttotti^^llSïtfétors de rantiquité?'. . :i/«^; i;^- .«'»:••>• ;

Voilà, mon chef 'papa, ^ renseignements que je te devais » J'«f puis j pingre -une pr&èiie : c'est que tu me permettes de c^kirert aveC' zèle cette charmante liaison, et de ne pas former un vide affreux dans mon âme en me forçant de m'en priver. Ce n'est pas- que je te prie de changer pour moi des ûfrra^geraents -où il faut plutôt encore observer les couTenanoesi^ti'éoou'- ^er ses inclinations; A Dieu ne plaise, «qu'en contractant d'autres liens, je rompe ceux qui m'unissent avec toi, arecmaknam^ ave^c toas ceux que vous aimez, et que les. sentiments de l'amitië me fassent négliger les devoirs de la piété filiale! Mais souffre qne'«<«8 «ceuds se formant

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sous tes yeux. Il m'est si pénible de vivre une année entière séparé d'un ami, à qui je confiais toutes mes pensées, qui me livrait toutes les siennes par un heureux accord, qui semblait doubler nos existences ! Il me serait si doux d'être un peu de temps avec lui, de concerter ensemble nos projets d'état et de fortune, de m'assurer la possession de son cœur, de réimprimer dans son âme ce caractère de tendresse qu*un long éloignement y pourrait effacer!

La jeunesse est le temps de l'amitié. Dans le monde, où Ton se lance bientôt, on se partage entre tant de personnes, qu'on ne s'attache à aucune, et la multitude des goûts énerve la vigueur des sentiments. C'est au collège qu'on aime le mieux, parce que l'amour, l'intérêt et l'ambition ne disputent pas encore le cœur à une passion plus douce. C'est vers elle que se portent toutes les puissances de l'âme, et, quand elle s'enracine en nous dans la jeunesse, Tâge ne fait que Vy enfoncer plus avant.

Aussi, mon cher papa, j'espère vieillir en aimant de plus en plus toi et ma bonne mère*.

I. Kmile Bary réalisa c« vœa, et fat toujours le modèle des fils. — Il avait cinquante-huit ans quand, en 1S57, il perdit sa mère, âgée de soixante-dix-sept ans; il en avait soixante-six, en i865, quand il perdit son père, à r*ge de quatre-vingt-sept ans. Il mourut quelques mois après son père (19 juillet i865).

itii CAHIERS

Adieu, mon cher papa. Je n*ai pas besoin de te répéter combien je te chéris, puisque je viens de te dévoiler mes plus doux secrets.

Ton (ils respectueux et ton ami sincère,

ËMlIf BaRT.

Le lecteur trouvera peut-être curieux, après avoir apprécié l'esprit et le jugement déjà si nets et si formés d'Emile Bary à seize ans, de voir comment l'enfont arait «té élevé.

Voici une lettre, qu'il adressait de Nojon à son père en i8i I. Emile Bary avait donc douze ans. Son père lui répond sur le même papier; cVst-ii-dire qu'il met des renvois après chaque phrase qai lai paraît défectaeitse comme grammaire ou comme pensée, et il place la re« marque dans les marges, et en face de la faute.

Cette lettre prouve combien ce jeune père s'occupait de son fils, déjà observateur et studieux, et comment la sagesse paternelle cherchait à développer ces qualités naturelles.

LETTRE d'Emile B4RT, a l'âge de douze ans et demi,

ÉCRITE de NOYON A SON PERE.

A Monsieur y Monsieur Barj, rue de P Université, au coin ffe celle des Saints-Pères, a, Paris.

3o août 1811.

Mon cher Papa,

Maman et moi nous sommes arrivés chez ma tante en bonne santé ; nous n'avons éprouvé aucun accident dans noire voyage. Maman a toujours eu une échelle pour monter dans le cabrio-

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let ' ; nous avons été en très bonne compagnie jusqu'à Verberie. L'ecclésiastique qui était avec nous est un très brave homme ^, très instruit, qui a été professeur de M. de Wailly. Il m'a fait nombre de questions sur mes études, sur le lycée, etc., etc.; il m'a demandé comment je m'appelais, où je demeurais, etc., etc. De mon côté je lui ai demandé son nom. Il s'appelle Bordery, et est vicaire à Saint-Thomas d'Aquin^.

Verberie était le terme de son voyage. Il nous a quittés là. Mais, jusqu'à Noyon, nous avons été bien mal partagés, en fait de compagnie.

Un militaire remplaçait ce monsieur dans le cabriolet. Sa femme a prié maman de lui céder sa place, aûn de se mettre à côté de son mari. Quant à maman, elle a été dans la voiture. Un homme toujours ricanant, faisant endéver sa femme, lui disant des bêtises, se disputant et se raccommodant avec elle ; tel était ce militaire, qui était à côté de moi. Il puait; il fumait la pipe, et crachait à tous moments.

Les b... et les f... voltigeaient sur sa bouche, qui, par parenthèse, était très grasse. En un mot, lui et sa femme étaient du plus mauvais genre.

ËnGn, à Compiègne, maman, qui voulait être à côté de moi, a repris sa place à la femme du

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