I. C'était sans doute le suprême du confortable
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militaire, et, avec nous, il a été un peu plus raisonnable qu'avec sa femme.
Arrives à Noyon, nous avons été accompagner à l'auberge par M. et Mme Femey*.
Ma tante Dives se porte très bien. Elle nous a accueillis avec une grande bonté. Je Tai embrassée pour toi, en arrivant ; à son tour, elle me charge de t'embrasser.
J'ai visité tous les livres qui sont chez elle. Je vois qu'il serait inutile de t'en faire le catalogue**; il y en a qui sont au-dessus de ma portée ; d'autres ne sont pas bous pour moi ; ceux-ci sont sacrés ; ceux-là roulent sur l'éloquence sacrée, sur l'éloquence du barreau. Ma tante m'a dit que j'en emporterai quatre : trois pour mes étrennes, un pour mon prix. Ma tante n'a pas de Henriade.
Voici les livres que je crois les plus nécessaires :
En deux volumes : les Synonymes français^ par M. Tabbé Girard. En un volume : VArt de bien parler et de bien écrire^ ou la Rhétorique française^ par M. Beauvais. Voilà déjà trois livres. Il en faudrait encore un.
Je penche pour les Mœurs et Coutumes des Romains^ ouvrage écrit en latin, par M. de Nieupoort, et traduit en français par l'abbé ***. Mais tu choisiras toi-même. Tu t'y connais mieux que moi. Voici encore d'autres livres :
Jm'ênal, tout latin ; Tacite^ tout latin ; la Re-
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l/^on et la Grâce, poème de Racine fil$. Une traduction des Églogues de Virgile. (Je n*aime pas cette traduction. J'ai lu la moitié d'une Églogue dont la traduction est inexacte et ne rend pas le latin avec toute sa force et toute son énergie.)
J'ai bien assez de temps dans la journée pour donner quelques heures au travail.
J'apprends mes verbes grecs et je fais de petites versions d'Ésope, en suivant la méthode de M. Auvray'*. Je continue à traduire du Selecim, et je refais quelques devoirs de l'année.
Je te prie de me poser des questions, et de me les envoyer*. Tu me donneras aussi une petite idée des réponses, comme tu fais ordinairement. Je te prie de ne pas me donner des sujets historiques, comme par exemple des analyses de l'histoire de France, des récits d'histoire romaine ou grecque, parce qu'il faut toujours des matériaux pour te faire les réponses, et je n'en ai aucun chez ma tante.
Adieu, mon cher papa. Maman et moi, nous t'embrassons de tout notre cœur. Je te prie de dire à ma tante Etévenon que je me suis acquitté de sa petite commission, et que ma tante Dives l'embrasse aussi. Mon cousin Cambronne et son
I . Combien de fois n*ai-je pas entendu mon père parler avec aJDfection et reconnaissance de son ancien professenr de cinquième, M. Auvray, derenu plus tard inspecteur de l'Académie de Paris !
lo
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fils sont absents. Le fils, à sa pension, a été chargé de prix. Aussi son papa Ta-t-ii mené en vacances à Saint-Quentin, à Péronue, etc., etc. ; tantôt dans une ville, tantôt dans une autre. Nous espérions trouver mon oncle Defrance à Noyon, diaprés ce que nous avait dit M. Laine ; mais il est parti avant notre arrivée* Maman lui écrira demain.
Nous n^avons pas encore rendu nos visites.
Nous les rendrons ce soir. Elles sont au nombre de huit. Ma tante Lemerle, nos cousins et cousine Ferney, Mme Camhronne t'embrassent.
Maman me charge de te dire qu'elle n'a éprouvé d'autre désagrément du cabriolet, que la honte que tu lui as causée quand tu Tas fait monter dans la voiture, et qu'elle a été obligée de redescendre. Elle l'a encore sur le cœur (selon ses expressions).
Emile Bahy.
Tu sais que M. Chépy m'a fait espérer qu'il me répondrait. Je te prie de m'envojcr sa lettre s'il l'écrit.
Pardonne si je t'écris aussi mal, avec une aussi mauvaise plume. Mais, maintenant, je n'écris jamais mieux.
OBSEHTATIOHS 90Vt FOBMS DE BEPORSB, ECRITES PAR M. L. BARY P^E, SUR LES MARGES DE LA LETTRE DE SOB FILS.
Septembre 181 1. Paris.
A. — On n'affirme pas qu'un homme qu'on ne connaît pas est un très brave homme. 11 faut mettre: parait être.
B. — C'est notre paroisse.
C. — Tu as sans doute voulu dire que vous avez trouve M. et Mme Ferney à l'auberge où descend la voiture. Puisque vous n'alliez pas à l'auberge, ils n'ont pas pu vous y accompagner.
D. — Pourquoi ne pas me faire ce catalogue que je t'ai demande? C'est surtout parce qu'il y a des livres qui te paraissent au-dessus de ta portée et qui te semblent n'être pas bons pour toi, qu'il faut m'en adresser un catalogue. Pourquoi t'en rapporter à ton seul jugement et ne pas vouloir recourir au mien ? Tel livre que tu dédaignes est peut-être celui qu'il faudrait préférer. Par exemple : P Éloquence sacrée, par M. Maury (aujourd'hui archevêque de Paris), est un ouvrage très estimé, et dont la lecture t'amuserait plus que tu ne penses.
E. — Lorsque tu m'auras envoyé le catalogue, je te désignerai les quatre volumes qu'il faudra préférer. Il faut d'ailleurs demander à ta tante si c'est quatre ouvrages, ou seulement
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quatre volumes, qu'elle veut bien te permettre de cboUir. Je lui ai vu, et j'ai lu chez elle, une très belle édition de la Henriade,
F. — Je t'envoie la lettre de ce bon et estimable professeur, que tu embrasseras bien pour moi.
G. — Je ne te proposerai pas de question cette fois. Mais je voudrais que tu fisses du ca« talogue des livres de ta tante un travail raisonné. Pour cela, il faudrait jeter un coup d'œil rapide sur chaque ouvrage et m'en dire ton avis. 11 ne faut pas employer le ton tranchant et affîrmatif d'un demi-savant; mais le ton du doute, le seul qui convienne à un homme bien élevé et instruit, lorsqu'il s'agit de prononcer sur un ouvrage ou sur un autre.
Ce catalogue raisonné sera donc le premier travail que tu m^enverras.
Le second sera une description de Noyon, avec quelques portraits des principaux personnages que tu y auras vus. Observe attentivement chaque personne et chaque chose.
Tu vois, mon cher fils, quelle forme * j'emploie pour répondre à ta lettre. Je la prendrai toujours à l'avenir, ce qui transformera notre correspondance en une conversation ; écris-moi
1. Ces observations si pleines de sens sont écrites sur les maires et sur tout ce qui restait de blane dans la lettre d^Émile.
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à mi-marge, pour quie je puisse te faire mes observations en regard de tes paroles.
Je suis content du style de cette lettre. Il est facile et coulant.
Ton Yoyage dans le cabriolet te donne une nouvelle preuve de la considération attachée à l'éducation et à Tinslruction. Tu es pénétré de respect pour M. Bordery, et tu fais peu de cas de ce militaire jurant. Ce dernier est peut-être aussi un très brave homme, et il est certainement un homme brave, mais il n'a pas reçu d'éducation!...
Fais-moi part de tes observations sur tout ce qui y aura fourni matière.
Si tu faisais bien, tu tiendrais un petit journal de ton voyage; chaque soir ou chaque matin, on écrit ce qu'on a fait, ce qu'on a vu, ce qu'on a pensé le jour ou la veille, et l'on ajoute à tout cela quelques observations.
C'est ainsi qu'on se forme à l'examen et à l'analyse, sans lesquels il n'y a pas de science, ni d'expérience.
Un de ces soirs, j'ai rencontré la famille Ad. B.... Le frère et la sœur se préparent à faire leur première communion. On t'embrasse comme tu le penses bien.
Je t'embrasse aussi et de tout mon cœur.