‹ Les cahiers d'un Rhétoricien de 1815Chapitre 5 sur 51 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

pussent apprécier tous les charmes de la vertu champêtre, j'irais... j'irais aussitôt dépouiller auprès d'eux tous les préjugés des villes, oublier toutes ces habitudes qui créent tant de nouveaux besoins, et faire mon bonheur d'une aimable simplicité et de la société de ces hommes de la nature.... »

Et remarquez bien qu'il ne saurait y avoir dans ces effusions aucun soupçon de pose.

Ce jeune homme écrivait pour lui seul ; il laissait couler son cœur. Un de nos écoliers n'écrirait de ce style que pour se moquer de lui-même, il s'éclaterait de rire au nez : — As-tu fini, fumiste!

Leur professeur, M. Naudet, leur lit un morceau du poème de la Navigcuion d'Esménard, et Bary s'écrie avec enthousiasme : « Quelle force de poésie descriptive !» Il se pâme devant les poèmes de Soumet, les héroldes de Colardeau ; et je ne pouvais m'empêcher, en lisant ces passages, de me rappeler les deux gros volumes àe Morceaux choisis 6e Noël et Laplace, que tous les jeunes gens de mon âge ont eus entre les mains. La littérature de l'Empire tenait, dans cette déplorable compilation, une place énorme. Les

vin PREFACE.

morceaux tirés d'Esménard, de Lemierre, de Baour-Lormian, de Lebrun et surtout de Delille, y abondent; en prose, c'étaient to Incas de Marmontel, les Ruines de Volney, les critiques de Laharpe, qui nous fournissaient de modèles de style. Nous commencions à regimber. Mais comment s'étonner de la masse énorme de préjugés littéraires que les novateurs de l'école romantique eurent à vaincre dans la bourgeoisie du temps, quand on voit quelles étaient les préférences des jeunes gens qui avaient seize ans quand Victor Hugo en avait treize !

Ces jeunes gens avaient en lettres et en arts le goût très étroit ; ils avaient sur toute autre matière l'esprit très large. C'étaient eux qui devaient être les libéraux de la Restauration et de la monarchie de Juillet, le seul temps, je crois, où Ton ait su ce que c'est que la vraie liberté.

Ce même Bary qui écrivait : « La prière que l'on fait depuis quelque temps dans les classes m'a toujours paru une atteinte à la charte constitutionnelle; on proclame la liberté de conscience, et cependant on force tous les élèves à se lever en classe, » etc..

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