‹ Les Cahiers de 1789: Au point de vue industriel et commercialChapitre 11 sur 26 · FOURNIER, P · texte numérisé non relu

FOURNIER, P

à l'Etat et aux services de Sa Majesté » (1), et pour les anciens négociants où manufacturiers qui ont subi des revers (2). L'idée des retraites ouvrières, telle qu’elle est conçue dans les Etats modernes n’est pas encore aperçue; on demande simplement ici des pensions pour des ouvriers de l'Etat ou des secours pour des industriels ruinés.

Comment remédier à l’avilissement des salaires? Les Cahiers n’indiquent aucun moyen déterminé, mais ils émettent le vœu «que le salaire du malheureux journalier soit réglé équitablement sur les besoins communs de l'humanité, au lieu de l’abandonner totalement aux estimations dédaigneuses et arbitraires des riches que la grande concurrence favorise toujours » (3); ou bien encore c’est le Cahier des pauvres, de Lambert, qui demande «que les travaux productifs et utiles obtiennent une prédilection marquée sur tous les arts de luxe. Que le salaire de ces travaux ne soit plus aussi froidement calculé d’après les maximes meurtrières d’un luxe effréné et d’une cupidité insatiable. Que la conservation de l’homme laborieux et utile ne soit pas pour la Constitution un objet moins sacré que ia propriété du riche; que l’homme laborieux et utile ne puisse plus être incertain de sa subsistance dans toute l'étendue de lempire » (4). Le bénéfice que prélèvent les intermédiaires apparaissant aux petits producteurs comme un des facteurs de Îa baisse des salaires, le Cahier des fondeurs de Paris propose que la vente des objets fabriqués par les corporations soit interdite aux marchands merciers. Le droit qu’ils ont de le faire «les place nécessairement entre l'acheteur et l’ouvrier et ils abusent ds: cette intermédiation pour s'appliquer tous les bénéfices de Par-

(x) Ibid., p. ro.

(2) Montreuil, BELLÉE, Maine, III, 150.

(3) Gournay-sur-Marne, A. P., IV, 588; Noisel-sur-Marne, À. P. IV 77. |

(4) Cahier des pauvres, p. 4, Cf. CHassin, II, 580.

tisan ; ils exigent de l'acheteur le plus haut prix possible, et arrachent au plus bas prix possible l'ouvrage du malheureux artisan soumis à cette médiation; de là le découragement. Plus le commerce est languissant, plus le marchand met de dureté dans les conditions qu'il lui impose; la concurrence d'artisans qui périssent de besoin force tous les autres à subir la loi aussi impérieuse que barbare du marchand» (x).

La concurrence des bras, cause de dépréciation de la maind'œuvre, est aussi le plus important facteur du chômage. Avant d'examiner les vœux que ce phénomène provoque, dans les Cahiers, il nous faut signaler les mesures d’allègement qu'on réclame, en faveur des salaires, dans le domaine fiscal et judiciaire. La suppression des taxes d'industrie sur les artisans parait légitime (2); les Cahiers qui demandent des impôts sur les gens de métier spécifient bien que c’est «à l'exception des manouvriers des campagnes et journaliers des villes qui n’auraient d’autres ressources que leurs bras » (3). La réduction des droits qui frappent les matières premières et dont le montant est pris, par le patron, sur les salaires (4), serait une mesure salutaire.

Les contestations en matière de salaires sont onéreuses pour les ouvriers, et souvent elles sont réglées par des juges partiaux; rien d'étonnant à lire cette demande: « que les ouvriers des bâtiments-ne soient plus réglés et jugés souverainement par les architectes, mais par des juges de la campagne qui sont à portée de connaître les prix locaux de la main-d'œuvre et des matériaux » (5). Les procureurs de Marseille, compétents en la matière, font remarquer que les ouvriers sont très mal armés pour les revendications de salaires en retard ou contestés. Le

(1) CHassin, Il, p. 514.

(2) T. Calais, Cambrai, etc.

(3) T. Chälons-sur-Marne, A. P. II, 592.

(4) Relieurs de Limoges, LEROUX, I, 107.

(5) T. Nantouillet, A. P., VII, 748.

débiteur, en général, fait appel du jugement qui le condamne, et si l’ouvrier veut faire exécuter le jugement provisoire rendu à son profit, il est obligé de fournir caution. Le plus souvent, il en est incapable; s’il a fourni la matière de son travail, il peut se voir actionné en paiement par son vendeur de matière première; n’ayant pas de quoi payer, bien que créancier d’une somme supérieure à sa dette, il sera saisi, voire emprisonné. Aussi les procureurs demandent-ils que tout jugement dont la condamnation n’excédera pas 100 livres soit exécuté, nonobstant appel, sans obliger le créancier à donner caution (1). En cas de faillite, la créance des salaires n’était pas privilégiée; ce privilège est réclamé par les fabricants d’étoffes d'Orléans (2).

Le chômage n'était pas, pour l’ouvrier de l’ancien régime, un mal moins grand que les bas salaires; les Cahiers lui assignent deux causes principales : l’une ancienne, les jours fériés; l’autre, qui ne faisait qu'apparaître, le machinisme. Les fêtes sont universellement jugées trop nombreuses, et la misère du peuple est si grande qu'il n’est pas possible de lui refuser le droit de travailler ces jours-là (3): leur multiplicité, en «enchaînant l’activité d’un grand peuple, porte préjudice à l'Etat, sans compter les inconvénients nombreux de l’oisiveté » (4). Il serait mieux, en effet, « de permettre le travail au peuple, en supprimant certaines fêtes, que de le mettre dans le cas de se livrer par désœuvrement à la débauche » (5). La morale, la prospérité pu-

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