‹ Les Cahiers de 1789: Au point de vue industriel et commercialChapitre 14 sur 26 · A. P., III · texte numérisé non relu

A. P., III

(5) N. et T. Châtellerault, A. P., II, 689, 697. Cf. Laval, BELLÉE, Il, 547.

(6) Orsan, BLicNy-BoNDuRAND, II, 8.

lisages et autres travaux établis auprès des péages étaient causes de fréquents accidents. De nombreux Cahiers demandent des travaux pour rendre navigables les rivières de leurs régions; des redressements, dragages, canaux sont nécessaires pour la prospérité du commerce de provinces importantes (1) ; il faudrait aussi faire disparaitre les nombreux embarcadères, moulins ou travaux d'agrément, établis par les seigneurs riverains, et gênants pour la navigation ou pour l'irrigation (2). Une curieuse brochure: Paris aujourd’hui (3) ou Idées diverses d'un citoyen du Tiers état sur le commerce, l’opulence et la pauvreté actuelle des habitants de cette ville, expose le projet de Paris port de mer. L'auteur compare la capitale aux grandes villes des pays maritimes du Nord et se désole de voir ici la prospérité, là un incontestable marasme. « Paris n’a aucun débouché pour les grandes et avantageuses spéculations du négoce. Le fleuve qui féconde cètte capitale, maintenant d’une faible utilité du côté de l'Océan à cause de ses longues et inutiles sinuosités, serait un fleuve d’or le gage de la puissance future de la France, si la nation en corps réalisait le projet, aujourd’hui et possible et indispensable, de faire aborder les vaisseaux, des extrémités de la terre au milieu de cette cité pompeuse et superbe. »

Mais les difficultés de la navigation sont moins nombreuses, et moins redoutables que «les obstacles de main d'homme », les entraves fiscales établies, le plus souvent par des particuliers. L'Etat doit prendre les canaux et les soustraire à l'appropriation privée. L'intérêt commun exige que l'Etat désintéresse les entrepreneurs et rende libre la navigation; sinon, au lieu d’un canal, on pourra croire que le gouvernement n’a voulu donner au public qu'un demi-canal. Ces instruments d'utilité publique doivent ap-

(1) E. Caen, A. P. II, 502; T. Angoumois, CI. Anjou, N. Arles, T. Revin, Avesnes, T. Paris, CHassin, IlÏ, 401. \

(2) T. Amiens, communes de la sénéchaussée de Guyenne,

(3) Bibl. Nat., Lbk 7/6574, et CHassin, IL, 565-6. È

partenir à la patrie, seule suceptible d’une gestion éternelle et désintéressée; «elle seule a l'intérêt et le pouvoir de rendre libres ces grands immeubles publics, et de les porter au véritable degré d'utilité publique dont ils sont suceptibles ». Leur usage doit être gratuit, parce que les services publics ne doivent pas devenir un objet de revenus. On a reconnu les idées du Cahier de Nemours (1); elles sont partagées, quoique moins nettement exprimées en bien d’autres endroits (2).

Aux doléances concernant la navigation intérieure se rattachent encore celles qui réclament contre la loi de classement par laquelle les mariniers sont assujettis au service militaire sur les vaisseaux du roi. Il en résulte que la profession est désertée ou que le service de la navigation n’est plus assuré que par des vieillards ; les maîtres mariniers font prendre à leurs fils un mé- : tier qui ne les expose pas à être incorporés dans la milice maritime. La profession souffre de cet état de choses, le commerce aussi, la sécurité et la prospérité des affaires sont gravement menacées (3).

La circulation des lettres, qui ne fait, en général, que l’objet des vœux relatifs au respect de la correspondance, a suscité cependant l'attention de quelques commerçants. Les uns signalent comme un objet important de recommander aux députés «de solliciter pour le commerce en général une modération sur les ports de lettres » et sur les chargements; au lieu du sol pour livre, exigé dans ce dernier cas, on désire payer seulement double

port (4).

D’autres voudraient qu'on fit établir «des courriers pour le

Page 1