‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 10 sur 66 · Près de Mantes · texte numérisé non relu

Près de Mantes

3. Louis Le Pelletier maïquis de Rosanbo (1777-1856). nommé pair de France le même jour que Chateaubriand, donna sa démission le même jour que lui.

4. Près de Dourdan. Construite par un M. Lemaître, qui laissa sa fortune à sa nièce M™* de la Briche, cette demeure remplaçait un autre château qui fut démoli de fond en comble. M. Lemaître eut la singulière idée, non seulement de Fabattre mais de faire « briser pièce à pièce les matériaux pour que tout fût neuf dans celui qu'il voulait reconstruire ». Des fêtes très belles furent données au Marais sous la Restauration. [Cf. Fréîsilly, Souvenirs, p. 228 et 242 ; Norvins, Mémorial, t. I, passim.)

5. M""= de la Briche, née Prévost de Nancy, épousa M. de la Live de la Briche, introducteur des ambassadeurs et secrétaire des commandements de Marie-Antoinette. (Cf. sur elle, Frénilly, loc. cit. ; ^ATwytE, Souvenirs, t. III, p. 251; Pasquier, Mémoires, t. III, p. 231.)

était fort agréable et fort à la mode sous Bonaparte, où une partie de la société, celle qui n'allait point à la nouvelle cour, passait neuf mois de l'année à la campagne. Sous l'Empire, les réunions étaient possibles: on pouvait être d'opinion contraire sans s'arracher les yeux, de sorte que nous sommes trouvés nombre de fois réunis, par exemple à Ghamplatreux et au Marais, avec ce qu'il y avait de plus bonapartiste. Sous la Restauration, il n'en pas été de même: chacun avait la prétention d'être royaliste et surtout que son voisin ne le fût pas; de là des nuances sans fin, de la manière dont on devait servir le Roi. En général, ce furent les anciens bonapartistes et les révolutionnaires qui prirent la bonne et qui surent, en partageant la manie d'absolutisme des Bourbons, leur plaire et obtenir toutes les places. Mais il en résultait des querelles sans fm dans les salons et un ultra ne pouvait pas se trouver avec ce qu'il appelait un libéral. Ce nom était donné à tout ce qui voulait qu'on tînt ce qu'on avait promis : M. de Chateaubriand, par exemple, et Fitz-James\ et

1. Edouard duc de Fitz-James (1776-1838). pair de France en 1814, suivit Louis XVIII à Gand et siégea, jusqu'en 1831, à la Chambre-Haute. M"*** de Chateaubriand, influencée sans doute par son ressentiment contre le duc Decazes, met sur la même ligne les opinions de son mari, d'Hyde de Neuville et celles de Fitz-James, qui cependant fut jusqu'au bout un ultra-royaliste des plus

Hyde de Neuville, étaient des jacobins; mais Fouché, Decazes et Soult étaient des royalistes.

Pendant l'été de 1810 (nous étions absents), notre jardinier de la Vallée reçut une singulière visite. Voici ce qu'il nous raconta à notre retour : « Un monsieur (pas trop élégant) vint un jour me demander à voir la maison de Monsieur; il avait avec lui un autre monsieur, grand et beau et qui était bien mieux habillé. Cependant il n'était pas le maître et, pendant que le premier postillonnait dans le jardin, celui-ci ne s'approchait de lui que lorsqu'il l'appelait. Le petit homme allait si vite que nous ne pouvions pas le suivre. Quand il fut près de la tour, il se mit à croiser les bras et à regarder la belle vue. Monsieur, il n'en pouvait pas revenir, car il a dit à son camarade : « Chateaubriand n'est pas trop » malheureux ; je me plairais fort ici*. Mais je » ne sais pas s'il voudrait me faire les honneurs » de son château"^. » Ensuite il monta dans la

ardents. Fitz- James, qui avait collaboré avec Chateaubriand au Conservateur contre le ministère Decazes, se sépara de lui pour soutenir le ministère Villéle et combattre le ministère Marlignac dont Hyde de Neuville faisait partie avec le portefeuille de la Marine. Sous la Monarchie de Juillet, Fitz-James démissionna de la dignité de pair, quand on supprima riiérédité il831i ; il fut arrêté avec Chateaubriand au moment de la tentative de la duchesse de Berry et fut élu député de Toulouse en 1835. Il siégea jusqu'à sa mort du côté droit de l'assemblée.

tour et il me dit que je pouvais m'en aller parce qu'il voulait se promener encore. Ils firent plusieurs fois le tour du jardin et, en sortant, me donnèrent cinq napoléons pour ma peine. Ma foi, monsieur, j'ai pensé que c'était Bonaparte !

» Le soir, en allant fermer la tour, j'ai trouvé au bas une branche de laurier piquée dans un peu de terre fraîchement remuée; j'ai fouillé et j'ai trouvé un gant de peau jaune, tout neuf, que j'ai gardé. » Effectivement, Benjamin nous apporta ce gant que nous avons longtemps conservée

181 1 . — Au mois de janvier 1811, nous revînmes à Paris où nous restâmes jusqu'au mois de mars seulement. Nous avions pris un logement dans la rue des Capucines ^

Je ne me rappelle plus à quelle époque M. de Chateaubriand imprima son Itinéraire^.

L'été de 1811 se passa comme les autres. Le matin, M. de Chateaubriand travaillait; moi je recevais tous les amis de Paris qui venaient nous faire de fréquentes visites ; il était rare que nous

1. Chateaubriand ne parle pas de cette visite dans les Mémoires (T Outre-Tombe. >, >) (j^ f^

2. Au coin de la place Vendôme et de la rue des Capucines, hôtel de Rome. Il était venu se loger tout près de son ami Joubert. (Bardoux, La Duchesse de Duras, p. 137).

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