Cf. infra page
2. XicoIas-Jean-de-Dieu Soult il764-1851i, officier avant 1789, général de division i,1799i, maréchal de France (1804i, pair de France, ministre de la Guerre (1814i, démissionna à l'annonce du débarquement de Napoléon, qui le nomma major-général de l'armée il815i ; banni jusqu'en 1819, il rentra, sous Charles X, dans la Chambre des Pairs et devint, sous la Monarchie de Juillet, ministre de la Guerre 1 1832 et 1840i et des Affaires Etrangères (1839). Son nom ne figure pas parmi ceux des congréganistes cités par M. DE Grandmaison (La Congrégation), mais sa piété soudaine excitait les lazzis et les pamphlétaires l'accusaient de chercher à conquérir la faveur royale, « en suivant dévotement les processions un cierge à la main ». (Cf. sur ce point Massey de Tyrone, Biographie des Maréchaux ^1826i : le Nouveau Dictionnaire des Girouettes (1832) et Maréchal de Castellane. Journal^ t. Il, p. 78j.
3. « Madame Bonaparte fut, dès les premiers jours, une intermédiaire commode et zélée pour les demandes de cette nature ; son bon cœur l'y portait naturellement ». (Pasquier, Mémoires, t. ï, p. 149).
abominables et, par une nol)lesse de sentiments toute particulière aux Français depuis la Révolution, aussitôt que les Martyrs parurent (et ce fut pendant le procès), les articles de critique plurent sur l'ouvrage. Dans ces critiques, on faisait ressortir autant que possible tout ce qui pouvait irriter le maître contre mon mari^ et, par conséquent, contre celui de sa famille qui gémissait encore en ce moment dans les fers*. Hoffmann^, qui écrivait dans le Journal de r Empire (aujourd'hui [Journal] des Débats^), fut un de ceux qui se
1. Notamment « les allusions fréquentes dans le portrait de Galerius et dans la peinture de la cour de Dioclétien » (Mémoires d'Outre-Tombe, t. III, p. 16).
2. François- Benoit Hoffmann (1760-1828), auteur de poésies légères et de livrets d'opéras, entra, grâce à protection d'Etienne, au Journal de V Empire. Chateaubriand l'appelle « l'exécuteur de la justice des vanités ». {Mémoires d' Outre-Tombe, t. III, p. 12i.
3. Le Journal des Débats et Décrets, fondé le 29 août 1789, prit, à partir de prairial An V, le nom de Journal des Débats et Lois du Corps Législatif. Dirigé d'abord par Baudoin, imprimeur de l'Assemblée Nationale, puis par Lacretelle jeune et Louvet, il fut acheté, en 1799, par les frères Bertin, qui inventèrent le feuilleton. Le 27 Messidor an XIII, il prit le titre de Journal de V Empire qu'il garda jusqu'au 30 mars 1814 et pendant les Cent- Jours. Les démêlés des frères Bertin avec Napoléon sont célèbres; un décret du 18 février 1811, leur enleva la propriété du journal, dont ils ne reprirent possession qu'après la chute de l'Empereur. Pendant l'intervalle, Fiévée et Etienne en furent tour à tour les directeurs politiques. Mais le vrai rôle du Journal des Débats commença sous Louis XVIII : d'abord rallié aux Bourbons, puis adversaire des idées rétrogrades de Charles X, ses attaques contribuèrent à la chute de la Légitimité et à l'avènement de la dvnastie d'Orléans. Chateaubriand collabora activement aux
montrèrent les plus hostiles et les plus atroces; notez qu'en lisant l'ouvrage, il convenait qu'il n'avait rien lu, selon lui, d'aussi beau. Mais il avait des ordres* et cette conduite, de la part d'un homme comme Hoffmann, ne devait pas surprendre; mais nous vîmes des gens, se disant royalistes, des prêtres même, sous le prétexte que les Martyrs n'étaient pas tout à fait exempts de censure ecclésiastique \ qui se mirent à en dire pis que pendre; c'était une manière un peu hypocrite de faire sa cour. Le plus zélé détracteur du plus bel ouvrage de mon mari fut un nommé Rusan ou Baussé, libraire à Lyon-, qui sous l'enveloppe de ses pamphlets contre M. de Chateaubriand, faisait passer ses pamphlets contre- Bonaparte. Ensuite, je le dis à regret, M. l'abbé Hippolyte de Glausel, aujourd'hui évêque de Chartres ^ frère de notre
Débats jusqu'en 1828; il se sépara alors de ce périodique, dont les idées devenaient plus avancées que les siennes.
1. « On s'indignait du rapprochement profane des vérités du christianisme et des fables de la mythologie » (Mémoires d'Outre- Tombe, t. III, p. 12k
2. Cet imprimeur édita notamment, en février 1808, un ouvrage de Tabbé Proyard : Louis XVI et ses vertus aux prises avec la perversité de son siècle; le volume fut saisi et l'auteur arrêté. (AncH. Nat. AF.iv, 1508 et F. '•% 550).
3. Claude-Hippolyte Clausel de Montais (1769-1857), emprisonné sous la Terreur, évêque de Chartres (1824) ; il était le frère de Clausel de Coussergues. M'"* de Chateaubriand commet ici une légère erreur. Hippolyte Clausel n'était pas grand-vicaire d'Amiens,
meilleur ami; il était alors grand vicaire d'Amiens et il pensa, avec raison, que ses pieuses diatribes lui vaudraient la croix d'honneur ; il reçut effectivement, quelque temps après, cette insigne faveur. Ce fut, je crois, dans le même temps ou M. l'abbé de Broglie* (depuis évêque de Gand) refusa la même grâce à cause du serment qui y était attaché.
Pendant le temps du procès de notre cousin, M. Michaud^ (l'auteur du Printemps (Vun proscrit) , vint nous proposer ses bons offices auprès d'Hu-
mais seulement chanoine honoraire. Le grand-vicaire était son frère, Michel Clausel de Coussergues (1763-1833) qui entretenait les meilleures relations avec Chateaubriand et sa femme.
1. Marie-Jean-Madelaine de Broglie (1766-1821), aumônier dé Napoléon, évêque d'Acqui en Piémont, puis de Gand (1807). II refusa la croix de la Légion d'Honneur (1810) et écrivit un mémoire à ce sujet. Emprisonné à Vincennes pour avoir combattu les idées de Napoléon au concile de 1811, il démissionna et fut interné à Beaune, puis aux îles Sainte-Marguerite où il signa une renonciation à son diocèse, qu'il désavoua Tannée suivante après être rentré à Gand (1814). 11 eut des démêlés avec le Roi des Pays- Bas, se réfugia en France, d'où il envoya une protestation au congrès d'Aix-la-Chapelle. Il mourut sans pouvoir rentrer dans son diocèse.
2. Joseph M ichaiid (1767-1839), journaliste sous la Révolution, s'attacha à l'Empire et remplaça Calhava à l'Académie Française. Rallié aux Bourbons et député de l'Ain à la Chambre Introuvable, il dirigea la Quotidienne dont l'influence était considérable. Il combattit le ministère Villèle et s'opposa par sa résistance énergique, à l'accaparement des journaux tenté par le président du Conseil des Ministres, ce qui lui fît perdre, pour quelque temps, sa place de lecteur du Roi. Il refusa de se rallier à Louis-Philippe-
lin', commandant de Paris et l'un des assassins du duc d'Enghien. Nous fûmes fort étonnés de ses rapports avec cet homme*, mais, par le genre de services qu'il pouvait nous rendre auprès de lui, il était clair qu'il était employé dans la Police que Bonaparte faisait faire à tous ceux qui le servaient : le commandant de Paris avait ses mouchards comme le préfet de Police. Après cela, il est à présumer que M. Michaud n'était pas de bonne foi dans le métier qu'il faisait et qu'il croyait, par cette ruse, servir son parti. Mais de toutes les manières de faire le bien, c'est la seule qu'un honnête homme ne devrait jamais employer.
Ce fut au mois de mai de cette année que je fis la connaissance de la duchesse de Levis^ et de la duchesse de Ghâtillon (depuis M°'*^ de Bérenger^).
1. Pierre-Augustin comte Huliii 1 1758-1841 1, garooii limonadier, coopéra à la prise de la Bastille ; emprisonné comme modéré sous la Terreur, il servit avec dévouement Bonaparte au 18 brumaire et présida, en 1804, la commission militaire qui jugea le duc d'Enghien ; commandant la place de Paris (,1812), blessé par Mallet, banni (1816), il se livra à des entreprises commerciales en Allemagne. Rentré en France en 1819 et devenu aveugle, il mourut dans la misère.
2. Pauline-Louise-Françoise-de-Paule Charpentier d'Ennenj, épousa le duc de Levis le 26 mai 1785. C'était une femme très belle et très bonne, fidèle amie de M"" de Chateaubriand. « Personne, écrit Chateaubriand, n'a répandu dans ma vie plus de quiétude... Son souvenir est pour moi celui d'une silencieuse soirée d'automne ». [Mémoires d'Outre-Tomtje, t. III, p. 517.)
3. M"* de Chatillon avait épousé, étant M"« de Lannois, le duc
LE CAHIER ROUGE (iS
A la fin de mai, nous retournâmes à la campagne, où M. de Chateaubriand s'occupa de son Itinéraire. Nous voyons souvent à la Vallée la duchesse de LavaP. C'était une singulière femme; elle avait des jours où elle était presque imbécile et d'autres où elle était presque spirituelle; elle écrivait, du reste, d'une manière charmante. Nous avions chaque jour le plaisir d'apprendre que quelques-uns de nos amis avaient été grossir la cour de Bonaparte. M""^ de Coislin elle-même se mit en tète de se faire nommer grande-maîtresse. Elle fit insinuer tant qu'elle put à l'Empereur de la forcer, mais il n'aimait pas les vieilles femmes, et elle fut obligée de rester dans l'opposition.
En quelle année Zélie^ se marie-t-elle? On veut
de Châtillon-Montmorency qui périt dans un naufrage pendant l'émigration. « Pour faire une fin, dit M"^ de Boigne, elle épousa le moins aimable de ses admirateurs, Raymond de Bérenger ; elle avait un esprit sérieux et fort distingué, mais pas assez supérieur pour se mettre au niveau des simples mortels ». « La grande et légère duchesse » selon l'expression de Chateaubriand, faisait partie des Madames qui encensaient l'écrivain et qui entouraient sa femme de mille prévenances. Celle-ci, tout en les raillant, ne témoignait pas trop de mécontentement, « car ces hommages de fort grandes dames ne lui déplaisaient pas ». (M™* de Boigne, Mémoires, t. I. p. 305 et suiv. et Mémoires d'Outre-Tombe, t. III, p. 7.)
1. Bonne-Charlotte de Montmorency-Luxembourg , épousa Adrien de Montmorency, plus tard duc de Laval, le 14 mai 1788.
2. Henriette-Félicité-Zélie d'Orglandes, avait épousé, en 1812, Louis de Chateaubriand. A l'occasion de ce mariage. Château-
faire épouser à Louis, M^'^ de Rohan et M"*' de Montmorency*. Dans le courant de Tété, nous fûmes comme de coutume passer quelques jours à Méré ville, ensuite à Yerneuil, chez M"'^ de Tocqueville\ d'où nous allâmes au MesniPchezM.de Rosanbo^ à Ghamplatreux chez Mole, au Marais^ chez M'"' de [la] Briche% et plus tard à Noyel C?), chez la duchesse de Lévis, avec laquelle, je suis restée si tendrement liée jusqu'à sa mort arrivée le 30 ou 31 octobre 1819*. Cette vie de château
briand avait composé un charmant épithalame. Elle mourut quelques semaines avant son mari, en 1873.
1. M™'' de Tocqueville, une des trois filles du président de Rosambo, avait épousé, le 29 juillet 1805, M. de Tocqueville, le père de Fauteur de La Démocratie en Amérique. Une de ses sœurs avait épousé Auguste de Chateaubriand, frère de l'écrivain.