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4. M"* de Chateaubriand confond ici encore les dates : il faut lire 30 mars 1814, jour « où après le baptême de sang de Louis XVI, le vieux marteau resté immobile se leva de nouveau au beffroi de l'antique monarchie ». (Mémoires d' Outre-Tombe, t. III, p. 386.)
saient autant la joie que l'étonnement des ennemis ^
Aussitôt qu'on eut la certitude que le lion élait enchaîné et que les souverains entraient à Paris, il n'y eut pas assez de cris pour maudire celui qu'on avait encensé; chacun, en allant au-devant des étrangers, semblait revenir de Goblentz. L'hôtel de Talleyrand^ fut préparé pour recevoir l'empereur de Russie dont on composa la cour de MM. Pasquier, Mole et compagnie. Là fut le rendez-vous de tous les royalistes improvisés que le bon Empereur prit pour argent comptant : Pasquier, Pastoret, Mole étaient à l'avant-garde de toutes les parades du moment et chacun savait
1. « Tout ce qui avait été esclave sous Bonaparte m'abhorrait et, d'un autre côté, j'étais suspect à tous ceux qui voulaient mettre la France en vasselage. » (Mémoires cV Outre-Tombe^ t. III, p. 397).
2. Cet hôtel, construit en 1767 par Chalgrin pour Phélippeaux de la Vrillière, comte de Saint-Florentin, appartint successivement au duc de Fitz- James (.1775) et à la duchesse de Tlnfantado (1787). Converti sous la Révolution en manutention de salpêtre, il fut acheté par le duc d'Helva qui le vendit à Talleyrand. « Pondant que j'étais chez M. de Talleyrand, raconte Nesselrode le 31 mars 1814, l'empereur Alexandre me fit dire qu'on venait de l'avertir que le palais de l'Elysée où il voulait descendre, était miné et qu'il devait se garder de l'habiter. M. de Talleyrand me dit qu'il ne croyait pas à ce bruit, mais que, si l'Empereur trouvait plus convenable de descendre ailleurs, il mettait son propre hôtel à sa disposition, ce que j'acceptai : c'est ainsi que l'Empereur vint s'établir rue Saint-Florentin. » (Cité dans les Mémoires de Talleyr.a.ind, t. II, p. 163.) L'hôtel devint par la suite la propriété du baron A. de Rothschild.
par eux que le prince de Bénévent, en changeant de maître, ne serait obligé de changer ni de rôle ni de langage ; que l'ex-évêque d'Autun ne serait pas plus obligé à la messe sous les Bourbons que sous Bonaparte et qu'il serait aussi bon ministre sous la Restauration qu'il l'avait été sous l'Empire. M"'" de Talleyrand^ (femme divorcée de M. Grant) parcourait les rues dans une calèche découverte en chantant des hymnes à la louange de la pieuse famille des Bourbons; elle avait fait ainsi que les dames de sa suite autant de drapeaux de leurs mouchoirs qu'elles agitaient avec une grâce infinie. Cinquante calèches suivaient et imitaient le mouvement donné; de sorte que les Alliés, qui arrivaient en ce moment sur la place Vendôme, crurent qu'il y avait réellement autant de lys dans le
1. Née à Pondicliéry, M"^ Werlée (1732-1835) épousa d'abord un Suisse, M. Grant. Après de nombreuses aventures, elle \int en France sous le Directoire et vécut publiquement avec Talleyrand jusqu'au jour où le Premier Consul força le ministre à régulariser sa situation, après avoir obtenu qu'il fût relevé de ses vœux par la Cour de Rome (I802i. Le mariage fut exclusivement civil. La bêtise et les manques de tact de M™'' de Talleyrand rendirent la situation de son mari si pénible, qu'il lui fit une pension pour qu'elle allât vivre en Angleterre. Quelques années après, elle revint à Paris et mourut à Auteuil peu de temps avant son mari. Sa tombe au cimetière Montparnasse porte l'inscription suivante : « Veuve de M. Grant, plus tard civilement mariée avec le prince de Talleyrand. » (Cf. M"'« de BoiGNE, Mémoires, t. I, p. 432 et suiv., et t. Il, p. 229; Duchesse de Dino, Chronique, passim et p. 456, note biographique).
cœur des Français que de drapeaux blancs en l'air. Presque toutes les dames de la cour de Bonaparte suivirent cet exemple, de sorte que ces bons* Cosaques n'auraient jamais osé croire que les belles bourbonniennes du 80 mars étaient des enragées bonapartistes le 29 : il n'3^ a qu'en France qu'on sait si bien se retourner. Voyant donc un enthousiasme qu'ils crurent général, les Alliés se décidèrent à faire proclamer les Bourbons. Ainsi, dans le vrai, Louis XVIII a dû à peu près sa couronne au parti de l'usurpation et, principalement, à ceux qui craignaient et avaient le plus de sujet de craindre la Restauration * ^ Les royalistes accouraient aussi de leur côté,
1. Il est curieux de constater que M""^ de Chateaubriand, qui n'épai'gne pas en général aux Bourbons les critiques les plus violentes, s'abstient ici de reprocher à Louis XVIII sa rentrée « dans les fourgons de l'étranger ». Lorsque, sans parti pris d'aucune sorte, on examine les témoignages contemporains, on voit dans cette opinion bien moins la constatation d'un fait qu'un argument de polémique inventé par les adversaires de la monarchie. Les Alliés en effet, même après la capitulation de Paris, étaient loin de vouloir restaurer en France la « Légitimité ». Certains, Alexandre I*"" et Nesselrode par exemple, étaient nettement hostiles et, s'ils se rallièrent à cette idée, ce fut sans l'imposer et comme à une sorte de pis-aller que les circonstances nécessitaient. Après les Cent-Jours, l'intervention des Alliés, notamment du duc de Wellington, se fit plus directement sentir, mais sans présenter ce caractère d'obligation que mettaient en avant les adversaires du régime. (Cf. les témoignages contemporains, les Mémoires de ViTROLLES et de M"*« de Bgigne par exemple, rédigés sous des influences très différentes. 1