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mais pas si vite que ceux qui [ne] croyaient pouvoir faire assez tôt l'hommage d'un dévouement dont on pouvait douter. "Bientôt les cris de « Vive le Roi » se firent entendre de toutes parts, l'élan était donné; et en France surtout, on crierait : « A bas ma tête », si on l'entendait crier à ses voisins. On envahissait les maisons pour avoir des rubans et même des jupons blancs que l'on coupait pour faire des cocardes ; les boutiques ne pouvaient y suffire. Le bleu et le rouge étaient foulés aux pieds , surtout par les bonapartistes, et tout ce qui restait des trois couleurs fut, dit-on, porté dans les cachettes du Luxembourg en attendant que leur tour revînt. Un de nos amis vint aussi me demander la permission de faire main-basse sur ma garde-robe ; mais il me trouva peu disposée à chanter la victoire avant de connaître les résultats du combat et je gardai mes jupons, pensant alors à ce qui s'est vérifié depuis : c'est que la Restauration appuyée sur MM. de Talle}rand, Pasquier, Mole et compagnie, pouvait nous enlever jusqu'au toit que nous avait laissé Napoléon. C'est ce qui arriva trois ans plus tard'.
1. « Les impérialistes entraient jusque dans nos maisons, et nous faisaient, nous autres bourbonistes, exposer en drapeau sans tache les restes de blanc renfermés dans nos lingeries. C'est ce qui arriva chez moi, mais M"'* de Chateaubriand n'y voulut
Mais tout à coup voilà que nous entendons se mêler au cri de « Vive le Roi I » celui de « Vive Montmorency et les La Rochefoucauld I » ; et nous apercevons Thibaud^ et Sosthène^ qui se proclamaient eux-mêmes en revenant d'une glorieuse expédition. Ces messieurs, avec M. de Sémallé^ et quelques autres braves, avaient attaqué la colonne de la place Vendôme, non avec la lance et
entendre et défendit vaillamment ses mousselines. » [Mémoires iV Outre-Tombe, t. III, p. 453.) Au reste, M™* de Chateaubriand, par rintérêt qu'elle portait aux questions politiques et par son attitude calme en face des exaltations royalistes, était quelque peu raillée. On lit dans les Souvenirs de sa belle-sœur : « 5 avril (1814)... Rebecca (M""' de Chateaubriand) est à rêver de la manière dont on organisera le Gouvernement Provisoire; elle a la goutte plus que jamais et si le livre de son mari (De Buonaparle, etc.i a du succès, elle deviendra grenouille » (J. Ladreit de Lachar- RiÈRE, Pans en 1814. Journal de M'"*^ de Marigny, p. 68.)
1. Thibaud de Montmorency, plus tard aide de camp du duc d'Orléans.
2. Louis-François- Soslhène de La Rochefoucauld, duc de DoudeauviUe (1785-1864), aide de camp du général Dessoles après la capitulation de Paris, envoyé à Nancy pour annoncer au comte d'Artois la formation du Gouvernement Provisoire et la déchéance de Napoléon. Aide de camp du comte d'Artois après le retour de Gand, député (1815 et 1827-1830) il siégea parmi les ultra-royalistes, devint directeur des Beaux-Arts, des Théâtres et des Manufactures (1824). Son zèle minutieux et pudibond le rendit un peu ridicule. Il rentra dans la vie privée en 1830.
3. Le comte de Sémallé, ancien page de Louis XVI, mêlé aux conspirations royalistes sous l'empire, fut chargé d'une mission auprès du comte d'Artois, à Vesoul, en février 1814. Mêlé de l'ailaire Maubreuil, il devint dans la suite gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi.
l'épée, mais avec des cordes qu'ils avaient attachées au col de la statue de l'Empereur qu'ils ne purent ébranlera On alla chercher des machines, et pour la première fois le héros courba la tête et tomba aux pieds de ces Français et de ces souverains qui, tant de fois s'étaient inclinés ou avaient reculé devant celui dont lâchement, en ce jour, ils laissaient insulter l'image et auquel, peu de jours avant, ils demandaient la paix à genoux-.
La première chose que firent les souverains après la prise de Paris, ce fut de s'entendre avec tous les feus bonapartistes, voire même les révolutionnaires, joints à quelques gros bonnets de cette armée occulte de Commissaires du Roi ^ dont
1. Sosthène de La Rochefoucauld et ses amis, désireux de montrer aux Allies le royalisme des Parisiens, entraînèrent le peu[)le place Vendôme. On attacha une corde au cou de la statue, mais les efiforts étant impuissants pour Tabattre, elle fut démontée quelques jours plus tard sur Tordre du comte de Rochechouart, gouverneur de Paris. (Cf. les détails de cette entreprise dans Rochechouart : Mémoires, p. 341 et suiv., particulièrement bien informé puisqu'il pi-ésida au déboulonnement, et Paris en 1814, Journal de T.-R. Underwood, p. 212 et suiv.)