‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 23 sur 66 · Je ne sais s'il y fut » (Note du manuscrit A · texte numérisé non relu

Je ne sais s'il y fut » (Note du manuscrit A

entendre parler de pareilles gens. Une semblable profession de foi, qu'il rendait assez publique, aurait pu le perdre : mais je pense au contraire que c'est ce qui le fit ministre en 1816. Car si les princes ne l'aimaient [pas], ils ne l'en traitaient pas moins, comme tous ceux qu'ils craignaient, c'est-à-dire à merveille. Au surplus ce fut (comme de coutume) M. de Chateaubriand qui eut le plus de part à sa nomination aux Affaires Étrangères: M. de Richelieu en convenait; aussi l'en récompensa-t-il par tous les désagréments qu'il put s'imaginer. D'abord il l'empêcha d'entrer au Conseil, ensuite il refusa de payer deux années qu'on lui devait sur son ambassade de Suède ^

1. Riolielieu suivit Louis XVIII à Gand, puis se rendit à Vienne auprès du ïzar. Pendant ses deux ministères, il eut constamment à lutter contre les idées rétrogrades du comte d'Ai-tois qui écrivait à son frère, le 27 mai 1815: « Le duc de Richelieu a aussi envie d'aller à Vienne ; je ne Taime pas beaucoup, mais il a acquis une sorte de considération qui le fera écouter et il ne faut rien négliger. ï> (RoMBERG et Mallet, t. II, p. 115.1 En parlant aussi sévèrement qu'elle le fait, M"'^ de Chateaubriand se souvenait de la disgrâce qui suivit la publication de La Monarchie selon la Charte^ dans laquelle son mari attaquait le ministère Richelieu. Cependant, peu après, un rapprochement se produisit et ce fut en grande partie sur les instances de Chateaubriand que Villèle et Corbiéres entrèrent dans le deuxième cabinet Richelieu lors du remaniement ministériel de 1820. Néanmoins Chateaubriand et sa femme n'aimaient pas le ministre: «Il nous a fait un mal affreux», répondait Chateaubriand à M"^ de Duras, qui lui annonçait la mort du duc et il appuyait son opinion de celle de sa femme. iCf. Bardoux, p. 323.)

Sur un ordre du Roi, nous nous rendîmes à Gand. Nous y trouvâmes M'"'' de Duras qui nous y avait précédés de quelques jours ; peu de temps après, M. et M'"^ de Lévis ^ vinrent nous rejoindre, de sorte que nous nous trouvâmes entourés de quelques amis, là où les ennemis étaient en majorité.

Aux intrigues de la cour des Tuileries succédèrent bientôt les intrigues de la cour de Gand ; le pavillon de Marsan ^ était comme à Paris en pleine activité de marches et contre-marches pour amener, à son bon plaisir, les négociations fatales auxquelles nous dûmes une honteuse Restauration.

Le Roi accueillit mon mari avec une bienveillance marquée; M. de Blacas, à qui les deux cours tournaient également le dos, l'accablait de démonstrations d'amitié, bien sûr qu'il trouverait alors pour le défendre dans sa disgrâce celui qu'il avait persécuté dans sa faveur.

Tous les jours le Roi faisait inviter huit ou dix personnes à dîner (c'est la seule étiquette qu'il eût

1. Gaston-Pierre-Marc duc de Lévis (1764-1830), député à FAssemblée Constituante, pair de France, suivit le Roi à Gand où il arriva le 2 mai (Journal Universel, n° 6). Membre du Conseil Privé, (1815), de FAcadémie Française, il « écrivait bien, il avait Fimagination variée et féconde qui sentait sa noble race comme on la retrouvait à Quiberon dans son sang répandu sur les grèves ». (Mémoires d' Outre-Tombe, t. III, p. 518).

2. Le comte d'Artois résidait à Gand, sur la place d'Armes, à Fhôtel des Pays-Bas, qui appartient aujourd'hui à M. Verbeke.

enfreinte à Gand), M. de Chateaubriand fut un de ceux qui le fut le plus souvent. Le soir, le Roi s'amusait de sa bonhomie et de ce qu'il osait rire réellement des histoires que S. M. racontait (diton) à merveille, licence que jamais un gentilhomme de sa chambre ne se serait permise. Ce fat à l'occasion de ces dîners que le maréchal de Bellune, qui en fut exclu, partit pour Aix-la- Chapelle; on l'avait pris en antipathie et l'on se permettait sur son compte toutes les pointes les plus sottes, comme par exemple : qu'il avait beaucoup perdu à la Révolution, qui lui avait changé son nom de Beau-Soleil en celui de Belle-Lune'. Voilà comment on traitait ce brave militaire et l'un des trois seuls maréchaux qui fut resté fidèle aux Bourbons dans les Cent-Jours. Mais en revanche, on traitait à ravir le t[raître] Marmont, l'abbé Louis, prêtre défroqué ^ et Beugnot^, dont la pla-

1. oc On dit que le maréchal, étant soldat, avait le nom de Beau- Soleil. » (Note manuscrit A.)

2. Jean-Dominique Louis (1755-1837) entra dans les ordres et participa comme diacre à la messe de la Fédération, célébrée par Talleyrand. Il émigra, revint en France après le 18 brumaire et entra dans l'administration. Conseiller d'Etat, chef du contentieux au ministère du Trésor, ministre des Finances à plusieurs reprises (1815, 1818, 1831), Louis-Philippe le nomma pair de France.

3. Jacques- Claude comte Beugnot (1761-1835), député à l'Assemblée Législative, incarcéré sous la Terreur, conseiller intime de Lucien Bonaparte, préfet de Rouen, conseiller d'Etat, ministre de la Marine sous la première Restauration, directeur général des Postes (1815), député (1815-1820), pair de France (1829-1835).

titude aux pieds des Bourbons ne pouvait égaler celle dont il avait, pendant dix ans, fatigué l'Empereur.

Nous ne profitâmes point à Gand de nos billets de logement, mais le lendemain de notre arrivée, une bonne baronne, fort riche, dont j'ai oublié le nom, vint nous trouver à l'auberge et nous supplia d'aller loger chez elle. Elle nous priait de si bonne grâce que nous commencions à nous laisser toucher, quand elle ajouta qu'elle voulait nous prévenir de ne faire aucune attention à ce que nous dirait son mari, qui avait malheureusement la tête un peu dérangée : « Ma fdle aussi, dit la bonne dame, est tant soit peu extraordinaire, elle a des moments terribles, la pauvre enfant ! Elle va jusqu'à nous frapper, du reste elle est bonne et douce comme un ange ; ce n'est pas celle-là qui me cause le plus de chagrin, c'est mon fds Louis, le dernier de mes enfants : si Dieu n'y met la main, il sera pire que son père. » A ce dernier portrait de famille, nous arrêtâmes la noble dame, en la remerciant mille fois et l'assurant en môme temps que nous étions décidés à rester à l'auberge, ne voulant abuser de l'hospitalité qu'elle voulait nous offrira

1. Chateaubriand, et sa femme logèrent d'abord à Thôtel de Flandre, rue-aux-Draps puis rue de la Croix dans la maison d'un

Nous fîmes ensuite la connaissance d'une famille qui joignait à toutes les vertus patriarcales l'amabilité et les bonnes manières des meilleures sociétés de Paris. La famille d'Oops était nombreuse ; M. et M'"^ d'Oops réunissaient autour d'eux leurs enfants, petits -enfants et arrière-petits-enfants ; je me liais particulièrement avec M'^^ Sophie d'Oops, leur petite-fille, déjà âgée de plus de vingt-cinq ans. Nous avons été longtemps en correspondance; ses lettres étaient des chefs-d'œuvre, une entre autres pour me faire part de la mort de sa mère, et la dernière, qui renfermait un grand éloge de Léopold ^ : la famille d'Oops, étant très zélée catho^ lique avait éprouvé, je crois, quelques persécutions sous le règne de Guillaume ^

La famille d'Oops, quoique vivant fort retirée, tenait une fort bonne maison; nous y dînâmes,

bourgeois de la ville, M. Van der Briiggen, où ils occupaient deux chambres. La famille Berlin liabitait le même immeuble. (Cf. Rom- BERG, introduction, 1. 1, p. xxvi : Voisin : Notice sur la ville de Garni: P. Claeys : Pages d'histoire locale gantoise dans la Flandre Libérale^ 13 mai 1884.)

1. Léopold de Saxe-Cobourg fut appelé au trône de Belgique en 1831.

2. Guillaume I" (1772-1843), fils du stathouder Guillaume V, dépossédé par les Français en 1794. Les stipulations du Congrès de Vienne changèrent son titre de prince souverain en celui de roi des Pays-Bas et réunirent la Belgique à la Hollande. La Révolution de 1830 ne lui laissa que la Hollande. Jl abdiqua en 1840 cl se retira à Berlin, où il mourut subitement.

plusieurs fois fort bien, mais fort lonp^uement, selon la coutume de Gand. Je me rappelle, par exemple, un dîner que nous fîmes chez MM. Cop^ pens ^ et qui dura depuis une heure jusqu'à huit heures. On commença par les confitures et on finit par les côtelettes, c'est la manière du pays ; du reste ces dîners étaient magnifiques et parfaitement accommodés -.

En fait de femmes de la société, il n'y avait de françaises à Gand que M"'*^ la duchesse de Duras, la duchesse de Levis, la maréchale de Bellune^, la marquise de la Tour du Pin et moi, et encore la duchesse de Levis n'y vint-elle que fort tard avec son mari, qui arriva en si piteux équipage que M. de Chateaubriand fut obligé de lui prêter jusqu'à des bas pour aller chez le Roi. Les bas allaient encore mais, pour le reste, c'était une vraie toilette de carnaval. Le bon duc ne s'en mettait pas plus en peine à Gand qu'aux Tuileries, où sa garderobe n'était guère mieux montée. Les souliers, par

1. Sur le rapport d'un docteur B. Coppens, le jardin botanique de Gand fut installé, en 1797, sur remplacement du potager des moines bénédictins de Baudeloo. (Voisin, op. cit.)

2. Chateaubriand compta à ce dîner « neuf services; les Français seuls, ajoute-t-il, savent composer un dîner avec méthode, comme eux seuls savent composer un livre ». {Mémoires cV Outre- Tombe, t. III, p. 150.)

3. Le duc de Bellune, divorcé d'un premier mariage, avait épousé en Hollande M"« Julie Vosch d'A versant, en 1801.

exemple, manquaient toujours ; il s'était abonné aux savates parce que, disait-il, il avait une blessure au talon qui l'empêchait de relever les quartiers de son soulier.

Parler des Bertin', du Moniteur de Gand fait à leurs frais, du refus de les payer à cause des articles qui regardaient Soult et Fouché. Injustice de la cour pour les deux frères qui avaient été persécutés sous Bonaparte pour la cause des Bourbons et que les Bourbons ne cessèrent de persécuter, ce qui fait que deux bons bourgeois de Paris, qui n'ont aucune raison de vouloir une dynastie qui ne les protégera pas, passent avec armes et bagages, c'est-à-dire avec leur journal, à

1. Louis-François Berlin dit Berlin l'Aîné (1766-1841), collabora à divers journaux et acheta, en 1800, le Journal des Débals, qu'il transforma. Compromis, en 1801, dans une conspiration royaliste, exilé à l'île d'Elbe, il se lia peu après avec Chateaubriand à Rome, et, grâce à sa protection, put rentrer en France. Son journal, confisqué par Napoléon, lui fut rendu en 1814. Il suivit le Roi à Gand et, à son retour, reprit pour la troisième fois la direction du Journal; tour à tour il soutint et combattit la monarchie légitime et contribua puissamment à sa chute par les attaques dont il accabla les ministres Villèle et Polignac. Rallié à Louis-Philippe, il demeura toujours pour Chateaubriand un ami dévoué.

Louis-François Berlin dit Berlin de Vaux (1771-1842) collabora avec son frère à la direction du Journal des Débats, dont il partagea toutes les vicissitudes. Secrétaire général du ministre de la Police (1815-1818), député de Seine-et-Oise (1820-1824 et 1827- 1832), un moment ministre de France à La Haye (1830), pair de France (1832), il se mit avec Chateaubriand à la tête de l'opposition contre Villèle.

l'ennemi. — Dire comment le duc de Feltre fut peu favorable aux Vendéens^ : voir à ce sujet une lettre de Feltre lui-même, qui se trouve dans les papiers de M. de Chateaubriand.

Ne pas oublier l'affaire de Bayard, la somme de 500.000 francs apportée au Roi, la manière dont il l'avait recueillie, celle dont il fut récompensé de son dévouement après les Cent- Jours ^, etc., etc.

1. M°" de Chateaubriand fait allusion ici à deux faits d'ordre différents. Le duc de Feltre avait organisé, dès son entrée au ministère de la Guerre, une sorte de garde-nationale, composée d'anciens chouans et de soldats fidèles au Roi, encadrés par des officiers sûrs. Cette conception étant gâtée par des détails minimes: «lidée d'habiller en sarreaux bleus les recrues... produisit le plus déplorable effet; les paysans refusèrent ces couleurs détestées et on ne put former qu'un bataillon. » D'autre part, Feltre avait ordonné qu'il ne soit fait aucun mouvement en Vendée avant l'arrivée des Alliés, mais le soulèvement éclata quand même ; enfin, par une lettre peu explicite ou mal comprise, il semblait investir, de la part du Roi, M. de La Rochejacquelein du commandement supérieur, alors que les Vendéens s'étaient déjà groupés sous la direction de M. d'Autichamp. Ces faits donnèrent prétexte aux insinuations les plus malveillantes pour le ministre de la Guerre. (Cf. Lasserre, Les Ccnt-Jours en Vendée, p. 15 et 104; Polovtsoff, t. 1, p. 246.)

2. Clmrles Bayard, notaire royal à Armentières (Nord), se rendit à Gand pour apporter à Louis XVIII une somme de 500.000 francs, recueillie par lui et que le Roi refusa d'accepter. En 1819, il épousa Sophie-Marie-Josèphede Withe, qui obtint d'êlre nommée nourrice du duc de Rordeaux ; Rayard écrivait alors à Chateaubriand : ce Monsieur le Vicomte, un prince, un duc de Rordeaux I C'est le fils de Saint Louis, c'est le Roi ! Tout tombe à ses pieds ! Souffrez, Monsieur le Vicomte, que dans ces jours de bénédictions, je vienne vous enlever des moments que vous consacrez, j'en suis sûr, à chanter l'heureux événement qui comble les vœux des

Chaque jour, les hommes de la cour de Monsieur venaient faire de longs sermons à mon mari sur la nécessité d'être de l'avis de leur maître. A Gand comme à Paris, le pavillon de Marsan allait son train et S. A. R. ne pouvait se tromper ni être trompée. Tous les intrigants qui arrivaient de Paris, et il n'en manquait pas, apportaient à Monsieur les nouvelles qu'enfantait leur imagination et qui convenaient à leurs intérêts personnels. L'expérience ne pouvait corriger personne à cette cour d'intrigue et d'agitation. Le bon Hyde de Neuville, le seul homme franc parmi les croyants de Monsieur, s'était laissé prendre à la politique

Français. Quel bonheur ! Dieu vient de confier à la France un Berry, et par-dessus tout, le germe de la Léf/itimité prend sa nourl'iture sur le sein de ma chère épouse. Ah! Monsieur, que d'actions de grâce n'avons-nous point à vous rendre pour avoir daigné recommander la fidélité de ma bonne femme à la Princesse, objet de toute notre admiration. Vous peindre notre reconnaissance serait aussi impossible que de ne point être fidèles aux Bourbons. Veuillez nous pardonner en faveur des heureux que vous avez faits et du bon lait que donnera à notre Prince désiré la nourrice qui ne cessera de prier Dieu pour le Roi et pour vous qui êtes supplié d'agréer la reconnaissance éternelle avec laquelle (etc.). Signé: C- A.-J. Bayard, notaire. Armentières, le 6 octobre 1820. » (Doc. inédit, Arch. de M. le vie. de Vesins). Remplacée quelques mois après, sous un prétexte de santé, M""^ Bayard demeura inconsolable. Son mari devint dans la suite, garde-magasin des Tabacs (1823) et demeura toujours en excellentes relations avec Chateaubriand. 11 lui proposa, en 1834, de se présenter au siège de député de Lille ; mais l'écrivain n'accepta pas. M""' Bayard fut un des agents légitimistes les plus actifs après 1830. iCf. Biré, Les dernières années de Chateaubriand, passim.)

de M. de Vitrolles ', combinée avec celle de Fouché. Il n'y avait pas de semaine que ces deux fatals agents n'envoyasseiit des courriers à Gand et leurs dépêches n'étaient autre chose que la preuve bien évidente, à qui voulait le croire, que Fouché et Vitrolles étaient les hommes indispensables et sans la participation desquels on ne pouvait espérer une seconde Restauration. Hélas ! ces mensonges réitérés eurent une funeste influence car, une fois entrés comme des vérités dans la têle d'un prince faible et entêté, il n'eut ni repos ni patience jusqu'à ce qu'il eût obtenu de Louis XVIII, que les querelles réitérées fatiguaient, qu'il sanctionnât à Saint-Denis le plan régicide de son frère; ce qu'il ne trouvait point un crime, que l'amour ou la promesse du despotisme n'effaçât.

Quand, ce qui était rare, M. de Chateaubriand allait chez Monsieur, l'entourage lui parlait en paroles couvertes et avec maints soupçons d'un homme (Fouché) qui, « il fallait en convenir, se conduisait à merveille; c'était lui au fond qui en-

1. Eugène-François-Aur/uste d'Armand^ baron de Vitrolles (1774- 1854), après avoir activement collaboré à la rentrée des Bourbons en 1814, fut chargé d'organiser la résistance contre Napoléon dans le Midi. Emprisonné à Vincennes sur Tordre de l'Empereur, Fouché lui rendit la liberté au lendemain de Waterloo et s'en fit un auxiliaire auprès de Louis XVIII. Député à la Chambre Introuvable, ministre d'État (1816), ministre plénipotentiaire à Florence (1827).

travail toutes les opérations de l'Empereur, c'était lui qui sauvait le faubourg Saint-Germain \ etc. »

Soult, aussi, était l'objet des prévenances de Monsieur, et, après Fouché, l'homme le plus loyal de France.

Mon mari, qui ne pouvait, bien entendu, partager une seule de ces opinions du pavillon de Marsan, était regardé comme incorrigible, comme un jacobin, bien plus que cela, comme un constitutionnel : c'était un homme honnête au fond, mais qui avait un dada, une idée fixe, et dont il fallait toujours se défier et tacher surtout de l'éloigner du Roi : voilà ce qui se disait à la cour de Monsieur.

Un jour, une belle voiture s'arrête à la porte de l'auberge où nous logions : une belle dame en

1. « 11 est vrai que le misérable trahissait encore son ancien maître et, profitant du présent, il caressait, dans le cas d'une chute, le dada despotique de Monsieur. A Gand, il faisait croire, par l'organe de Vitrolles, que lui seul gouvernait Paris. Selon son ancien usage, il suscitait mille chicanes au faubourg Saint-Germain, dont ensuite il le délivrait. Aussi le faubourg Saint-Germain en avaitil fait son idole sans songer à la tête de Louis XVI. » (Note du manuscrit Al. En rentrant à Paris, en 1815, Napoléon avait été obligé de confier à Fouché le ministère de la Police, malgré toute son antipathie pour le duc d'Otrante, sentiment que justifiaient encore les intrigues de celui-ci à Gand et à Vienne. (Cf. Madelin, FoucJié, t. II. passim). L'attitude de Fouché prépara la seconde Restauration; il était, aux yeux de certains, « l'homme nécessaire. » (Jau- COURT, Correspondaticey p. 315.)

descendit: c'était M'"^ de Vitrolles' qui arrivait, chargée des pouvoirs de Fouché, pour traiter avec le pavillon de Marsan. Nous ne fûmes pas mis dans le secret de cette négociation, mais tout se sait et, de ce moment, il ne fut plus question que des obligations que l'on avait au régicide et de l'impossibilité de rentrer en France autrement que sous son bon plaisir. L'embarras était de faire goûter au Roi ce nouveau sauveur de la Monarchie; ce prince avait trop d'esprit pour croire que celui, dont le moindre crime était d'avoir porté la tête de Louis XVI sur l'échafaud, fut sincèrement

1. Vitrolles avait épousé en 1795, la tille adoptive de la duchesse de Bouillon, M"« Thérésia de Follevie. Lorsque M"* de Vitrolles apprit l'arrestation de son mari en 1815, elle quitta Dusseldorf où elle avait été appelée pour régler des questions d'intérêt et revint à Paris. Elle obtint par l'intermédiaire de Gaillard, ami intime de Fouché, l'autorisation de voir son mari à Vincennes et même plusieurs audiences du ministre de la Police. Entre temps, elle nouait des intrigues pour faire évader le détenu et elle résolut de partira Gand pour trouver le complément de la somme soi-disant exigée par Fouché. Le ministre facilita ce voyage en lui délivrant un passeport la désignant comme marchande de dentelles; il la chargea, en outre, de messages pour la cour de Gand. M™* de Vitrolles arriva dans cette \ille le 2 mai; elle en repartit le 6, emportant un bon de 150.000 francs payable à Londres, que lui donna le duc de Blacas, et, pour Fouché, des assurances formelles que les services qu'il pourrait rendre seraient « agréés et récompensés ». On sait que Vitrolles fut délivré par Waterloo. Sa vie ne semble pas d'ailleurs avoir été en danger et ce fut surtout comme émissaire de Fouché que M™^ de Vitrolles vint en Belgique. (Cf. Romberg et Mallet, t. Il, p. 8j et suiv.; Vitrolles, Mémoires, t. 111, p. 32 et suiv.; Pozzo di Borgo, Correspondance, t.I,p.114;CussY, Souvenirs t. I,p.38.)

jaloux de conserver celle de Louis XYIII. Aussi travailla-t-on longtemps avant de le faire consentir à entendre prononcer, même sans humeur, le nom de Fouché et ce ne fut qu'à Arnouville (comme je le dirai dans la suite) que le Roi céda à l'ordre (fait en forme de prière) que lui intima le duc de Wellington qui, séduit comme Monsieur par les intrigues de Fouché et compagnie \ crut que son armée combinée avec celle de Blûker (ou Blûcher-) ne suftisait pas pour ouvrir aux Bourbons les portes de Paris.

Parler de la manière leste avec laquelle le duc de Wellington traitait Monsieur à Gand^. — Dire aussi comment le duc de FeltreS qui avait suivi le Roi à Gand, entrava les opérations de la Vendée.

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