‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 24 sur 66 · Vitrolles, Pasquier, Mole. » (Note du manuscrit A · texte numérisé non relu

Vitrolles, Pasquier, Mole. » (Note du manuscrit A

2. Gebard Leberecht von Blucher (1742-1819) traversa le Rhin à la tête de Tarmée russo-prussienne il814), remporta un avantage à la Rothière et fut défait à Champaubert et à Montmirail. En 1815, il commandait Tarmée prussienne et fut vaincu à Lign\ , mais son intervention décida du sort de la bataille de Waterloo.

3. Sur nombre de points, le comte d'Artois paraissait se soucier fort peu de Favis de Wellington; celui-ci, très partisan des formes constitutionnelles, n'hésitait pas à contredire le prince, notamment sur a la nécessité qu'il ne paraisse au Conseil, que des hommes solidairement nommés et responsables. » Aussi des difficultés incessantes s'élevaient-elles entre les deux personnages. (Cf. Jaucourt, Correspondance, p. 304 et 332.)

4. « En qualité de ministre de la Guerre. » (Note du manuscrit A.) (Cf. p. 137).

Le roi des Pays-Bas refusa à Louis XVIII de lui prêter le château de La^ken, ce prince étant, dit-on, jaloux de la nnanière dont le roi de France était traité à Gand^ Il est vrai qu'il y recevait tous les hommages qu'on aurait pu lui rendre aux Tuileries et avec plus d'amour et de respect. Pendant qu'il dînait (la salle à manger était au rez-de-chaussée), la rue était remplie d'une foule de peuple qui ne cessait de crier : « Vive le Roi » ^

Le Roi se dédommageait du refus qu'on lui avait fait d'aller prendre l'air à la campagne, en faisant tous les jours une lieue ou deux autour de la ville. Sa voiture était (comme à Paris) attelée de huit chevaux, entourée de ses gardes et accompagnée non seulement par son gentilhomme de la cham-

1. Le prince d'Orange, plus tard Guillaume I", roi des Pays-Bas, tout en faisant bon accueil à Louis XVIII et en lui offrant une résidence à Bruxelles, n'était pas sans inquiétude des établissements militaires que le Roi pourrait former dans ses Etats. Louis XVIII avait refusé de rester à Bruxelles où il eût été moins libre de ses actes. Le prince d'Orange, mécontent de l'attitude du souverain et de l'allure officielle prise par le Journal Universel^ « dut se départir de la prudente réserve que son gouvernement avait gardée jusqu'à présent et déploya une autorité désagréable à la cour de Louis XVIII. » Aussi marqua-t-il au Roi une extrême « défiance » qui se traduisit par une surveillance sévère de la police belge vis-à-vis des Français, ce qui n'était pas sans amener une tension dans les rapports des deux souverains. (Cf. Romberg et Mallet, t. II, passim.)

2, Louis XVIII habitait, à Gand, l'hôtel du comte de Hane de Stenhuyse, rue des Champs, au centre de la ville.

bre, mais par le service qu'aurait exigé la plus stricte étiquette de la cour de Versailles.

Il y avait déjà longtemps que nous étions à Gand, quand le prince d'Orange vint faire visite au Roi; l'entrevue fut courte et assez froide. Le prince était en bottes et presque le fouet à la main ; le Roi fut assez choqué de cette manière peu hospitalière, mais, pour l'excuser, il aurait pu se rappeler comment il avait reçu à Paris, les rois qui venaient de le remettre sur le trône ^

A Gand comme à Paris, la cour, surtout celle de Monsieur, s'occupait beaucoup plus de la partie gastrique que de la partie à jouer pour rentrer en France. Il n'était question que des excellents dîners du pavillon de Marsan, de l'abondance des glaces, de la délicatesse des pâtisseries et surtout des petits gâteaux à la duchesse qui se faisaient dans la boutique de M"'^.., laquelle faisait sa fortune dans le palais de S. A. R.

Pendant ces graves occupations, l'inaction de

1. En 1814, Louis XVIII ne semble pas avoir fait grande attention à ménager la susceptibilité des Alliés; s'il conférait au prince régent d'Angleterre le cordon bleu, il oubliait de l'offrir au Tzar et affectait de prendre le pas sur lui. A Compiègne, Alexandre I" fut reçu avec une froide étiquette, avec si peu d'abandon et de cordialité, qu'il rentra le soir même à Paris (Henry-Houssaye, 1815, t. I, p. 131 ; M"' DE BoiGNE : Mémoires, t. I, p. 384.)

M. le duc de Berry à Allost et les négociations de M'"^ de Vitrolles à Gand, de grands événements se préparaient. L'Europe embrassait une troisième fois la cause des Bourbons, tandis que Napoléon se préparait à soutenir une guerre qu'il croyait devoir mettre de nouveau cette Europe à ses pieds et les rois dans ses antichambres ^ La Providence arrêta le bras de l'exterminateur et le précipita pour longtemps dans l'abîme.

^2 juin 48^5. — Bonaparte partit pour l'armée le 12 juin, tandis que les Belges, les Hollandais, les Hanovriens et les Anglais, au nombre de quatre-vingt mille, marchaient sous la conduite

de Wellington et l'armée prussienne forte de

mille hommes sous le commandement du général Blucher. Pendant ce temps, le duc de Berry restait à Allost, non que ce brave prince n'eût envie de combattre, mais il y était retenu par l'obéissance qu'il devait au Roi qui croyait que, si la Frnnce voyait un prince français à la tête de ses ennemis, cela pourrait faire tort à la cause que l'on voulait défendre.

1. « C'est une expression dont lui-même se servit (sans savoir qu'elle était dans FEcriture) un jour qu'il était en fureur contre M. de Chateaubriand. « Comment, dit-il à Fouché, Chateaubriand veut me résister, à moi qui ai des rois dans mes antichambres ! » (Note du manuscrit A.)

L'armée française dans ce moment était à peine forte de dix mille hommes; le maréchal Ney ^ vint la renforcer avec trente mille au plus; quarante mille hommes étaient donc tout ce que l'Empereur pouvait opposer à l'armée ennemie composée de plus de... mille combattants ^

45 juin, 4 heures du matin. — Un combat s'engagea d'abord dans les plaines de Fleurus si glorieuses aux Français. Les forces étaient inégales et cependant les Français emportèrent le village de Ligny; Bliicher, après une perte de vingt mille hommes ^ se décidait à la retraite lorsque Wellington arriva.

1. Michel Ney (17G9-181ôi, engage volontaire, prit part à toutes les campagnes de la Révolution et de FEmpire, se rallia aux Bourbons puis à l'Empereur pendant les Cent-Jours. Réfugié dans le Lot après la seconde abdication, il fut arrêté, ramené à Paris et fusillé sur un jugement de la Chambre des Pairs.'

2. Écrivant longtemps après les événements et d'après ses souvenirs, sans pièces otïicielles, M™« de Chateaubriand n'évalue pas très exactement les forces des combattants, sauf pour Tarmée de Wellington sur laquelle elle avait pu être mieux renseignée. 11 ressort de la consciencieuse étude que M. Henry Houssaye a faite des documents, que Napoléon pouvait opposer au début de la campagne cent vingt-quatre mille hommes et trois cent soixante-dix bouches à feu, à plus de quatre cent mille Alliés. (Henry Houssaye, 1815, t. Il, pp. 92, 101 et suiv.).

3. «Ce fut à ce combat que fut tué le duc de Brunswick» (^note du manuscrit A). Frederick duc de Brunswick (^1771-1815i, dont le père avait été dépossédé par Napoléon au traité de Tilsit, chassa le roi Jérôme de Westphalie.

^6 juin. — Bonaparte reçoit quelques renforts et, le 16 juin, il se prépare avec soixante-neuf mille hommes à combattre Wellington ^

77 au 48 juin. — La nuit du 17 au 18, les troupes se rassemblèrent ; Soult était là, mais, suspect a l'armée, on craignait qu'il ne fît comme Bourmont^ qui, la veille de la bataille de Ligny, était passé dans les rangs ennemis. Ney aussi laissait quelque inquiétude^.

18 juin (Waterloo). — Le 1 (S juin, à 11 heures du matin, l'action s'engagea avec un acharnement sans exemple de part et d'autres. Wellington

1. «Wellington arriva trop tard et sans Blùcher qui, le 15 juin, avait soutenu seul le feu de l'ennemi, il n'aurait pas été vainqueur à Waterloo.» (Note du manuscrit A).

2. Louis-Victor de Ghaisne comte de Bourmont (1773-1846), prit part aux insurrections de Vendée. Il entra ensuite dans l'armée impériale : général de division (1814), rallié aux Bourbons, il redemanda du service à Napoléon qui le plaça, non sans appréhensions, à la tète d'une division. Il passa à l'ennemi le 15 juin 1815. Sous la Restauration, il combattit en Espagne, fut nommé maréchal de France et dirigea le débarquement et la prise d'Alger (1830). Démissionnaire au moment de la Révolution de Juillet, il aida la duchesse de Berry dans sa tentative de 1832.

3. M™* de Chateaubriand fait certainement erreur en attribuant à Soult et à Ney quelque velléité de trahison à la Bourmont. Ce qui peut-être motive cette appréciation, c'est l'insuffisance de Soult dans la transmission des ordres à Waterloo et l'inaction de Ney, le 16 juin au matin, sans qu'il y ait eu chez ces deux maréchaux la moindre pensée de défection. (Cf. Henry Houssaye, 1815, t. II, pp. 185 et suiv.)

attendait des secours de l'armée prussienne, mais ces secours n'arrivaient pas : l'épouvante est portée jusqu'aux portes de Bruxelles. Monsieur, qui s'y trouvait en ce moment, revint en toute hâte à Gand et y jeta la consternation en annonçant que tout était perdu et que l'Empereur était à Bruxelles.

La peur avait grossi les objets, mais effectivement il paraît que le duc de Wellington ne dut son salut qu'au renfort du général Bulow^, à son arrivée, la chance jusqu'alors pour les Français, tourna tout à coup et l'étranger fut vainqueur. A Waterloo, on estime la perte des Alliés à dix-huit mille hommes; elle fut beaucoup plus considérable du côté des Français ; tels furent les résultats de la bataille de Waterloo. Celui qui fit des fautes, fut couronné et les généraux et Bulow, à qui Wellington dut la victoire, ne seront cités après lui dans l'histoire (|ue comme de braves auxiliaires. A mon avis, dans cette mémorable campagne, Blucher a été bien au-dessus de Wellington.

3. F rédéric- Guillaume von Buloiu il765-1816), général prussien, battit Oudinot à Gros-Beeren (1813j et Ney à Dennewitz, ce qui lui valut le titre de comte. Commandant général de l'infanterie prussienne (1819), il se distingua à Leipzig et à Waterloo. Il se retira ensuite dans la Prusse Orientale dont il était gouverneur.

Fin de juin. — Pendant ce temps-là, Fouché, à Paris, entretenait les constitutionnels dans de sombres alarmes, tandis qu'il ne parlait que de despotisme aux royalistes : aussi était-il l'idole de ces deux partis; ses vieux amis n'avaient pas autant de foi dans ses reliques.

Juin. — Sur les nouvelles apportées à Gand par Monsieur, nous faisions déjà nos paquets; le Roi se préparait à gagner la Hollande. Mais bientôt nous apprîmes l'issue de la bataille de Waterloo, dont nous n'aurions pas été plus fiers quand Bonaparte aurait été vaincu par un fils de France. L'abattement avait été complet : la jactance revint avec le succès des Alliés. Les préparatifs de départ commencés pour Amsterdam furent achevés pour Paris.

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