‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 25 sur 66 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Départ de Gand. — Napoléon à Paris. — Disgrâce de Talleyrand. — M. de Blacas. — Talleyrand rejoint le Roi. — La duchesse de Lévis. — Le marquis Oudinot. — Séjour à Cambrai. — Le comte d'Artois et Foucbé. — Passage à Royes et à Senlis. — Mission de Macdonald et de Hvde de Neuville.

Le Roi se mit en route le [22] juin, à [8]* heures du matin, toujours accompagné de ses gardes et des personnes qui l'avaient suivi à Gand. Les chevaux étaient préparés pour le service de la Maison, pour les ministres et M. de Chateaubriand, qui faisait partie du Conseil^

Ce voyage, qui fut appelé sentimental, devait plutôt être appelé fatal, car ce fut sur les grands chemins que s'achevèrent les intrigues, qui devaient préparer une troisième chute à la monar-

1. Les chiffres entre [ ] laissés en blanc par l'auteur, sont fournis par une lettre de Pozzo di Borgo à Nesselrode du 14/26 juin 1815. (Pozzo DI BoRGO : Correspondance, t. I, p. 173.)

2. « Je ne sais pas s'il ne faisait pas alors les fonctions de ministre de rintérieur. » (Note du manuscrit A.) Chateaubriand, en qualité de ministre d'État, faisait, en effet, l'intérim du ministère de l'Intérieur en l'absence de Montesquiou, réfugié en Angleterre.

chie en forçant le Roi de recevoir en quelque sorte sa couronne des mains de celui qui avait fait tomber la tête de son frère.

2/ juin. — Cependant Bonaparte vaincu rentrait dans cette ville où naguères il fut si souvent précédé de la victoire. A son arrivée, il ne trouva que des visages abattus et ne put entendre une parole consolatrice. Du moment qu'on le crut abandonné de la fortune, chacun s'empressa de précipiter sa chute et ceux-là même, qui étaient le plus gorgés de grâces et de richesses qu'ils devaient aux victoires de ce grand homme, furent les plus acharnés à demander son abdication. Les uns voulaient que ce fût en faveur de son fds, les autres sans aucune condition. Ces derniers avaient déjà l'œil sur les voyageurs de Gand.

22 juin ^8/5. — L'Empereur abdiqua le 22 juin : il abandonna une couronne qu'il n'avait (comme on l'a dit) enlevée qu'à l'anarchie et qui ne devait retourner que pour peu de temps à ses anciens maîtres.

22 juin. — Le jour même de l'abdication, le général Lamarque conclut une convention qui

mit fin à la guerre de Vendée^ et Fouché fut nommé ^ président du Gouvernement Provisoire. Ainsi le régicide fut appelé en même temps pour coopérer au salut des deux partis ennemis qu'il trahit également, aveuglement qui arrive lorsque Dieu veut changer la face des empires^.

Nous cheminons tristement à la suite du Roi, prévoyant déjà l'issue du voyage. J'étais fort malade d'étouffements, ce qui faisait que je ne pouvais supporter la chaleur, qui était très grande, et les nuages de poussière que notre cavalerie faisait voler autour de nous. Nous ne pouvions nous éloigner de la voiture du Roi, mon mari étant du Conseil qui, pour le malheur de la France, s'as-

1. Jean-Maximilien Lamarque 1 1770-1832), volontaire (1793), général de division (1807), combattit sur le Rhin et en Espagne. En 1815, il succéda au général Delaborde comme commandant de l'armée de la Loire. Après avoir inutilement fait appel au calme, il défît les Vendéens soulevés à la Roche-Servière et signa avec leurs chefs, Sapinaud et La Rochejaquelein, un traité de paix à Cholet. Exilé jusqu'en 1819, député (1828^, mis à la tête des cinq divisions militaires de TOuest pour parer à toute é\entualité de révolte en Vendée (1830), il fut relevé de ce commandement par Casimir-Périer 1 18311 et mourut peu après du choléra. Ses obsèques donnèrent lieu à des manifestations qui précédèrent de quelques jours les Journées de Juin. (Cf. Lasserre, passim.).

2. « Je ne suis pas sûre du jour delà nomination de Fouché. » (Note du manuscrit A.) Fouché, élu le 22 juin membre du Gouvernement Provisoire, fut nommé président le lendemain.

3. «Voir, dans David, Chap...,\e portrait des rois régicides. » (Note du manuscrit A.)

semblait aussitôt qu'il arrivait un parlementaire de Paris et il en arrivait à tous moments et de toutes sortes.

Juin 4815. — De Gand, nous vînmes coucher à Mons: le Roi n'y passa qu'[un] jour* et ce temps suffit à Monsieur pour faire renvoyer M. de Talleyrand au moment où il fallait le garder et M. de Blacas (qu'il n'aimait pas alors) comme une compensation.

M. de Talleyrand était arrivé de Vienne à Gand un ou deux jours avant le départ du Roi, qu'il suivit à Mons ; il était persuadé qu'il venait de rendre un grand service à la monarchie par la déclaration qu'il avait obtenue au Congrès de Vienne, le 13 mars 1815 ^ et ensuite par la manière dont depuis il avait soutenu les intérêts de la France: il s'attendait donc à être fort bien accueilli du Roi ; aussi fut-il plus que surpris lorsque le [25J juin, au moment où Sa Majesté allait quitter

1. Louis XVIII arriva à Mons le 24 juin, Wellington le pressa de se rendre en terre française et le Roi partit pour le Cateau-Cambrésis le 25 à huit heures du matin. (Pozzo di Borgo, t. I, p, 173; Rom- BERG, t. II, p. 268.)

2. A la nouvelle du débarquement de Napoléon, Talleyrand fit signer une déclaration par laquelle les puissances, réunies à Vienne, s'engageaient à ne déposer les armes qu'après avoir assuré la paix à la France en chassant Napoléon « ennemi et perturbateur du repos du monde ». (Déclaration du 13 mars.)

Mons, il se vit presque congédiée D'après les obsessions de son frère, Sa Majesté fît sentir au ministre qu'il était peu content de lui et sur ce que M. de Talleyrand se permit de lui dire que, si ses services ne lui étaient plus agréables, il allait se retirer sur sa terre... en Allemagne^ Louis XVIII répondit qu'il pouvait le suivre ou rester, comme cela lui conviendrait le mieux; le prince sortit furieux.

Ce fut bien aussi à la demande de Monsieur, que le Roi consentit à se séparer de M. de Blacas^ : mais ceci n'était qu'un jeu*, le favori eut de

1. La présence de Talleyrand avait été réclamée à Gand par ses amis comme par ses adversaires ; les uns, dont Chateaubriand, voyaient en lui le seul ministre constitutionnel possible, les autres craignaient les insinuations de M. de Montrond, envoyé à Vienne par Napoléon pour gagner le prince à sa cause. Louis XVIII écrivit à son plénipotentiaire afin de hâter son retour. Arrivé à Mons, Talleyrand, qui désapprouvait le départ précipité du Roi pour la France, prit prétexte de la réception assez froide du souverain pour lui demander la permission d'aller prendre les eaux àWiesbaden. « Volontiers je vous Taccorde, répliqua Louis XVIlI,ces eaux sont excellenies. » i^Cf. Romberg, t. II, pp. 17, 134, 267 etpassim, Pozzo Di RoRGO, t. I, p. 114, 173 et passim ; Pallain, Corresp. dupinnce de Talleyrand et de Louis XVIII pendant le congrès de Vienne, p. 418; Reugnot, t. II, p. 265 et 266.)

2. Talleyrand avait loué à Wiesbaden une maison où il se proposait de demeurer pendant une partie de l'été. (Romberg, t. II, p. 134.)

3. Rlacas, bien quMl s'avouât « nuisible en rien» à Talleyrand, sentait cependant que l'arrivée au pouvoir du prince marquerait le terme de sa faveur. Louis XVIII ne se sépara pas sans peine de ce favori et ne céda qu'après une longue défense aux instances qui,

bonnes paroles de S. A. R. et un portefeuille du Roi, qui contenait beaucoup de millions; en outre il partit avec l'ambassade de Naples dans sa poche et la promesse d'ajouter quelque 100.000 francs à ses appointements ; le Roi fut fort affecté de cette séparation et, comme il croyait mon mari attaché à M. de Blacas parce qu'il avait toujours pris courageusement sa défense \ il le fit venir pour lui parler du renvoi de son ami et lui dit : « Je compte, Monsieur de Chateaubriand, que vous le remplacerez, vous savez que je vous suis fort attaché » ; ensuite il le pria de rester à Mons jusqu'au départ de M. de Blacas, qui devait partir dans deux jours pour se rendre à Naples. Nous apprîmes bientôt que M. de Talleyrand était aussi resté à Mons par suite de son mécontentement. M. de Chateaubriand, qui le savait fort appuyé par les puissances étrangères et qui pensait que l'on serait

depuis loiiglemps déjà, rendaient le ministre de la Maison du Roi responsable de la désaffection des Français pour les Bourbons. (Cf. Beugnot, t. II, p. 266; Pozzo di Borgo, 1. 1, p. 113 et passim; Rom- BERG, t. II, p. 268 et passim. I

4. Plusieurs témoins expriment la même opinion, notamment GuizoT. (Mémoires pour servir à l'Histoire de mon Temps, 1. 1, pp. 90 et 91.)

1. V Chateaubriand n'était qu'un ennemi généreux; personne n'avait plus que lui à se plaindre de M. de Blacas qui lui avait déjà joué tous les mauvais tours possibles. (Note du manuscrit A.) (Cf. Sur les relations de Chateaubriand avec Blacas, cf. supra p. 113).

peut-être obligé de lui faire des avances, l'alla trouver et fît tout ce qu'il put pour l'engager à rejoindre le Roi à Cambrai. Le prince résista d'autant plus qu'il se croyait nécessaire ou du moins imposé; effectivement dès que le baron Vincent^ (qui avait été blessé à la bataille de Waterloo) apprit que M. de Talleyrand restait (mécontent) à Mons, il vint le voir et déclara que lui et les autres ambassadeurs avaient ordre de leur cour de ne traiter qu'avec lui, le regardant toujours comme ministre des Affaires Étrangères.

D'après cette déclaration, la cour se repentit de ce qu'elle avait fait et, comme de coutume, après une démarche intempestive on en fit une honteuse : celle d'écrire de la route à M. de Talleyrand que, tout étant oublié, le Roi l'invitait à venir le rejoindre à Cambrai. Heureusement que cette lettre fut adressée par M. de Duras à mon mari, afin qu'il la remît lui-même au prince, et on lui en disait le contenu afin qu'il se servît de son influence auprès du ministre pour l'engager à se

1. « Et qui, je crois, suivait le Roi. » iXote du manuscrit A.) Nicolas- Chwies baron de Vincent (1757-18 ?) entré au service de FAutriehe et l'un des négociateurs du traité de Campo-Formio, fut nommé ministre plénipotentiaire d'Autriche à Paris (1814), suivit le Roi à Gand. où il fut accrédité auprès de Wellington pendant les Cent-Jours. Il prit part à la bataille de Waterloo et fut blessé à la main.

mettre en route, ce qu'il fit avec succès. Sans lui parler de la lettre qui pouvait compromettre la dignité du Roi, il le décida à se rendre sans conditions et sans se douter des avances qui lui avaient été faites. Mais ce ne fut pas la faute de MM. Guizot et l'abbé Louis, si cette négociation réussit; ils voulaient que le prince tint bon et ils firent tout ce qu'ils purent pour l'aigrir et le fortifier dans l'intention qu'il avait de rester ou tout au moins de se faire longtemps prier avant de se rendre, ajoutant que pour eux ils en agiraient ainsi : « Eh ! Messieurs, leur répondit M. de Chateaubriand, qu'importe ce qu'en ce moment vous et moi feraient; il s'agit ici d'intérêts majeurs ». Cependant, comme M. de Talleyrand est au fond un homme sans fiel et que probablement il avait assez envie d'aller voir ce qui se passait à Cambrai, il sut peu de gré aux deux amis du rôle qu'ils voulaient lui faire jouer et se décida à partir le lendemain ^ Mon mari venait de rendre un véritable service

1. Ce furent surtout les démarches de Pozzo di Borgo qui décidèrent Talleyrand à revenir sur sa décision ; Guizot et l'abbé Louis soutenaient l'avis contraire et ils se proposaient, au cas où le prince persisterait à ne pas rejoindre Louis XVIII, de représenter au Roi que les hommes « auxquels il accordait sa confiance, ayant des idées etdes projets diamétralement contraires aux leurs, ils ne

au Roi; l'entourage lui fit une espèce de crime d'être resté à Mon s, ignorant que Louis XVIII l'en avait prié et, même quand ils le surent, ils voulurent faire entendre qu'il n'était resté en arrière que pour s'entendre avec M. de Talleyrand. En effet, nous restâmes à Mons quelques jours après le départ de M. de Blacas, mais par la seule raison que la duchesse de Lévis, notre amie, n'ayant pas de voiture pour retourner à Paris, nous voulûmes lui donner une place dans la nôtre et alors il en fallut trouver une pour sa femme de chambre et la mienne. Cette dernière ne voulait pas absolument prendrela diligence qui partait après nous, prétendant que si elle nous quittait elle serait tuée, parce qu'il y avait tout le long de la route des forts braqués d'où les Anglais et les Français tiraient sur tous ceux qui avaient été à Gand ; elle tenait cette belle nouvelle des politiques de l'auberge. Nous fûmes deux jours avant de pouvoir trouver un vieux cabriolet, qui nous coûta horriblement cher.

pouvaient plus le servir utilement, et lui demandaient la permission de se retirer ». L'animosité, qu'on montra contre Chateaubriand, avait pour motif principal le dépit ressenti par l'entourage du comte d'Artois, qui avait vu échouer ses intrigues pour éloigner Talleyrand, et la participation de Chateaubriand au retour du ministre. (Cf. Guizot, t. I, p. 92; Beugnot, t. II, p. 2G9; Polovt- SOFF, p. 270.)

La pauvre duchesse de Lévis avait été obligée de rester à Mons, son mari l'y ayant tout-à-fait oubliée; comme ils n'avaient pas de voiture à eux et qu'ils étaient venus à Gand par des voituriers, le bon duc apercevant, sur la place de Mous, le Chancelier tout seul dans un espèce de coucou, lisant un roman en attendant fju'on attelât, sans aucune façon il prit place auprès de lui et lui déclara qu'ils allaient partir ensemble; il envoya à notre auberge dire à sa femme qu'elle tâchât de trouver quelques compagnons de voyage, parce que lui avait cru devoir profiter de l'occasion qui se présentait de rejoindre le Roi^

J'oubliais de dire que pendant que le Roi était encore à Mons, le marquis Oudinot, fils du maréchal, vint trouver M. de Chateaubriand pour le prier d'assurer Sa Majesté de tous ses bons sentiments et des excellentes dispositions des habitants de la capitale, ce qui s'accordait peu avec ce qu'on nous avait déjà dit et de ce qu'on ne cessa de nous dire jusqu'aux portes de Paris. Il ajouta qu'on n'avait pas voulu reconnaître le Roi de Rome, ce que nous savions déjà ; mais ce que nous ne savions pas, c'était le dévouement particulier de

1. Le duc de Lévis quitta Mons en disant qu'il allait rejoindre Louis XVIII parce qu'il fallait qu'il y eût «au moins un grand seigneur avec le Roi ». (Mémoires d'Outre- Tombe, t. IV, p. 44.)

la famille Oadinot dont le colonel ne cessa de nous parler ' .

Cependant Blûcher et Wellington s'avançaient vers Paris; le [25] juin, ils s'étaient emparés de Cambrait Le duc de Wellington reçut des ouvertures pour une capitulation et, d'après une convention signée à Saint-Cloud avec les chargés d'affaires de Wellington et Blûcher, les Anglais entrèrent à Paris le 3 juillet 1815 ^

1. «Aussi malgré le Champ de Mai elles CentJoui's passés au service de l'Empereur, cette famille fut comblée par les Bourbons. Le maréchal fut fait et sa femme première dame d'honneur de madame la duchesse de Berry ». (Note du manuscrit A). Nicolas- Charles- Victor Oudinot (1791-1863) page de Napoléon, colonel de chasseurs à cheval, démissionna en 1815, reprit du service en 1835 et commanda un corps d'armée en Algérie (18't2). L'auteur est injuste pour le maréchal Oudinot et sa famille. « Le maréchal avait envové Victor en Belgique; sa mission avait pour but de savoir de S. M. si la proposition, faite à la Chambre des Députés, de confier au maréchal Oudinot le comrrian dément des Gardes Nationales de la Seine serait agréé par elle. Cette proposition fut agréée mais ne reçut son exécution qu'en octobre ». (Stexger : Le maréchal Oudinot... d'après les souvenirs de la Maréchale, p. 375).

2. Le 23 juin Wellington somma Cambrai de se rendre ; sur le refus du gouverneur, les troupes des généraux Colville et Grand attaquèrent la place et y pénétrèrent grâce au concours des royalistes, non sans perdre une trentaine d'hommes. Le lendemain, le gouverneur réfugié dans la citadelle capitula.

3. Un conseil de guerre, réuni à la Villette, dans la nuit du 1" au 2 juillet, résolut, sous l'impulsion de Davout, d'opérer la reddition de Paris. Le Gouvernement Provisoire délégua trois commissaires : Bignon, chargé du portefeuille des Affaires Etrangères, le général Guilleminot, chef d'état-major général et le comte de Bondy, préfet de la Seine, qui joignirent, à Saint-Cloud,

Le Roi fit son entrée au Cateau-Gambrésis, première ville de France, le [25] juin d8J5; il y passa... jours et se mit en route pour Cambrai où il arriva le même jour à... heures du matin '. Nous rejoignîmes le Roi à Cambrai où nous arrivâmes quarante-huit heures après lui; nous trouvâmes la ville illuminée comme le premier jour de l'entrée de Sa Majesté et si encombrée de monde, d'étrangers, que nous ne pûmes trouver place dans aucune auberge. Étant arrivés après le Roi, M. de la Suze^, maréchal des logis, avait disposé de nos billets de logement; aussi nous nous vîmes au moment de demeurer dans la rue, ce qui, du reste, n'avait rien que d'agréable au milieu des feux de joie, de la musique, de la foule qui circulait gaiement et des cris mille fois répétés de : « Vive le Roi » ; comme nous n'avions pas suivi le Roi, nous ne savions pas quelle réception lui fut faite à son retour en France.

Cependant j'étais horriblement fatiguée, je

Wellington et Blùcher ; ceux-ci, après avoir fait d'importants changements au projet apporté par les commissaires, signèrent Tacte définitif le 3 juillet.

1. « Cambrai n'est qu'à trois lieues du Gâteau » (note du manuscrit A.)

2. Louis-François Chamillard, marquis de la Sitze (1751-1833), lieutenant-général, pair de France, refusa de prêter serment à Louis-Philippe. Son rôle fut des plus effacés.

commençais à me lasser de cette joie, lorsqu'un jeune écolier, ayant entendu prononcer notre nom, vint à notre voiture et nous salua en nous citant quelques phrases du Génie du Christianisme ; ensuite voyant notre embarras, il nous supplia d'entrer chez sa mère (ou sa tante) où il nous dit que nous serions bien. En effet, nous trouvâmes une bonne vieille dame avec sa fille qui, l'une et l'autre, nous comblèrent de politesses, nous préparèrent un bon souper et nous donnèrent leur lit. Le matin, plusieurs amis et amies de ces bonnes gens vinrent pour voir mon mari, dont ils avaient tant entendu parler et que Frault aimait tant. Frault était le nom de notre hôtesse^ ; sa maison était sur la grande place de Cambrai.

Ce fut dans cette ville de France que les amis de toutes les monarchies (en ligne ascendante) commencèrent à arriver en foule. Ils venaient mettre aux pieds du Roi la constante fidélité qu'ils lui avaient gardée au fond de leur cœur: Louis XYIII ne leur en demanda pas davantage. Ensuite ils l'assurèrent de leur haine pour la Charte^: c'était le passeport pour arriver à Mon-

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