J'estropie peut-être le nom ». (Note du manuscrit A
2. Sans témoigner ostensiblement la «haine » de la Charte, sans même vouloir y apporter « aucun changement », le comte d'Artois avait depuis longtemps conseillé un manifeste qui s'inspirait de
sieur qui, dès ce moment, en fît ses ultras par excellence. Aussi ces caméléons, qui avaient eu à peine le temps de cacher la livrée de Bonaparte pour prendre celle des Bourbons, se trouvaient, à l'île Saint-Denis, les seuls vrais royalistes. Mon mari et deux ou trois malheureux raisonnables n'étaient surtout, aux yeux de Son Altesse Royale, que des jacobins ou du moins des gens qui avaient un dacla^ et qui étaient incorrigibles.
28 juin, — Par la déclaration de Cambrai, en date du 28 juin, faite par Louis XYIII et libellée par M. de Jaucourt^, le Roi disait: « Je ne veux éloigner de ma personne que ces hommes dont la renommée est un sujet de douleur pour la France et d'effroi pour l'Europe^ » et [8] jours après ces
Tarticle XIII de la Charte, par lequel le Roi rendait les ordonnances nécessaires pour la sûreté de l'État. (Notes abrégées du comte d'Artois dans Romberg t. I, p. 132 et suivi.
1. « C'était l'expression des ultras, qui ne voulaient pas accuser M. de Chateaubriand de jacobinisme. » (.Note du manuscrit A.)
2. Arnail-Frariçois marquis deJaucourt (1757-1852) colonel avant la Révolution, députée l'Assemblée Législative, au Tribunat, sénateur et comte de l'Empire, fit partie du Gouvernement Provisoire en 1814, devint ministre d'État et pair de France sous Louis XVIII, qui lui confia l'intérim du ministère des Affaires Étrangères pendant le séjour de Talleyrand à Vienne. Au retour de Gand, il fut quelque temps ministre de la Marine (1815), membre du Conseil Privé.
3. Sous l'influence du chancelier Dambray et du parti de son frère, Louis XVIII avait fait une proclamation le 25 juin auCateau-
paroles, il prenait Fouché pour ministre^ ; toujours le nom de ce régicide était prononcé avec honneur, même avec attendrissement, par toute là cour de Monsieur. Ce prince fatiguait sans cesse les oreilles du Roi de l'éloge de son favori, mais Sa Majesté résistait toujours et se moquait môme de la nouvelle passion de son frère qui « certainement , disait-il, ne lui est pas venu d'inspiration divine » ; aussi, un jour que Monsieur lai avait fait (confidentiellement) part d'une lettre de M. de Vitrolles où le héros de Lyon était représenté comme l'homme indispensable et le sauveur de la France, il la prit, la mit dans sa poche et la lut tout haut au Conseil, ce qui fâcha fort Monsieur qui ne voulait pas que certaines gens sussent à quel point il était favorable à Fouché. Il y avait à Cambrai un certain comte Cour-
Cambrésis, qui donnait à la rentrée du Roi « une couleur qui ne lui convenait nullement. » Le 28 juin à Cambrai, Talleyrand rédigea une autre proclamation, promettant une «liberté sage etmodérée », une monarchie constitutionnelle grâce à « l'unité du ministère», des assurances de tranquillité pour les acquéreurs des biens nationaux.,., à la grande fureur du parti de Monsieur. Le Roi recopia et signa cette proclamation, contresignée par Talleyrand ; Jaucourt collabora sans doute avec le baron Louis etBeugnot, à cet acte, mais Talleyrand en fut le principal artisan (Cf. Guizor, t. I, p. 92 ; Talleyrand t. JII p. 146 ; Beugnot t. II, p. 276).
1. ce II faut rendre justice à Louis XVIII : en nommant Fouché, il ne fit que céder aux importunités de son frère et presque aux ordres des étrangers, surtout du duc de Wellington » (Note du manuscrit A.)
champs S qui avait comme bien d'autres, suivi le Roi à Gand ; c'était une espèce la plus dangereuse mais la plus amusante du monde ; il appartenait à toutes les grandes familles, tantôt de Hollande, tantôt d'Ecosse ; il était déjà venu nous voir à Bruxelles pour faire des propositions d'argent (comme prêt) de la part de son cousin, le comte de Horn. Le fait est que ce Courchamps, dont le vrai nom était Cousin, était le fils d'un méchant procureur des environs de Saint-Malo, qui avait fait banqueroute et emporté à mon beau-frère une somme de 6.000 à 7.000 francs, qu'il redevait sur un bien qu'il avait été chargé de vendre. Courchamps se moquait de toutes les personnes dont il n'avait pas besoin ; il faisait de fort jolies chansons : voici un des couplets de celle qu'il fit sur M. de Gallifet qui- était venu rejoindre le Roi à Gand :
Le grand Gallifet de Provence Avec son collet de carton 2, Tonton, tonton, tontainë, tonton.
1. Maurice Cousin dit Comte de Courchamps, né vers 1777 à Saint-Servan, auteur des mémoires de M"* de Créqu-i et de plusieurs autres ouvrages pour lesquels on l'accusait de plagiat. 11 menait la vie d'un original, ne sortant jamais que le soir de l'appartement qu'il habitait à la fin de sa vie, rue du Mont-Thabor; parfois aussi il se déguisait en femme. (Cf.QuÉRARO, Supercheries Littéraires ; FoRNERON, Histoire générale des Émigrés, t. I, p. III.)
2. « M. de Gallifet avait en effet un grand col d'une [hauteur"] ex-
Est venu vers le roi de France
La fleur de lys sur le bouton,
Tonton, tonton, tontaine tonton, etc. etc.
Ce Fouché était parvenu à faire croire aux bons habitants de Paris que c'était lui qui avait sauvé la ville de la fureur des Prussiens. Plusieurs des plus chauds royalistes nous apportèrent à Cambrai cette merveilleuse histoire ; ils en étaient pénétrés. Pendant ces nouvelles négociations, Dona^ tien de Sesmaisons* arriva aussi à Paris; il n'était exclusivement ni du parti de la cour du Roi, ni de celui de la cour de Monsieur; mais, comme il causait avec tout le monde, il venait raconter à M. de Chateaubriand tous les chefs d'accusation portés contre lui par l'ex- pavillon de Marsan : le premier était « qu'il était resté attaché à M. de Talleyrand » ce qui était vrai car, jusqu'alors, M. de Talleyrand l'avait toujours appuyé au Conseil,
trême et était en tout fort ridicule. » (Notes du manuscrit A.) M. de Gallifet était un des agents royalistes à Armentières (Nord) pendant les Cent-Jours; plus tard il servit dans l'armée dans laquelle il était entré comme lieutenant-colonel en 1815. (Castellane, t. I. p. 307 et t. II, p. 376).
1. Claude-Louis- Gabriel Donatien, comte de Sesmaisonsi\lSl-lSà2) commandant de la Garde Nationale de la Loire-Inférieure, sous l'Empire, chef d'état major de la 1" division de la garde royale (1814), maréchal de camp, premier gentilhomme d'honneur du comte d'Artois ; député en 1827, il combattit Villèle, se rallia à Louis-Philippe et remplaça son beau-père, Dambray, à la Chambre des Pairs, où il siégea parmi les conservateurs.
lorsqu'il repoussait Fouché; il ne l'abandonna qu'à Saint-Denis où, malgré la haine qu'on portait à l'ex-évêque, on le conserva ministre des Affaires Étrangères. Ainsi il fut comblé par ses ennemis, dits les royalistes par excellence, parce qu'il consentait à marcher avec Fouché et abandonné par son ami, (soit disant) libéral, parce qu'il consentait à faire parti d'un ministère régicide.
Mais que doit-on penser de Monsieur, de sa piété, de sa loyauté, de sa franchise (tant vantée), quand on le voit affecter un si grand éloignement pour l'évêque marié, tandis qu'il force son frère à confier le sort de la France et la tête de son Roi à l'auteur des mitraillades de Lyon et à l'assassin de Louis XVL II faut l'attribuer, dit-on, à son défaut de lumières ; mais Dieu a mis dans le cœur de l'homme le moins intelligent, hors l'état d'imbécillité, assez de connaissance du juste et de l'injuste pour ne pas pécher : il est donc permis à un prince de peu d'esprit de faire beaucoup de sottises mais non de commettre un crime; et certes il n'en fut jamais un plus grand que cette monstrueuse alliance avec le plus grand des criminels.
Nous quittâmes Cambrai le [30] de juillet et nous allâmes coucher à Royes, [à] 17 lieues de
Cambrai. Le curé^ de la ville vint à la tête de son clergé pour complimenter le Roi, mais il arriva trop tard et ce fut nous qui reçûmes le compliment qui était destiné à Sa Majesté.
Le Roi coucha à l'hôtel de et nous à l'auberge
des [Trois] Rois. La maîtresse de cette auberge était si royaliste qu'elle voyait des princesses partout; elle me prit pour M""^ la duchesse d'Angoulême et me porta presque dans une grande salle où il y avait une table de vingt couverts au moins. La chambre était tellement éclairée de bougies et de chandelles qu'on perdait la respiration au milieu d'un nuage de fumée, sans compter la chaleur d'un feu qui aurait été à peine supportable au mois de janvier. Lorsque la bonne dame s'aperçut que je n'étais pas M""^ la duchesse d'Angoulême, elle fut un peu désappointée, mais enfin nous arrivions de Gand, nous étions donc du moins de bons royalistes; elle nous fit fête en conséquence et, en partant, nous eûmes une peine infinie à lui faire accepter de l'argent. Parmi cette classe, le dévouement est bien plus sans réserve que dans la classe plus élevée : je me rappelle que cette pauvre femme me disait : « Voyez, madame, je suis royaliste au point que quelquefois
1. Quelque temps après, ce prêtre fut assassiné par des maraudeurs, le 30 novembre 1815 (Henry Houssaye, 1815, t. 111 p. 494.)
je me regarde de travers pour n'avoir pas su me faire guillotiner pour nos Bourbons. »
Juillet 48 15. — Pendant qu'un aubergiste nous tenait ce langage d'un dévouement si désintéressé, tous les intérêts personnels étaient en jeu.
Le général Lamothe* (beau -frère de Laborie^) arriva à Royes, envoyé par le Gouvernemenl Provisoire, pour dire au Roi qu'il n'y aurait pas sûreté, pour lui s'il voulait rentrer dans sa bonne ville de Paris sans la cocarde tricolore et sans avoir licencié les régiments de sa garde appelés la Maison Rouge et la Maison Grise^.
1. É Hernie- Auguste Gourlet de Lamothe (1772-1836), aide de camp du maréchal Oudinot en Italie, général de brigade en Espagne (1808), compromis dans la conspiration de Mallet, lieutenant général (1814), resta sans emploi sous la Restauration.
2. Antoiiie-Anathase Roux-Luborie (1769-1842), se mêla aux agitations royalistes sous la Révolution, aida les Bertin à fonder le Journal des Débats et devint, grâce à la protection de Talleyrand, secrétaire du Gouvernement Provisoire (1814), député (1815), préfet de la Somme (1827) (Cf. sur lui, Frénilly, p. 219 et Cussy, t. I, p. 335.)
3. « Je ne suis pas bien sûre de ce que j'appelle la Maison Grise ». (Note du manuscrit A). Par ordonnances royales du 15 juin 1814, avaient été rétablis : les chevau-légers, les mousquetaires gris, les mousquetaires noirs, les gendarmes de la garde ; chacun de ces corps privilégiés comptait quatre cent cinquante-six hommes, les simples soldats avaient rang de sous-lieutenants et touchaient 600 francs de solde annuelle, sans compter d'autres indemnités; ils étaient tous nobles, à quelques exceptions près. Ces avantages excitaient la jalousie et la haine des soldats de Napoléon, particulièrement des officiers en demi-solde, et de nombreux duels mettaient
170 MADAME DE CHATEALBRIAND
C'était, dit Lacrelelle dans son Histoire de la Restauration, Fouché qui exigea cette odieuse concession^ sous prétexte que l'armée la demandait ^ Cependant le Roi ne promit rien et l'ambassadeur s'en retourna assez mécontent et de la
aux prises les adversaires. La couleur des uniformes de ces troupes les avait fait surnommer compagnies rouges, grises etc. (Du- VERGIER, Recueil des Lois, t. XIX p. 102 et sq. ; Henry Houssaye, i8U, t. I, p. 20.)
1. Son Histoire de la Restauration (1829-1835), écrite dans un esprit nettement royaliste, manque tout-à-fait d'impartialité. Elle doit être considérée non pas comme un historique des faits mais plutôt comme des mémoires et souvent comme un pamphlet, mais elle n'en donne pas moins des détails intéressants sur les événements auxquels assista l'auteur.
2. «Que craignait-on de l'armée qui venait (le 4 juillet) de se retirer sur la Loire et que croyait-on à Paris, quand on avait pour avant-garde les Anglais et les Prussiens? » (Note du mahuscrit A.) Les chefs de légion de la Garde Nationale avaient signé, peutêtre sous l'inspiration de Fouché, une adresse à Masséna, insistant « pour conserver à jamais les couleurs nationales » (Journal de l'Empire, 7 juillet 1815', déclaration que le prince d'Essling porta à Louis XVIII à Arnouville. Le duc d'Otrante, s'appuyant sur de telles manifestations, «avait demandé que le Roi entrât dans Paris avec la cocarde tricolore en assurant que l'armée, tout à l'heure rebelle, resiendrait avec enthousiasme à un Roi qui lui donnerait ce gage de ralliement » (Lacretelle. Histoire de la Restauration, t. I p. 325). Mais, désireux avant tout d'arriver au ministère, Fouché ne voulait, en formulant ces exigences, que souligner tout le prix de son concours ; aussi bien ne fit-il pas du drapeau tricolore une condition sine qua non, après que "Wellington lui eut démontré l'impossibilité, pour le souverain, de maintenir un insigne qui était « devenu le signal de la rébellion » et alors surtout qu'une partie de la France avait témoigné de son royalisme en arborant la cocarde blanche (Cf. Polovtzoff, t. I, p. 286 ; VlTROLLES, t. III, p. 115 et 117.)
réponse de Sa Majesté et de la manière sèche dont elle fut faite. A cette occasion, M. de Talleyrand se comporta fort bien ; il ne voulait encore ni de Fouché, ni entendre à aucune concession. Plus tard, il faiblit parce qu'avant tout il fallait rester ministre^ Il était logé à vingt pas de l'hôtel où était le Roi, ce qui ne l'empêchait pas de faire atteler deux vieilles haridelles à sa voiture, toutes les fois qu'il y venait dans la journée.
....juillet. — Nous partîmes de Royes le [!"] juillet et nous allâmes coucher à Senlis (14 (?) lieues de Royes). Sur la route, on refusa des chevaux à la duchesse de Bellune, ce qui mit l'aide de camp du maréchal (qui l'accompagnait), dans une telle fureur, qu'il s'emparait des nôtres qu'on était à atteler. Mais j'offris moi-même nos chevaux à M'"*' de Bellune de si bon cœur, que tout s'apaisa. Dans le fond, cet aide de camp avait raison : parce que le maréchal n'était pas du conseil du Roi, on se croyait dispensé de donner à sa famille le
1, Talleyrand, dans ses Mémoires, considère la nomination de Fouché, comme « une faiblesse » . S'il n'en était pas partisan au lendemain de Waterloo, il en reconnut assez vite la nécessitée Cambrai. A. de Périgord, émissaire de Fouché, avait été chargé de dépeindre au prince la situation selon les vues du président du •Gouvernement Provisoire : aussi, sous la pression des événements €t des sollicitations de son entourage, se rallia-t-il à l'entrée au ministère de cetc< intrigant ». (Cf. Madelin, Fouché, t. II, p. 120; Talleyrand, t. III, p. 233 et 234; Barante, t. II, p. 168.)
172 MADAME DE CHATEAUBRIAISD
moyen de revenir de Gand. On avait pris cet honnête homme de guignon et, tout bonnement, parce qu'il avait fait son devoir et qu'on ne le craignait pas. J'ai déjà dit tout ce qu'il avait eu à souffrir à Gand. Marmont était au contraire traité à ravir: les Bourbons ont toujours eu un fond de tendresse inexprimable pour les traîtres. Pendant que cette scène se passait, mon mari était allé présenter à Monsieur deux ou trois bons curés des environs, ce dont je me réjouis fort car, s'il avait été présent, je ne sais comment la chose se serait passée. Ce fut le soir que nous nous mîmes en route pour Senlis car, bien que nous n'eussions que 14 lieues à faire, il ne nous fallait pas moins de vingt-quatre heures pour en venir à bout, avec tout le cortège au complet comme pour une entrée triomphale ; il est vrai que cela y ressemblait, car la route, depuis Royes jusqu'à plus de trois lieues, était illuminée de feux artistement disposés. De pauvres bûcherons avaient attaché des lampions à leurs cabanes placées au milieu d'un bois^ ; le feu avait pris, il avait fait assez de ravages ; je n'ai pas su si ces braves gens avaient été indemnisés de leurs pertes^
1, Dans le bois de Lihus.
2. Beugnot {t. II, p. 281 et suiv.), rapporte la même anecdote
.... juillet. — Nous arrivâmes à Senlis le [3] juillet vers les sept heures du soir. Comme de coutume, nous ne pûmes trouver à nous loger : enfin il fallut, manque d'auberge, nous présenter avec notre billet de logement chez un vieux chanoine, qui nous reçut comme des chiens ou plutôt nous fit recevoir par sa servante, car, pour lui, il ne voulut pas nous voir. On nous donna une mauvaise chambre avec des lits plus mauvais encore et la vieille bonne eut ordre de ne nous rendre d'autre service que d'aller nous acheter de quoi manger, avec notre argent bien entendu. Du reste la pauvre fille était aussi serviable que son maître était inhospitalier et, malgré la défense, elle nous servit de son mieux et nous réconcilia même avec son chanoine, qui vint nous voir le lendemain avant notre départ, et nous demanda gracieusement si nous ne voulions pas prendre quelque chose et cela avec d'autant plus d'insistance qu'il savait que nous avions déjeuné.
[^] juillet. — Nous partîmes de Senlis le matin
entre Cavilly et Gournay-sur-Aronde, il rencontra une veuve et ses deux enfants qui pleuraient devant leur maison incendiée, selon eux par les troupes légères des ennemis. Jaucourt et Beugnot descendirent de voiture, remirent chacun deux louis à la pauvre femme et lui promirent d'intéresser le Roi à son sort; mais ils ne sont pas plus affirmatifs que l'auteur, sur le sort de cette indemnité.
à A Gonesse, nous fûmes arrêtés par
deux nouveaux parlementaires, le maréchal Macdonald et le baron Hydede Neuville^ Ils venaient confirmer ce que M. Lamothe avait dit à Royes^ qu'on ne pouvait entrer à Paris sans la cocarde tricolore et le licenciement de la Maison Rouge. Le Conseil s'assembla donc; M'"^ de Duras, de Lévis et moi, en attendant au milieu du grand chemin le résultat de cette délibération, nous demandâmes* au maréchal si, réellement, il croyait qu'on ne pouvait arriver à Paris sans des conditions si rudes ; il nous répondit (en riant) qu'il n'en était pas bien convaincu; pour le pauvre Hyde, il croyait cela comme article de foi ; la
1. Quelques partisans des Bourbons s'étaient réunis à Paris le 3 juillet chez le maréchal Macdonald. Ils reconnurent l'inutilité de tenter un mouvement royaliste dans la capitale, Fouché étant partisan de la Restauration sous certaines conditions il est vrai (Cf. p. 140.) Sous l'instigation du duc d'Otrante, Macdonald fut député auprès du Roi afin d'obtenir Toctroi de ces conditions ; le maréchal s'adjoignit Hyde de Neuville. Les deux ambassadeurs rencontrèrent le cortège royal en deçà de Louvres ; les nouvelles qu'ils apportaient parurent si intéressantes qu'on s'arrêta sur le champ ; les pourparlers continuèrent, le soir, à Gonesse et, le len-^ demain, à Arnouville. Hyde de Neuville était convaincu que l'entrée de Fouché au ministère était inévitable. Quant à Macdonald il n'avait que peu d'espoir d'obtenir le maintien de la cocarde tricolore. Il insista cependant en rappelant à Louis XVIII la parole d'Henri IV : « Paris vaut bien une messe — C'est vrai, répondit le Roi, mais ce n'était pas très catholique. » (Cf. Hyde de Neuville, t. II, p. 113 et suiv. ; Macdonald, p. 392 et suiv.; Pasquier, t. III,, p. 321.)
différence entre les deux ambassadeurs est que le premier venait affirmer ce qu'il ne cro^^ait pas et que le second ne disait que ce dont il était fermement convaincu. Le Conseil fini, rien ne transpira; mais à l'air assez soucieux de mon mari, je vis qu'il n'était pas content.