CHAPITRE VI
Ariiouville. — Le duc de Wellington. —Nomination de Fouché. — Le général Dubourg. — Le général Lagrange. — Les Bertin. — Séjour à Saint-Denis. — Entrevue de Fouché avec Louis XVIH. Conversation du Roi avec Chateaubriand. — Le ministère Tallevrand. — Rentrée de Louis XVIII à Paris.
Juillet. — Ce fut à Arnouville que l'on commença à jouer les grandes marionnettes. M. de Talleyrand, qui nous avait devancés et avait été prendre langueavec ses anciens amis, revint nous rejoindre à Arnouville avec le duc de Wellington et, je crois, Fouché^ ; et là, aidés de Monsieur, ils firent enfin
1. Fouché ne vit Louis XVIII qu'à Saint-Denis et non pas, comme certains l'ont cru, à Arnouville. Ce petit détail n'est pas sans intérêt car, reçu à Arnouville c'est-à-dire avant sa nomination, Fouché pouvait être considéré comme un conseiller appelé par le Roi, alors que, admis à Saint-Denis devant Louis XVIII, il a'était qu'un ministre accueilli, peut-être à contre-cœur, par le souverain. Toutefois ce fut à Arnouville que, cédant aux sollicitations de toutes sortes dont il était l'objet, Louis XVIII signa la nomination du duc d'Otrante comme ministre de la Police. Tous les contemporains, sauf Pasquier, sont d'accord pour placer l'entrevue à Saint-Denis, le 6 juillet à 9 heures du soir: Fouché partit de Neuilly où il avait conféré avec Wellington, principal artisan de sa nomination, et avec Talleyrand; accompagné de ce dernier,
chanceler les bonnes résolutions du Roi. Cependant Talleyrand détestait Fouché, mais il se rangea du côté de ses partisans dès qu'il vit que son ministère y était attaché. Pour le duc de Wellington dont les vues politiques étaient loin d'être à la hauteur de ses talents militaires, il se laissa aisément séduire par les mensonges du régicide et les veuleries de ces traîtres, qui n'abandonnent 'le parti vaincu que pour se rendre encore nécessaires à ce parti, s'il revenait un jour vainqueur. Ces derniers surtout ont toujours trouvé une grande foi parmi les royalistes ; il n'y a point de partis plus porté à se laisser prendre à des paroles. Toutefois le vainqueur de Waterloo doit être à jamais exécrable à tous les bons Français pour avoir abusé de sa position pour forcer le Roi à recevoir, dans son Conseil, l'assassin de son frère. Déjà M. de Chateaubriand était éloigné et Sa Majesté commençait à ne plus lui parler avec la même franchise. Cependant, si le Roi faiblissait en ce qui regardait Fouché, il paraissait toujours résolu à ne pas renvoyer ses gardes, encore plus à ne pas prendre la cocarde tricolore.
il se rendit auprès du Roi, qui le reçut immédiatement. (Cf. Pas- QuiER, t. III, p. 332; Beugnot, t. II, p. 292 ; Vitrolles, t. III, p. 122; PoLSOTzoF, t. I, p. 287; Madelin, Fouché, t. II, p. 441 ; Henry Houssaye, 1815, t. III, p. 319).
Ii7.8^ MADAME DE CHATEAUBRIAND
A Arnouville, nous fûmes logés chez le maire qui, à rapproche de l'armée royale, s'était caché : son lit était encore tout chaud. Le dirai -je ? ma fatigue était si grande, j'étais si malade d'étouffements que, sans savoir ce que je faisais, je ne vis qu'un lit et me jetai dedans : quand j'y songe depuis, j'en ai d'horribles soulèvements de cœur. La duchesse de Lévis, elle, toujours propre et soignée dans sa toilette, se jeta sur un matelas tout habillée et, le matin, elle sembla s'être éveillée dans un des beaux hôtels du faubourg Saint - Germain.
On manquait de vivres, on ne trouvait plus un pain dans le village. Cependant nous et une douzaine d'autres arrivant de Gand, nous mourions de faim ; la servante du maire avait mis à l'ombre toutes ses provisions et ne nous avait réservé que ses injures, dont elle n'était pas avare ; quand par bonheur arriva un certain M. Dubourg^, gé-
1. Frédéric Dubourg- Butler (1778-1850), élève de lamarine (1789), combattit en Vendée, puis dans les armées de Bernadette qu'il suivit en Suède comme officier d'état-major. Blessé et fait prisonnier pendant la campagne de Russie, attaché à l'état-major du duc de Feltre (1815), il s'empara sans coup férir de Cambrai, Bapaume, Le Quesnoy, Arras. Nommé commandant de l'Artois, il fut disgracié peu après à cause de ses opinions ultra- royalistes. Chateaubriand le retrouva en juillet 1830 « chef improvisé de la partie militaire du Gouvernement Provisoire ». Pensionné en 1848 comme général de brigade, il, se suicida deux ans après.
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néral de sa façon, qui, nous dit-il, avait pris nombre de villes sur son chemin. C'était le plus grand hâbleur qu'on put voir et il nous racontait, le plus sérieusement du monde et les croyant lui-même, ses hauts faits d'armes de Gand à Paris, qu'on aurait trouvés incroyables dans la vie d'Alexandre. Mais cette espèce de fou nous rendit un grand service en allant à la quête et nous rapportant d'énormes morceaux de viande, du pain, etc. Je crois qu'il avait fait très militairement emplette de ces provisions, mais, sans scrupules, nous fîmes un déjeuner excellent.
J'étais d'une humeur horrible de tout ce que je voyais et de tout ce que je prévoyais. Pour la duchesse de Lé vis, pendant tout le voyage qui dura dix-huit jours, elle fut toujours aussi calme et aussi patiente qu'elle l'était habituellement et sa douceur habituelle était à toute épreuve. Bonne et aimable femme, c'est en 1830 qu'elle est allée jouir dans le ciel d'un repos qu'elle n'avait guère goûté sur la terre. Des embarras de fortune et un mari homme d'esprit assez bon, mais dérangé, ayant ces habitudes, lui faisaient passer de mauvais jours, rachetés cependant par ses enfants : le duc actuel *
1. Gaston-François- Christophe duc de Ventadoiir et de Lévis (1794-1863), aide de camp du duc d'Angoulême (1814), fit les cam-
et M""^ de Nicolaï ^ qui ont hérité de toutes les vertus de leur mère.
Ce fut à Arnouville que le général comte Lagrange, qui était venu au-devant du Roi, fut insulté par des officiers des gardes qui arrivaient de Gand, l'ayant pris pour son cousin le marquis de Lagrange^, aussi général et très bonapartiste, heu-
pagnes d'Espagne et de Morée et succéda à son père comme pair de France (1830), mais il refusa de siéger et suivit Charles X en exil. Il avait épousé M"« d'Aubusson.
1. Mademoiselle de Lévis avait épousé Aimar-Charles-Marie- Tiiéodore comte de Nicolaï (1782-1871) qui seconda le comte d'Artois dans le Midi (1814) et devint pair de France et marquis (1817).
2. « Je fais peut-être un galimatias pour les noms, le bon est le père d'Edouard Lagrange » (Note du manuscrit A.) Il y avait en effet deux généraux de Lagrange, maisM'"^ de Chateaubriand attribue au comte ce qui arriva au marquis.
Joseph, comte de Lagrange (1763-1836) après avoir pris part aux campagnes de l'Empire, fut blessé à Champaubert, se retira à Gisors et fut élu député en 1817. Louis-Philippe l'appela à la pairie en 1831.
Armand- Charles-Louis Lelièvre, marquis de Lagrange (1766-1833) fit aussi les campagnes de l'Empire, eut un bras emporté à Wagram et fut nommé en 1814, lieutenant-général commandant d'une compagnie de mousquetaires, fonction remplie autrefois par son grand-père: Napoléon le confirma dans son grade. C'est à lui qu'arriva l'incident dont parle ici l'auteur. « Une clameur soudaine, partant de la cour du château, frappa nos oreilles, raconte Macdonald : nous accourûmes et vîmes le générai Lagrange, le manchot, se débattant au milieu des gardes du corps bleus et rouges qui lui reprochaient de n'avoir pas suivi le Roi à Gand comme commandant l'une des compagnies de mousquetaires et lui arrachant les insignes de son grade. Nous nous précipitâmes à son secours, mais déjà le duc de Feltre l'avait tiré des mains de ces furieux Le Roi, aussitôt qu'il fut instruit, envoya témoi-
reusement que la chose s'éclaira et qu'il n'y eut point de sang répandu. Rien n'est plus plaisant que cette intolérance que nous affichions f)Our des opinions, qui n'avaient au fond rien de déshonorant, lorsque nous nous arrangions si bien des plus honteuses et des plus criminelles et que nous eussions pressé contre notre cœur Robespierre lui-même, s'il était venu nous baiser les mains.
Nous fûmes rejoints à Arnouville par MM. Bertin et leur famille qui avaient aussi fait le voyage sentimental. MM. Bertin, bons bourgeois de Paris qui n'avaient aucune raison particulière d'être attachés à la monarchie des Bourbons, lui avaient été constamment fidèles sous Bonaparte : ils avaient été persécutés et ruinés pour avoir toujours soutenu cette cause dans leur journal (alors \Journa(] de r^m/)*re.J A la Restauration, ils furent, comme beaucoup d'autres, récompensés de leur fidélité par de nouvelles persécutions, qui ne les empêchèrent pas, aux Gent-Jours, de suivre le Roi dans l'exil. Ils
gner son mécontentement et dire qu'il ferait justice, j) (Mac- DOiNALD, p. 398. Cf. aussi M"* de Chastenay, Mémoires, t. II, p. 400; Saint-Chamans, Mémoires, p. 294 et note.).
Enfin, il y avait un troisième personnage du même nom, Jérome- Hippolyte-Paul Desfieux-Beaujeu, se disant Marquis de Lagrange, aventurier dont M. Masson raconte les invraisemblables avatars. (L'Affaire Mauhreuil. p. 69 et suiv.)
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vinrent à Gand où ils firent le journal appelé le Moniteur de Gand. Ce journal était rédigé dans le meilleur esprit, mais il n'excusait pas Soult et ne faisait pas un sauveur de Fouché. Alors tout fut perdu : MM. Bertin devinrent des libéraux, leur journal, un mauvais livre et leur voyage à Gand, presque une trahison. Aussi firent-ils la guerre à leurs frais car jamais on n'a voulu leur rembourser les sommes très considérables qu'ils avaient avancées pour le journal. Au retour de Gand, MM. Bertin continuèrent à être mal vu de la cour; leur Journal des Débats, le seul alors qui eût le sens commun, était presque à l'index au Château. Aussi par la suite, ces honnêtes gens aigris mirent de la négligence dans la rédaction de leur journal et il s'y glissa des articles réellement mauvais, surtout pour la religion : ce qui n'est pas pardonnable, j'en conviens; mais le mot pousser à bout n'a pas été fait pour rien et c'est ce qui arriva avec MM. Bertin. Aujourd'hui on s'étonne qu'ils se soient jetés dans le juste-milieu. Que les rois apprennent que peu d'hommes sont nés avec une conscience politique invariable ou se trouvent placés dans une position qui ne leur permet pas de changer de parti; ainsi, lorsque le pouvoir frappera les hommes fidèles pour récompenser les traîtres, ils dégagent par cette injustice leurs ser-
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viteurs du serment de fidélité, de même que s'ils abandonnaient leur royaume, car la défection à la justice est, dans un Roi, comme une renonciation à ses droits.
On n'assembla point le Conseil à Arnouville, mais la coterie était permanente et de son sein s'échappa le bourbeux ministère qui ne fut connu qu'à Saint-Denis, où nous arrivâmes le même jour au soir, le 7 juillet (à ce que je crois).
Grand Saint Patron de la France ! vous nous auriez sauvés si nous avions pu l'être, mais votre bannière ne semblait alors qu'un crêpe funèbre qui nous annonçait les futures destinées de la France.
Un noir vertige s'était emparé de tous les esprits, les mêmes rues qui conduisaient au tombeau de Louis XVI étaient encombrées d'élégantes voitures remplies d'ultras improvisés, gens de la ville et encore plus de la cour, qui venaient, le drapeau blanc à la main, demander au Roi la cocarde tricolore pour leur pays et des honneurs pour l'assassin de son frère. A la tête de ce brillant cortège on remarquait une de nos parentes, M""^ la marquise de Talaru\ pavoisée de rubans
1. La marquise de Talaru avait épousé en premières noces le comte deCle.rmont-Toniierrequi fut massacré le 10 août 1790. «Nous avions une grand'mère commune, dit Chateaubriand en parlant
et de plumes sans pareilles ; la comtesse de Choiseul rivalisant avec elle de toilette et de goût, la vieille duchesse de Duras \ qui croyait n'avoir encore sa tête que parce que Fouché avait permis qu'elle restât sur ses épaules, et le bailli deCrussoP, qui fut un de ceux qui influèrent le plus sur la décision du Roi en faveur du régicide, etc. etc.
Pour nous que toutes ces scènes affligeaient, nous allâmes, faute d'auberge, nous loger chez un pauvre boulanger, excellent homme, mais bonapartiste enragé ; sa femme, très bonne aussi, ne savait trop ce qu'elle était pour le moment, car il est clair qu'elle regrettait comme son mari rancien régime, La divergence d'opinion n'empê-
d'elle, et elle voulait bien m'appelerson cousin. sfA/emoi/'es d'Owfre- Tombe, t. II, p. 2-^3).
1. La duchesse de Duras, née de Noailles-Mouchy, fut emprisonnée sous la Terreur et ne fut délivrée qu'au 9 thermidor. Elle vécut alors dans la plus affreuse misère jusqu'au retour de son fils, qui avait émigré en Angleterre (Cf. Bardoux, La Duchesse de Duras, p. 61.)
2, Alexandre-Charles-Emmanitel bailli de Crussol (1743-1815), député de la noblesse de Paris aux États Généraux, pair de France en 1814, se mêla activement aux préliminaires de la seconde Restauration. A Beugnot, qui s'étonnait « de voir un des hommes les plus droits de son époque» soutenir Fouché, il répondait: « Quevoulezvous ? Fouché nous a protégés depuis le départ du Roi.... et au fond, quels sont, en France, les ennemis de la famille royale? Les jacobins ? Eh bien, il les tient dans sa main et, dès qu'il sera au
Roi, nous dormirons sur les deux oreilles Nous sommes vieux
dans le faubourg Saint-Germain, nous avons trop souffert, il nous faut du repos » (Beugnot, t. II, p. 287.)
cha pas le bon accueil : ces braves gens firent ce qu'ils purent pour nous bien recevoir : ils ne nous épargnèrent ni le vin, ni la viande; ils nous servirent à dîner deux gigots de mouton. Pour leurs lits qu'ils nous offrirent de grand cœur, je ne fus pas tentée de m'y coucher; je n'étais plus aussi fatiguée qu'à Arnouville.
Après notre dîner, M. de Chateaubriand fut mandé pour aller chez le Roi, qui était logé à l'Abbaye. Il s'y rendit et, après une conversation qui se prolongea jusqu'à 11 heures, il aperçut, en sortant, M. de Talleyrand, appuyé sur le bras de Fouché et se traînant dans l'ombre vers la chambre de Sa Majesté. Ils y entrèrent; la porte se referma sur eux et Dieu seul fut témoin de l'alliance formée entre le fils de saint-Louis, un prêtre renégat et un régicide ^
Mon mari arriva consterné de chez le Roi. On ne parlait au château que de la nécessité de céder, c'est-à-dire qu'il fallait arborer la couleur trico-
1. On ne peut omettre de rapporter ici le récit poignant que Chateaubriand fit de cette scène: « Tout à coup, une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du Roi et disparaît. » (Mémoires d'Outre- Tombe, t. IV, p. 47.) Il est possible que la phrase de M"' de Chateaubriand ait inspiré à l'écrivain les lignes qu'on vient de lire et dont son génie transforma les termes sans modifier le fond.
lore, adorer Fouché et renvoyer la Maison Bouge. Le duc de Gramont ^ surtout, M. de Duras et le bailli de Grussol employaient toute leur élo^ quence pour faire adopter ces mesures, et ils y réussirent, excepté pour Ja cocarde, que le Roi ne voulut jamais prendre ; il s'obstina à refuser celle des trois conditions qui avait le moins d'inconvénients.
En sortant de chez le Roi, M. de Chateaubriand eut plusieurs assauts à soutenir sur l'opposition qu'il avait toujours montrée pour ces honteusesconcessions. Au surplus, il venait de trouver Louis XVIII encore très ennemi de cœur de& mêmes mesures qu'il venait d'adopter par faiblesse.
7? juillet. — Le lendemain juillet, le Roi fit
dire de nouveau à mon mari d'aller lui parler. La première chose qu'il lui dit fut : « Eh bien^ M. de Chateaubriand ? — Eh bien, Sire, Yotre Majesté renvoie ses régiments et prend Fouché? — Oui, reprit le Roi, il le faut. Voyez: depuis mon frère jusqu'au bailli de Crussol, et celui-là n'est
1. Antoine-Louis-Maric duc de Guiche, puis duc de Gramont (1755-1836, combattit dans les rangs des émigrés, devint lieute* nant général, pair de France (1814) et capitaine des gardes du corps.
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pas suspect, tous disent que nous ne pouvions pas faire autrement. Mais bon, pour les deux premières choses il y a remède; pour la cocarde c'est une autre affaire, je ne céderai jamais sur ce point : qu'en pensez-vous? — Hélas I Sire, la chose est faite, permettez-moi de me taire. — Non, non, dites, vous savez comme j'ai résisté depuis Gand, dites, qu'en pensez-vous ? — Vous le voulez, Sire, je ne sais dire que la vérité et, puisque Votre Majesté pardonnera à ma fidélité, je crois que la monarchie est finie. Pardon, Sire, vous le pensez comme moi, c'est ce qui me donne la hardiesse de vous exprimer ma pensée. » Il trembla cependant de cette hardiesse, quand le Roi reprit : « Eh bien, mon ami, je suis de votre avis. » Ce fait est vrai à la lettre.
7 juillet, — On sait comment se forma à Saint- Denis le ministère de :
^IM. DE Talleyrand, Affaires Étrangères.
Abbé Louis, aux Finances.
Pasquier, aux Sceaux.
Saint-Cyr ou plutôt Feltre, à la Guerre ; (c'est Lacretelle qui nomme Saint-Cyr). '
Jaucourt. Maison du Roi : Richelieu dit Lacretelle, mais ce fut Jaucourt.
FoucHÉ, à la Police.
» à rinlérieur.
» à la Marine \
Ce fat surtout aux pressantes sollicitations de Wellington et aux intrigues de Vitrolles que Fouché dut le ministère de la Police.
8 juillet ^815. — Le matin vers heures, au
moment où le Roi allait se mettre en marche pour Paris, on lui dit qu'il entrât par la barrière de Clichy, parce qu'on ne pouvait répondre de la populace qui se portait en foule vers la barrière Saint-Denis et dont les propos étaient mauvais ; mais le Roi répondit: « Messieurs, il n'y a qu'un malheur que je ne connaîtrais jamais, c'est celui de la peur » et il ordonna de ne rien changer à l'ordre de la marche, qui fut une vraie marche triomphale ^ L'air, depuis Saint-Denis jusqu'aux
1. Le Ministère se composait de Talleyrand, Affaires Étrangères et Intérieur; Fouché, Police; Louis, Finances; Gouvion-Saint- Cyr, Guerre ; Pasquier, Sceaux ; Jaucourt, Marine. Richelieu et Pozzo di Bogo, auxquels on avait offert les portefeuilles de la Maison du Roi et de rintérieur, refusèrent. Les remaniements, qui eurent lieu par suite de ces refus, sont la cause des erreurs de Fauteur.
2. « Et il fit bien, car Fouché croyait Famener à entrer par la Jjarriére de Clichy où il aurait trouvé tout morne sur sa route. Il avait fait son possible pour empêcher les habitants de Paris de se porter en foule au-devant de lui [mais] il ne put empêcher ni répri-
Tuileries, ne cessa de retentir des cris de « Vive le Roi I »
Lorsque le Roi fut un peu reposé, il reçut aux Tuileries quelques personnes, au nombre desquelles fut mon mari, qui se permit de demander à Sa Majesté comment elle trouvait avoir été reçue par la barrière Saint-Denis ; à quoi le Roi répondit: « Mais c'était vraiment de l'amour. — Oui, Sire, et ce n'était pas la réception qu'on vous avait préparée du côté de la barrière de Glichy. » Le mot, j'en conviens, n'était pas d'un bon courtisan; il plut au Roi, mais la cour en fut choquée parce qu'elle était encore sous la fascination de Touché.
mer les cris de joie que le Roi entendit sur toute sa route.» (Note du manuscrit A.) Fouché tenait tant à éviter toute ovation au Roi, qu'il chargea Vitrolles et le futur favori de Louis XVIII, Decazes, alors préfet de Police, d'insister pour que le souverain modifiât son itinéraire. (Cf. Vitrolles, t. III, p. 128; Madelin, t. II, p. 447; Daudet, Louis XVI II et le duc Decazes, p. 47,)