‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 29 sur 66 · Autre feuille libre · texte numérisé non relu

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Décembre ^822. — M. de Chateaubriand fut nommé ministre des Affaires Etrangères le [28] décembre 1822. Cette nomination causa une véritable joie à tous ceux qui ne voulaient que le bien, sans y attacher un intérêt personnel. Yillèle était détesté alors et des gens sages de tous les partis aussi bien que de la Chambre des Députés : on appréciait alors l'homme ce qu'il valait. En effet, plus tard, le voyant soutenu par la cour, on changea de langage et l'on voulut faire un ministre habile, d'un bon commis aux Finances. Mais, si presque la totalité de la France applaudit au choix qu'on venait de faire, la société se parlagea, les uns pour louer, les autres pour blâmer : de ce nombre furent les parents, les amis ou qui se disaient amis de M. de Montmorency. Ils prétendaient que mon mari, ami du duc Mathieu, ne devait pas accepter sa survivance. Aussi, jamais M. de Chateaubriand ne l'at-il fait ; il a assez prouvé combien il était ami politique, si réellement il eut aucun engagement de ce genre : il est vrai qu'il y en avait eu , mais M. de Montmorency a été le premier à les rompre. Car, malgré la promesse donnée, lorsqu'il fut nommé ministre des Affaires Étrangères en 1821, au lieu de donner à M. de Chateaubriand l'ambassade de Londres, il fit tout ce qu'il put pour

y nommer son cousin le duc de Laval. Ce fut alors Polignac* et Yillèle^ qui insistèrent pour que ce fût M. de Chateaubriand : le premier pour tenir ses engagements, le second parce que cela arrangeait mieux alors ses combinaisons ministérielles ^.

1. Jules-Armand-Marie comte puis duc de Polignac (1780-18^7), compromis dans la conspiration Cadoudal, emprisonné de 1804 à 1813, rejoignit le comte d'Artois à Vesoul (1814) ; député (1815), pair de France (1816), il fut successivement, et grâce à l'appui du comte d'Artois, ambassadeur à Londres, ministre des Affaires Etrangères, président du Conseil : en cette qualité il signa les ordonnances de juillet 1830. Condamné à la prison perpétuelle, il fut amnistié en 1836. Chateaubriand le juge très sévèrement fil/émoires U' Outre-Tombe, t. V, passim.) Toutefois, il ne semble pas s'être mêlé à la nomination de l'écrivain à Londres ; ce fut, au contraire, Corbières, qui soutint la proposition de Villéle : Montmorency céda, non sans difficultés et en grande ])artie dans le désir de satisfaire à la recommandation de M"'« Récamier en faveur de Chateaubriand. Quant au duc de Laval, Montmorency voulait le nommer non à Londres mais à Naples, alors que ses collègues mettait en avant le nom de M. de Serre et il ne se résigna que sur l'ordre de Louis XVIII. (Cf. Hérriot, M'"^ Récamier et ses Amis, t. II, chapitre XVI ; ViLLÈLE, Mémoires et Correspondance, t. III, p. 2 et sq.)

2. Joseph comte de Villèle (1773-1859), maire de Toulouse (1815), député, ministre d'État (1820), collabora au Conservateur. Ministre des Finances, président du Conseil (1821-1828), malgré des œuvres utiles, il exaspéra, par le rétablissement de la censure, les oppositions qui donnèrent à son passage au pouvoir le nom de ministère déplorable. Chateaubriand avait contre lui un grief personnel ; son brusque renvoi en 1824.

3. Chateaubriand avait été nommé ambassadeur à Londres en remplacement du duc Decazes. Montmorency, peu favorable à cette mesure, fut froissé quand on lui adjoignit le diplomate pour représenter la France au Congrès de Vérone. Chateaubriand ne se préoccupa nullement de son collègue, entretint une correspondance particulière avec le président du Conseil et mena sa politique de

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Après cela la sortie de M. de Montmorency futelle une disgrâce? La politique, certes, n'y entra pour rien. Le vicomte de Montmorency quitta le ministère parce qu'il ne voulait pas y rester sous la présidence de Yillèle. Mais en sortant il reçut la récompense de ce noble sacrifice en se. faisant nommer duc. Le duc sortait donc peut-ètro mécontent, mais il fallait qu'il eût l'air de ne pas l'être, puisqu'il reçut une grâce en sortant. C'est ce qu'on n'eût pas accordé à mon mari le dimanche qu'on le mit si courtoisement à la porle. M, de Montmorency ne se contenta pas de tâcher d'enlever à mon mari l'ambassade de Londres, il fit tout ce qu'il put pour l'empêcher d'aller au Congrès de Vérone et, voyant qu'il ne le pouvait pas, il prit le parti d'y aller aussi afin d'ôtcr à son rival la gloire des négociations et de se mettre trop en évidence.

telle sorte que le Tninistre fut débordé et donna sa démission en rentrant à Paris. Chateaubriand attribue cette démission à des incompatibilités de caractère entre le ministre et Villéle, mais Montmorency avait été surpris de voir un autre que lui à la présidence du Conseil. L'attitude de Chateaubriand à Vérone avait envenimé la situation ; revenu en France, Fambassadeur avait fait quelques difficultés pour remplacer son ancien clief; toutefois liusistance de Villele, qui, en lui offrant un portefeuille, pensait ainsi consolider la situation parlementaire du cabinet, eut vite fait de décider Técri vain. (Cf. Villèle, t. IH, passim; Chateau- LRiAND, Congrès de Vérone, t. 1, passim ; Hyde de Neuvii.le, t. III, p. 20, 36 et sq.; M'"^ de Boig.xe, t. III, p. 100.)

LE CAHIER VERT 20:î

Le jour que mon mari fut nommé nous vîmes arriver dans notre modeste habitation^ la ville et la cour; tous nous accablaient de compliments, mais il y avait, dans ceux des amis du duc Mathieu, un vernis d'épigrammes qui n'était pas du meilleur goût. Il y avait surtout un certain Boisbertrand^ être amphibie, secrétaire (je crois) de Monsieur et fort soupçonné d'être attaché par un coin à la police. Je ne sais, au fait si c'est à celle

du quai de mais c'était bien le mouchard le

plus mouchard du château des Tuileries. C'était un congréganiste déterminé sous la Restauration. On m'a dit qu'il était devenu un juste-milieu parfait après les Journées de Juillet.

1823 et 1824. — Ministère, — Janvier. — Nous

prîmes possession du Ministère le [1] janvier 18!23.

Là, comme de coutume, mon mari s'occupa de

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