‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 35 sur 66 · LK CAHU-K VJ-RT · texte numérisé non relu

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présentés au Roi par M. de Villèle auraient pu inspirer des craintes à M. de Polignac et qu'il les ait crus aussi carbonari? M. Portalis surtout, un peu coutunaier du fait, mais auquel on a confié depuis sa sortie du ministère une des places les plus importantes de la magistrature ; voilà de ces problèmes difficiles à résoudre.

Mais enfin il y avait une conspiration ; la révolution nous envahissait et l'ancien ministère la soutenait ; on ne voyait pas le mal: d'accord, il fallait changer ce ministère abominable, mais il fallait que les nouveaux ministres réparassent au plus tôt les fautes des précédents. Il fallait d'abord faire arrêter les conspirateurs et en faire pendre quelques-uns; il fallait ensuite rapporter les deux ordonnances sur les Jésuites et les petits séminaires ^ Enfin il fallait tout ce que n'ont pas fait les ministres. «Mais, disent leurs amis, patience : ils n'ont rien fait dans la crainte des libéraux, il faut d'abord avoir le budget et il faut attendre la

1. Le 16 juin 1828, deux ordonnances royales paraissaient au Moniteur : la première, contresignée par Portalis, enlevait aux Jésuites la direction de huit grands séminaires et exigeait que tous les membres de l'enseignement, professant dans les établissements dépendant de l'Université, certifiassent par écrit qu'ils n'appartenaient à aucune congrégation non autorisée ; la deuxième, contresignée par Feutrier, évêque de Beauvais, ministre des Affaires Ecclésiastiques, réglementait les petits séminaires et fixait à vingt mille le nombre des élèves qui devaient y être admis.

fin de la session. » Voilà ce qui se disait partout et par conséquent ce que tout le monde savait, et ce qui fait que hors la coterie, personne ne veut de ministres assez faibles pour n'oser faire ce qu'ils appellent le bien, assez faux pour méditer de tromper six mois la Chambre et assez sots pour mettre cette Chambre même dans leur confidence (1830) : ils méditaient les Ordonnances, ils en ont vu le résultat.

Octobre ^8'i9. — Ministère selon le cœur des absolutistes ; voir comme ils ont bien réussi à faire aimer le despotisme. — A une lacune près (de quinze mois environ) voilà sept ans que nous avons en grande partie des ministres selon le cœur des absolutistes, se disant les seuls royalistes, les seuls élus de Dieu, les seuls s'en tendant à sauver et à établir une monarchie. On veut le despotisme; pourquoi avons-nous la Charte? On veut la censure; pourquoi avons-nous la liberté de la presse ? On veut les Parlements ; pourquoi ces maudites Chambres qui parlent quand on veut qu'elles se taisent î Pourquoi ? D'abord parce que la nation veut les institutions jurées par le Roi ; ensuite parceque le Roi, mal conseillé, voulùt-il renverser ces institutions, ce n'est pas parmi les hommes qu'il choisit qu'il peut en trouver un seul capable de

soutenir rédifice dont ils sont les coupables architectes. Tous ces hommes méprisés ou haïs n'ont au surplus aucune opinion ; ils l'ont assez prouvé par leurs changements aussi souvent que le besoin de leur ambition l'exigeait; ces adorateurs de toutes les idoles ne songeaient qu'à leurs places. Dans ces temps de folies rêvées par la cour et adoptées par Villèle, chacun a cru qu'en criant plus fort que le patron contre la Charte, il plairait aux dispensateurs des grâces, et ils ne se sont pas trompés, car c'est avec leurs cris, contre une institution jurée sur l'Évangile, qu'ils ont enseveli leurs semis d'abeilles ou leur bonnet rouge pour la toge sénatoriale*.

Cependant une fois au pouvoir, ces mêmes hommes, tout en entretenant toujours la cour des délices d'une contre- révolution, ont de suite parlé le langage de la nation, qui ne croit ni à leur amour pour la Charte, ni à leur fidélité au despotisme, mais bien à leur invincible passion pour le ministère ou quelque chose d'équivalent.

La France veut- elle la monarchie ? — De deux choses l'une : la France veut ou ne veut pas la

1. « MM. de Chifflet, de Corbières, Duplessis-Grenédan, avaient porté le bonnet rouge; les bonapartistes étaient en nombre». iNote de TAuteur.)

monarchie. Si elle la veut, pourquoi ces cris à l'impiété, au libéralisme? Si elle ne la veut pas, croit-on que c'est en froissant toutes ses institutions ou en la trompant qu'on la ramènera? Non, en arrivant au ministère, il fallait être fort ou adroit; il fallait, pour arriver au despotisme pouvoir, s'y prendre comme Bonaparte. Un despote peut succéder à un despote, mais un premier despote doit avoir été un conquérant. Ce n'est pas. un Roi, vingt ans dans l'exil, ramené par des soldats étrangers ^ et accepté plutôt qu'agréé par

une nation, fatiguée déjà du despotisme et ,

qui peut violer impunément les serments au prix desquels il a été reçu. Solon disait qu'il ne croyait pas avoir donné les meilleures lois aux Athéniens, mais les seules qu'ils fussent en état de supporter. Les Français aussi ne peuvent plus être conduits par un Roi qu'avec la Charte et les Honnêtes Gens^ Cette Charte, si on l'exécutait de bonne foi, n'est qu'un instrument qu'on peut sans effort exploiter au profit du Roi et de la religion.

1. L'auteur est ici en contradiction avec elle-même (cf. p. 99. i : mais il convient de ne pas oublier que le Cahier Vert, composé sous l'impression même des événements, reflette une polémique plus violente que le Cahier Rouge et qui pousse M""^ de Chateaubriand vers une appréciation moins positive parfois du passé comme du présent.

2. Ces mots « Le Roi, la Charte et les Honnêtes Gens» avaient servi d'épigraphe au Conservateur.

La Ferronnaijs ; VEvêque de Beauvals, homme sans foi et sans vérité ; M. de Polignac. — Pourquoi le ministère actuel a-t-il nommé M. de la Ferronnays ' à l'ambassade de Rome tandis qu'il voue à l'exécration publique et aux flammes éternelles l'évêque de Beau vais ^ ? M. de la Ferronnays faisait aussi partie de l'ancien ministère I il a pris part à toutes ses opérations, surtout à celle qui lui a fait donner le nom d'infâme par l'infâme Gazette de France ^ Mais M. de La Ferronnays est

1. Auguste- Pierre- Marie Ferron comte de laFerronnays (1777-1842, attaché au duc de Berry, pendant l'émigration, pair de France (1814), ministre de France en Danemark (1817 1, ambassadeur en Russie (1819i, ministre des Affaires Étrangères dans le cabinet Polignac, se retira au début de 1830. Il avait succédé à Chateaubriand à Rome en 1829. L'écrivain ne partageait pas les opinions de sa femme sur son ami La Ferronnays.

2. François- Jean-Hyacinthe Feutrier (1783-1830), secrétaire du cardinal Fesch, curé de la Madeleine, évêque de Beauvais il»26), ministre des Affaires Ecclésiastiques (1828), signa en cette qualité, et bien qu'il appartint à la Congrégation, l'ordonnance du 16 juin sur les séminaires mais refusa de signer celle contre les Jésuites, pour laquelle il (ut remplacé par Portalis ; néanmoins les prêtres du diocèse de Beauvais protestèrent contre l'attitude de leur évêque qui mourut subitement : on parla même d'empoisonnement, mais sans preuves. (Cf. M"* de Boigne, t. 111, p. 257.)

3. L'auteur témoigne de cette sévérité envers la Gazette de France pour deux raisons: d'abord ce journal, inspiré par Villèle et les Jésuites, s'efforçait presque chaque jour de critiquer ou de ridiculiser Chateaubriand. Elle l'accusait d'hérésie, d'inconséquence, l'appelait «l'homme fatidique , l'homme de toutes

les oppositions.., des coalitions... et des palinodies.... qui répand son fiel sur la royauté malheureuse. » Elle affirmait que son orgueil a causé « l'isolement complet du personnage et l'abandon

le beau-frère de M. de Blacas^ et par ce bonheur, notre ami (?) a été lavé de toutes les iniquités; car autrement on n'expliquerait pas comment notre ministère de saints aurait chargé un renégat (car enfin La Ferronnays est comme les autres) de la réussite de ses affaires religieuses avec Rome. Certes, ou ils ont une bien pauvre opinion de leur ambassadeur, ou ils n'ont au fond aucun plan politique que celui de garder leur place. C'est bien aussi la justice qu'on leur rend et ce

où il a été des hommes de toutes les opinions, sort inévitable de celui qui, ayant trahi tous les principes, n'appartient plus à aucun ». Elle s'en prenait même à son style parce que « Tusage du pronom personnel, poussé jusqu'à l'abus, faisait arriver au ridicule l'homme qui naguères visait au sublime « (Gazette de France, 24 et 25 mars, 13 juin, 20 octobre 1829, 11 mars 1330) Mais M™* de Chateaubriand fait aussi allusion à l'incident suivant: dans son numéro du 30 septembre 1829, la Gazette annonçait que les rédacteurs du Constitutionnel, du Courrier Français, du Journal du Commerce et du Journal des Débats se réunissaient pour s'entendre sur la conduite politique à tenir, « le Journal des Débats, lisait-on, s'est donc rallié définitivement à la révolution » et plus loin : « C'est un coup monté par des charlatans ambitieux pour se donner un prestige, une consistance qui en impose à l'opinion [ceci visait Chateaubriand] Qu'arriverait-il s'il était possible que la Gazette et la Quotidienne suivent l'exemple de l'infâme Journal des Débats'! » Bertin répondit le 2 octobre affirmant sur Thonneur la fausseté de cette allégation. « J'ajoute, écrivait-il à Martainville directeur delà Gazette, (\\x& vous le savez bien. Il n'y a donc d'infâme dans tout ceci que votre infâme mensonge. »

1. Blacas et La Ferronnays avaient épousé les deux filles de Madame de Montsoreau.

que tout le monde sait hors ceux qui veulent l'ignorer.

Ministère Polignac; si les hommes qui ont quitté ont eu raison. — Sont-ce d'honnêtes gens, des gens de bonne foi qui, sans quitter à l'instant leur place, peuvent se dire : sous l'ancien ministère, partout où le Roi allait, il était applaudi, béni et ne rencontrait que des visages contents; à la Chambre des Députés, le côté gauche se retirait parce qu'il n'y avait plus d'opposition avec la cour de Rome; nos affaires allaient à merveille; nos relations étaient des plus amicales? Aujourd'hui le Roi ne trouve sur son passage que des visages abattus et un silence alarmant ; l'agitation est au comble, chacun craint l'avenir, mais personne ne craint le ministère, artisan de nos malheurs futurs. Personne ne veut attaquer, mais tout le monde se prépare à la défense. Que veulent ces oiseaux sinistres? Veulent- ils que le Roi soit aimé ou haï? Ah! les misérables disent au fond de leur cœur, que peu importe que le Roi soit aimé réellement pourvu qu'il le soit à leur manière! Qu'il soit despote ou qu'il s'en aille, voilà leur chant de victoire : le Roi, disent-ils aujourd'hui, le Roi maître absolu ou rien. Mais que n'ont- ils toujours dit de même et ont-ils

été dans l'opposition sous un ministère auquel le Roi, à ce qu'il paraît, tenait bien plus qu'à celui de M. de Polignac (le ministère Villèle), ministère qui affectait enfin les mêmes doctrines que celui-ci? Il est vrai que Yillèle disait à chacun qu'il leur plaisait et que le gascon, pendant un temps, trompait tout le monde tandis que ceux-là sont arrivés avec des mèches déjà éventées et que leur cri de Charte n'est plus écouté que comme un écho de ceux d'un ministère dont ils étaient bien dignes de faire partie. Au surplus c'est fort bien de vouloir renverser les institutions quand on ne les croit pas bonnes, mais il faut en avoir le moyen. Il faut d'abord commencer par inspirer de la confiance à cette nation qu'on veut tromper; il ne faut [pas] s'entourer d'espèces ou de personnes sans nom, sans fortune, sans considération, enfin sorties de sous terre ou misérablement connues par leur servile adulation pour tous les pouvoirs passés, présents et à venir ; je ne parle ici ni des voleurs ni des assassins. Bonaparte seul savait niveler les partis à la hauteur de sa volonté et encore a-t-il trouvé quelque résistance, qui n'a pas nui à sa chute. Les hommes ne sont point naturellement portés à l'obéissance et il faut savoir leur faire une nécessité de cette vertu. De même, pour la religion, plus le peuple

semble en être éloigné, plus, dans le siècle où nous vivons, nous devons employer la douceur pour l'y ramener. La charité, selon saint Paul, peut n'être pas suivie, mais ses paroles sont toujours écoutées. Il ne faut pas que la religion en France soit prêchée par des prêtres mariés, des hommes perdus de mœurs et de ceux qui n'assistent à la messe que depuis qu'ils y trouvent un casuel.

M. de Labourdonnaye a été seize ans en opposition avec le Roi'; combien sera-t-il en opposition avec la nation? Ce qu'il y a de sûr c'est que sa première opposition n'a pas donné d'amis au Roi et qu'il est probable que la deuxième lui fera

^6 ou 41 octobre 4829. — La Gazette de France dit qu'elle loue le ministère actuel parce qu'il marche comme M. de Villèle^ Mais alors, si M. de La Bourdonnaye marche comme M. de Vil-

1. La Bourdonnaye avait témoigné d'une rare constance d'opinion sous la Restauration. « C'était, selon le mot de Royer- Collard, le seul député resté entier à la Chambre. » (Cité par M"^ de BoiGNE : t. III, p. 262). Toutefois, sous l'Empire, il avait, en qualité de membre du conseil général de la Vendée, harangué Napoléon à son retour d'Espagne.

2. Le cabinet Polignac se rapprochait de Villèle à la fin de 1829, moins peut-être que l'ancien ministre et ses amis ne se le figuraient, mais assez pour qu'on le remarquât. D'ailleurs, la présence au Conseil de M. de Montbel, « bras droit de Villèle », était significative malgré Pasquier. (Cf t. VI, p. 224 ; Villèle, t. V, p. 396 et sq. ; Broglie, Souvenirs, t. III, p. 215).

lèle pourquoi lui a-t-il dit des injures pendant sept années de suite et pourquoi cette même Gazette attaquait-elle alors M. de La Bourdonnaye lorsqu'elle louait M. de Villèle? Ensuite, si le ministère actuel gouverne dans le sens de M. de Villèle, pourquoi celui-ci s'est-il appliqué, pendant tout le temps qu'il a été aux affaires, à représenter M. de Polignac au Roi comme un imbécile? Enfin, si M. de Villèle a si bien fait que MM. de Polignac et de La Bourdonnaye ne trouvent rien à faire de mieux que lui, ne devraient-ils pas rendre sa place, ou du moins convenir qu'ils ont été des gens de bien mauvaise foi lorsqu'ils l'ont combattu avec tant d'acharnement. Quelque mal que nous ait fait M. de Villèle, il faut convenir du moins qu'il était plus habile que ses doublures.

Comment veut-on qu'une nation raisonnable prenne confiance dans des hommes qui ne cessent de dire le pour et le contre selon qu'ils sont ou ne sont pas ministres; M. de La Bourdonnaye doit sauver la France, parce qu'il ne veut pas la Charte et il n'est pas arrivé au ministère qu'il crie: « à la Charte » qu'il ne veut pas davantage. M. de Polignac, au contraire, pour arriver à la chute de Villèle, crie « à la Charte » et fait un hymne en son honneur, mais bientôt pour arriver

il faut être absolutiste, il donne la main à La Bourdonnaye et ils montent ensemble au pouvoir, arborant (à faire vomir) les couleurs d'une institution qu'on sait qu'ils veulent détruire. La bonne foi n'est pas la chimère de ces messieurs*.

Octobre ^829. — Dialogue des Morts K — Cartouche, aurais-tu été pour la liberté de la presse? — Non, pardieu non, mon..., surtout si j'avais attrapé un ministère comme beaucoup de mes semblables, car j'aurais eu tous les jours à mes trousses ces maudits journaux, qui m'auraient parlé de mon premier métier fort ressemblant à celui de ministre, qui n'aurait pas fait honneur au second qui ne vaut pas mieux. — Et vous chevalier Bayard, auriez-vous été aussi pour la censure? — Moi, oui et non; mais, pour mon compte, un honnête homme ne craint jamais qu'on

1. Le désaccord entre les ministres, qui avait déjà amené un premier changement, en amena bientôt un second par la démission de MM. de Chabrol et de Courvoisier. Le Conseil se scindait, en effet, en partisans du prince de Polignac, c'est-à-dire des mesures violentes : Bourmont, d'Haussez, Montbel, et en adversaires des moyens extra-légaux : Chabrol, Guernon-Ranville. Enfin M. de Peyronnet, intriguait en secret pour former, avec le concours de Villéle, un ministère dont serait exclu le prince de Polignac. (Cf. Guernon-Ranville : Journal d'un Ministre, p. 74 ; Pasquier t. VI, p. 229; Castellane, t. II, pp. 313, 318, 342.)

1. Les journaux satiriques de l'époque mettaient souvent en scène les personnages anciens pour mieux stigmatiser les hommes du jour. L'auteur donne ici un exemple de ces compositions.

lui dise plus haut que son nom, et je ne sache pas une seule de mes actions qui n'eût pu être mise en jeu. J'aurais seulement toujours fait en sorte que toute vérité sur mon compte eût été bonne à dire et, morbleu! il me semble que si les journaux royalistes avaient eu le sens commun ils n'auraient pas été gênés de répondre aux journaux de l'opposition.

Composition (Tun ministère parfait, le seul royaliste, le seul religieux, le seul pouvant sauver la France.

M. DE PoLiGNAc. — Nom odicux à la France,

cause de tous nos malheurs.

M. DE La Bourdonnaye. — Chansonnier de Bonaparte, absolutiste par taquinerie.

[M. Chantelauze (?)]. — Libéral au fond et le plus

irréligieux des êtres.

Bourmoxt'. — Traître criblé de dettes, etc. Chabrol-. — Courtisan du bonheur, valet de toutes les monarchies.

1. La malignité publique accusait Buui-niont d'être un joueur passionné. (.Cf. le Figaro, 12 août 1829. i

2. André-Christophe-Jean de Chabrol- Ci'ouzo! (1771-1836*, maître des requêtes au Conseil d'Etat 1,1805), préfet du Rhône il814), député de Rouen, directeur général de l'Enregistrement ^1821i, pair de France, ministre des Finances (.1829i.

GouRvoisiER^ — Membre de la gauche, fou à

lier.

MoiNTBEL^ — Connu seulement pour son

dévouement à Villèle.

D'Haussez^ — Idem, par ses chansons impies et par une épitre où il traitait M. de Chateaubriand de chevalier du Saint-Sépulcre (par dérision).

1. Jecm-Joseph- Antoine (le Cou rvoisier (^1775-1835), avocat général près la Cour de Besançon (1815), député (1816-1824) ; il siégait au centre, attaquant la droite et prenant part à de nombreuses discussions où, selon l'expression d'une publication satirique, <fSon imagination sans règle et sans frein ne cessait de l'égarer dans des discussions fatigantes et étrangères à la question ». On lui reprochait encore le « manque de noblesse dans son style, de précision dans ses idées, d'aménité dans ses réflexions ». (Biographie des Pairs et des Députés... 1819.) Nommé ministre de la Justice (1829), il démissionna avant les Ordonnances de 1830.

2. Guillaume-Isidore comte de 3/onii>e/ (1787-1861) ami et protégé de Villèle auquel il succéda comme maire de Toulouse, député (1827), tour à tour ministre de l'Instruction Publique, de l'Intérieur et des Finances dans le ministère Polignac; il s'enfuit en Autriche en août 1830. Condamné par contumace à la prison perpétuelle, amnistié en 1836, il rentra en France et se retira des affaires publiques. Il avait été chargé d'aller cliercher à Rome l'acte de mariage de la duchesse de Berry avec Lucchesi-Palli il833).

3. Charles Lemercier de Lom/pré., baron d'Haussez (^1778-1854) compromis dans l'affaire Cadoudal, puis rallié à Napoléon qui le nomma baron; député (;1815), il combattit les ultra-royalistes; préfet des Landes, du Gard, de la Gironde, conseiller d'État > 1826), député des Landes (1827), ministre de la Marine (,1829i, il organisa l'expédition d'Alger; réfugié en Anglcteri-e, après la Révolution de 1830, il rentra en France en 1839. On racontait qu'en 1815, il

GuERNON DE Ranville^ — Idem, par son admirable chanson et l'avilissement de sa famille.

Octobre 1829. — Ne pas oublier de parler de

avait fait des chansons sur ses collègues de la Chambre, notamment sur M. de La Bourdonnaye, qui fit partie avec lui du cabinet Polignac.

1. Martial-Côme-Annihal-Perpétue-Magloire comte de Guernon Banville (1787-1866), avocat à Caen, président du tribunal civil de Bayeux (1820), procureur général à Limoges puis à Lyon (1829), ministre de l'Instruction Publique dans le cabinet Polignac où il i-eprésentait l'élément modéré. Il avait fait en 1815 la chanson suivante que les satiristes de 1829 avaient rééditée {Figaro 22 novem-

brel829):

Ma sœur, fais mon bagage, Mes amis, suivez-moi ; C'en est fait je m'engage Dans les troupes du Roi, Pour servir les Bourbons Sous le brave d'Aumont.

La mèche est allumée Tombez à nos genoux !

Voyez-vous la fumée :

Mourez ou rendez-vous Pour servir les Bourbons Sous le brave d'Aumont.

Bonaparte est en cage, Et son règne est fini !

Qu'il en crève de rage ! Il ne tenait qu'à lui De servir les Bourbons Sous le brave d'Aumont.

Cette chanson de marche, composée à Gand, faisait ressouvenir que Guernon-Ranville s'était d'abord dirigé vers la carrière militaire, mais, engagé dans les vélitesdela Garde, il avait été réformé pour myopie. On prétendait aussi qu'il avait un frère besogneux, maître d'écriture, qu'il avait pris comme secrétaire, après avoir vainement essayé de le faire entrer dans l'administration.

ces pauvres enfants grecs, abordant sur les côtes de France pour y être élevés aux frais du Gouvernement qui aurait pu en faire de bons sujets et en même temps de bons catholiques. Les pauvres enfants, dis-je, rongés de scorbut et se mourant, ont été renvoyés dans leur patrie sans qu'on ait voulu leur permettre de descendre à terre pour être soignés \: et voilà ces saints qui croient que hors de l'Église il n'y a point de salut, et qui ne veulent dépenser une obole pour sauver la vie à des schismatiques qu'ils auraient pu convertir à la foil

Malgré l'aversion de notre ministère pour la Grèce, on peut le comparer à une véritable macédoine, mais, pour parler plus juste, je dirai à un pot-pouri : un saint, un athée, un déserteur, un homme de la gauche, un homme de la droite, un homme du centre, un père tout-à-tous. Mais qu'est-ce qui fait qu'avec tout cela, on n'a pu faire

1. Au début d'octobre 1829, on apprit que le comte Saint-Léger de Bemporta, neveu d'Hyde de Neuville, chargé de racheter des esclaves grecs en Egypte, avait obtenu de la générosité du roi de France que ces cinquante orphelins, dont les parents avaient été massacrés à Missolonghi, fussent élevés en France. A leur arrivée, à Toulon, ils reçurent Tordre de se rembai'quer aussitôt et de regagner leur pays. Les journaux ministériels prétendaient qu'on devait les rendre à leur famille mais l'opposition critiquait amèrement le manque de charité du ministère. (Cf. Gazette de France. 14 et 15 octobre 18:29, Journal des Débats^ 13 octobre.)

ce qu'on désirait, un ministère de coalition? C'est qu'un ministère de coalition se compose d'hommes honorables, pris dans les différents partis, apportant chacun leurs opinions, prêts non pas à les abandonner parce qu'ils sont là, mais à les modifier d'après les lumières et la conscience que chacun doit apporter dans la discussion, autrement ce n'est plus un ministère de coalition mais, comme aujourd'hui, un ministère de confusion.

Octobre 1829. — Nous demandons pourquoi la révolution nous envahit? Si cela est vrai, il faut convenir que les hommes comblés des faveurs de la cour sous le ministère Polignac, doivent connaître le chemin qui conduit aux révolutions. Qu'on compare les antécédents de ces messieurs avec la vie de ces hommes invariables appelés aujourd'hui par la faction, jacobins et impies! Il faut aux Français une terrible patience pour faire mentir ces seuls ennemis de la paix et pour garder le calme et la modération qu'ils voudraient bien faire perdre à la nation, afin d'avoir une raison, qui justifie leurs calomnies et les mesures qu'ils méditent. Qu'elle arrive cette révolution qu'ils désirent plus qu'ils ne la craignent I et nous verrons de quels côtés sont ceux qui ne l'auront

pas cherchée. Qui peut avoir la bêtise ou la mauvaise foi de dire que des hommes, une fois, deux fois, cent fois traîtres, seront fidèles une fois! Au moment de la chute, voyez d'un côté ces prôneurs du système actuel et de l'autre ceux qui en sont les victimes, et vous connaîtrez alors les vieux amis de la Légitimité.

Octobre 1829. — Les deux ordonnances de l'ancien ministère sont maintenues. Est-ce la Charte qui a empêché le ministère actuel de rapporter ces deux ordonnances sur les Jésuites et les petits séminaires ? Les anciens ministres étaient infâmes pour les avoir fait rendre : quel nom donner à ceux-ci qui n'ont pas le courage de les faire rapporter?

Ministère Polignac. — Pourquoi MM. de Polignac, La Bourdonnaye, Bourmont, etc., etc., ontils voulu arriver au ministère? Pour faire le bonheur de la France, pour faire aimer Dieu et le Roi. Eh bien! si telle a été leur ambition, ils voient qu'ils se sont trompés : la France, à leur arrivée, était tranquille, les églises fréquentées et les journaux, hors l'infâme Gazette, aussi modérés et aussi monarchiques qu'on pouvait le désirer, et cela sous un ministère dont une partie trompait

Vautre, et dont la totalité n'avait pas beaucoup la confiance de la nation. Mais enfin on croyait ce ministère au moins en partie sincère et cela suffisait pour patienter et pour se taire. Alors l'amour du repos était si grand que trois députés (M. Chauvelin, etc.) ^ de l'extrême gauche ayant donné leur démission , tous les bons esprits avaient vu cette retraite avec joie. Je demande si la Gazelle de France, si la Quotidienne, etc., se sont avisés de s'en applaudir dans leurs journaux : non certes, cela était un trop gros démenti donné à leur calomnie contre les Français. Voilà cependant les fruits qu'on recueillait en France d'un ministère tant soit peu raisonnable. Voici ceux que nous recueillerons et recueillons déjà d'un ministère faux, conseillant le parjure et antipathique à la nation : l'exaspération est au comble, les élections sont toutes libérales et M. de Lafayette^ qui aurait pu, il y a trois mois, parcourir toute

1. Le marquis de Chauvelin et M. Le Voyer d'Argenson, tous deux siégeant à gauche, démissionnèrent, non pas par découragement, mais parce qu'on « discutait trop » et qu'on « n'agissait pas assez», (Barante, Yie de Royer-Coîlard, t. II, p. 399.)

2. Lafayette s'était rendu en Auvergne, son pays natal ; l'accueil chaleureux qu'on lui avait fait, se changea en enthousiasme quand on apprit la formation du ministère Polignac. Les populations manifestaient ainsi, en faveur du champion de la monarchie constitutionnelle, pour témoigner leur indignation contre la politique du Gouvernement.

la France sans être aperçu, aujourd'hui ne peut faire un pas sans être porté en triomphe.

Ministère Polignac, 1830. — Pourquoi des journaux faits par des saints, pourquoi le système admirable de M. de Villèle, suivi par nos ministres actuels, n'a-t-il pas régénéré la France? Pourquoi n'y a-t-il pas créé une nation de chrétiens et de royalistes? Au contraire, nous n'entendons plus parler que de jacobins, d'impies, de règne à la terreur, etc.

Le ministère Hyde^ comparé à celui de Polignac. — Sous le dernier ministère (celui de M. Hyde, etc.) qui n'était pas, j'en conviens, un ministère fort et encore moins un bon ministère, mais qui cependant était incapable des indignes menées employées sous le ministère Villèle et reproduites sous celui-ci (de M. de Polignac) ; sous ce ministère, dis-je, a-t-on vu un seul placard ? Les bustes de Bonaparte inondaient-ils les boutiques et les rues^? Entendait-on des cris séditieux? Les

1. Sur Hyde de Neuville, cf. supra, p. 20. On désigne plus habituellement ce cabinet du nom de son président, M. de Martignac.

3. Les portraits de Napoléon étaient considérés comme séditieux ; toutefois, on autorisait la vente de ceux de Bonaparte, général et premier consul. Au reste, les bonapartistes profitèrent de la situation embarrassée de la monarchie pour redoubler Factivité de leur

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prêtres étaient-ils insultés dans les rues, autrement que par quelques messieurs de la Gazette, qui n'en voulaient pas avoir le démenti? Pourquoi ce repos? Pourquoi ce peuple, si turbulent, si impie (et qui devait le devenir encore), était- il tout-à-coLip devenu si paisible et si soumis ? C'est que le préfet de Police, à cette époque (M. Debelleyme^) n'aurait pas permis ce petit jeu aux hommes de sa police, tandis que c'étaient les plus doux loisirs de la police de M. Delavaud.

propagande : c'est de cette époque que datent le plus grand nombre des objets usuels (coquetiers, etc.», ornés de l'effigie de Napoléon ou de celle du duc de Reichstadt.

1. Louis-Marie Debelleyme (1787-1862), substitut (1814), viceprésident du tribunal de la Seine (1824), procureur du Roi (1826), échoua comme député de la Dordogne (1827) ; successeur de Delavaud comme préfet de Police (1828), il devint rapidement populaire grâce à une série de mesures : abolition de l'espionnage politique, organisation des sergents de ville, amélioration de la voirie. Démissionnaire à la chute de Martignac, député, de la Seine, puis de la Dordogne sous Louis-Philippe, Napoléon III le nomma conseiller à la Cour de Cassation (1856).

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