CHAPITRE III
Les royalistes à Gand. — La Charte. — Les Jésuites. — Le Clergé — Monseigneur de Quélen. — La Congrégation. — La liberté de la presse. — Articles attribués à Chateaubriand. — Attitude du ministère. — Les « séides de Bonaparte » au pouvoir. — Mandements des évêques. — Féletz. — Pseudo-conspiration.
Gand; ceux qu'on appelait royalistes. — A Gand, rien n'était royaliste que ceux qui juraient par Soult et Fouché, et M. de Chateaubriand et le duc de Bellune étaient le but de toutes les plaisanteries de la maison de Monsieur, parce qu'ils croyaient qu'on pouvait se sauver avec la grâce de Dieu et l'aide des trois armées combinées, sans la permission d'un régicide, sans licencier la Maison Rouge et sans arborer la cocarde tricolore. Beugnot, l'abbé Louis, Vaublanc, Capelle, et notre pauvre Hyde, La Maisonfort^, voilà les
1. Antoine-Philippe Dubois Descours marquis de La Maisonforl (1778-1827), servit à Farmée de Condé ; incarcéré à l'île d'Elbe, il s'évada et se réfugia à Rome, où il rencontra Chateaubriand (1803). Il coopéra au retour des Bourbons, fit partie de la Chambre Introuvable et devint ministre de France à Florence.
héros de ce temps, tous les hommes qui avaient acquis... d'une manière plus ou moins révolutionnaire, soit sous Bonaparte, soit à l'Assemblée Constituante. Et quelles preuves ces hommes avaient-ils données qu'ils pouvaient devenir de vrais et utiles défenseurs de la monarchie? Ils avaient, au moment de la chute, abandonné lâchement le prince qui les avait tirés de l'obscurité et chanté sans honte la palinodie. Au surplus, ces hommes ont, comme bien d'autres, un grand intérêt à prêcher le despotisme et surtout à empêcher la liberté de la presse, qui prend la liberté de se rappeler le passé avec le présent; car ces hommes, qui avaient prospéré sous Bonaparte, qui l'avaient le plus servilement servi, avaient un grand intérêt à ôter tous les moyens de souvenir.
Remarquez que tous les mauvais choix ont été faits par des ordonnances : la Charte n'en a imposé aucun ; on a nommé, par peur ou par intrigues, aux plus hauts emplois, des spécialistes ' dont, avant 1814, la France ignorait le nom. Ensuite, on a renvoyé, par faiblesse ou par ingratitude, tous les hommes que l'opinion publique désignait et désignera toujours dès qu'on suppo-