‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 39 sur 66 · Vovez son vovage à rSaint-Onierl ». (Note de rAuteur · texte numérisé non relu

Vovez son vovage à rSaint-Onierl ». (Note de rAuteur

« Il faut attendre. » Attendre quoi? Vous avez pris le ministère pour renverser deux ordonnances infernales : vous n'avez pas besoin du concours des Chambres pour renverser une ordonnance, et ce que les autres ont cru devoir faire vous devez avoir le courage de le défaire. « Mais, dites-vous encore, attendons! nous sommes encore trop faibles î » Quoi ! vous avez été assez forts pour renverser un ministère; vous ne cessez de crier que vous n'avez pour antagonistes qu'un petit nombre de mécontents; que les journaux ne sont point l'organe de l'opinion. Eh bien I s'il en est ainsi, que craignez- vous, vous, entourés de cette nombreuse armée vis-à-vis d'une poignée d'hommes et qui pouvez créer autant de journaux que vous voudrez pour répondre à ceux qui vous attaquent; vous, enfin, qui avez en main le pouvoir, l'argent et, pour vous soutenir, le Roi, l'armée, la Chambre des Pairs, dont trois nobles fournées^ vous assurent la conquête? Mais enfin, nous royalistes, nous quelque peu architectes de l'édifice royal, qu'avons-nous besoin de ces colonnes tremblantes pour soutenir notre ouvrage?

1. Pour renforcer la majorité des ministères Villèle et Polignac, Charles X nomma, à trois reprises, un certain nombre de pairs de France ; la plus considérable de ces promotions, de ces « fournées » comme on disait par dérision, fut celle de 1827 : elle comprenait soixante-seize noms.

2oi MADAME DE CHATEAUBRIAND

(f. Vous avez, dites-vous, trouvé le moyen d'éluder les ordonnances ^ ! » Mais le scandale ! Irezvous dire à chacun à l'oreille : « Le Roi a rendu des ordonnances, mais en donnant tous les moyens de les éluder et voici pourquoi nous ne les rapportons pas en ce moment. » Les vôtres répondront : c( Que nous font les ordonnances, vous êtes ministres, vous nous donnerez des places, la patrie est sauvée ! » Mais la France vous dira : « Hommes sans opinions, sans foi et sans courage, allez -vous -en, nous ne voulons pas de vous », et ces parleurs de vertus, ces hommes qui, comme le dit saint Paul, ont une apparence de piété mais qui, au fond, sont corrompus dans le cœur, tomberont en entraînant avec eux la couronne qu'ils environnent de parjure et le sceptre dont ils ont fait une verge d'iniquité !

Janvier 4 880. — En général, l'injustice que vous commettez envers un homme de bien n'est pas ce qu'il y a de pire ; mais c'est que, pour excuser cette injustice, il faut lui supposer une cause juste et prouver que la victime a mérité son châtiment. Alors, on appelle la calomnie à son secours, laquelle va souvent l'attaquer dans

1. « Propos de Clausel, organe du ministre.» (Note de l'Auteur.)

ce que sa réputation a de plus cher. C'est ce que nous avons vu sous le ministère Villèle aussi bien que sous celui de Polignac. Remarquez que c'est toujours sous les ministères professant les principes ultra-royalistes et ultra-religieux que se commettent tous ces excès de délations et de calomnies. Pourquoi cela? C'est que ces hommes ne sont au fond ni royalistes, ni religieux, mais d'adroits hypocrites qui cachent leurs intérêts personnels sous le masque de la religion et de l'intérêt public : ils ont le miel sur les lèvres et le fiel dans le cœur.

M. d'Haussez ne laisse pas que d'être connu par ses chansons impies et les éloges pleins de sel qu'il faisait à l'occasion de tout ce qui se passait d'heureux ou de malheureux dans la maison de M. Decazes (lorsqu'il était ministre). Mais ce qui l'a peut-être conduit à faire partie du pieux et nouveau ministère, c'est une chanson qu'il fit

(en ) à l'occasion de la demande que fit alors

M. Blondel d'Aubert*, député, pour l'érection d'une chapelle dans le palais de la Chambre du Corps Législatif. Cette célèbre chanson avait pour titre : La Chapelle de la Chambre des Députés; chaque

1. Blondel d'Aubert (1765-1830), conseiller au Parlement de Paris (1789), émigra; député d'Arras (1815 et 1820), conseillera la Cour de Cassation.

membre y jouait un rôle: M. de Bouville^ était serpent, Hyde de Neuville, grand -diantre, etc.

Vous me laverez et je serai purifié : ainsi tout ce qui n'est pas opposé au ministère est absous. M. de Talleyrand par exemple, évèque marié, assassin du duc d'Enghien, étranger à tous principes, lui paraît un bien plus honnête homme que M. de Chateaubriand et c'est par respect pour la morale et pour donner un bon exemple qu'il lui conserve la première place de l'État ^ Ceci est un goût particulier, car ils pourraient mettre sous la remise dix Talleyrand sans une réclamation : mais c'est là leur manière de servir Dieu et le Roi. Ah! divin Robespierre! le plus absolutiste des hommes, tu faisais de la république avec les mêmes éléments que nos ministres veulent faire de la monarchie et l'on trouve dans les salons de M. de Polignac, et plus près de sa personne encore, les mômes hommes, ou les fils de ces mômes hommes qui, en 93, chaulaient la Marseillaise et faisaient les noyades de Nantes.

Quand Charles X est rentré, il a dîné d'abord

1. Louis Grossier comte de Hou ville (1757-1838), député aux États-Généraux, émigra ; député de la Seine-Inférieure (1815 et 1820-1827). « C'était un chat, disait Frénilly, faisant à tous patte de velours, insinuant et adroit. » (op. cit., p. 457.)

2. Talleyrand, malgré leffacement politique dans lequel il vivait, avait conservé le titre de Grand-Chambellan.

avec MM. de Talleyrand, Gaulaincourt, Pasquier, Mole, etc., et il évitait M. de Chateaubriand, disant que c'était un drapeau qui pouvait effaroucher les Bonapartistes. En revenant de Gand, on est rentré sous les auspices de Fouché et M. de Chateaubriand était regardé comme un jacobin parce qu'il croyait que, puisque nous avions la honte de faire notre entrée à Paris entre une armée anglaise et une armée autrichienne, nous pouvions, nous n'avions pas besoin d'un régicide pour nous ouvrir les portes de Paris. C'est Monsieur (Charles X) qui a mis M. Decazes en circulation^ : en 1815, il disait à M. de Vibraye^ : « Ne t'embarrasse pas [de] qui nous aurons pour député à Paris, pourvu que nous ayons Cazes; il faut lui donner ta voix et celle de tous tes amis. » C'est Monsieur qui a toujours été l'ami et le défenseur du traître Soult^; il aurait donné tous les royalistes pour lui et il lui a donné la pairie que Louis XVIII lui avait constamment refusée. Enfin c'est lui et M. de

1. Decazes fut nommé préfet de Police, par l'entremise de l'abbé Louis et de Talleyrand, mais sans intervention spéciale du comte d'Artois.

^. Antoine-Victor-Louis Hurauld, marquis de Vi6ra?/e (1766-1843), émigré, colonel, aide de camp de Monsieur (1814) ; pair de France (1815) ; maréchal decamp (1823) ; refusa le serment à Louis-Philippe.

3. L'auteur inflige à Soult cette épithète parce que le maréchal se rallia à Napoléon en 1815.

Polignac, qui ont particulièrement recommandé Rovigo aux bontés de M. de la Férronnays à Rome et l'ont fait bénir par le Pape : tout cela n'est pas dans la Charte.

Aucune association secrète ne peut être bonne quelque louable qu'en soit le motif, parce que dès qu'elle cesse d'avoir pour témoin le jugement des hommes désintéressés, elle doit dégénérer en haines et vengeances personnelles. Si vous abandonnez les hommes à leur nature, comme la nature humaine est mauvaise, ils feront le mal. Dans une réunion secrète, s'il n'y avait que Dieu pour objet, si le résultat des prières, des veilles et des jeûnes ne pouvait être que les privations, l'obéissance et la mort, vous seriez sûrs de n'y rencontrer que des hommes de bien, de ceux qui veulent réellement se dévouer au salut de leur âme; mais lorsque le résultat, comme dans la (iOngrégation, est presque toujours les places, les honneurs et l'argent, il n'y a pas un ambitieux ou un coquin qui ne consente à parcourir en un jour toutes les églises de Paris pour se glisser dans votre pieuse association et qui ne consacre la moitié de la journée à la prière, afin de pouvoir emplo3^er l'autre à la cupidité et à l'ambition. Toute association secrète pour réussir doit avoir un système d'espionnage. La Congrégation, disait-

on, était établie pour régénérer la France, pour rendre le peuple pieux et royaliste ; mais, pour changer ce peuple, pour faire des honnêtes gens secrètement, il fallait connaître ceux qui étaient mauvais il fallait s'introduire dans les familles, il fallait même les diviser sous le prétexte de séparer le bon grain de l'ivraie ; il fallait que les congréganistes, envoyés pour sonder le terrain, fissent leurs rapports : et quels rapports, quand on connaît les hommes qui faisaient partie de cette association ! Tous leurs ennemis étaient des impies ; tous ceux qui n'avaient pas partagé leurs crimes, n'étaient pas royalistes ; les hommes sincères croyaient cela et leur pieuse fureur s'allumait contre leurs vrais amis, contre les vrais défenseurs du Roi et de la Religion. Si l'on mettait sous les yeux des personnes, qui sont de bonne foi dans la Congrégation, les antécédents d'une partie de leurs associés, ils frémiraient d'horreur. « Le temps, a dit un Père de l'Église, est la seule pierre de touche qui distingue le prophète de l'imposteur ».

Janvier 1830. — Un déterminé ro^'aliste, ayant en 18. . . servi sous les ordres de M. le baron de Damas mais ayant le malheur de n'être point de la Congrégation, a été dernièrement chez son

ancien patron lui demander un certificat et une recommandation pour obtenir une petite place dans l'administration des Douanes, M. de Damas, pour toute réponse, lui dit : « Monsieur, Dieu et le Roi avant tout » et lui tourna le dos ; le pauvre homme, ancien volontaire royal, a été aussi mal accueilli de M. de Vaulchier' que de l'illustre gouverneur.

Il est bien de s'entourer de ses amis, mais il faut avant tout qu'ils le soient. Ensuite il ne faut pas que leur amitié nous envoie à Gand ; de même, s'il est beau de tendre la main à ses ennemis, il est prudent d'attendre qu'ils soient à terre.

Mars 1830. — Qui prend-on pour défendre le budget de la Guerre? M. Garrion de Nisas^, le même qui pendant les Gent-Jours disait au Ghamp

1, Louis-René-Simon marquis de Vaulchier du Deschaux (1780- 1861), préfet du Jura (1814), de Saône-et-Loire, directeur de TAdministration des Douanes, puis des Postes (1824-1829). Les libéraux l'accusèrent de violer le secret des lettres. Conseiller d'Etat, député du Jura (1820-1830), il siégea parmi les ultra-royalistes, dont il partagea toutes les violences et démissionna de ses fonctions en 1830.

2. Marie-Henri-François, marquis de CaiTion-Nisas (1767-1842). Offîcierde cavalerie (1789), épousa une parente de Cambacérès, dont la protection lui valut d'être nommé membre du Tribunat qu'il présida en floréal an XII. Lieutenant des gendarmes d'ordonnance, il servit en Espagne, se distingua pendant la campagne de France, puis se rallia tour à tour à Louis XVIII et à Napoléon en 1815. Il rédigea l'adresse des corps électoraux, lue à l'Empereur au Champ

de Mars qu'on avait imposé les Bourbons à la France, mais que cette famille odieuse, etc., etc. (voyez ce discours dans les journaux du temps). Voilà la pureté des hommes employés pour défendre l'arche sainte.

20 mars 4830. — Voyez comme ces ministres savent réparer le mal de leurs devanciers ! Comme ils détruisent les ordonnances ! Gomme dans leur administration toute morale ils ont cessé de lever un impôt sur les plus infâmes plaisirs î Si les joueurs, punis de mort au Japon, ne sont pas comme les banquiers du Roi à Paris !

Mars 4880. — Martignac est un misérable*, ancien valet de Villèle, puis faisant partie du

de Mai et dans laquelle il se montrait Fadversaire déterminé de la « dynastie odieuse » à la France ; toutefois il ne ménageait pas les conseils à Napoléon. Il défendit vaillamment le pont de Saint- Cloud, après Waterloo; surveillé par la police de la Restauration, il s'adonna à la littérature.

1. Lorsque se forma le ministère Martignac, il fut très sérieusement question d'y appeler Chateaubriand; mais le Roi n'était pas favorable à l'écrivain. Cependant, pour renforcer le cabinet, Charles Xlui offrit le ministère de l'Instruction Publique. Ciiateaubriand, qui voulait les Affaires Étrangères, refusa ; Hyde de Neuville eut alors la singulière idée de lui proposer le ministère delà Marine et, pour pallier le peu de prestige qu'avait ce portefeuille considéré comme secondaire à cette époque, il voulait y joindre la présidence du Conseil. Chateaubriand refusa encore et partit pour Rome. Quelques mois plus tard le département des Affaires Etrangères redevenait vacant par la retraite de La Ferronnays, Château-

ministère qui a succédé à celui où son ancien maître, a commencé la ruine de la monarchie, que maître Polignac saura bien achever. Martignac, ministre, changea en un moment de langage, car de système il n'en a point. Mais bientôt, voyant que le chartiste ne réussissait pas auprès du Roi, il trahit ses nouveaux collègues, en flattant le Roi et cherchant, par toutes les ruses de son imagination gasconne, à éloigner du ministère les hommes qui auraient pu lui donner quelque considération, le soutenir et empêcher les absolutistes d'arriver. Mais ces menées, que cet homme vil et méprisable ne faisait que pour tâcher de faire partie de ce ministère que nous avons le bonheur de posséder, ne lui ont pas réussi. On n'a pu lui passer les ordonnances et on l'a mis pour un temps sous la remise. Je dis pour un temps car, lorsque les empires finissent, les hommes comme Martignac, Polignac, Yillèle, La Bourdonnaye, etc., sont toujours, et tour à tour, appelés à achever l'œuvre de la colère de Dieu.

briand essaya d'y atteindre, mais le Roi répondit aux solliciteurs : « 11 peut m'être fort utile, il n'est pas temps. » Enfin Chateaubriand fut encore en compétition avec Pasquier ; mais la chute de Martignac, que M™^ de Chateaubriand rend assez injustement responsable ici des \ains efforts de son mari, \int mettre un terme aux ambitions de Técrivain. iCf. Pasquier, t. VI, p. 102, 109; Barame, t. III, p. 452, 479; Hyde de Neuville, t. III, p. 378, 438; ViTROLLES, t. III, p. 323: Castellane, t. II, pp. 212, 290.)

Demandez à tous ceux qui ont de fâcheux antécédents s'ils veulent la liberté de la presse : non, ils veulent la censure. Quelques bonnes gens aussi la veulent, trompés par les journaux ministériels ; et partout l'impiété et le libéralisme renversent le trône et l'autel. Moi-même je serais bien de l'avis de ces derniers si on m'assurait que cette censure serait toujours exercée au profit des honnêtes gens et sincères royalistes. Mais comme il y aura toujours une liberté de la presse pour les ministres et que tous les ministres ne sont pas des saints, tant s'en faut, il est probable que la censure ne serajamaisqu'àeuxetà leurs croyants. Soyons justes: les journaux, d'un côté comme de l'autre, sont faits avec des passions bien plus qu'avec des opinions ; cependant il faut convenir qu'aucuns sont injurieux et mensongers, comme la Gazette, la Quotidienne, etc. Depuis quinze années, je ne vois pas un ministre au pouvoir qui ne demande la censure et pas un ministre tombé qui ne demande la liberté de la presse : j'en excepte M. de Chateaubriand qui n'a jamais voulu laisser autant de liberté à la presse que lorsqu'il était ministre.

Mars i830. — Il faut au moins qu'on ait entendu parler d'un ministre dans un pays tel que

la France. C'est par trop se moquer d'elle que de remettre ses intérêts entre les mains du premier venu et qu'on soit obligé, à chaque ministre nommé, de se demander : Qui est-il ? d'où vient-il? comment se nonime-t-il ? Jamais je n'avais jamais entendu prononcer ce nom-là I Tout ce dont on est sur, c'est qu'il est de la Congrégation, et presque toujours un homme.... (?), un pilier des antichambres de Bonaparte ou même du Directoire! Presque toujours un homme sans mœurs et sans religion, tel que MM

Il faut convenir qu'il y a au moins un peu

de démocratie à M. de Polignac, de nous renvoyer ainsi aux laquais pour les renseignements à prendre sur le compte de ses honorables collègues.

Si vous voulez être charitable, ne dites jamais du mal de votre prochain; si vous ne voulez pas vous en repentir, n'en dites jamais du bien.

^3 mars 4830. — On a prétendu et on l'a dit à l'Archevêque^ que M. de la Ferronnays était venu

1. Dominique-Georges-Frédéric Dufour de Pradt (1759-1837), député du clergé aux États-Généraux, émigré, puis grand-aumônier de Napoléon, archevêque de Malines, ambassadeur de Pologne ; il déploya un zèle brouillon lors du retour des Bourbons et Talle)rand pour s'en débarrasser le nomma grand-chancelier de la Légion d'Honneur. Il se jeta dans l'opposition libérale ; élu député, il donna bientôt sa démission et « se retira du théâtre avant

voir M. de Chateaubriand avant son départ pour Rome, ce qui est vrai. Mais qu'il lui avait fait de nouvelles propositions de la part du ministère auxquelles il avait répondu : « On me donnerait la moitié du royaume que je ne voudrais pas m'associer à ces coquins-là. » Toute cette négociation est un fagot inventé par les faiseurs pour tâcher de [les] brouiller irrévocablement. Jamais M. de la Ferronnays n'a porté de paroles qu'il aurait su inutiles, mais auxquelles M. de Chateaubriand n'aurait pas répondu en style de crocheteur. (M. de Chateaubriand tient cette anecdote de M. l'Archevêque.)

Le grand Frédéric disait que Dieu avait donné aux hommes le bâton de la religion pour se soutenir et qu'ils s'en servaient pour s'exterminer.

Avril 4830. — Le Roi disait qu'il ne voulait pas changer le ministère de Villèle parce que Louis XVIII s'était perdu par trop de ces changements et, depuis qu'il a été obligé de céder à l'opinion publique, il a changé selon son bon plaisir deux fois de ministère et... de ministres.

même d'y avoir débuté ». (Cf. Barante, t. III, p. 452.) Une autre démarche fut faite par Ms"" Frayssinous pour offrir le portefeuille de rinstruction Publique à Chateaubriand, mais celui-ci refusa prétextant qu'il n'entrerait au ministère qu'avec Royer Collard. (Cf. Castellane, t. II, p. 216.)

Remarquez le résultat de tous ces ministères formés par l'intrigue d'hommes en horreur à la France: des troubles, des exagérations et la guerre partout.

Rien de plus dangereux en ce moment que ces hommes qui ont été aux pieds de Bonaparte, parce qu'ils se glorifient du despotisme qu'ils adoraient alors, pour dire qu'ils n'ont point changé de système en voulant l'absolutisme: sans doute ; mais la Légitimité qu'en font-ils ? C'est Fouché qui a commencé à trouver grâce auprès du Roi (Monsieur alors) en lui parlant despotisme, puis Soult, puis Mole et Pasquier, enfin Decazes et ainsi de suite, tous les séïdes de Bonaparte ou de Robespierre, qui tous avaient plus ou moins d'antécédents à confier à la censure ministérielle. Les prêtres aussi : lorsque sous Bonaparte on leur parlait de la mort du duc d'Enghien, de la captivité du Pape, de l'impiété et des injustices de l'Usurpateur, de la guerre d'Espagne et de cette coupe réglée appelée conscription, ces pieux ecclésiastiques répondaient : que les ministres du Seigneur ne devaient point se mêler de politique, qu'ils n'avaient d'autre chose à faire qu'à prêcher l'Évangile et l'obéissance au souverain que la Providence leur avait imposé; qu'ils n'étaient pas appelés à juger les intentions de

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l'Empereur mais qu'enfin il fallait rendre à César ce qui appartenait à César, etc. Eh bien ! ces mêmes hommes aujourd'hui trouvent qu'il .faut se mêler de tout : ils s'occupent de politique jusqu'au pied des autels ; ils prêchent tantôt la soumission absolue aux ordres du Roi, si le Roi est dans leur sens, et la rébellion la plus ouverte, s'il contrarie leurs passions;, s'il entrave le moins du monde leur puissance et touche en rien à leurs intérêts pécuniaires. Ils font des libelles, ils font des journaux et, pire que cela encore, des mandements * qui, s'ils n'excitent pas à l'instant la guerre civile, allument dans les cœurs des haines indestructibles et qui fermenteront jusqu'au jour où, pour les satisfaire, on exposera la France aux plus grands malheurs, et la

1. Déjà, eii 1828, plusieurs prélats avaient protesté par des lettres pastorales contre les ordonnances sur les séminaires et, le 6 août, le cardinal de Clermont-Tonnerre avait rédigé un mémoire au nom de l'épiscopat français tout entier. La presse s'empara de la question, la discuta avec â prêté et Charles X dut engager des négociations avec Rome pour obtenir que les évéques cessassent leur opposition. La campagne des mandements recommença en 1830. Un des documents les plus caractéristiques est la lettre pastorale de monseigneur de Cosnac, évêque de Meaux, dans laquelle on lisait que la Chambre « osant disputer au souverain celui de ses droits qui doit être le plus sacré, le choix de ses ministres, s'est déclarée, sans autre prétexte que le nom qu'ils

portent, contre ceux à qui S. M. avait accordé sa confiance »

(Cité par le Journal des Débtds^ 18 juin 1830.) Les libéraux combattaient avec énergie la pression que le clergé prétendait exercer sur les électeurs.

monarchie à une chute dont elle ne se relèvera jamais.

22 avril 1830. — M. Féletz^ est devenu ultra, par conséquent le voilà saint. Cependant qu'a-t-il changé dans sa vie, depuis l'époque encore récente où nous (qui ne sondons point les cœurs) voulions lui faire avoir une place, qu'il vient enfin d'obtenir [dans] l'Université et qu'il a due à son changement de langage sans avoir rien changé à sa manière de vivre ? C'est toujours le prêtre n'exerçant point, ayant des maîtresses, passant sa vie au bal et au spectacle. Dans le temps que nous demandions pour lui cette même place, obtenue aujourd'hui, le prétexte de refus était qu'il était prêtre et ne vivait point comme un ecclésiastique. L'évêque d'Hermopolis, qui connaissait les sentiments royalistes de M. Féletz, refusait avec peine, mais Clausel déclarait que c'était un homme scandaleux et qu'on ne pouvait présenter à la jeunesse : en cela il avait peutêtre raison et ce n'est que le pour et le contre que je lui reproche.

1. Charles-Marie Dorimond de Féletz il767-1850), entra dans les ordres, vint à Paris (ISOli, collabora au Journal des Débats et au Mercure de France. Inspecteur de l'Académie de Paris (IS^Oi, membre de l'Académie Française (1828 1, il était l'adversaire de toute innovation littéraire.

A qui distribue-t-on les grâces, à qui donnet-on le Saint-Esprit ? A M. de Champagny pour cette belle inspiration que lui fournit l'éloquent exposé qu'il fit à l'Empereur pour l'engager à s'emparer du roi d'Espagne, Ferdinand, à Bayonne, le 24 avril 1808 ^ Fragments du discours de M. Champagny : « Sire, le sûreté de votre Empire, l'affermissement de sa puissance, la nécessité d'employer tous les moyens pour forcer à la paix un gouvernement qui se faisait un jeu du sang des hommes. . . La circonstance est grave et le choix du parti à

prendre est également important Le moment

est arrivé de donner à la France, du côté des Pyrénées, une sécurité invariable Dans son état

actuel, l'Espagne, mal gouvernée, fait mal ou plutôt ne fait point cause commune contre l'Angleterre. 11 faut qu'un bon gouvernement (celui de Bonaparte) les fasse renaître (les forces maritimes) et que Votre Majesté les dirige contre l'ennemi commun Tout ce qui conduit à ce but

est légitime; la dynastie qui gouverne l'Espagne,

1. Jean-Baptiste Nompére de Champagny^ duc de Cadore (1756- 1834), officier de Marine, député aux Etats-Généraux, ambassadeur à Vienne (1801), ministre de l'Intérieur (1804) des Affaires Étrangères (1807), rédigea le rapport sur les affaires d'Espagne (avril 1808) qui prépara la chute des Bourbons d'Espagne. Sénateur (1813), pair de France (1825).

par ses affections, ses souvenirs et ses craintes, sera toujours l'ennemie cachée de la France, ennemie d'autant plus perfide, qu'elle se présente comme amie Il faut, dans l'intérêt de l'Espagne comme de la France, qu'une main forte vienne rétablir l'ordre dans son administration dont le désordre avilit son gouvernement. »

Juin 1830. — Dans les premiers jours de juin, un homme est arrêté portant un projet de conspiration d'abord en faveur du roi de Rome, ensuite pour mettre M. le duc d'Orléans sur le trône, si mieux on ne pouvait avoir une République. Cet homme, bien entendu, portait sur lui la liste des conjurés qui n'étaient autres que M. de Chateaubriand, le duc de Fitz- James, l'évêque d'Hermopolis, l'archevêque de Bordeaux, etc. etc^

1. Les nouvelles les plus diverses étaient mises en circulation pour influencer les esprits ; tantôt on prétendait avoir découvert dans la caisse d'une diligence prés de Lyon, des cocardes tricolores qui n'étaient en réalité, au dire du Figaro [31 mai 1830 , que des « ronds d'oranges confites de Portugal séparés par des pains à cacheter «. Tantôt on lançait le bruit d'une conspiration, fomentée par un comité directeur, en faveur du duc de Reichstadt et qui préparait un ministère composé de Chateaubriand, président du Conseil; Laffite, aux Finances; Benjamin Constant, à l'Intérieur ; Sébastiani, à la Guerre ; Dupin, à la Justice ; Hyde de iS'euville, à la Marine. Malgré le peu de fondement de ces nouvelles, on remarquera cependant que les personnages cités, à deux exceptions près, firent partie des premières combinaisons ministérielles de Louis-Philippe.

Voilà les ruses électorales du ministère ; celle-ci était un peu trop grossière, la Gazette elle-même l'a niée; mais enfin ces bruits sont toujours bons à répandre et la preuve, c'est que quelques bonnes dames du Marais disaient à un de nos amis: « Mais enfin, M. de Chateaubriand n'a pas répondu. »

Personne en France ne veut la République, et tout le monde, même les républicains et les libéraux, s'arrangeraient du Roi avec les institutions qu'il a juré de maintenir (la main sur l'Évangile) ; mais il faut convenir qu'avec les injures, les calomnies et outrages prodigués par nos défenseurs du trône et de l'autel, il faut une vertu plus qu'humaine, surtout quand il n'y a point d'amour, pour supporter le poids de tant d'indignités. Les ministres et leurs agents veulent nous montrer la Monarchie comme une maîtresse devenue tellement capricieuse, exigente et acariâtre,, que sans cesser de l'aimer, on va se noyer de désespoir.

« Il n'y a rien qui vieillit sitôt qu'un dieu ». (Arislote.)

« L'espérance est le songe d'un homme éveillé ». (Aristote.)

« Les lettres servent de consolation dans l'adversité et d'ornement dans la prospérité». (Aristote.)

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