CHAPITRE IV
Révolution de Juillet. — Boisbertrand. — On cherche à exciter le peuple contre le clergé ; pillage de Tarchevêché. — Talleyrand. — Les Dames du Sacré-Cœur à Rome. — La révolution belge. — L'Association de Saint-Joseph. — Émeute devant THôtel-Dieu. — Mort de Martainville. — Le duc de Bassano. — M. de Brissac. — Conseils et attitude de Chateaubriand à la fin du règne de Charles X et après la révolution de 1830.
27 juillet 1880. — Jour des Ordonnances ^ ; on s'est battu, le 28, 29 et 30 juillet; le 29 M. de Sémonville^ réunit les pairs chez lui et il n'y in-
1. Le 26 juillet, le Moniteur publiait les quatre ordonnances qui déterminèrent la chute des Bourbons : suppression de la liberté de la presse périodique ; dissolution de la Chambre ; institution d'un système électoral restreint ; convocation des collèges électoraux pour le mois de septembre.
2. Charles-Louis Huguet, marquis de Sémonville (1759-1839), conseiller au Parlement de Paris, chargé de missions diplomatiques à Gênes (1790) et à Constance (1792). Après avoir vainement essayé de sauver Lonis XVI, il servit d'intermédiaire entre Barras et Louis XVIII. Conseiller d'État, sénateur (1805), il se rallia aux Bourbons, collabora à l'établissement de la Charte ; grand référendaire de la Chambre des Pairs, il essaya de faire avorter la révolution de 1830 en obtenant le retrait des Ordonnances et en faisant nommer le duc d'Orléans, lieutenant général du Royaume. Louis-Philippe lui conserva ses fonctions jusqu'en 1834, époque à laquelle il fut remplacé par le duc Decazes.
vita pas M. de Chateaubriand \ bien convaincu d'avance que ses opinions et celles des autres pairs, tous orléanistes, ne s'accorderaient pas.
Le mercredi 29, M. de Chateaubriand arrive de Dieppe ^ Le jeudi, il va à la Chambre : il trouve M. de Mortemart ^ investi des pouvoirs du Roi, ce qui ne l'empêche pas d'adhérer à la Lieutenance Générale du duc d'Orléans. M. de Chateaubriand est seul de l'avis que, puisque le Roi rapporte ses ordonnances, on doit se déclarer pour lui. Le jour même, nous envoyons à Rambouillet^ (ou Saint-Cloud) ; le Roi fait dire à M. de Chateaubriand de s'entendre avec M. de Mortemart.
1. Chateaubriand fut convoqué à cette réunion, mais, « soit par politique, soit par négligence» la lettre lui parvint trop tard et quand il arriva au Luxembourg, il ne trouva personne. (Mémoires d'Outre-Tombe, t. VI, p. 331.)
2. Sans rien ssvvoir des événements, Chateaubriand était parti le 26 juillet pour rejoindre M""^ Récamier à Dieppe. Arrivé le 27, il remonta de suite en voiture pour regagner Paris à la nouvelle des ordonnances que lui apporta Ballanche. (Mémoires d'Outre- Tombe, t. V, p. 268.)
3. Casimir-Louis- Victurnien de Rochechouart, duc de Mortemart (1787-1875), émigré, officier dans Farmée de Napoléon, pair de France (1814), major général de la Garde Nationale, ambassadeur à Pétersbourg (1828). Rallié à Louis-Philippe ; il retourna en Russie (1833) ; il devint sénateur sous Napoléon III.
4. Le 26 juillet, Charles X partit chassera Rambouillet et ne revint qu'à la nuit.
Le vendredi 30, lettres sur lettres de Laborie ; visite de Berryer^
Le samedi 31, le Roi charge M. de Cony- de venir dire à M. de Chateaubriand qu'il reconnaît combien son gouvernement a été injuste envers lui, et M'"'' la duchesse de Berry ajoute : « Qu'il se souvienne que c'est lui qui a écrit la vie de mon mari et que je lui recommande mon fils. »
Départ du Roi le [31 juillet au soir]. M. de Chateaubriand proteste à la Chambre des Pairs contre
cette usurpation. 11 reconnaît seul avec ^
Henri V. La Chambre était composée de [114] Pairs.
M. le duc d'Orléans couronné le [8 août]. Tous les ultras, les grands faiseurs de coups d'État,
1. Antoine-Pierre Berryer il79U-18t)8), s'illustra par ses plaidoiries pour Cambronne, Ouvrard, etc. Député de la Haute-Loire (^1830), il fut compromis dans l'expédition de la duchesse de Berrv en Vendée, puis défendit Louis-Napoléon après l'affaire de Boulogne. Nommé député de Marseille (1848i, il quitta la vie publique après le 2 Décembre. En 1852, il remplaça ^L de Saint-Priest, à l'Académie Française.
2. Jean-Louis-Félix vicomte Cony de La Paye il 786-1850 1, fit de la propagande royaliste sous Napoléon; sous-préfet de La Palisse (1814), destitué par Decazes, puis maître des requêtes au Conseil d'Etat, il démissionna en 1830, après avoir conseillé à Charles X de faire arrêter le duc d'Orléans et Laffitte. Plusieurs fois compromis dans des conspirations contre Loiiis-Piiilippe, il passa en jugement après l'attentat de Fieschi, mais fut acquitté.
3. MM. de Castelbajac, de Rougé, de Montausier, le duc de Lorges, d'Andigné.
prêtent serment à Philippe P'', les uns sans phrases, les autres en jurant de leur fidélité et tendresse à la dynastie tombée. Un certain Boisbertrand^ surtout, d'abord mouchard de Monsieur, fougueux ennemi de Villèle en 1822, son âme damnée en 1824 et suivantes, sorti de la boue et gorgé de places par ses bassesses (son savoirfaire en fait d'intrigue), aussi fougueux congréganiste et absolutiste sous Polignac qu'il avait été pour et contre sous Yillèle ; un drôle enfin et qui, si l'on n'y prend garde, va conserver sa place à l'Intérieur ou en obtenir une meilleure. Ce misérable, en prêtant serment à la Chambre des Députés (le 14 août 1830)^, n'a pas craint déparier de son amour et reconnaissance pour son ancien souverain, mais les dangers qu'il trouve en restant attaché à la pairie, font qu'il préfère ce parti à celui de la retraite qui, dit- il, n'a point de dangers. Ce discours a excité le mépris, mais il doit exciter assez d'indignation pour qu'on reçoive les serments de M. Boisbertrand gratis et l'on verra s'il les continuera.
Visite de M. Berryer pendant qu'on se battait