Cf., p. 203. Boisbertrand n'était pas pair mais député
2. Cf. son discours dans les Archives Parlementaires de la France (série II, t. LXllI, p. 127).
encore, mais lorsque la victoire se décida contre les absolutistes.
Le discours de M. de (?) a excité un tel
enthousiasme dans tous les cœurs tant soit peu généreux que nous avons vu des républicains même venir se mettre à la disposition de M. de Chateaubriand et vouloir de M. le duc de Bordeaux même sous sa responsabilité.
Tous ces faiseurs de coups d'Élat jurant aujourd'hui pour M. le duc d'Orléans, diraient, si jamais Henri V revenait, qu'ils avaient pris une part active au gouvernement pour être plus à même de servir le royal enfant. C'était, en 1814, ce que disaient de braves gens qui avaient profité pendant dix ans des places, honneurs et argent de Bonaparte, qui ne songeaient aux Bourbons que pour craindre leur retour et qui tout à coup se sont trouvés les sauveurs de la monarchie, parce que le jour où ils ont vu leur maître abandonné et les Alliés protégeant les Bourbons, ils ont crié à tue-tête : « Vive le Roi ! » ; tels furent par exemple les Talleyrand, Pasquier, Mole, Pastoret, etc., etc. Ce sont les mandements des évêques et les folies dites en chaire par un parti de missionnaires et quelques autres jeunes ecclésiastiques, qui ont commencé à exaspérer les esprits.
Premiers jours d'août 4830. — D'où viennent ces cris tant de fois répétés qu'on va massacrer les prêtres, qu'on va piller nos maisons? Certes ce ne sont pas ceux qu'on accuse de méditer ces crimes, qui s'empressent de les signaler ainsi d'avance, afin de donner le temps de s'y soustraire : non, c'est l'Ami de la Religion ou la Gazette Royale qui s'amusent ^ par amour pour leurs frères, à semer le trouble et la terreur dans tous les esprits. On peut déplorer sans doute des malheurs trop prévus et qui devaient être le résultat de tant de folies, pour ne pas dire de tant d'iniquités, tant de fois et vainement signalées; mais si les habitants de Paris, volant à la défense de leurs institutions attaquées, ont repoussé avec succès la force parjure par la force légale, s'ils sont restés vainqueurs dans cette lutte, comment ont-ils usé de leur victoire ? Pas un massacre, pas une insulte qui ne soient à l'instant punis ; et cependant, il faut en convenir, l'exaspération était et devait être au comble contre tous ceux qu'on soupçonnait d'avoir porté le Roi à violer ses serments et à cimenter le nouveau pacte avec le sang
1. Le 17 août, VAmi de la Religion annonçait que des prêtres avaient été insultés, blessés, qu'un d'eux même avait été tué de deux coups de sabre et qu'un autre n'avait échappé au même sort qu'en criant : « Vive la Charte ! »
de ses sujets. Beaucoup sans doute, et avec trop de raison, rapportaient la cause de tant de maux à ces mandements qui n'appelaient rien moins que la guerre civile en France ' , à ces discours de quelques missionnaires, peu instruits dans la charité de saint Paul et qui, trompésou mal conseillés, irritaient sans cesse les esprits au lieu de les calmer- ^ enfin à cette Congrégation, commencée
sous de pieux auspices, mais dont les chefs étaient des hommes puissants par leurs places auprès du Boi et des hommes plus puissants encore par l'influence qu'ils exerçaient sur une grande partie de la société; [ils] avaient attiré au milieu d'eux les intrigants de tous les partis qui voyaient, dans cette sainte réunion, un moyen sûr d'obtenir des places et de l'argenté Voilà, je le répète, ces hommes qu'avec raison le peuple de Paris accusait d'avoir provoqué les journées des 27, 28 et 29 juillet. C'est donc, dans ces jours de fureur et
1. « Il est à remarquer que presque tous les mandements de ce genre étaient faits par les évêques de Bonaparte qui avaient des mandements de ce temps, faits dans un esprit détestable. » (^Note de TAuteur. I
"i. Deux lignes illisibles.
3. a Le but soi-disant de la Congrégation était de préparer de bons sujets pour les places ; ensuite on répétait que tout ce qui n'était pas de cette Congrégation était des coquins, de sorte que tout le monde s'y mettait pour être placé. » (Nate de rAuteur.i
de deuil, que les vainqueurs auraient pu se porter aux excès dont aujourd'hui on les accuse de vouloir se rendre coupables. Voudrait-on. par de semblables insinuations, leur en faire naître l'idée? Oui, sans doute; voilà la plus chère espérance de ces hommes qui, à l'aide de leur obscurité, sont déjà à l'abri du martyre qu'ils ont prédit et qu'ils veulent voir subir à leurs amis, de ces hommes qui peut-être trouvent encore, en ce moment, le moyen de vivre aux dépens du nouvel ordre de choses et tour à tour, grâce à l'anonyme, de répandre leur venin dans VAmi de la Religion^ un jour et l'autre dans le Patriote. Il faut que ces misérables justifient leurs sanguinaires prophéties, aux yeux d'un parti qu'il n'ont cessé de trahir encore plus dans le temps qu'ils le servaient qu'aujourd'hui qu'ils l'abandonnent. Qu'on recherche les auteurs de ces journaux dits royalistes, et vous les trouverez déjà dans les antichambres des nouveaux ministres, vendant leurs services au rabais, lesquels, si on a la faiblesse de les accep-
1. L'hostilité de Tauteur contre ce périodique vient, en partie sans doute, de ce qu'il avait annoncé que, le 4 juin 1829, Chateaubriand avait rendu visite à deux journalistes libéraux, Dubois et Châtelain, emprisonnés à Sainte-Pélagie : quelques jours après,^ La Fayette prenait prétexte de cette démarche pour dénoncer la compromission de l'écrivain avec les révolutionnaires. (Ami de la Religion, 12 juin 1829)
ter, perdront cette cause tout aussi vite qu'ils ont perdu l'autre.
On n'en veut point aux prêtres (en général), à ceux qui ne s'occupent que de leurs pieuses fonctions qu'ils peuvent remplir aujourd'hui avec plus de sécurité que jamais, parce que désormais les brouillons et les faiseurs de mandements n'oseront plus prêcher la guerre au nom d'un Dieu de paix. Voyez où peut conduire l'excès d'un fanatisme qui n'est pas même un fanatisme sincère, mais un moyen d'arriver à la belle fin qu'a fait M. le Grand- Aumônier^ qui, comblé des grâces de la cour et tonnant sans cesse contre toutes les institutions, vient honteusement, et pour éviter ce martyre auquel il aspirait tant, de bénir le drapeau tricolore et de chanter le Te Deum en actions de grâces de l'ordonnance qui chasse à jamais de France des maîtres dont il n'a reçu que des faveurs. J'en appelle à tout ce qui a le cœur droit; j'en appelle aux ministres du Seigneur euxmêmes, si follement effrayés : est-ce, après la victoire que vous trouverez nos citoyens cruels quand, le jour du combat, ils n'ont pas fait entendre un seul cri d' « A bas les prêtres » ? Est-ce lorsqu'ils
1. Gustave- Maximilien- Juste prince de Cro'y (1773-1844) évêque de Strasbourg (1817), grand-aumônier (1821), archevêque de Rouen (1824) cardinal (1825).
rentraient paisibles dans leurs ateliers, laissant la terre encore jonchée de leurs amis morts, qu'ils vont méditer le massacre de ces mêmes prêtres dont ils accusaient cependant, il faut en convenir, plusieurs d'entre eux d'avoir provoqué ou du moins d'avoir connu d'avance les Ordonnances, causes des fatales journées des premiers jours d'août ? Est-ce enfin, lorsqu'ils noyaient un soldat parce qu'il avait volé un plat d'argent, qu'ils vont ensuite ordonner le pillage des habitants de Paris? Deux pillages ont été commis dans ces moments d'effervescence : l'un dans le palais de l 'Archevêché \ on connaît les malheureuses paroles qui l'ont causée l'autre chez les Missionnaires^ : celui-ci n'a point été prémédité; il est plus que probable que c'est un de leurs domestiques qui l'a provoqué : on a arrêté cet
1. Le 29 juillet, le peuple se rua sur rArchevêché de Paris, sous prétexte que deux barils de poudre et cent poignards avaient été découverts dans cette demeure et que des chanoines avaient lancé des pierres et tiré des coups de feu sur le peuple. Les émeutiers, s'affublèrent d'ornements religieux, pillèrent les caves et jetèrent dans la Seine, livres et meubles ; il ne faut pas confondre ce pillage avec celui plus connu du 15 février 1831.